À L'ÉTRANGER
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DOSSIER : PASSEPORTS FIBA, LES DESSOUS D'UNE PRATIQUE CONTROVERSÉE

Crédit photo : Sébastien Grasset

31 août, Helsinki, 13h45 : l'EuroBasket s'ouvrira par un affrontement entre la Pologne d'A.J. Slaughter et la Slovénie d'Anthony Randolph. Une opposition symbolique d'une nouvelle tendance dans le basket européen. Afin d'en savoir plus sur cette mode des naturalisations, nous avons interrogé les principaux concernés, joueurs et dirigeants. Dossier.

Le 31 août, près de la moitié des prétendants au titre de champion d'Europe s'élancera avec un joueur naturalisé dans leurs rangs, soit onze sélections sur vingt-quatre. Dans le groupe A, les supporters d'Helsinki pourront acclamer Jamar Wilson et observer les arabesques d'A.J. Slaughter le Polonais ou les exploits du récent Slovène, Anthony Randolph. Le groupe B mettra notamment aux prises la sélection israélienne de Richard Howell et la Géorgie de Michael Dixon, tandis que l'Ukraine regrettera de ne pas pouvoir compter sur Pooh Jeter. Dans le groupe C, si son passeport arrive à temps, Giordan Watson tentera de se mettre la salle de Cluj-Napoca dans la poche face aux meneurs monténégrins et hongrois, Tyrese Rice et DeAndre Kane. Quant à la République tchèque, elle espère encore toujours la présence de Blake Schilb. Enfin, à Istanbul, Bobby Dixon - alias Ali Muhammed - bénéficiera de la ferveur turque, au contraire du Belge Matt Lojeski.

Certaines de ces naturalisations sont justifiées par de véritables liens avec la nation d'accueil : Jamar Wilson et Blake Schilb ont, par exemple, respectivement épousé une femme finlandaise (ancienne internatonale) et tchèque, tandis que Bobby Dixon évolue en Turquie depuis 2012. A contrario, on se demande encore ce qui unissait Anthony Randolph à la Slovénie, si ce n'est son coéquipier madrilène Luka Dončić. Et pourtant... "Anthony était notre premier et seul choix", affirme, sans sourciller, Rašo Nesterović, secrétaire général de la fédération slovène.

Ainsi, au regard de certains de ces cas, il est légitime de s'interroger sur l'éthique sportive de ces naturalisations et de considérer qu'elles détournent l'essence même des sélections nationales. Mais une chose est sûre : elles ne vont pas à l'encontre des lois de la FIBA. L'article 21.a du règlement de la FIBA sur le statut national des joueurs et les conditions d'éligibilité dispose qu'une "équipe nationale participant à une compétition FIBA ne peut avoir qu'un seul joueur ayant légalement acquis la nationalité du pays, par naturalisation ou tout autres moyens, après l'âge de 16 ans." En clair, chaque sélection nationale a le droit d'évoluer avec un naturalisé.

À la recherche de l'effet McCalebb...

Parfois, les joueurs naturalisés ne sont que des écrans de fumée, destinés à masquer les faiblesses récurrentes d'une équipe et n'ont donc qu'un impact modéré sur les compétitions internationales. En revanche, l'histoire récente a prouvé que le sort d'un EuroBasket pouvait reposer sur leurs épaules. Tout le monde se souvient du tir décisif de J.R. Holden, devenu Russe suite à un décret du président Vladimir Poutine, qui a privé la génération dorée espagnole d'un sacre continental à domicile en 2007. Ou encore du récital de Bo McCalebb (21,4 points à 47%, 3,1 rebonds et 3,7 passes décisives), meneur Macédonien aux originales locales douteuses, en 2011, qui a hissé sa sélection jusqu'à une inespérée quatrième place. De manière plus douloureuse pour les Bleus, on peut aussi évoquer les cinq contres de l'ancien Mâconnais Serge Ibaka dans le deuxième quart-temps de la finale du championnat d'Europe 2011, à peine deux mois après l'obtention de son passeport espagnol.


J.R. Holden, le tir d'une vie en 2007 (photo : FIBA Europe)


Sans que cela ne soit une constante, les sélections en quête d'un joueur naturalisé vont souvent chercher un meneur-arrière, capable d'apporter une menace offensive, un profil qui ne court pas les rues en Europe. Le cas d'école est celui du Monténégro. Devenu indépendant en 2006, le pays de la "Montagne Noire" participe aux compétitions FIBA depuis 2008 et a pu compter sur les services d'un poste 1 d'origine américaine lors de chaque été : Omar Cook (de 2008 à 2011), Taylor Rochestie (2012 et 2014), Derek Needham (2016) et Tyrese Rice (2013 et 2017). "Le Monténégro ne dispose que d'une faible base de joueurs et ce n'est pas facile de créer une équipe capable de faire face aux meilleures nations lors de l'EuroBasket", justifie Danilo Mitrovic, le directeur de la sélection monténégrine. "Notre équipe est particulièrement vulnérable à l'extérieur, alors que nous avons d'excellents joueurs dans la raquette. C'est pourquoi que, dès la naissance de l'équipe nationale du Monténégro, nous avons décidé que nous ferons appel à un joueur naturalisé au poste 1 afin qu'il puisse nous apporter toutes ses qualités pour ce poste si important."

"Le coach choisit un joueur et soudainement, il obtient un passeport..."

De fait, comment une fédération peut-elle s'y prendre pour choisir un joueur qui n'avait auparavant rien à voir avec le pays et le naturaliser ? L'affaire ressemble de plus en plus bêtement au marché des transferts en club. "La réalité est que dans beaucoup de pays, les sélections invitent plusieurs Américains à faire des essais, le coach en choisit un et soudainement, il obtient un passeport", déplore Michal Šob, le GM de l'équipe de République tchèque. Les sélections identifient un besoin dans leur équipe et scrutent attentivement les performances des joueurs tout au long de la saison. Par exemple, entre 2013 et 2015, Jordan Theodore a subi trois relégations consécutives avec Antalya, Mersin et Bourg-en-Bresse et ne suscitait pas le moindre intérêt. Deux ans plus tard, une FIBA Europe Cup et un titre de MVP de la Champions League dans son baluchon, voici la fédération macédonienne qui frappe à sa porte afin de s'attacher ses services pour l'été, deux mois après que l'ancien Burgien ait exprimé son désir de jouer pour l'équipe de... Turquie. Certains chanceux peuvent même se permettre le luxe de choisir entre plusieurs pays, comme Dee Bost qui a choisi de représenter la Bulgarie, non pas pour des raisons sportives mais... géopolitiques, puisqu'elle est dans l'Union Européenne.

Administrativement, les fédérations désireuses d'embaucher un joueur américain peuvent habituellement compter sur un gouvernement complaisant. La naturalisation expresse de J.R. Holden par Vladimir Poutine est un cas emblématique, certes extrême tant la simple approbation du président russe a suffi, mais pas isolé. Au moment de naturaliser (légitimement) Blake Schilb, la fédération tchèque a pu bénéficier d'une aide bienvenue. "En République tchèque, le processus de naturalisation est habituellement très long", explique Michal Šob. "Pour une personne lambda, cela peut prendre de deux à cinq ans. Mais le ministère des sports nous a aidés sur le dossier Schilb. Ils ont fait passer sa demande du bas de la pile jusqu'au sommet." "Ce n'est pas moi qui me suis occupé des documents administratifs de Pooh Jeter et Jerome Randle mais je suis quasiment sûr que nous avons reçu un coup de pouce du gouvernement pour accélérer les procédures", confirme Andrey Lebedev, le GM de la sélection ukrainienne.

Sportivement, comme l'a expliqué Danilo Mitrovic ci-dessus, les fédérations concernées choisissent d'exploiter le règlement de la FIBA pour pallier des défauts intrinsèques de leur équipe. L'Ukraine en est aussi une bonne illustration. Manquant de meneurs performants, la sélection nationale n'avait jamais réussi à faire mieux que la 13e place à l'EuroBasket, obtenue lors de sa première participation en 1997. "En Ukraine, nous avons beaucoup de difficultés avec le poste 1" regrette Andrey Lebedev. "Nous ne savons pas pourquoi... Nous avons plein de big men mais aucun meneur capable de peser sur le jeu européen." Jusqu'en juillet 2013,  date où Pooh Jeter a obtenu un passeport ukrainien. Et l'impact de l'ancien Limougeaud (13,5 points à 42%, 3,5 rebonds et 4,1 passes décisives à l'EuroBasket 2013) n'a pas tardé à se faire sentir puisqu'il a permis à l'Ukraine cette année-là de se hisser jusqu'à la sixième place de l'Euro et de se qualifier pour la Coupe du Monde pour la toute première fois de son histoire.


Des big men et Pooh Jeter, la recette gagnante de l'Ukraine en 2013 et 2014 (photo : FIBA)


Le résultat probant d'un long travail de scouting pour la fédération ukrainienne. Un préalable indispensable afin de s'assurer d'une greffe réussie entre le joueur naturalisé et les onze autres membres de la sélection. Il ne suffit pas simplement de choisir un Américain performant afin de s'assurer de meilleurs résultats et un an après le Mondial 2014, l'Ukraine en a fait l'amère expérience en s'attachant hâtivement les services de Jerome Randle, poste 1 (aussi) vu à Limoges ces derniers mois. Tant sportivement qu'humainement, son passage au sein de l'équipe ukrainienne n'a pas été concluant et les coéquipiers de Kyrylo Fesenko ont bouclé l'EuroBasket 2015 à la 22e place, le plus mauvais résultat de leur histoire. Par conséquent, Andrey Lebedev est bien placé pour donner les conditions d'un choix réussi : "C'est compliqué de trouver le joueur idoine. Nous avons eu deux expériences contrastées avec Pooh Jeter et Jerome Randle. Avant de choisir Pooh, nous avons énormément discuté de sa personnalité. Mike Fratello nous a beaucoup aidés, il a contacté les anciens entraîneurs de Pooh et a collecté énormément d'informations sur lui, sur sa famille, sur tout... Aussi, il avait joué une saison au BK Kiev en 2007/08 et n'avait laissé que des bons souvenirs. Alors nous avons décidé de le prendre et c'était la bonne décision. Pour Jerome, nous sommes allés beaucoup plus vite, nous avons décidé rapidement. Et autant c'était un bon joueur, autant il n'était pas impliqué dans l'équipe comme pouvait l'être Pooh."

Le passeport européen, "une mine d'or", un accessit vers de meilleurs contrats

En revanche, du côté des joueurs courtisés, le choix est beaucoup plus facile à faire. Si cela leur coûte de sacrifier un été, seule période de l'année où ils peuvent être avec leurs familles aux États-Unis, ils sont vite conquis par la perspective de recevoir un passeport européen, qui leur permet d'être considérés comme des joueurs Bosman, leur offrant conséquemment plus d'opportunités sur le marché des transferts. "Le passeport géorgien va me permettre dans le futur de pouvoir intégrer des équipes qui me seraient inaccessibles sans lui", confirme le nouveau Strasbourgeois Michael Dixon, meneur de l'équipe de Géorgie, originaire de Kansas City. Et surtout des émoluments supérieurs à ceux auxquels lui et ses comparses pourraient prétendre avec un simple passeport américain.

C'est pourquoi de nombreux joueurs Américains recherchent déséspérément un second passeport, qui fera d'eux une "mine d'or" aux yeux des équipes du Vieux Continent : "La présence de joueurs américains en Europe augmente évidemment le niveau athlétique et diversifie la compétition", avance Darryl Bryant, Américain en quête d'une seconde nation, récemment sacré champion de Finlande avec Kataja. "Mais si les championnats européens progressent, ils cherchent également à maintenir une forte identité locale et à offrir des postes aux joueurs locaux. Du coup, j'essaye d'obtenir une double citoyenneté. Avoir un second passeport est énorme pour un Américain. Tout simplement énorme. Ton pouvoir de négociation monte en flèche si tu peux être signé comme un Européen. Je me fiche de l'identité du pays, si je peux trouver un endroit où m'établir et jouer pendant un moment, je suis partant." Et ça, les fédérations l'ont bien compris. De manière globale, il n'y a pas besoin de mille arguments afin de convaincre le joueur ciblé d'accepter la nationalité. "Il ne faut pas se le cacher, il y a un intérêt partagé entre la fédération et le joueur", ajoute Andrey Lebedev. "Nous pallions des défauts de notre équipe et le joueur reçoit un passeport qui va ensuite l'aider sur le marché à obtenir de meilleurs contrats."

Naturalisés alors qu'il n'est pas rare qu'ils n'aient jamais mis les pieds dans leur nouveau pays avant de recevoir leurs papiers d'identité, les néo-internationaux font en majorité peu de cas de conscience au moment d'enfiler le maillot d'une nation presque inconnue. La plupart d'entre eux évoquent même "un honneur", "une fierté", "une chance", presque quelque chose de naturel. "Pour moi, c’est normal de jouer pour la Bulgarie", soutient Dee Bost. "Je connaissais déjà un peu le pays car l’un de mes meilleurs amis est Bulgare [...] et il m’en a beaucoup parlé. Alors il n’y avait rien d’étrange pour moi." Tout juste si A.J. Slaughter, Polonais depuis 2015, concède que "c’est un peu bizarre" de jouer pour un pays avec lequel il n'avait aucun lien auparavant.

Sans faire une généralité de l'exemple du Kosovo, où les joueux locaux "vénéraient" Justin Doellman l'été dernier selon les propos du président de la fédération, les naturalisés reçoivent souvent un accueil chaleureux de la part des véritables internationaux. "Nous les accueillons comme s'ils étaient de véritables Monténégrins", nous confie le Choletais Ivan Maraš, régulièrement sélectionné. "Je pense qu'ils le ressentent et se donnent à 100% pour notre équipe. Je n'ai jamais été témoin d'un problème ou d'une mauvaise compréhension." Vainqueur de l'EuroLeague en 1998 avec le Kinder Bologne et champion NBA en 2005 avec les Spurs, Radoslav Nesterović ajoute, à propos du cas Anthony Randolph (deuxième Américain naturalisé par la Slovénie après Ariel McDonald lors de l'EuroBasket 2001), qu'il a "rapidement créé des liens avec l'équipe et le staff." Mais les exemples inverses existent aussi, à l'instar de l'intégration superficielle de Jerome Randle avec la sélection ukrainienne ou, plus grave encore, l'exclusion cette semaine d'Alex Renfroe de la sélection de Bosnie-Herzégovine suite à "une grave violation de la discipline de l'équipe" dans la nuit suivant la défaite contre la Suède (72-88, le 12 août).

Parfois, des rémunérations ou des contrats longue durée...

Les plus folles rumeurs ont toujours circulé concernant les éventuels ponts d'or offerts par les fédérations à leurs nouvelles recrues américaines. La réalité semble beaucoup plus nuancée. Les joueurs interrogés ont presque tous affirmé jouer sans salaire, simplement en échange du passeport, sauf le Géorgien Michael Dixon qui nous a spontanément clamé "qu'il n'y a pas beaucoup de basketteurs qui jouent gratuitement en Europe, surtout au plus haut niveau", avant de se montrer beaucoup moins prolixe lorsque nous avons ensuite tenté d'en savoir plus sur ses rétributions, qui ne consistent pas forcément en un salaire mais peut-être simplement d'avantages en nature. Nos demandes de renseignement auprès de la fédération géorgienne sont restées lettre morte.


Dixon reçoit-il un salaire de la part de la fédération géorgienne ? (photo : @_GeoBasketball)


La Géorgie n'est pas forcément un cas singulier. Lorsque nous avons demandé à Andrey Lebedev si Pooh Jeter et Jerome Randle avaient été rémunérés par la fédération ukrainienne à l'occasion de leurs étés passés avec l'équipe nationale, la réponse fut surprenamment évasive pour quelqu'un en charge de l'équipe nationale, à défaut d'être négative : "Je ne sais pas s'ils sont payés, vraiment."

La naturalisation de joueurs américains peut cependant être une pratique à double tranchant pour les sélections nationales. Le risque étant de voir certains joueurs vouloir simplement assurer le service minimum, c'est-à-dire un seul été à défendre les couleurs du pays avant de ne plus vouloir venir. Par exemple, selon la presse espagnole, la fédération monténégrine (qui nous a cependant démenti l'information) aurait menacé Tyrese Rice de retrait de passeport s'il ne répondait pas à l'appel du drapeau cet été. Naturalisé en 2013, le héros de la finale de l'EuroLeague 2014 n'avait disputé que le championnat d'Europe de cette année-là et avait déclaré forfait dans des conditions douteuses l'an dernier. "Le problème, c'est quand ils refusent de revenir en équipe nationale", confirme Elena Boychinova, représentante de la fédération bulgare.

Danger identifié, danger neutralisé pour la Bulgarie, qui a trouvé la parade en faisant tout simplement signer un engagement écrit à Dee Bost lors de sa naturalisation en 2016. "Ils m'ont fait signer un contrat de cinq ans", témoigne l'ancien Monégasque. "Du coup, je dois encore venir pendant trois années". Un procédé qui aurait pu inspirer le Kosovo. Présent dans les compétitions FIBA depuis l'été dernier, le petit dernier des Balkans a naturalisé une floppée de joueurs comme Justin Doellman, Scott Bamforth et Shawn Jones mais n'a pu faire en venir aucun cette année pour les pré-éliminatoires des qualifications pour la Coupe du Monde 2019. Tant et si bien que lors de son unique match disputé sous nos yeux à Tallinn le 9 août (50-76 contre l'Estonie), la sélection kosovare nous est apparue d'une extrême faiblesse.

Un débat sans fin

Évidemment, recruter des joueurs américains afin de jouer les stars en équipe nationale est une pratique des plus controversées. Et cela jusque dans les sélections possédant elles-mêmes un joueur naturalisé, à l'instar de la République tchèque. "Ces naturalisations sont un gros problème pour le basket", clame Michal Šob. "J'y ai longuement pensé pour Blake Schilb, nous avons eu d'énormes débats au sein de la fédération tchèque pour savoir si nous devions le faire ou pas. Mais sa femme est Tchèque, l'un de ses fils est né ici et il a joué deux ans à Nymburk donc nous avons décidé de sauter le pas. Mais nous perdons l'esprit des compétitions internationales, cela va se finir comme si c'était une compétition de club."

Il est aussi de savoir commun que cela n'a rien de populaire auprès des grandes nations du basket. Les propos de Milos Teodosic ont notamment marqué les esprits en 2015, lorsque le génial meneur serbe a affirmé qu'il quitterait sa sélection dans le cas où elle ferait appel à un joueur issu de l'extérieur : "Si cela devait arriver, je ne jouerais plus un seul match avec l'équipe de Serbie. Je n'irais même plus voir une rencontre en tant que supporter. Pour moi, ce n'est pas normal. Il faut simplement utiliser les joueurs à notre disposition, peu importe que l'on puisse gagner une médaille d'or ou se contenter de la 10e place. Même si un joueur naturalisé pourrait faire de nous des champions, je ne l'accepterai pas."


Milos Teodosic a clairement pris position contre les naturalisations (photo : Sébastien Grasset)

Néanmoins, il est bien sûr beaucoup plus facile de s'élever contre ces naturalisations lorsque l'on est assuré de disposer d'une équipe compétitive en ne s'appuyant que sur des nationaux. Les petites sélections demandent plus de compréhension, en avançant l'argument d'un total limité de forces vives. "Bien sûr, qu'en tant que fédération nationale, nous préférerions que le Bulgarie ait plus de joueurs talentueux issus du pays, que notre sélection soit entièrement composée de Bulgares et nous essayons de faire de notre mieux", fait valoir Elena Boychinova. "Nous avons commencé à travailler avec les U13 afin de développer un plus grand groupe de joueurs mais la Bulgarie n'est pas un grand pays de basket et ne peut pas se targuer d'un réservoir immense comme la France, l'Espagne, la Russie, la Turquie, la Serbie et compagnie." Tout en avançant que l'intégration de joueurs dominants en provenance des Etats-Unis, comme Dee Bost pour le cas de la Bulgarie, permet de populariser le basket et d'inspirer les futures générations de joueurs. "Les naturalisés sont attractifs pour notre public et leur présence en équipe nationale motive les jeunes joueurs dans leur progression. De même, ils aident vraiment à rendre notre sport encore plus populaire. Les supporters et les enfants les adorent, ils se comportent bien et jouent avec passion pour la Bulgarie. Ils sont des exemples d'éthiques de travail et de détermination."

L'affaire Slaughter, cas extrême de la dérive de la multiplication des passeports

Pourtant, malgré les polémiques, les naturalisations tendent à se généraliser, majoritairement (sans surprise) chez les petites nations. Des treize nations européennes actuellement engagées dans les premiers méandres des qualifications pour le Mondial 2019, six peuvent compter sur les services d'un Américain (Mike Moser pour l'Albanie, Ryan Boatwright pour l'Arménie, Alex Renfroe avant son exclusion pour la Bosnie-Herzégovine, Dee Bost pour la Bulgarie, Jordan Theodore pour la Macédoine et Andre Jones pour la Slovaquie).

Et cela ne s'arrête pas aux frontières européennes : les passeports respectivement sénégalais et camerounais de Clevin Hannah et D.J. Strawberry en attestent pour l'Afrique, alors que cela est encore plus répandu en Asie. L'exemple de la présence d'Andray Blatche au sein de la sélection des Philippines est le plus connu, mais il est loin d'être esseulé. Ainsi, la Jordanie a évolué ces dernières années avec une multitude de naturalisés différents : Rasheim Wright, Jimmy Baxter (vainqueur de la Coupe de France 2006 avec Dijon), Alex Legion et l'ancien Savoyard Dar Tucker, avant que Kevin Ware ne reprenne le flambeau cette année. Le miraculé de Louisville n'est pas le seul étranger d'origine à prendre actuellement part au championnat d'Asie à Beyrouth. On recense notamment Kevin Galloway avec la sélection irakienne, Ira Brown avec le Japon, Norvel Pelle avec les hôtes libanais et plus surprenant encore, le Monténégrin Ivan Todorović avec la... Syrie. Cela se fait même de plus en plus jeune : en juillet, l'histoire d'un universitaire de Las Vegas, Jordan Davis (20 ans), recruté par l'Azerbaïdjan pour disputer la... division B du championnat d'Europe Espoirs avait fait grand bruit. Mais s'il a terminé meilleur marqueur de la compétition (26,8 points), il n'a pu masquer la faiblesse de sa sélection, piteuse 19e sur 21.

Alors forcément, avec une telle prolifération, les dérives ne sont jamais loin. Surtout que certaines naturalisations douteuses ne sont pas destinées à renforcer l'équipe nationale mais simplement à contourner les quotas de joueurs étrangers en Europe, en échange d'une certaine somme d'argent. Après l'affaire des faux passeports émanant de Guinée-Bissau impliquant K.C. Rivers, Colton Iverson et Mike James, celle qui fait grand bruit en ce moment concerne deux anciens joueurs de Pro A : Andy Panko et, surtout, Marcus Slaughter. Les deux intérieurs possédaient des papiers officiels de la Guinée-Équatoriale (à noter que Panko ne l'a jamais utilisé). Problème : leurs deux passeports avaient le même numéro, « AA001696 ».

L'enquête a pris une toute autre tournure au début de l'été lorsque Marcus Slaughter a certifié devant la justice que le passeport lui avait été donné par le Real Madrid, après qu'il eût payé 35 000 euros à son agent (Julian Aranda, de BeoBasket) afin d'obtenir le statut de Cotonou. Or, la procédure de la Liga Endesa veut que ce soit le joueur qui présente ses papiers officiels au club et non l'inverse. Les propos de l'ancien pivot de Gravelines-Dunkerque, du Havre et de Nancy pourraient être lourds de conséquences pour le Real Madrid. En 2015, le club madrilène avait réalisé le triplé Liga ACB - Coupe du Roi - Euroleague et Slaughter a utilisé son passeport guinéen pour treize rencontres de championnat, ainsi que la Copa del Rey, permettant ainsi à son équipe de pouvoir compter sur un Américain supplémentaire. De fait, le Real Madrid pourrait perdre ses deux titres.

 La brèche des moins de 16 ans

Pour en revenir aux naturalisations destinées aux sélections nationales, il n'y a malheureusement pas grand chose à faire de plus sur le sujet. Elles ne contreviennent à aucun règlement et la FIBA fait déjà partie des institutions sportives les plus strictes à ce sujet, si l'on met de côté la FIFA qui exige depuis 2004 que le joueur prouve "un lien clair" avec son nouveau pays en y ayant vécu au moins deux ans ou en ayant des parents ou des grands-parents qui y sont nés. Il n'y a qu'à regarder l'exemple de l'équipe de handball du Qatar, vice-championne du monde en 2015, avec treize naturalisés sur seize dans ses rangs pour s'en rendre compte. Ou encore les (27 et 14) sélections du Néo-Zélandais Uini Atonio et du Fidjien Noa Nakaitaci en équipe de France de rugby, sans pour autant avoir la nationalité française.

L'Espagne a déjà tenté de fragiliser la position de la FIBA en tentant d'introduire certains critères, comme la formation d'un joueur dans son pays d'accueil, afin d'autoriser la sélection d'un deuxième joueur naturalisé, comme cela était possible avant les années 1980. Ce qui lui aurait permis de s'offrir une terrifiante association Serge Ibaka - Nikola Mirotic dans la raquette, au lieu de devoir constamment choisir entre les deux. De vaines demandes, qui n'ont jamais poussé la FIBA à revenir sur son règlement.

Et s'il n'y a pas grand chose à faire sur le sujet, c'est surtout parce que l'autorisation de disposer d'un joueur naturalisé parait toutefois nécessaire pour les cas légitimes, comme l'était Joakim Noah en 2011 pour citer un exemple concernant les Bleus. Mais les lois de la FIBA contiennent cependant une brèche possible dans la nuance concernant les joueurs de moins de 16 ans. Pour rappel, le texte dispose qu'une "équipe nationale participant à une compétition FIBA ne peut avoir qu'un seul joueur ayant légalement acquis la nationalité du pays, par naturalisation ou tout autres moyens, après l'âge de 16 ans." Ainsi, si les joueurs obtiennent leur passeport avant l'âge de 16 ans, ils seront considérés comme des nationaux à part entière, et non comme des naturalisés. Ce qui sera, par exemple, le cas de Sekou Doumbouya, naturalisé Français en novembre 2016 à l'âge de 15 ans, non sans avoir reçu auparavant un intérêt de... l'Espagne.

Certaines fédérations ont déjà tenté de s'engouffrer dans la brèche permise par le règlement de la FIBA. En 2015, il a notamment été révélé que le Qatar avait recruté (et, vraisemblablement, payé), en 2013, deux Sénégalais et neuf joueurs originaires de Bosnie-Herzégovine, âgés de 15 ans, afin de constituer son équipe U16 et pourquoi pas son équipe A quelques années plus tard. Mais les joueurs concernés ont été déclarés inéligibles par la FIBA. Même si de manière assez surprenante, quatre d'entre eux (Alen Hadzibegovic, Nedim Muslic, Faris Sadikovic et Ndoye Elhadj Seydou) ont pu disputer la Coupe du Monde U18 de 3x3 en 2016. Ce qui a permis au Qatar de remporter la compétition ! Preuve que les dérives sont possibles. Même si la naturalisation de joueurs avant la barre fatidique des 16 ans n'est pas forcément une garantie pour l'équipe nationale A étant donné le peu de certitudes que l'on peut avoir sur leur futur niveau à un si jeune âge. Mais le danger potentiel n'est pas à écarter.

 
Le Qatar, champion du Monde juniors de 3x3 en 2016 grâce à quatre naturalisés

Au final, ce sont les législations internes qui sont en cause dans ce complexe dossier des naturalisations. "La FIBA ne peut pas interdire à un pays de donner un passeport à un basketteur sous prétexte qu'il n'y a aucune connexion entre le joueur et la nation", regrette Michal Šob, soulignant, par ailleurs, la rigidité de la législation tchèque qui impose un lien clair avec le pays afin de pouvoir prétendre à un passeport. Une rigueur qui est loin de s'observer partout, en témoignent les nombreux cas de naturalisations express. Par exemple, pour s'offrir un meneur différent chaque année, le Monténégro s'appuie sur ses textes nationaux qui permettent la création d'un passeport monténégrin dans le cas où les institutions compétentes estiment que l'individu concerné permettrait le rayonnement du Monténégro dans son domaine. Mais ailleurs, cela peut également se compliquer. "Nous avons eu de très bonnes relations avec les administrations des deux derniers présidents de la Bulgarie", témoigne Elena Boychinova. "Mais le processus n'est pas facile du tout, il est même en train de se compliquer. Cela prend désormais plus de temps et nécessite encore plus de lobbying et de discussions."

De fait, tant que les législations internes resteront si souples, il n'y a pas de grandes améliorations à espérer dans les prochaines années. Au contraire, il faudra juste souhaiter que la FIBA puisse contrôler les dérives possibles de la règle des moins de 16 ans et qu'elle n'ouvre pas la porte à deux naturalisés. Quant à l'éthique ? "Nous ne faisons que suivre les règles de la FIBA", répond laconiquement Rašo Nesterović...

 

Paroles de naturalisés :
"Le plus bel honneur que l'on puisse avoir en Europe"

Cinq joueurs naturalisés ont accepté de répondre à nos questions sur ce sujet. Deux disputeront l'EuroBasket : A.J. Slaughter (ASVEL) avec la Pologne et Michael Dixon (Strasbourg) avec la Géorgie. Deux autres sont actuellement engagés dans les pré-éliminatoires de la Coupe du Monde 2019 : Dee Bost (Zalgiris Kaunas) a d'ores et déjà rempli sa mission avec la Bulgarie alors que Jordan Theodore (Milan) a encore un dernier match à gagner, en Estonie, avec la Macédoine afin de hisser sa nouvelle sélection jusqu'aux qualifications du Mondial. Enfin, Derek Needham (Mornar Bar) a permis au Monténégro de se qualifier pour l'EuroBasket l'été dernier.

Quand vous pensez que vous avez la double nationalité, qu'est-ce que cela vous évoque ?

A.J. Slaughter : C’est important pour moi. Cela fait trois années que je joue avec la Pologne. Maintenant, je me sens vraiment comme un gars normal dans l’équipe, mes coéquipiers m’ont accepté et accueilli dans la famille.

Derek Needham : (il rit) Quand on m'a proposé de prendre le passeport, j'ai juste pensé que ce serait une super chance pour moi. Évidemment, je ne peux pas jouer pour Team USA mais défendre les couleurs d'une équipe nationale est probablement le plus bel honneur que l'on puisse avoir en Europe, à part disputer l'EuroLeague. J'ai trouvé ça cool de pouvoir jouer aux côtés de gars qui évoluent en NBA, en EuroLeague, en EuroCup...

Dee Bost : C’est un honneur d’être citoyen de deux pays. Je le prends comme une bonne chose. Surtout d’un point de vue basket puisque je compte comme un Européen en club et non pas comme un Américain. Cela peut parfois aider.

Jordan Theodore : Au début, je ne savais pas trop quoi en penser. Mais j’ai disputé mon premier match hier à Pristina, au Kosovo (entretien réalisé le jeudi 3 août, ndlr). Et là, j’ai compris. J’ai déjà joué des matchs avec une grosse rivalité. Mais ici, c’est encore autre chose. C’est un pays entier qui ne nous aime pas, tout simplement. Maintenant, ça veut dire beaucoup pour moi. Je comprends la fierté des joueurs et ce que ça signifie de jouer pour un pays, d’enfiler ce maillot et de tout donner pour lui.

Avant de recevoir ce passeport, aviez-vous déjà pensé que vous pourriez jouer un jour pour une équipe nationale ?

A.J. Slaughter : Non, cela ne m’avait jamais traversé l’esprit. Jusqu’à ce que l’opportunité se présente il y a trois ans, je n’avais jamais imaginé jouer pour un autre pays ou détenir un deuxième passeport.

Derek Needham : Non, c'était vraiment une surprise, je n'y avais absolument jamais pensé.

Dee Bost : Oui, j’avais envie d’avoir un passeport européen. J’ai su que j’allais pouvoir en avoir un lorsqu’un pays m’a contacté et voulait vraiment me naturaliser mais ce n’était pas la Bulgarie. La fédération bulgare est arrivée au dernier moment, cela m’a surpris. J’ai choisi la Bulgarie car ils sont dans l’Union Européenne.

Jordan Theodore : Je savais que des pays allaient me contacter mais je ne réalisais que je pourrais vraiment jouer pour l’un d’entre eux.

Michael Dixon : Bien sûr, j'ai toujours voulu jouer pour un pays mais il y a une très longue file d'attente (il rit). Mais c'est un honneur de représenter la république de Géorgie et je suis heureux d'avoir pris cette décision.

Comment est-ce que l'opportunité s'est présentée à vous ? Qui est venu vous chercher ? 

A.J. Slaughter : Le GM de la sélection polonaise, Marcin Widomski. Il m’a vu jouer en Summer League et en France. Le coach Mike Taylor a aussi beaucoup étudié mon jeu. J’étais sur la liste des joueurs susceptibles d’obtenir un passeport et cela s’est concrétisé.

Derek Needham : C'est le GM de l'équipe nationale qui m'a contacté et m'a demandé de jouer pour eux. Il m'a dit qu'ils avaient besoin de moi pour disputer les qualifications pour l'EuroBasket 2017. Je me suis dit que ce serait cool de faire cela.

Jordan Theodore : Je pense que c’est juste grâce à mes bonnes performances. Cela fait deux saisons que je joue bien et beaucoup de gens l’ont remarqué. Je crois que je suis devenu l’un des meilleurs joueurs en Europe donc c’est quelque peu difficile de ne pas avoir un joueur comme moi dans une équipe nationale, quand on voit tout ce que je peux faire sur un terrain. Je ne sais pas trop qui est venu me chercher. Ils ont contacté mon agent, je n’ai parlé à personne directement. Mais je connaissais déjà la fédération macédonienne par l’intermédiaire de mon bon ami Bo McCalebb. Je sais ce qu’il a fait ici et je connais l’histoire du club (sic).

Michael Dixon : Je ne répondrai pas à cette question, je ne veux pas attiser un problème.

Comment vous ont-ils convaincu ? Est-ce qu'il y a eu des négociations ?

A.J. Slaughter : J’ai été séduit par la possibilité de pouvoir disputer le championnat d’Europe, de pouvoir goûter à un tel niveau de compétition. Lors de mon premier EuroBasket, j’ai pu affronter des gars comme Tony Parker. C’est toujours bien de pouvoir se mesurer aux meilleurs. C’était une belle occasion pour moi de continuer à jouer au basket et de m’améliorer.

Derek Needham : Non, ils m'ont juste dit que j'aurais un passeport monténégrin et qu'il fallait les aider à se qualifier. Ça a suffi pour me convaincre, c'était une belle opportunité en soi, quelque chose que je n'avais jamais pensé pouvoir faire.

Dee Bost : Un peu, oui. La seule chose, c’est qu’ils m’ont juste fait signer un contrat de cinq ans. Du coup, je dois encore venir pendant trois années. 

Jordan Theodore : Bo McCalebb m’a dit beaucoup de bonnes choses sur l’équipe et le pays. Je me suis dit que c’était une occasion en or pour moi, surtout à ce moment-là de ma carrière.


Derek Needham le Monténégrin face à Michael Dixon le Géorgien (photo : KSCG)


Est-ce que vous réalisez à quel point avoir un passeport européen est un atout majeur sur le marché des transferts ?
 

A.J. Slaughter : Je n’ai encore jamais vraiment eu l’opportunité de m’en servir en club mais je pense que ça m’aidera forcément à terme, oui.

Derek Needham : Oui, maintenant, je m'en rends compte. Au début, je n'ai même pas réalisé. Je pensais juste au fait de pouvoir jouer pour un pays. Alors que oui, avoir un passeport européen élargit considérablement mon champ de possibilités sur le marché. 

Dee Bost : Oui, il m’a servi pour signer à Monaco l’année dernière. Cette année, je ne m’en suis pas servi pour rejoindre Kaunas. Mais il me sera de nouveau utile dans le futur.

Jordan Theodore : Cela m’a déjà beaucoup aidé en effet ! Je pense que j’aurais signé en EuroLeague cet été même sans avoir la nationalité macédonienne mais j’ai vraiment pu faire passer ma carrière à un niveau supérieur. Un passeport européen est une aide précieuse : je ne compte pas comme un Américain et ça permet à mon équipe de Milan de signer un autre Américain.

Michael Dixon : Ce passeport va me permettre dans le futur de pouvoir intégrer des équipes qui me seraient inaccessibles sans lui. 

Est-ce que vous vous sentez légitime à défendre les couleurs de ton nouveau pays ? Ce n'est pas un peu étrange de jouer pour un pays avec qui vous n’avez aucun lien avant ? 

A.J. Slaughter : C’est sûr que c’est un peu bizarre. Ce n’est pas mon pays d’origine. Je n’ai absolument aucun lien avec la Pologne, aucune origine ici, je n’ai jamais joué dans le championnat polonais. Mais j’ai vraiment été bien accueilli et intégré dans l’équipe par mes coéquipiers. Au final, c’est tout ce qui compte pour moi.

Derek Needham : Non, ce n'était pas bizarre du tout. Tant que tu joues au basket, ça va. Surtout avec un bon groupe de gars, comme c'était le cas dans l'équipe monténégrine. Pour moi, tout s'est bien passé. 

Dee Bost : Pour moi, c’est normal. Je connaissais déjà un peu la Bulgarie car l’un de mes meilleurs amis est Bulgare, il jouait avec moi lors de ma première saison en Europe, au Monténégro (il s’agit de Pavlin Ivanov, actuel arrière du Lukoil Academic Sofia). Nous sommes restés en contact depuis. Lorsqu’on était ensemble à Pogdorica, il m’a beaucoup parlé de la Bulgarie. Alors il n’y avait rien d’étrange pour moi.

Jordan Theodore : (il hésite) Non. Du moins, je ne me sens pas perturbé. Tout le monde m’a tellement bien accueilli ici. Je suis un mec relax, qui a les pieds sur terre et qui travaille dur. Alors j’apprécie tout cet amour que les Macédoniens me donnent et je vais essayer de leur rendre. 

Michael Dixon : Pas du tout. Je suis un citoyen géorgien, je me considère comme un Géorgien et c'est pour eux que je joue.

Est-ce que vous vous sentez intégrés dans vos équipes, malgré vos origines différentes ?

Derek Needham : J'ai adoré mes coéquipiers. J'en connaissais déjà certains, avec qui j'avais joué en club. Aussi, c'était sympa de pouvoir côtoyer Nikola Vucevic, après l'avoir regardé en NBA. Idem pour certains gars évoluant en Espagne, qui sont devenus de très bons amis. Tout le monde était très sympa et m'a de suite accepté. Je n'ai eu aucun problème.

Dee Bost : Partout où je vais, je m’entends bien avec mes coéquipiers. Je suis ici pour jouer au basket, pour progresser et gagner des matchs. C’est le plus important pour moi. 

Jordan Theodore : Oui, c’est une situation parfaite pour moi.

Michael Dixon : Je me sens très bien dans l'équipe. Tout le monde m'a accueilli à bras ouverts, surtout les supporters de Tbilissi qui ont une place spéciale dans mon cœur. Les voir soutenir quelqu'un qui joue pour leur pays sans en être originaire est un sentiment incroyable, je me sens comme un joueur lambda dans l'équipe et c'est génial. 

Est-ce que vous avez déjà senti avoir été parfois la cible de critiques, que ce soit de la part de supporters ou d'adversaires, suite à l'obtention de ton passeport ?

A.J. Slaughter : Non, je n’ai jamais eu affaire à ce type d’évènements. Je n’ai jamais été le témoin d’une mauvaise réaction au fait que je sois un Afro-Américain dans une sélection polonaise. Tout se passe bien pour l’instant. 

Derek Needham : Non, non... Tous les joueurs Américains à qui j'ai parlé m'ont dit « Good job ! », ils étaient heureux pour moi, du fait que j'ai pu avoir un passeport européen et jouer pour une équipe nationale. Aucune mauvaise expérience pour moi de ce côté-là.

En revanche, comprenez-vous que cela puisse choquer des gens, que certains se disent que cette pratique détourne l'éthique du sport et l'essence même d'une équipe nationale ? 

A.J. Slaughter : Oui, je comprends que certains ne veuillent voir que des joueurs vraiment issus des pays en lice. Je perçois leur argument. Mais si c’est légal et que les joueurs de l’équipe acceptent, c’est tout ce qui compte.

Derek Needham : Oui, d'un côté, je peux comprendre cela. Mais je ne suis pas le premier joueur à suivre cette trajectoire, cela fait un petit moment que ça dure... J'ai juste pensé qu'aider un pays serait une belle opportunité pour moi. Mais oui, je peux me mettre du côté européen et comprendre que certains se demandent comment nous pouvons jouer pour un pays sans y être né, oui... 

Dee Bost : Pour être honnête, je me fiche de ce que pensent les gens. Ce n’est pas eux qui se retrouvent dans cette situation, ce n’est pas eux qui doivent sacrifier leur été et leurs vacances en famille afin de venir jouer. Certes, je ne suis pas vraiment Bulgare mais je suis un joueur naturalisé de la sélection bulgare. Je sais que certaines personnes sont contre le fait de donner des passeports à des Américains ou à d’autres joueurs mais elles peuvent penser ce qu’elles veulent. Moi, je suis dans cette situation et j’essaye d’en tirer le meilleur.

Jordan Theodore : Je peux comprendre que certains ressentent cela mais beaucoup de pays procèdent comme cela maintenant. Je ne suis pas le premier joueur à recevoir un passeport (il rit), et certainement pas le dernier. Il y a beaucoup de joueurs binationaux en Europe. Il faut d’abord penser à cela, c’est quelque chose d’extrêmement positif pour les joueurs. Pour moi, c’est aussi une chance de continuer à en apprendre sur le jeu européen, à m’améliorer. C’est très différent du jeu américain donc c’est très important que je continue de progresser. 

Michael Dixon : Je ne pense pas que les gens soient choqués. C'est le sport et dans le sport, il faut gagner. Les équipes doivent faire tout ce qu'il faut pour gagner et ce n'est pas contre les règles. Alors c'est accepté.

Aussi, comprenez-vous cette stratégie pour une fédération qui consiste à embaucher un joueur qui n'avait aucun lien à l'origine avec le pays ? 

A.J. Slaughter : Ils veulent gagner. Et dans le championnat d’Europe, certaines nations ont des joueurs calibrés NBA ou EuroLeague donc il faut rivaliser. Je crois que les pays feront tout ce qui leur est permis de faire pour gagner.

Jordan Theodore : Lorsqu’on parle de cette situation, je n’ai qu’une chose à dire : je suis ici et je vais tout donner pour l’équipe. Je n’avais aucun lien avec la Macédoine mais j’ai l’impression que j’en ai, en réalité. Bo McCalebb m’en a tellement parlé, m’a dit plein de choses positives. Je me considère comme faisant du pays. J’ai la nationalité, je me sens Macédonien. 

Est-ce que vous faites une grande différence entre jouer pour un club et jouer pour une sélection ?

A.J. Slaughter : C’est spécial de jouer pour une équipe nationale. Nous représentons un pays entier, la Pologne.

Dee Bost : La seule différence, c’est qu’il y a un salaire en club. Mais sinon, je dispute tous les matchs de la même façon. 

Michael Dixon : L'équipe nationale est différente car tu n'es pas ensemble aussi longtemps qu'en club donc il faut se préparer plus vite et assimiler beaucoup d'informations en un court laps de temps

Qu'attendez-vous de cet été ? 

A.J. Slaughter : Je veux que cet EuroBasket soit une bonne expérience pour moi. Notre objectif majeur est de pouvoir aller à Istanbul et on verra ensuite jusqu’où nous pouvons aller.

Jordan Theodore : J’espère vraiment progresser, gagner des matchs pour la Macédoine et me préparer pour Milan ! 

Michael Dixon : J'espère que nous pourrons être compétitifs et évoluer à un haut niveau. Mais je pense que nous aurons le groupe le plus relevé à l'EuroBasket avec la Lituanie, l'Allemagne, l'Italie, Israël et l'Ukraine.

Que pensez-vous du niveau des matchs internationaux ? 

A.J. Slaughter : Il est vraiment très élevé ! C’est très compétitif, avec des joueurs qui ont l’habitude d’évoluer en NBA, en EuroLeague, en EuroCup… Les voir tous se réunir afin de jouer pour leur pays, c’est vraiment quelque chose de spécial.

Derek Needham : J'ai trouvé que c'était très bien. Ce doit être le plus haut niveau en Europe, avec l'EuroLeague. Il y a beaucoup de joueurs qui sont en NBA par exemple, ce sont des gars que l'on n'a pas l'habitude d'affronter lors de la saison régulière en Europe. 

Dee Bost : Je pense qu’il est bon. Tous les pays amènent leurs meilleurs joueurs. C’est une belle scène pour montrer ce que l’on vaut.

Jordan Theodore : Je n’ai pas encore affronté de grands pays. On a affronté la Bulgarie de mon gars Dee Bost, c’est une équipe talentueuse. On a perdu notre premier match contre le Kosovo. C’était un match difficile à l’extérieur, dans une ambiance complètement folle. Pour l’instant, j’adore ! D’habitude, en club, je croise des joueurs de haut niveau. Mais là, en jouant pour une équipe nationale, je vois que même des petits pays ont aussi des joueurs talentueux, que je ne pourrais pas affronter en temps normal. 

Michael Dixon : Je pense que le niveau est tout aussi bon qu'en EuroLeague ou dans n'importe quel championnat européen.


Dee Bost le Bulgare et Jordan Theodore le Macédonien


Est-ce que vous vous sentez pleinement citoyen de votre nouvelle nation ? Par exemple, vous avez essayé d’en savoir plus sur le pays, d’apprendre la langue ?
 

A.J. Slaughter : Oui, j’essaye de découvrir le pays. Je suis allé voir des vestiges de la guerre à Varsovie et beaucoup de choses historiques dans la ville. En revanche, je ne peux pas parler le Polonais mais les gars m’apprennent les gros mots (il rit).

Derek Needham : Quand j'étais avec l'équipe, je parlais toujours du pays avec certaines personnes. J'avais droit à des leçons d'histoire sur le Monténégro. Les joueurs me racontaient des choses du passé. C'était assez cool. 

Dee Bost : Je peux comprendre un peu le Bulgare mais je ne le parle pas. Je n’ai pas le temps d’apprendre la langue, je suis ici pour jouer au basket. Je me considère comme un citoyen des Etats-Unis et de Bulgarie. Je suis Américain d’abord, mais aussi Bulgare. Je me vois comme un binational.

Jordan Theodore : J’essaye d’en apprendre le plus possible mais le basket m’occupe beaucoup. La nourriture est super, les gens sont sympas et Skopje est une belle ville. Je n’ai pas encore vu d’autres villes, à part Mavrovo. Mais tout le monde est tellement gentil avec moi. 

Michael Dixon : Oui, je me sens Géorgien. Je connais quelques mots. Quand je croise des gens dans le pays, ils sont heureux de me voir et sont extrêmement gentils avec moi. Et j'aime beaucoup la ville de Tbilissi.

Mais parfois, n’est-ce pas un peu dur pour vous ? En équipe nationale, certains joueurs défendent tout un héritage culturel, historique contre d'autres pays et c'est une motivation que vous pouvez difficilement difficilement avoir... 

A.J. Slaughter : Pas vraiment, non. Je sais que mes coéquipiers jouent pour leur pays alors j’essaye de tout donner comme si je jouais pour mon propre pays.

Derek Needham : Non non, ce n'était pas compliqué. Dès que je voyais mes coéquipiers être motivés à ce point, cela me donnait automatiquement la même énergie, la même volonté de gagner et de se battre pour ce pays. 

Dee Bost : Non, je suis toujours motivé de la même manière. Je veux gagner et c’est ce que j’essaye de faire en ce moment. Je joue le jeu que j’aime et ce n’est pas difficile du tout. Chaque fois que je pénètre dans une salle

Jordan Theodore : Pas vraiment car dès que j’entre sur un terrain, c’est pour gagner. Si je ne suis pas là pour jouer dur et me battre, alors je ne veux même pas jouer. Ça n’aurait pas de sens. Mais hier au Kosovo, c’était une expérience incroyable pour moi. Dans les tribunes, les gens me faisaient des doigts d’honneur, me crachaient dessus ! Alors que je suis juste là pour jouer au basket. Je ne suis pas un dirty guy, je suis super sympa avec les supporters. Alors ce que tu racontes, oui, les gens m’en ont parlé. Mais ce n’est pas quelque chose que l’on peut comprendre jusqu’à ce que l’on se retrouve dedans.

La plupart des Américains ne passent qu’un ou deux étés à jouer pour leur nouvelle sélection nationale. Combien de temps comptez-vous rester ?

A.J. Slaughter : J’espère continuer, je me plais ici. Nous passons de bons étés en Pologne et c’est l’occasion de jouer à un haut niveau en dehors de la saison. Alors je n’ai pas envie d’arrêter. 

Derek Needham : Cet été, ils ont choisi de prendre Tyrese Rice, qui joue à Barcelone. Il a eu le passeport avant moi. Je pense qu'ils se sont dit que c'est avec lui qu'ils auraient plus de perspectives à l'EuroBasket. Il n'y a pas de soucis, le coach m'a appelé et m'a tout expliqué. J'ai fait mon job, ma mission était de qualifier le Monténégro pour l'EuroBasket et ils y sont. Je serai probablement de retour l'année prochaine.

Dee Bost : J'ai encore trois ans de contrat mais si on se qualifie pour les éliminatoires, je ne sais pas si je pourrais venir. L'EuroLeague et la FIBA ne se sont pas mis d'accord donc je ne sais pas si je serai disponible pour les prochaines échéances.

Jordan Theodore : Maintenant, mes obligations sont envers Milan et la Macédoine. Mais bien sûr que je veux jouer pour la Macédoine ! Je suis reconnaissant qu’ils aient pu me fournir un passeport et je dois assumer mes responsabilités à l’égard du pays. 

Michael Dixon : Tant qu'ils veulent bien de moi, je jouerai pour la Géorgie.

Vous jouez gratuitement ou vous êtes payé ? 

A.J. Slaughter : Je joue gratuitement, j’ai juste eu le passeport.

Derek Needham : J'ai joué gratuitement. 

Dee Bost : Je ne gagne rien, que le le passeport.

Jordan Theodore : Je joue gratuitement. 

Michael Dixon : Il n'y a pas beaucoup de basketteurs qui jouent gratuitement en Europe, surtout au plus haut niveau.

 

 
ITW Danilo Mitrovic :
"Ce n'est pas un détournement de l'éthique sportive"

Directeur de la sélection du Monténégro, Danilo Mitrovic a répondu à nos questions. Alors que son équipe se présentera à l'EuroBasket avec Tyrese Rice à la baguette dans deux semaines, il nous livre son point de vue sur la question des naturalisations.

Depuis que le Monténégro a intégré les compétitions FIBA en 2008, vous avez toujours joué avec un meneur d'origine Américaine : Omar Cook, Taylor Rochestie, Derek Needham et Tyrese Rice. Pourquoi ?

Le Monténégro ne dispose que d'une faible base de joueurs et ce n'est pas facile de créer une équipe capable de faire face aux meilleures nations lors de l'EuroBasket. Notre équipe est particulièrement vulnérable à l'extérieur, alors que nous avons d'excellents joueurs dans la raquette. C'est pourquoi que, dès la naissance de l'équipe nationale du Monténégro, nous avons décidé que nous ferons appel à un joueur naturalisé au poste 1 afin qu'il puisse nous apporter toutes ses qualités pour ce poste si important."

Pouvez-vous détailler ce processus ? Comment pouvez-vous obtenir un passeport à un joueur qui n'avait aucun lien avec le pays auparavant ?

La Fédération donne au joueur la possibilité d'analyser l'impact positif qu'il pourrait avoir sur notre équipe. S'il juge qu'il peut améliorer notre qualité globale, alors il peut obtenir un passeport monténégrin au terme d'une procédure accélérée. Les joueurs sont obligés de jouer un certain nombre d'années avec l'équipe nationale, et en échange, ce passeport leur offre un véritable avantage sur le marché des transferts européens. L'intérêt est partagé entre la fédération et le joueur. C'est un grand plaisir que de pouvoir observer les liens personnels que les joueurs tissent ensuite avec notre pays et de les voir se comporter comme s'ils faisaient partie de la famille.

L'Acte de Citoyenneté Monténégrin donne la possibilité de délivrer un passeport monténégrin à un individu qui, sur la base des recommandations des institutions compétentes, est considéré comme pouvant contribuer à l'affirmation du Monténégro dans sa profession. Plus concrètement, chaque personne dont la naturalisation servira les intérêts du Monténégro dans les domaines scientifiques, économiques, culturels ou sportifs, pourra recevoir un passeport. Tous ceux que vous appelez "joueurs naturalisés" ont parfaitement rempli leur mission d'être un digne ambassadeur de notre nation sur la scène internationale.

Beaucoup d'informations ont circulé sur la situation de Tyrese Rice au cours des dernières semaines. Il a été dit que vous l'avez menacé de retirer son passeport et que vous avez mis la pression au FC Barcelone afin qu'il puisse disputer le championnat d'Europe. Est-ce vrai ?

L'été dernier, nous avons décidé que notre naturalisé serait le moins talentueux Derek Needham. Il avait moins de responsabilités que ce que nous attendons cette année de Tyrese Rice. Nous avions un objectif concret l'été dernier : se qualifier pour l'EuroBasket. Et nous pensions pouvoir le faire avec Needham, permettant ainsi à nos joueurs nationaux de pouvoir jouer plus. Mais dès ce moment-là, nous savions que Rice serait invité à disputer le championnat d'Europe et nous n'avons eu aucun problème à recevoir une réponse positive de sa part. Il est arrivé au Monténégro le 22 juillet, comme convenu. L'ambiance est actuellement très bonne dans l'équipe, il entretient de bonnes relations avec les autres joueurs et la fédération.

La multiplication des joueurs naturalisés dans les compétitions FIBA peut être considérée comme un détournement de l'éthique sportive et de la philosophie des équipes nationales. Que pensez-vous de cela ?

Je ne suis pas d'accord. Nous vivons dans un monde mondialisé et un joueur peut être suffisant pour diminuer un peu les écarts qualitatifs qui existent avec les super-puissances du basket européen que sont l'Espagne, la Serbie, la Croatie, la France, la Russie et l'Italie. Cependant, je suis contre l'augmentation du quota de joueurs naturalisés en éqipe nationale. Mais dans ce monde mondialisé, où il y a une règle Bosman dans le football et qui autorise la circulation des individus sans documents officiels à travers l'Europe, je ne pense pas que la règle du joueur naturalisé soit un détournement de l'éthique sportive et de la philosophie des équipes nationales.


Photo : KSCG

16 aout 2017 à 11:00
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