EUROLEAGUE
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ÉDITO : LES JOUEURS VONT S'UNIR ET ÇA VA FAIRE MAL

Sergio Llull EuroLeague
Crédit photo : EuroLeague

La guerre FIBA - EuroLeague est loin d'être terminée. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui pourraient porter le coup fatal à la FIBA.

Ça y est, nous y sommes. Ce mois-ci, les deux premiers matchs de qualification pour la Coupe du Monde 2019 masculine vont avoir lieu pendant les fameuses "fenêtres internationales". Partout dans le monde, au milieu de la "saison club", des sélections nationales vont s'affronter pour se qualifier pour cette compétition importante. Importante car elle donne elle même accès aux Jeux olympiques de 2020 (même si des "wild-cards" risquent encore d'être ajoutées...). Et pourtant, ce sera sans les stars internationales du basketball, à très peu d'exceptions près (comme Boris Diaw).

Les joueurs n'ont pas été entendus

Ces derniers mois, des voix se sont élevées dans le rang des joueurs. Des voix de plus en plus nombreuses et fortes. Beaucoup de joueurs restent attachés à leur équipe nationale et aux problématiques de leur sport. Prisonniers car joueurs NBA ou EuroLeague, ils se sont montrés unanimes pour fustiger les fenêtres internationales. L'EuroBasket 2017, organisé par la FIBA, leur a d'ailleurs servi de tribune (voir ici).

Outre la frustration causée par ce système censé permettre aux équipes nationales de revenir sur leur territoire - ce qui ne sera pas toujours le cas, des tournois de qualification réunissant plusieurs équipes sur un même lieu seront organisés en Afrique, plutôt que les matchs aller-retour initialement prévus -, le mécontentement des joueurs est né de l'indifférence de la FIBA à leur égard. La fédération internationale ne les a jamais consulté sur ce changement majeur. Ils ont ainsi été écartés du processus. Ce sont les élus et fédérations membres qui, assisent autour d'une table, ont voté favorablement pour la mise en place de ces fenêtres internationales en 2014. Sans se rendre compte visiblement des conséquences.

Structure privée représentant les intérêts des plus grands clubs européens (ainsi que les siens) et supposément des ligues nationales - les clubs qualifiés en EuroLeague et ligues professionnelles sont ses actionnaires -, l'ECA, la société qui organise et vend l'EuroLeague, en a profité pour montrer toute sa puissance en déclarant la guerre à la FIBA qui avait décidé de récupérer plusieurs semaines de calendrier pendant la saison, déjà très chargée, des clubs. S'en est suivi de la part de la FIBA la création de la "BCL" (la Ligue des Champions ou Champion's League) pour concurrencer l'EuroLeague. Si cette Coupe d'Europe a un niveau de jeu intéressant, elle reste à des années lumières de l'EuroLeague sur de nombreux plans (en particulier les partenaires, comme IMG ou Turkish Airlines). Et l'avenir ne semble pas jouer en sa faveur puisque les meilleurs clubs se tournent vers l'EuroLeague, tels que l'ASVEL (voir ici), un club pourtant affilié à la FFBB qui s'est au départ rangée du côté de la FIBA.

Aujourd'hui, la "gue-guerre" entre la FIBA et l'EuroLague continue et les fans comme les joueurs assistent à cette triste image que renvoie une fois de plus notre sport. Ou plutôt que renvoie ses instances.

Comment expliquer au grand public que l'équipe de France est composée de joueurs qui ne seront pas les mêmes sur les grandes compétitions ? Que Rudy Gobert, Nando De Colo ou Marc Gasol ne sont pas là ? Car si l'EuroLeague n'a pas joué le jeu en refusant d'organiser un calendrier prenant en compte ces fenêtres internationales, si elle a fait volte-face après une déclaration de bonne intention auprès de la Commission européenne, la FIBA savait très bien qu'elle n'aurait pas à disposition de les joueurs NBA. Et 71 joueurs européens (nouveau record cette saison) sont aujourd'hui membres de la grande ligue américaine. Un nombre qui devrait encore gonfler dans les années à venir (on parle de 100 joueurs d'ici cinq ans). On n'est pas prêt de voir Frank Ntilikina jouer un match officiel en équipe de France sur le sol français, pas plus que Dennis Schröder en Allemagne ou Giánnis Antetokoúnmpo en Grèce.

Enfin un puissant syndicat européen ?

En NBA, quand les joueurs ne sont pas contents, ils ont un moyen de pression : la convention collective. Celle-ci est négociée puis ratifiée par les franchises NBA et le syndicat représentant les joueurs, le National Basketball Players Association (NBPA). Très puissant, le NBPA peut conduire à annuler une saison ou une partie, comme en 1998 ou 2011 avec les fameux "lock-out".

Si en France, 88% des joueurs de Pro A / Pro B étaient syndiqués au Syndicat National des Basketteurs) en 2016/17 et qu'il existe des syndicats en Espagne, Italie, Israël, Suisse ou République tchèque, le syndicat européenne UBE (Union des Basketteurs Européens, créé en 1991 et relancé en juin 2016 par l'ex directeur du SNB Jean-François Reymond) ne représente pour le moment pas les joueurs. Sa vocation est justement d'accompagner les syndicats nationaux et de permettre d'en créer d'autres.

Ce qui pourrait changer dans les années voire mois à venir. L'EuroLeague a en effet compris son intérêt à pousser les joueurs à s'unir. Dans un courrier daté du début de saison envoyé à tous les joueurs engagés dans ses compétitions, elle incite les joueurs à s'unir afin qu'ils prennent part au développement de la compétition. Une déclaration de bonne intention que n'a pas réussi à faire la FIBA dont les "players meeting" n'ont jamais rien donné. Toujours est-il qu'après la lecture de ce courrier, les dirigeants d'UBE sont allés rencontrer ceux de l'EuroLeague mardi. La question était de savoir si l'EuroLeague souhaitait que UBE soit la structure organisant cette union. Car pour pouvoir syndiquer un maximum de joueurs et devenir représentatif des joueurs EuroLeague, UBE doit avoir accès aux joueurs, c'est à dire pouvoir organiser des moments de rencontre avec les équipes. UBE reste en attente de la réponse de l'EuroLeague. Mais son "feu vert" pourrait vite accélérer le processus.

Car, en témoigne les tweets de plus en plus nombreux de vétérans du circuit européen comme Jamon Gordon (qui vient de signer à Pistoia en Italie après avoir joué à l'Olympiakos, l'Anadolu Efes ou encore Darussafaka) ou Nikola Kalinic (Fenerbahçe), des joueurs leaders sont demandeurs d'une structure protégeant leurs droits.

Parmi les voix qui s'élèvent (et qui comptent), il y a celle de Sergio Llull (photo de Une). La star du Real Madrid, MVP de l'EuroLeague en 2016/17, a récemment écrit aux syndicats de joueurs et influenceurs du basketball européen pour dire qu'il fallait que les joueurs s'engagent. Son but ? Que les joueurs signent une convention collective ratifée par l'EuroLeague et ses clubs. Il y est même question de partage des revenus, pour mettre tout le monde sur un même pied d'égalité, et surtout permettre le développement de clubs (et donc de marchés) ailleurs qu'en Russie, Grèce, Turquie ou Espagne. Avec un tel système, l'EuroLeague pourrait salarier des arbitres, distribuer des indemnités (pour "l'achat" ou la "Draft" de joueurs venus de clubs non engagés en EuroLeague) et même créer de nouvelles règles (et si le panier à 4-points était ajouté au basket par l'EuroLeague ?). Ainsi, en société de sport/spectacle, on imagine que le dunk de D.J. Stephens (voir ici) dimanche à Levallois n'aurait pas été refusé.

La Commission européenne laissera-t-elle faire ?

Cette ligue fermée, ultra puissante, sera sans doute fatale pour la FIBA qui, après n'avoir jamais réussi à rien imposer à la NBA, devrait aussi définitivement s'adapter au calendrier et souhaits de l'EuroLeague.

Mais ce ne sera pas si facile. L'EuroLeague est composée d'équipes hors de la juridiction de l'Union Européenne (Turquie, Russie, Israël). La Commission européenne, comme l'a souligné le président de la Fédération française de basketball (FFBB) Jean-Pierre Siutat (voir ici), pourra s'élever contre ce type de ligue fermée et protéger son modèle sportif. Car si l'EuroLeague y arrive, ce sera ensuite la porte ouverte aux grandes ligues européennes dans tous les sports. Ce qu'attendent avec impatience les dirigeants des grands clubs européennes de football notamment.

La Commission européenne - qui suit de près le conflit FIBA / EuroLeague - espère arriver un jour à un accord. Y arrivera-t-elle ou le problème de personnes entre Jordi Bertomeu (patron de l'EuroLeague) et Patrick Baumann (secrétaire général de la FIBA dont les ambitions politiques sont immenses, on parle de lui comme du potentiel futur président du CIO) est trop profond ?

Que l'on soit partisan ou non de ce système de ligue fermée, la FIBA, par ses choix bureaucratiques et éloignés de la réalité du professionnalisme actuel, a motivé les joueurs. Les joueurs ont maintenant les cartes en main pour s'unir et imposer le modèle de demain. Enfin, après avoir été spectateurs tout au long de ces années...

L'UBE a rencontré l'EuroLeague cette semaine. Représenteront-ils les joueurs EuroLeague pour discuter convention collective ? (photo : SNB)

10 novembre 2017 à 10:36
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