À L'ÉTRANGER
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ITW FABIEN CAUSEUR : "MON OBJECTIF ÉTAIT DE JOUER EN PRO B"

Crédit photo : ACB Photo Pedro Castillo

Plus jeune, il voulait simplement "faire sa petite carrière", "pas spécialement en Pro A". Désormais, le voici devenu un membre régulier du cinq majeur du Real Madrid. Entretien avec Fabien Causeur.

Quand certains joueurs étaient prédestinés à une grande carrière, Fabien Causeur (1,95 m, 30 ans) a dû attendre ses 17 ans avant de quitter le cocon familial brestois, la faute à de nombreux refus de centres de formation français suite à sa petite taille de l'époque. Et quel parcours depuis... Révélé au Havre (2004/09), champion de France et MVP Français de Pro A avec Cholet (2009/12), capitaine d'une équipe de Vitoria (2012/16) qualifiée pour le Final Four de l'EuroLeague, champion d'Allemagne et meilleur joueur de la finale avec Bamberg (2016/17) avant la signature l'été dernier d'un contrat de deux ans avec le Real Madrid, le club le plus mythique d'Europe.

Depuis son arrivée dans la capitale espagnole, tout se passe pour le mieux. Jusqu'à l'actuelle série de trois défaites en quatre rencontres, le club madrilène avait enchaîné les victoires, douze en autant de rencontres. D'un point de vue individuel, au sein d'une équipe privée pour de longs mois de son ancien maître à jouer, Sergio Llull, Fabien Causeur est bien responsabilisé par Pablo Laso. L'entraîneur du Real le fait jouer 19 minutes de moyenne en Liga Endesa, 20 en EuroLeague, pour un rendement plutôt convaincant (7,9 points à 54%, 1,9 rebond et 1,5 passe décisive toutes compétitions confondues).

Samedi matin, à la veille du Clásico (finalement perdu) contre le FC Barcelone, nous avons retrouvé Fabien Causeur juste avant l'entraînement, dans l'immense complexe du Real Madrid à Valdebebas, afin de faire le point sur ses premiers pas madrilènes. Entretien avec un joueur qui ne voit pas le fait de porter le maillot du Real comme l'aboutissement de sa carrière...

Fabien, si certains responsables de centre de formation du début des années 2000 se souviennent de vous, ils sont sûrement abasourdis par votre parcours...

C'est sûr qu'il y a très peu de monde qui aurait parié sur une telle carrière il y a quinze ans. Moi le premier... Je n'étais pas spécialement dans l'optique d'arriver un jour dans un club comme le Real Madrid. Mais chaque saison, je me suis fixé des objectifs, un plan de carrière. Cette année, j'ai encore des objectifs, comme chaque année, mais c'est vrai que c'est un autre niveau.

Vous vous étiez fixé un horizon bien inférieur au Real Madrid ?

Bien évidemment ! Quand j'ai commencé au centre de formation, mon but était d'être professionnel, et même pas spécialement la Pro A. L'objectif était de jouer en Pro B, de faire ma petite carrière avec un travail que j'aime, jouer au basket. Maintenant, c'est sûr que les choses ont tourné dans le bon sens.


Causeur, en 2009/10 avec Cholet, le club où il a explosé (photo : Olivier Fusy)


Vous avez déjà joué dans de grands clubs européens, même disputé un Final Four d'EuroLeague en 2016 avec Vitoria, mais jouer avec l'écusson du Real Madrid sur le maillot, est-ce que cela prend encore une dimension supplémentaire ?

Bien sûr. Je suis très fier de ce que j'ai fait dans le passé mais le Real Madrid est un peu la cerise sur le gâteau. Pouvoir jouer au Real, c'est spécial, c'est un environnement exceptionnel. J'en profite tous les jours. Mais comme je le disais, je me suis fixé des objectifs individuels et collectifs. Je ne suis pas venu ici juste pour dire que j'ai joué au Real Madrid. C'est sûr que c'est quelque chose d'énorme dans mon CV mais maintenant, j'ai d'autres ambitions.

Qui sont de gagner tous les trophées possibles cette saison ?

C'est simple : quand tu viens au Real Madrid, c'est pour gagner des titres. L'année dernière, ils n'ont gagné ni l'EuroLeague, ni le championnat d'Espagne. Ils ont remporté la Copa del Rey, qui est évidemment un objectif à garder. Maintenant, c'est encore trop tôt dans la saison. On essaye de bien rentrer en rythme et de gagner le plus de matchs possibles, pour pouvoir se qualifier pour les playoffs de l'EuroLeague en terminant dans le Top 8 et être au top dans toutes les compétitions. Les titres se joueront un peu plus tard dans la saison, c'est à ce moment-là qu'il faudra être au top de sa forme.

"Je ne pense pas être à mon plafond"

Tout est vraiment différent ici par rapport à ce que vous avez connu auparavant ?

Déjà, médiatiquement, c'est autre chose. Nous sommes beaucoup plus regardés à la loupe, toutes les performances sont analysées, tout est décuplé. Les résultats sont le plus important mais le club a énormément de confiance en les joueurs qui sont entrés dans ce groupe et c'est quelque chose qu'on ressent tous les jours.

Il y a des choses qui vont ont surpris au Real Madrid depuis votre arrivée ?

À quel point le club te traite bien en fait. Ils nous donnent tout pour que l'on se sente le mieux possible. Derrière, c'est évident qu'il faut avoir les résultats. Si l'équipe ne gagne pas, c'est un problème. Ce qu'il faut ici, c'est la victoire. Le Real, c'est la culture de la gagne.

Sportivement, vous avez effectivement un vrai rôle dans cette équipe avec 20 minutes de moyenne. Vous avez une bonne relation avec l'entraîneur, Pablo Laso ?

Depuis le début de la saison, j'ai, en effet, un rôle dans ce groupe. Après, c'est une équipe qui a tellement de talent qu'il y a des jours où si tu es un peu moins efficace, un autre joueur jouera plus. Mais il faut l'accepter quand on signe dans un club comme le Real. Avant le match, on ne sait pas combien de temps on va jouer. Ça dépend vraiment de comment on se sent pendant la rencontre et de comment le coach nous voit, tout simplement.


Reconquérir le trône européen, un vrai objectif pour le Real de Fabien Causeur
(photo : EuroLeague)

Comment va votre pied, pourquoi y a t-il a eu des problèmes récurrents avec ?

Ça fait longtemps que ça va ! J'ai eu des problèmes de dos il y a quelques années aussi. Le plus dur en ce moment est l'enchaînement des matchs, beaucoup de déplacements, beaucoup de rencontres. En fait, il y a peu d'entraînements car on n'a pas vraiment le temps. Par exemple, on s'apprête à faire quatre matchs en six jours là (après Barcelone dimanche dernier, le Real va à Vitoria ce mardi, reçoit Malaga jeudi puis se déplace à Séville samedi, ndlr). C'est assez difficile mais on a vraiment un bon staff qui prend soin de nous.

Mais enchaîner les matchs de haut niveau comme cela, c'est ce qui a de mieux pour un joueur non ?

Oui, mais parfois, on ne se sent pas au top physiquement. On n'a pas les mêmes jambes que si l'on s'était entraîné toute la semaine pour un seul match. Ça n'a rien à voir. Le temps de repos est vraiment hyper important. Il faut réussir à prendre ce temps-là pour bien recharger les batteries et prendre soin de son corps. La saison est tellement longue que cela ne compte pas juste que pour le prochain match, il faut voir cela sur le long terme.

"Je ne me voyais pas partir en équipe de France alors que j'ai match avec le Real"

D'un point de vue individuel, depuis vos débuts avec les professionnels en 2005, vous avez progressé de manière linéaire du STB Le Havre jusqu'au Real Madrid. Maintenant que vous êtes dans le club mythique d'Europe, pensez-vous être arrivé à votre plafond ou estimez-vous pouvoir encore aller plus haut ?

Je ne pense pas être à mon plafond, non. Je pense pouvoir apporter à l'équipe, comme je l'ai fait durant toute ma carrière. Ici, je joue ! Ce n'est pas comme si j'avais signé pour cirer le banc toute l'année. J'ai un rôle dans cette équipe, je pense vraiment pouvoir apporter au groupe. L'équipe a eu de bons résultats au début de saison puis nous avons perdu nos deux derniers matchs en EuroLeague. Cela a été des rencontres difficiles, contre deux très bonnes équipes (le Khimki Moscou et le Maccabi Tel-Aviv, ndlr), il ne faut pas non plus le nier. Après, nous n'avons pas eu de chance avec les blessures, de longue durée (après Sergio Llull, blessé cet été avec la Roja, Ongjen Kuzmic et Gustavo Ayon ont rejoint l'infirmerie pour quelques mois, ndlr). Il faut que l'on réussisse à trouver les ressources pour passer outre cela.

En parlant de blessures, c'est ce qui vous a empêché d'avoir une belle carrière internationale. Vous avez pu disputer le Mondial 2010 et les Jeux Olympiques 2012 mais vous avez été contraint de déclarer forfait à cinq reprises pour les Bleus depuis 2011. L'équipe de France, est-ce la grosse frustration de votre parcours ?

Oui, oui, franchement... Il m'est toujours arrivé des blessures bêtes, entre guillemets, pour l'équipe de France et je n'ai jamais su vraiment trouver ma place dans le groupe. C'est quelque chose que je regrette un peu. Enfin, que je regrette, oui et non, car il s'agit de blessures et ce n'est pas quelque chose que l'on peut contrôler, cela fait partie d'une carrière. C'est frustrant de devoir regarder l'équipe à la télé chaque été.

Vu que vous jouez l'EuroLeague, vous n'allez sûrement pas pouvoir prendre part aux fenêtres de qualification pour la Coupe du Monde 2019 mais avez-vous eu des contacts avec la fédération à ce sujet ?

On a été contacté, évidemment. Mais le problème est que la FIBA et l'EuroLeague n'ont pas réussi à trouver un accord et les matchs se superposent. Par exemple, lors du premier match de l'équipe de France (en Belgique le 24 novembre, ndlr), nous serons à Athènes pour jouer le Panathinaïkos. Donc je ne serai pas libéré.


Seulement 29 sélections en Bleu pour Fabien Causeur alors qu'il aurait pu en compter bien plus
(photo : Julien Bacot / FFBB)

Quel est votre avis sur cette situation ? Les joueurs semblent pris en otage dans un conflit qui les concerne pourtant entièrement, sans avoir vraiment leur mot à dire...

Ce sont les joueurs qui payent dans tous les cas. C'est frustrant, oui, mais la décision n'est pas compliquée. Je suis avec mon club toute la saison. C'est un conflit d'intérêts entre la FIBA et l'EuroLeague et nous, on est là au milieu... On attendait qu'ils trouvent une solution pour réfléchir au sujet mais là, il n'y a pas vraiment à réflechir. Quand on a match avec notre club, on ne se libère pas, tout simplement. Même moi je ne me voyais pas partir avec l'équipe de France alors que je dois jouer avec le Real.

Vous qui côtoyez Luka Doncic au quotidien, quel est votre regard sur le phénomène ?

Vous pouvez voir les images à la télé des performances qu'il réalise mais cela se voit même dans la vie de tous les jours... C'est un jeune, avec un talent incroyable et une maturité (il souffle) jamais vue. Tout le monde le compare à des Kukoc ou Petrovic mais qui, même, ne faisaient pas ce qu'il fait déjà. Et en plus, il ne le réalise pas dans une petite équipe, il est au Real Madrid. C'est impressionnant...

"J'ai encore tellement à faire dans le basket"

Vous partagez sa chambre en déplacement, est-ce là que vous voyez qu'il n'a finalement bel et bien que 18 ans ?

Oui, c'est un enfant, il aime toujours déconner. Mais après, il est quand même mature car il est parti de chez lui très tôt, pour intégrer le centre de formation du Real (à treize ans, ndlr). Mais c'est clair que l'on voit que c'est un jeune. Il est tout le temps en train de rigoler, de regarder ses petites séries ou des dessins animés, c'est encore un enfant.

Vous suivez encore un peu le basket breton ? Avec le retour de Quimper en Pro B ou le projet ambitieux de Lorient, c'est plutôt prometteur...

Un petit peu avec mes sœurs et mes parents, oui. Surtout le fait que Laurent Foirest devienne le coach de l'UJAP. Je ne suis pas les résultats lors de chaque journée mais j'écoute.

Après ta carrière, cela vous intéresserait de vous impliquer dans le basket en Bretagne, vous qui êtes originaire de Brest ?

Alors il faudra vraiment négocier avec ma future femme qui est espagnole pour rentrer en Bretagne déjà (il rit). On verra, on verra... Ce n'est pas encore quelque chose que j'ai dans ma tête. Ma reconversion, j'y songe un tout petit peu mais pas plus que ça. Je pense que j'ai encore tellement à faire dans le basket en tant que joueur que je verrai plus tard si je veux me lancer dans le coaching, si je veux rester dans le milieu ou si je préfèrerais, avec ma future famille, être en dehors. Je ne sais pas...



Fabien Causeur samedi 11 novembre au sein du centre d'entraînement du Real Madrid
(photo : Alexandre Lacoste)

À Madrid,

14 novembre 2017 à 15:15
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