EUROLEAGUE
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ITW KIM TILLIE : DE CAGNES-SUR-MER À L'OLYMPIAKOS, LA REMARQUABLE ASCENSION DE K1

Crédit photo : Olympiacos Piraeus

Recruté l'été dernier par l'Olympiakos Le Pirée afin de seconder l'inusable Georgios Printezis au poste 4, Kim Tillie a su se tracer un chemin jusqu'à l'un des plus hauts sommets du basket européen. L'international français nous explique comment il en est arrivé là.

Loin d'être le plus coté des prospects de la génération 88/89 il y a dix ans, Kim Tillie (2,11 m, 29 ans) accomplit pourtant un parcours de grande qualité. Faisant fi des critiques qui ont pu accompagner certains de ses choix, le natif des Alpes-Maritimes démontre toute l'utilité d'avoir un plan de carrière solide et réfléchi. Le sien l'a mené jusqu'au port du Pirée, où il porte désormais le prestigieux maillot rayé blanc et rouge de l'Olympiakos.

Alors qu'il est actuellement en instance de retour sur les parquets après une blessure qui l'a privé de toute la première partie de saison, Kim Tillie nous a donné rendez-vous vendredi dernier dans un café de bord de plage, à quelques encablures de chez lui, à Glyfáda, dans la banlieue cossue d'Athènes. L'occasion de revenir sur sa belle évolution, mais aussi de faire le point sur le passage délicat qu'il a traversé lors du second semestre 2017, successivement marqué par une éviction en équipe de France alors qu'il tenait enfin l'opportunité de s'imposer dans le groupe bleu puis par une longue indisponibilité suite à une blessure contractée dès l'échauffement du premier match de la saison en EuroLeague. Poste 4 fuyant et bon défenseur, joueur au statut encore bien plus solide en club qu'en sélection, Kim Tillie se raconte.

Grandir dans une famille de champions :
"Le basket, ce n'était pas vraiment mon choix"

Bienvenue dans l'incroyable famille Tillie, là où devenir international relève de la normalité. Il y a d'abord eu le grand-père, Guy, international de volley-ball dans les années 50 et champion de France en 1959, puis ses deux fils, Patrice, membre de l'équipe de France de water-polo lors des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, et  Laurent. Actuel sélectionneur national, ce dernier a connu une immense carrière dans le volley : 22 saisons professionnelles, plus de 400 sélections avec les Bleus et huit titres de champion de France. Il s'est marié avec une internationale néerlandaise, Caroline Keulen, rencontrée lors du championnat d'Europe 1985. Et désormais, il y a leurs enfants, les trois K : K3, Killian (2,08 m, 19 ans), le plus talentueux d'entre tous, un potentiel de "Earvin Ngapeth puissance dix au volley" assure son père mais ayant opté pour le basket, actuellement en couveuse à Gonzaga et immense espoir du basket tricolore à qui il a déjà apporté un titre de champion d'Europe cadets en 2014 ; K2, Kevin (2,00 m, 27 ans), globe-trotter du volley mondial, à la découverte du championnat chinois cette saison, champion d'Europe et vainqueur de la ligue mondiale sous les ordres de son père en équipe de France ; K1, Kim (2,11 m, 29 ans), 42 sélections avec les Bleus et habitué de l'EuroLeague, dont nous retraçons ici le parcours.

Kim Tillie : "J'ai passé mon enfance dans les gymnases. Mon père a joué professionnellement jusqu'à mes douze ans. Il a stoppé à 38 ans puis est passé coach directement après. Tous les week-ends, on était dans les salles de volley, j'ai assisté à ses matchs jusqu'à mon départ de la maison. Donc j'ai pu voir le haut niveau de près dès mon plus jeune âge. Mais je n'ai pas fait de volley ! J'ai commencé le foot à six ans mais je suis vite devenu trop grand pour en faire. À 10 ans, je mesurais déjà entre 1,80 et 1,85 m. Quand on a déménagé, ma mère voulait m'inscrire au volley mais à Cagnes-sur-Mer, il n'y avait pas vraiment de club. Du coup, mes parents ont décidé de me mettre au basket. Ce n'était pas vraiment mon choix (il sourit). C'était l'idée de ma mère. Nous nous sommes mis au basket avec mon frère, Kévin. J'ai adoré dès le début et je n'ai jamais arrêté. De son côté, mon frère a finalement choisi le volley où ça ne se passe pas trop mal pour lui aussi."


Aux JO 2016, trois Tillie sur cinq : Kevin (volley), Kim (basket) et Laurent (coach, volley)
(photo : @kevintillie)

Antibes et Paris, les premières fondations

En cadets France avec Antibes, Kim Tillie a disputé deux saisons Espoirs avec le Paris Basket Racing entre 2004 et 2006. Sous les ordres de Christophe Denis, il a fait partie d'une génération intéressante, menée par Xavier Corosine et Robert Rothbart, un Israélo-Serbo-Bosnien qui évolue toujours en Israël. On retrouvait également Guy Landry-Edi (Nantes), Sylvain Marco ou A'nsi Lema dans cette équipe. Quatrième meilleur marqueur du championnat Espoirs en 2005/06 avec 17,4 unités de moyenne, Tillie a effectué des progrès intéressants à Paris (5,6 points en 2004/05).

Kim Tillie : "Antibes était vraiment mon premier pas vers le monde professionnel. Le club était en Pro B à l'époque et il y avait toujours les centres de formation à ce niveau à ce moment-là. C'est à Antibes où j'ai vraiment commencé à m'entraîner tous les jours, après l'école. On allait en cours tous ensemble puis à l'entraînement après, et c'est là qu'on se rendait compte qu'on se rapprochait vraiment du monde professionnel. Je n'ai fait qu'une saison à Antibes, ma première année cadets, car le club est descendu en Nationale 1. Christophe Denis, qui a quitté Antibes pour Paris, m'a fait venir au PBR, avec Jacques Monclar. Partir aussi loin de sa famille à seize ans, c'est loin d'être évident. Mais cela m'a aidé à me développer, à devenir indépendant le plus rapidement possible. J'ai fait deux années en Espoirs à Paris avant de partir pour les États-Unis."

Quatre saisons universitaires à Utah :
"Je n'étais pas prêt pour jouer en Pro A"

Alors que tous ses acolytes de la génération 88/89 ont privilégié la formation française, Kim Tillie a effectué un choix singulier en optant pour l'expérience universitaire américaine avec les Runnin' Utes de l'Utah. Loin d'avoir les mêmes statistiques rayonnantes qu'en Espoirs (4,8 points et 4,4 rebonds en 98 matchs NCAA), il y a cependant trouvé le cadre idéal afin de poursuivre son évolution de 2006 à 2010.

Kim Tillie : "À l'époque, il n'y avait que Ronny Turiaf et Joakim Noah à l'université. J'étais celui d'après. J'ai effectué ce choix car je voulais continuer mes études, me développer physiquement et jouer au basket. À 18 ans, je n'étais pas prêt pour jouer en Pro A, que ce soit physiquement ou mentalement. Cela m'a beaucoup aidé de passer quatre ans aux États-Unis. D'un point de vue scolaire, j'ai décroché un diplôme d'urbanisme qui me servira peut-être un jour ou l'autre. Sportivement, j'ai beaucoup progressé, j'ai soulevé beaucoup de poids et à mon retour, j'ai pu jouer directement en pro. Après, ce qui vaut le mieux entre la France et la NCAA dépend des cas. Si tu es extrêmement talentueux et que tu as directement la chance de jouer en pro comme un Frank Ntilikina par exemple, il vaut mieux rester en France. Après, si l'on prend mon cas, je n'étais pas prêt à évoluer à ce niveau et c'était mieux d'aller aux États-Unis. Je pense que les installations et le suivi sont beaucoup mieux là-bas. Il y a des salles de musculation énormes, quatre assistants qui prennent tes rebonds et te renvoient le ballon, toujours quelqu'un de disponible pour un entraînement individuel. C'est super pour se développer. En France, ce n'est pas à ce niveau-là. Et c'est également vraiment sympa d'évoluer, à 18 ans, devant 15 000 personnes, dans des salles remplies. Vivre sur le campus, c'est génial. Tu es toujours avec tes coéquipiers, ensemble en cours le matin, puis à l'entraînement. Le soir, il y a plein de trucs à faire, tu vois des gens partout. Surtout, j'y ai rencontré ma femme. Maintenant, on a un enfant et on vit ensemble ici en Grèce. Elle est originaire de Utah donc on y retourne tous les étés. Ça me donne à chaque fois l'occasion d'aller voir ce qui se passe sur le campus.

Killian est aussi en NCAA maintenant, il voulait un peu suivre le même passage. Déjà, Kevin est également passé par l'université, à Irvine, en Californie. Killian nous rendait souvent visite et il a vu à quel point la vie sur le campus universitaire était super. Il a voulu faire pareil et il a choisi la meilleure université possible, Gonzaga. Là, il fait un bon début de saison. La nuit dernière, il a encore fait 20 points et 10 rebonds (21 points et 10 rebonds contre les Pacific Tigers le 8 février, ndlr). Il est sur la plupart des mock-drafts, pour cette année ou la prochaine peut-être. Il est annoncé au premier tour donc s'il continue à progresser et à se développer physiquement, il sera sur la bonne voie."

Les étés dorés avec les Bleuets :
"Une génération assez exceptionnelle"

L'une des plus belles générations de l'histoire du basket français : sur les douze champions d'Europe juniors en 2006, onze évoluent actuellement au moins en Nationale 1, dont six en NBA ou EuroLeague. Et encore, il manquait des joueurs comme Rodrigue Beaubois, Thomas Heurtel, Amath M'Baye ou Kévin Séraphin, pas dans le noyau de l'époque et absents lors de la plupart des compétitions ! Kim Tillie a passé trois étés avec les sélections jeunes, pour deux médailles au compteur et un rôle de plus en plus important (de 5,1 points et 6 rebonds en 2006 à 9,8 points et 6,4 rebonds en 2008).


Avec Kim Tillie tout à gauche, la génération 88/89 au complet (photo : Olivier Fusy)

Kim Tillie : "J'ai été champion d'Europe U18 en 2006 puis médaillé de bronze au Mondial U19 en 2007. C'était bien de revenir en France et de retrouver les copains. Toujours les mêmes, la génération 88/89. On a passé des étés vachement sympas. C'est une génération assez exceptionnelle. Moi, j'étais encore à l'université mais eux, ils jouaient déjà presque tous en pro. Les Moerman, Ajinça, Batum, Jackson, ils étaient en Pro A. Maintenant, on se retrouve en équipe de France A (il sourit) mais sinon, on reste en contact sur les réseaux sociaux. On se suit tous sur Twitter ou Instagram. On est beaucoup à évoluer en EuroLeague en ce moment, comme les quatre du Barça. C'est super !"


Kim Tillie en juin 2007, lors de la préparation du Mondial U19, sa deuxième médaille internationale
(photo : Olivier Fusy)

Le retour à Villeurbanne :
"J'étais passé un peu inaperçu"

Deux saisons (2010/12) qui, même sans titre, ont marqué les esprits collectifs en France : la première pour l'incroyable accumulation de talents individuels, confirmés (Davon Jefferson, Pops Mensah-Bonsu, Matt Walsh, Mickaël Gelabale, le flop Andrija Zizic) ou en devenir (Kim Tillie, Edwin Jackson, Léo Westermann, Paul Lacombe, Bangaly Fofana) ; la seconde pour la période du lock-out avec les présences de Tony Parker et Ronny Turiaf qui ont fait des Villeurbannais les "Beatles du basket français". Individuellement, dans l'ombre de cette frénésie malgré le feuilleton d'une vraie-fausse envie de départ à Cholet lors de l'intersaison, Kim Tillie a semé de jolies promesses par l'intermédiaire de deux années convaincantes, ponctuées par une sélection pour le All-Star Game 2011 et un exercice à 12,3 points de moyenne en EuroCup.

Kim Tillie : "Je n'ai eu qu'une seule proposition et c'était l'ASVEL (il rit). Mais c'était une bonne offre, alors j'ai signé direct. À l'époque, Internet se développait à peine. On a l'impression que ce n'était pas il y a si longtemps que cela mais on ne pouvait pas trouver les matchs sur Youtube ou ailleurs. Il n'y avait pas tout ça, pas de sites Internet qui parlaient de moi, j'étais passé un peu inaperçu. Mais mon retour s'est plutôt bien passé. Il y avait Vincent Collet à la tête de l'équipe, c'était une situation intéressante pour moi. Dès que je suis arrivé, j'ai eu du temps de jeu. Je suis resté deux ans à Villeurbanne, avec notamment une bonne deuxième saison en EuroCup. Lors de ma première année, il y avait les Davon Jefferson, Pops Mensah-Bonsu, Matt Walsh... Des fous-furieux (il rit). Malheureusement, ça n'a pas trop pris. Vincent Collet s'est fait virer un peu trop tôt, il n'a pas eu vraiment la chance de mettre en place ce qu'il voulait. Il s'est fait couper après deux mois de compétition je crois ("dispensé de tout travail" le 17 novembre, ndlr). C'est dommage car je pense qu'avec un peu plus de temps, on aurait pu faire une bonne saison. Finalement, c'est Nordine Ghrib qui a pris les rênes, il a réussi à nous remotiver et on a mieux joué après. Mais on avait vraiment une très bonne équipe. Lors de la deuxième saison, on a connu un mois très sympa pendant le lock-out avec Tony Parker et Ronny Turiaf. Même à l'extérieur, les gens nous applaudissaient, c'était bizarre. Il y avait une de ces foules à chaque match... C'était une assez bonne expérience pour commencer au niveau professionnel. En plus, l'ASVEL est un club très bien organisé, tout s'était très bien passé."


Kim Tillie, ici en défense sur Uche Nsonwu à Roanne, a disputé 91 matchs officiels avec l'ASVEL
(photo ; Olivier Fusy)

 Murcie, une idée derrière la tête :
"J'ai l'impression que quand tu es Français,
tu n'as pas le droit de faire un pari à l'étranger"

Souvenez-vous : le 18 juillet 2012, lorsque le modeste club espagnol de l'UCAM Murcie (15e de la Liga ACB) annonce la signature de Kim Tillie, les critiques s'abattent sur l'intérieur azuréen, "coupable" d'avoir refusé des offres de clubs "européens" de Pro A (Orléans, le Paris-Levallois...) et d'avoir, conjointement avec Léo Westermann, repoussé les propositions de l'ASVEL. "Je suis très déçu de les avoir perdus", soupirait alors l'entraîneur villeurbannais Pierre Vincent dans les colonnes du Progrès. "Ils n'ont pas bien évalué la chance qu'ils avaient d'avoir une équipe construite autour d'eux." Pourtant, Tillie a un plan en tête : se développer dans un club moyen du meilleur championnat espagnol afin de pouvoir viser plus haut. Le temps lui donnera raison : MVP à deux reprises de la journée (26 d'évaluation face au Real Madrid en 2012/13, 34 contre Saragosse en 2013/14), le Cagnais gagne certes peu de matchs (23-41) mais s'impose comme l'un des meilleurs postes 4 d'Espagne (12,4 points et 5,1 rebonds lors de sa deuxième saison).

Kim Tillie : "Mon choix de partir à Murcie avait fait parler. J'ai l'impression que quand tu es Français, tu es obligé de jouer en Pro A ou de rester avec ton club. Tu n'as pas le droit de changer, de faire un pari à l'étranger. Par exemple, c'est fou comme les gens ont critiqué la décision de Moustapha Fall (qui s'est engagé avec le promu turc de Sakarya, ndlr). Il fait une très bonne saison et je pense qu'il va signer avec un gros club après, c'est le but. Et moi, c'était aussi mon idée. Après l'ASVEL, je n'ai pas eu d'offre de grand club donc mon agent m'a proposé de partir en Espagne, ce qui était déjà un peu mon objectif.  La Liga ACB est un championnat extrêmement respecté. Regarde, si tu fais 12 points et 6 rebonds de moyenne dans un club de milieu de tableau en France, pas grand monde ne voudra te signer. Si tu fais les mêmes statistiques avec Murcie, tu as des propositions de clubs d'Euroleague. L'idée était d'aller dans un club de milieu de tableau pour faire une bonne saison et ensuite signer dans un gros club. Il n'y avait pas de coupe d'Europe donc peut-être que c'était une régression par rapport à Villeurbanne, même si je ne le pense pas car je suis parti dans un meilleur championnat.  Les clubs de Liga Endesa ont de plus gros budgets qu'en France donc ils peuvent se permettre de signer les meilleurs joueurs et c'est cela qui monte le niveau du championnat. Tous les week-ends, tu joues le Real Madrid, le Barça, Malaga, Vitoria, Valence... Ce sont des gros matchs ! J'ai effectué deux bonnes saisons avec Murcie. J'ai eu beaucoup de temps de jeu, j'ai pu progresser, prendre confiance, etc. Cela m'a vraiment aidé et j'ai eu une offre de Vitoria juste après. Un contrat de trois ans dans l'un des plus grands clubs d'Europe, c'était vraiment ce que je voulais."

Vitoria, l'affirmation à l'échelle européenne :
"La défense est devenue ma spécialité"

13 mai 2016, Berlin : le sommet de la carrière en club de Kim Tillie pour le moment. Porté par la performance flamboyante de son intérieur français (13 points à 5/6, 3 rebonds et 3 interceptions pour 19 d'évaluation en 30 minutes), la surprise Baskonia frôle la finale de l'EuroLeague en contraignant le Fenerbahçe Istanbul à une prolongation (77-88). Un Final Four en guise de point culminant de trois saisons (2014/17) où l'ancien Villeurbannais se révèle progressivement comme une valeur sûre du basket continental (6,9 points à 55% et 3,8 rebonds pour 9,7 d'évaluation en EuroLeague la saison dernière). Le tout sans malheureusement s'offrir le gain d'un trophée pour récompenser l'ensemble de ce passage. Pas simple en effet d'ajouter une ligne à son palmarès dans un pays où le duo Real Madrid - FC Barcelone phagocyte 90% des titres.

Kim Tillie : "Il y a pas mal de Français qui sont passés par Vitoria dans l'histoire : Laurent Foirest, Florent Piétrus, Kévin Séraphin, Thomas Heurtel, Fabien Causeur (ou encore Jim Bilba et Thierry Gadou, ndlr)... Et maintenant, il y a Rodrigue (Beaubois) et Vincent (Poirier). C'est sympa qu'ils recrutent autant de Français pour leur donner leur chance. Car de mon côté, avant que je n'arrive à Vitoria, je n'avais pas un grand nom. C'est la même chose pour Vincent. Ils nous ont donné notre chance. J'ai découvert l'EuroLeague avec Vitoria. Ma première année fut difficile, cela ne s'était pas très bien passé avec le coach, Marco Crespi. Il était un peu fou mais très motivé, on s'entraînait très dur. Je pense quand même avoir beaucoup progressé en défense grâce à lui. Finalement, il y a un changement de coach, Velimir Perasovic arrive et on atteint le Final Four de l'Euroleague lors de la deuxième saison. C'était vraiment une aventure exceptionnelle car personne n'avait parié sur nous. En fin de présaison, le club a signé Ioannis Bourousis qui a réalisé une saison énorme avec nous. En plus, on était dans le groupe de la mort lors du Top 16 avec le Real Madrid, le FC Barcelone, l'Olympiakos, le CSKA Moscou... Tous les gros étaient dans le même groupe, les quatre premiers passaient en quarts de finale et on termine à la deuxième place au final. Arriver au Final Four, c'était vraiment quelque chose d'exceptionnel. Malheureusement, on a connu beaucoup de changements de joueur et pas vraiment de stabilité lors de ces trois années. Lors de la première saison, j'ai eu 23 coéquipiers ! Ce n'est pas facile d'aller chercher un titre dans ces conditions. On a fait ce que l'on pouvait, c'est ce qui compte. Idem lors de la saison d'après Final Four, tout le monde est parti. À Vitoria, j'ai énormément gagné en expérience grâce à l'Euroleague. Quand tu joues à ce niveau pendant trois ans, tu te développes sur tous les plans, et particulièrement en défense puisque c'est devenu ma spécialité. En partant de Murcie, ce n'était pas trop ça... Et maintenant, le coach me met sur le terrain en Euroleague pour défendre, c'est ce que je fais de mieux. C'est une fierté. Bien sûr, j'ai aussi progressé sur beaucoup d'autres aspects comme mon tir à trois points, devenu bien plus fiable grâce à beaucoup de travail. C'est pour ces qualités et cette capacité à tenir un rôle très précis que l'Olympiakos m'a fait venir l'été dernier.


Il est donné à peu de joueurs de participer à un Final Four : Kim Tillie a connu cet honneur en 2016
(photo : EuroLeague)

L'appel de l'Olympiakos :
"C'est le rêve, c'est quand même monstrueux"

Un été 2017 comme la preuve du nouveau statut de Kim Tillie en Europe : libre de tout contrat après la fin de son bail triannuel à Vitoria, l'homme aux 85 matchs d'EuroLeague a reçu une proposition de l'Olympiakos Le Pirée. Si l'ESAKE, réputé comme un championnat à plusieurs vitesses avec des équipes d'un niveau très disparate, est moins intéressant que la Liga Endesa, l'international français franchit un palier dans sa carrière en rejoignant l'un des clubs les plus mythiques du Vieux Continent, récent finaliste de l'EuroLeague. Les Reds, c'est trois titres européens (1997, 2012 et 2013), dix participations au Final Four depuis 1994, douze titres nationaux, une histoire longue comme le bras et un Hall of Fame vertigineux. Devenu le premier Français à rejoindre l'Olympiakos depuis Stéphane Risacher (2000/02), Kim Tillie a malheureusement été stoppé dans son élan par une blessure à l'adducteur lors de l'échauffement du troisième match officiel de la saison, le premier en EuroLeague, contre... Vitoria. Le verdict fut sans appel : intervention chirurgicale impérative et de quatre à six mois d'absence. La vraie découverte de la culture basket grecque attendra un peu. Désormais sur le chemin du retour, l'ancien Espoir du PBR a eu tout le loisir d'observer le bon rendement de son équipe, actuellement à la seconde place de l'EuroLeague, depuis la touche lors de ces dernières semaines. Le seul (gros) point noir ? Les trois derbys déjà perdus contre le Panathinaïkos Athènes. Tillie est donc désormais face à un challenge difficile : se fondre dans un collectif qui tourne bien sans lui, se montrer rapidement performant afin de convaincre l'Olympiakos de lever l'option sur sa deuxième année de contrat et étoffer son palmarès, "simplement" doté de médailles internationales pour le moment.

Kim Tillie : "J'étais libre après mes trois ans de contrat à Vitoria. Honnêtement, j'étais un peu anxieux car l'été était long en Euroleague, il n'y a pas eu beaucoup de transfert avant le milieu du mois de juillet. Mais bon, j'étais assez confiant, je suis resté patient. L'Olympiakos est la première offre que j'ai eu là aussi (il rit). Il y en a eu d'autres en Espagne, ou ailleurs en Europe (un intérêt du Khimki Moscou était évoqué, ndlr), mais la première vraie offre est venue de l'Olympiakos. Ils étaient vraiment pressés de signer un joueur. Je m'en rappelle : j'ai reçu l'offre puis j'ai parlé au coach Sfairopoulos le lendemain. Il m'a expliqué tout le projet, il m'a dit que j'avais deux jours pour me décider. Je l'ai rappelé 24h plus tard pour lui dire que c'était bon (il sourit). Je suis censé avoir le même rôle qu'à Vitoria, jouer derrière Printezis ici en l'occurrence. Je connais déjà ma mission d'entrée : apporter de l'énergie, défendre, mettre mes tirs ouverts, plus ou moins la même chose qu'avec le Baskonia en fait. J'ai accepté avec plaisir car c'est l'un des plus grands clubs d'Europe, l'une des plus belles histoires du basket européen, au sein d'une ville super. C'est un pas en avant dans ma carrière.

Une immense frustration que de se blesser d'entrée ? C'est clair. C'est un accident, je n'ai vraiment pas eu de chance. Je n'avais jamais vraiment eu de problème à l'adducteur et juste sur un saut lors de l'échauffement du match contre Vitoria (le premier de la saison en Euroleague, ndlr), ça a pété. Je pense que c'est dû à la surcharge. Je n'ai pas été blessé depuis six ans, je n'ai pas arrêté, je n'ai pas pris de repos et ça a lâché. J'ai recommencé à m'entraîner en cinq contre cinq cette semaine (entretien réalisé le vendredi 9 février, ndlr). On m'avait annoncé une absence comprise entre quatre et six mois, cela fait trois mois et demi maintenant. Je suis en avance car j'ai énormément bossé en muscu et en rééducation. J'espère revenir plus fort qu'avant, mon objectif est revenir à 100% le plus rapidement possible et de pouvoir aider l'équipe au mieux car c'est le moment le plus important de la saison qui arrive. On a effectué un très bon début de saison mais on sort d'un mois un peu plus difficile, avec quelques non-matchs à l'extérieur. Malgré cela, on est à la deuxième place au classement de l'Euroleague donc maintenant, j'espère juste pouvoir aider l'équipe. Nous avons des objectifs élevés. On a l'équipe qu'il faut pour aller au bout, il faut que l'on prouve sur le terrain. Déjà, il y a l'opportunité de prendre un premier trophée cette semaine avec la finale de la Coupe de Grèce contre l'AEK Athènes (Kim Tillie avait pris part au quart de finale début octobre à Larissa : 9 points à 3/4 et 3 rebonds en 16 minutes, victoire 97-67, ndlr). Je ne sais pas si je serai prêt, on verra.

Le serrurier fan du Panathinaïkos

J'ai un contrat 1+1 avec Le Pirée, la deuxième année en option pour le club. C'est chaud avec ma blessure car ma deuxième saison n'est pas garantie, il va falloir que je joue bien sur les derniers mois pour que je puisse rester l'année d'après. Être à l'Olympiakos maintenant, c'est le rêve. C'est quand même monstrueux. C'est pratiquement le club qui a la plus grosse histoire en Europe. Côtoyer des joueurs comme Vassilis Spanoulis ou Georgios Printezis, c'est très enrichissant. Eux ont aussi une grande histoire en Europe : trois EuroLeague pour Spanoulis, deux pour Printezis. Ils ont une immense expérience qu'ils transmettent aux autres joueurs dans le vestiaire, surtout Spanoulis qui est un vrai leader. Il prend beaucoup la parole, avant les matchs, pendant, à la mi-temps, etc. On a beaucoup à apprendre d'eux et c'est ce que je fais. Mon objectif est de rester en Euroleague, surtout que cela devient une ligue fermée maintenant. Mais avant cela, je veux faire ma deuxième année ici. Je suis très heureux à Athènes mais il faut que je prouve ma valeur. Après, on verra.

Athènes est une ville qui vit pour le basket. Partout au Pirée, tu vois des tags mentionnant "Gate 7", le nom des supporters.



Une porte de garage ou un mur décorés à la mode du Pirée
(photos : Alexandre Lacoste)

Il y a une rivalité historique entre le Panathinaïkos et l'Olympiakos. À Athènes, dès le plus jeune âge, tu grandis avec un club, soit l'un, soit l'autre. Ils se détestent vraiment. Il faut absolument gagner ces matchs, il y a une ambiance de folie. J'ai fait le déplacement quand ils ont joué au Pana la semaine dernière. Malheureusement, on a encore perdu (68-61 le 29 janvier en championnat, ndlr) mais il y avait vraiment une ambiance incroyable. L'engouement pour le basket est impressionnant. Dès que je me balade quelque part, les gens me reconnaissent, même si je n'ai pas joué un seul match à domicile. Ils savent que je suis blessé, ils m'encouragent, c'est vraiment sympa. Je reçois beaucoup de messages d'encouragement et ça me donne encore plus de motivation pour revenir plus fort et aider l'équipe. Même les supporters du Panathinaïkos me reconnaissent, ils m'insultent en rigolant. L'autre jour, je suis allé chez le serrurier pour refaire une clé. Il me voit arriver avec mon survêtement de l'Olympiakos, il me demande ce que je fais et je lui réponds que je joue là-bas. Du coup, il me regarde et me dit : "Mais va te faire e......" (il rit). Bon finalement, il n'y a pas eu de problème mais c'est assez marrant.


Une apparition en championnat, une en Coupe de Grèce et c'est tout pour le moment
(photo : Sport24.gr)

Un statut toujours aussi fragile avec les Bleus :
"C'était peut-être un peu ma chance l'été dernier"

À l'image d'un Adrien Moerman - son compère de la génération 88/89 -, malgré un talent indéniable et une carrière méritante, Kim Tillie a payé l'omnipotence de ses aînés de la génération 82/83 en équipe de France. Difficile, en effet, d'aller déloger le capitaine Boris Diaw ou le ministre de la défense Florent Piétrus lors des plus belles heures des Bleus... Alors, l'Athénien fut souvent le dernier coupé ou le 12e homme de Vincent Collet. Très prometteur pour sa première cape le 2 août 2013 contre la Finlande à Pau avec 13 points (son record international), il ne passa qu'un seul été sans se faire couper par le sélectionneur : en 2016, où il composta son billet pour les Jeux Olympiques après un TQO intéressant aux Philippines. Mais K1 a aussi glané une médaille de bronze mondiale à l'occasion de la Coupe du Monde 2014. Rappelé en catastrophe suite à la blessure à l'épaule de Ian Mahinmi, arrivé moins de 24 heures avant le début de la compétition à Grenade, il ne disputa aucun des quatre matchs couperets à Madrid mais fut de la formidable aventure tricolore, notamment marqué par cet inoubliable exploit contre l'Espagne en quart de finale.


La plus belle médaille de bronze de l'histoire du basket français
(photo : FIBA)

Toutefois, Kim Tillie le sait : il a manqué l'été dernier une occasion rêvée de monter dans le train. Avec la retraite internationale de Florent Piétrus et le forfait d'Adrien Moerman, il avait une fenêtre de tir idéale pour viser une place dans les douze à Helsinki et Istanbul. Mais, tandis que Louis Labeyrie surprenait tout le monde, il ne s'est pas montré rayonnant en préparation (3,5 points à  26%) et il fut remercié le jour précédant le début de l'EuroBasket. Resté scotché à 42 sélections, il n'a évidemment pas renoncé au maillot bleu. Il pourrait avoir l'occasion de se rattraper dès l'été prochain avec les deux fenêtres internationales, même si la première est planifiée moins d'une semaine après la finale du championnat de Grèce qui devrait, sauf grande surprise, opposer le Panathinaïkos à son club de l'Olympiakos.

Kim Tillie : "Depuis longtemps, le groupe central de l'équipe de France était solide. Au poste 4, le duo Boris Diaw - Florent Piétrus était inchangeable depuis des années et des années. C'est pour cela que je n'ai jamais eu ma place avec les Bleus. Maintenant que Florent Piétrus est parti, c'était peut-être un peu ma chance de prendre ma place. Malheureusement, je n'étais pas trop en forme l'été dernier. J'avais réalisé une bonne saison avec Vitoria. Et puis en prépa, je n'ai pas été très performant pendant les matchs... Je pense que c'est pour ça. J'étais bon en défense mais je n'ai pas eu beaucoup de ballons en attaque, beaucoup de shoots ouverts, etc. C'était un peu difficile. Je comprends tout à fait le fait que le staff m'ait fait venir jusqu'à Helsinki car il y avait des blessés. Cela aurait été encore plus frustrant qu'ils me coupent avant puis qu'ils me rappellent au cas où Séraphin  ou Poirier déclarent forfait. Les deux étaient incertains donc il fallait rester avec le groupe le plus longtemps possible. Voilà, c'était un peu frustrant mais c'est comme ça, c'est la loi du basket, c'est le sport professionnel. Vincent Collet m'a dit qu'il était désolé mais que c'était son choix. C'est tout, il est l'entraîneur et je respecte sa décision. Ensuite, l'EuroBasket fut malheureusement un peu compliqué pour nous. Je ne sais pas pourquoi on n'a pas réussi à passer le cap. Pourtant, la prépa n'était pas trop mal, il me semble. Le jeu était de qualité et on gagnait les matchs mais on s'est un peu écroulé à l'Euro. C'est vraiment dommage.

"On nous dit qu'on a le choix mais on ne l'a pas du tout"

C'était vraiment une expérience exceptionnelle que de participer aux Jeux Olympiques. Déjà, pour se qualifier, c'était une mission compliquée que de partir aux Philippines. Mais à Manille, j'avais beaucoup aidé l'équipe à accrocher la qualification aux JO et je crois que c'est pour ça que Vincent m'avait récompensé en m'emmenant à Rio. Et lors de la Coupe du Monde 2014, j'avais aussi été appelé au dernier moment suite à la blessure de Ian Mahinmi. J'étais en pleine prépa avec Vitoria, ils m'ont appelé un jour avant le début de la compétition. Je n'ai pas beaucoup joué mais être dans le groupe et participer à cette aventure, c'était vraiment super.

Si je suis en forme, je serai toujours là pour donner le maximum avec les Bleus. Même si là, c'est compliqué avec les fenêtres. La guerre EuroLeague - FIBA fait chier. C'est une catastrophe ce qui se passe actuellement. Tout le monde dira la même chose de toute façon. Nous, les joueurs, sommes pris en otages. On nous dit qu'on a le choix mais en fait, on ne l'a pas du tout. On a des employeurs, nos clubs. Ce sont eux qui nous payent et on ne peut pas rater des matchs ou des entraînements. On veut aller en équipe de France aussi mais on se retrouve pris entre les deux. C'est vraiment dommage qu'ils n'aient pas réussi à se mettre d'accord."


Comme les joueurs EuroLeague, Kim Tillie devrait être disponible pour les fenêtres de juin et septembre
(photo : Guillaume Poumarede)

À Glyfáda,

15 février 2018 à 10:00
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