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DU MARASME TOULONNAIS À LA RIGUEUR SERBE, L'APPRENTISSAGE ACCÉLÉRÉ DE LUKA ASCERIC

Crédit photo : KK Mega Bemax

En mai dernier, nous avons profité du Final Four de l'EuroLeague afin de rencontrer Luka Asceric. Prospect intrigant du basket français, l'ancien meneur de Lille est parti s'aguerrir au sein de la pouponnière de Mega Bemax, après un passage délicat par Hyères-Toulon.

Jeudi 17 mai au soir, à la Mega Factory, en périphérie de Belgrade. Aux côtés de l'ancien strasbourgeois Kostja Mushidi, Luka Asceric (2,01 m, 21 ans) enchaîne les shoots après un entraînement léger. Nous sommes à quelques jours de l'ouverture des playoffs du championnat serbe où le Mega Bemax s'apprête à défier le Partizan Belgrade de Bandja Sy.

Si la jeune équipe gérée par la toute-puissante agence BeoBasket s'est finalement inclinée en deux manches sèches dès les quarts de finale de KLS, le passage de Luka Asceric en Serbie lui a été bénéfique. Déjà, contrairement à Hyères-Toulon où il était de moins en moins utilisé jusqu'à son départ mi-avril (3,3 points à 39%, 1,6 rebond et 1,5 passe décisive pour 4,2 d'évaluation en 14 minutes), il a joué (22 minutes de moyennne). Et surtout, il est arrivé à un rendement satisfaisant (9,8 points à 47%, 2,7 rebonds et 2,8 passes décisives en 12 matchs), rappelant ses statistiques à Lille en 2016/17 (7,2 points à 37%, 3,1 rebonds et 2,2 passes décisives), la saison de la révélation pour lui.


Luka Asceric devrait évoluer aux côtés d'Adam Mokoka la saison prochaine
(photo : KK Mega Bemax) 

Luka, tu as passé ton bac dans un lycée français de Vienne (Autriche). Quelle est la différence entre le système français et le système Autrichien, notamment au niveau la conciliation des études et du sport ?

C'était un lycée français normal, avec les programmes scolaires français mais à l'étranger. Notre école était liée à l'académie de Strasbourg donc on avait exactement les mêmes épreuves qu'eux. La seule différence finalement, c'est que c'était la première saison où je jouais à la fois en équipe de jeune et au niveau professionnel. Du coup, il y avait un arrangement avec l'école pour que je rate le moins de cours possible, il fallait vraiment bien s'organiser. Ce qui est différent, c'est qu'il n'y a pas quelqu'un comme en centre de formation pour assurer ton suivi scolaire, regarder les notes... Ce sont surtout mes parents qui me le rappelaient parfois, même s'ils avaient plutôt confiance en moi et qu'ils me laissaient gérer cette partie-là. Ils m'ont surtout soutenu pour que je garde confiance en moi et que j'ai la meilleure organisation possible. L'année du bac, je m'étais vraiment concentré sur l'école. Je m'entraînais les soirs mais pas le matin. Je jouais en espoirs et en professionnel au début, moins ensuite. C'était une belle année à Vienne, ça m'a énormément plu.

Après le bac, tu arrives à Lille et tu enchaînes par une licence génie mécanique...

Oui. Je termine le bac et j'avais des bonnes notes [il a obtenu son bac S mention très bien, ndlr]. Mes parents m'ont laissé vraiment choisir ce que je voulais faire entre basket et études. Même si j'avais envie de me concentrer plus sur le basket, je sais que cela peut être important de continuer les études. Mon père m'a conseillé d'au moins essayer de concilier les deux et de voir comment cela aller se dérouler. J'étais plutôt bon dans les matières scientifiques donc j'ai testé génie mécanique. À la fac, tu es relativement libre. Tu viens ou tu ne viens pas, les gens te laissent gérer. Comme j'étais déjà un peu dans ce contexte pour ma dernière année à Vienne, ça ne m'a pas posé de problème d'adaptation ou d'organisation. Ça s'est très bien passé, j'ai validé la première année alors que je jouais principalement en NM2 avec d'autres jeunes et que je m'entraînais aussi avec les pros. La deuxième année, je pensais que ce serait quand même plus compliqué parce que je jouais en ProB, il y a une autre exigence mais j'ai réussi également à valider. Je voulais continuer en troisième année pour achever la licence mais il n'y avait pas ma formation à Toulon, il fallait aller à Marseille et c'était beaucoup plus compliqué. Donc j'ai fait une petite pause mais je réfléchis à reprendre pour au moins terminer la licence.

"Si je reviens en France, ce sera comme JFL"

Lors de ton retour en France, pourquoi as-tu privilégié la Pro B plutôt que le championnat Espoirs Pro A ?

Quand je reviens en France, j'avais déjà 18 ans et j'avais en tête le statut JFL. Comme à la fin du cursus espoirsn je n'aurais eu que trois ans de licence FFBB, beaucoup de clubs ne m'auraient pas pris. J'avais des opportunités en Autriche aussi mais mon père m'avait proposé de venir à Lille et de m'entraîner avec les pros et de jouer en NM2. Je ne connaissais pas du tout ce championnat mais après en avoir discuté avec lui, ça m'a paru être une bonne idée. La NM2 a vraiment été un bon championnat pour apprendre. Je ne peux pas comparer parce que je n'ai jamais joué en Espoirs mais j'ai pu jouer contre des équipes comme Gries-Oberhoffen ou La Charité, qui étaient vraiment bonnes. Comme on était vraiment tous jeunes dans l'équipe, je pense que ça nous a beaucoup aidé. C'est différent de jouer contre d'autres jeunes ou de jouer contre des meneurs confirmés, parfois des anciens joueurs de Pro A ou de Pro B. Ça m'a vraiment fait gagner de l'expérience. La deuxième année, la Pro B avec ses spécificités, ça m'a aussi énormément aidé. En terme d'expérience c'est énorme.

Pourquoi, l'été dernier, as-tu choisi le HTV ?

Il y a eu l'offre de Hyères-Toulon, début juin. Je me suis dit qu'il fallait tester la Pro A puisqu'il m'en était donné l'opportunité. Le contexte du HTV semblait plutôt bon pour découvrir le plus haut niveau français, il y avait la possibilité de se développer. Je n'avais pas encore le statut JFL.


L'apprentissage à la dur au HTV : seulement 7 victoires en 26 matchs
(photo : Sébastien Grasset) 

Justement, le statut JFL où en es-tu ?

En début de saison je ne l'avais pas donc c'était aussi un frein. Je savais que j'allais l'obtenir parce que j'avais une troisième année de licence entre 12 et 21 ans mais aussi beaucoup de licences FFBB en dessous de 12 ans. J'ai obtenu la dérogation en début d'année 2018 donc si je reviens en France, je serais comptabilisé comme JFL.

Quels sont tes projets pour le futur immédiat ?

Normalement, je serai encore à Mega Bemax l'année prochaine.

Qu'est ce qui t'a poussé à quitter Hyères-Toulon en milieu de saison pour la Serbie ?

Comme tout le monde le savait en France, le club était en situation difficile. Mega Bemax m'a contacté donc quand l'offre est arrivée, j'ai tout de suite réfléchi à ça, j'en ai aussi discuté avec mes parents. Comme l'offre s'est aussi faite à un moment où je jouais peut-être un peu moins, j'ai décidé de saisir l'opportunité.

"La charge de travail est beaucoup plus importante en Serbie"

C'est ta première expérience en Serbie, on parle beaucoup en France de la « rigueur serbe ». Qu'en est-il réellement ?

Ça se passe vraiment très bien depuis que je suis arrivé ici. Il y a de très bons entraîneurs qui sont aussi d'anciens très bons joueurs. Les entraînements se basent beaucoup sur des détails. La rigueur, elle est vraiment là-dessus. On travaille aussi beaucoup, la charge est beaucoup plus importante. C'est vraiment tout dans l'idée de progresser et de s'améliorer chaque jour. Le fait que je parle déjà la langue m'a certainement aidé dans mon intégration.

Vous parlez de la France avec Vule Avdalovic (assistant coach et ancien joueur de Cholet) ?

Oui on en a déjà discuté. Pour lui aussi, la France, ça a vraiment été une bonne expérience. C'est un bon gars !

Tu as demandé ta naturalisation, où en es-tu ?

Je l'ai demandé il y a deux ans mais elle avait été refusée. J'ai refait la demande l'été dernier. Normalement, cette fois, tout devrait être bon et je devrais obtenir la nationalité française.

Tu seras donc disponible pour l'équipe de France à ce moment-là ?

Oui, on verra. J'ai aussi la nationalité Serbe (de par son père) et Autrichienne (il est né là-bas). Pour le moment honnêtement, je n'y ai pas réfléchi. Je me concentre vraiment sur ma carrière en club. On verra si un jour, je suis appelé en sélection, c'est à ce moment là que je déciderai. Aujourd'hui, je ne sais vraiment pas dans laquelle de ces sélection je pourrais réellement apporter au pays.

Quelques semaines après son éviction de Nantes, comment va ton père, Neno ?

La décision qu'a prise Nantes a été vraiment rapide. Il a accepté. Bien sûr, ce n'est jamais facile. Après, il est venu parfois à Toulon, maintenant à Belgrade aussi de temps en temps. Son but, c'est quand même de retrouver un poste en France parce que c'est là-bas qu'il se sent bien. Il y a passé toute sa carrière de joueur et d'entraîneur.


Luka Asceric a été lancé dans le monde pro par son entraîneur de père, Nedeljko
(photo : GPJ)

À Belgrade,

13 juillet 2018 à 12:37
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Boulazac
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86
Chalon-sur-Saône
Châlons-Reims
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