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JEFF REYMOND, CE SYNDICALISTE QUI A FAIT AVANCER LE BASKET FRANÇAIS

JeanFrançois Reymond
Crédit photo : Mickaël Planes SNB

Entre 2008 et 2017, Jeff Reymond a développé le Syndicat National des Basketteurs comme jamais avec pour but de faire avancer la situation des joueurs professionnels en France.  

Le 31 octobre 2017, Jean-François Reymond a fermé la porte du Syndicat National des Basketteurs (SNB), quartier de l'Opéra à Paris. Le Directeur du SNB a mis fin à une histoire de quasiment dix ans. Sous sa direction, le SNB est devenu un acteur important dans le basket français. Et le syndicat de référence dans le basketball européen, à tel point que les joueurs des autres ligues européennes nous l'envient.

Quand Jeff Reymond est arrivé au SNB, en tant que stagiaire lors de la saison 2008/09, celui-ci était encore méconnu. Il ne comptait que 180 adhérents. Embauché pour faire la tournée des clubs (à découvrir ici) et présenter l'organisation aux joueurs professionnels, le Gardois a permis de faire accroître considérablement le nombre d'adhérents.

« Le SNB avait fait un gros travail institutionnel pour les conventions collectives de 2005 et 2008 mais il n'avait pas une très bonne image auprès des joueurs par manque de proximité avec eux. Les syndiqués étaient souvent des joueurs conseillés par des personnages du basketball français, comme Vincent Masingue, Pape Padiane, Cyril Julian ou Sylvain (Maynier) à Poitiers. »

88% des joueurs de LNB syndiqués en 2017/18

L'image moderne, dynamique et même puissante du SNB ne s'est pas construite en un jour. A force de rencontrer les joueurs, de les défendre, de leur apporter un soutien au quotidien dans leur métier mais aussi de se projeter, le SNB a convaincu la quasi totalité des joueurs de Pro A et Pro B, Français comme étrangers. En 2016/17, ils étaient ainsi 88% à avoir pris leur adhésion. Une adhésion qui coûte 25€ pour les pensionnaires de centre de formation, 90€ pour les joueurs professionnels gagnant 70 000€ ou moins sur la saison et 150€ pour ceux dont le salaire annuel dépasse ce montant. Pour la première fois, plus de 50% des joueurs de Nationale 1 (NM1) se sont syndiqués. Et le SNB développe son activité auprès des joueuses de Ligue Féminine de Basket (LFB), avec par exemple cette année des rencontres lors des pre-Opens mais également des visites au sein même des clubs.

Grâce à ce nombre d'adhérents record, le SNB s'est déjà stabilisé économiquement, la première réussite de Jeff Reymond qui a été l'auteur de nombreux de ces déplacements dans les salles de France. Des déplacements qui coûtent de l'argent (un budget annuel de 30 000 euros) et prennent beaucoup de temps (parfois plus de 20 nuits en hôtel sur un même mois).

Des joueurs mis en valeur, et des joueurs défendus

Cette réussite comptable n'est pas due qu'à un simple nouveau rapport entre joueurs et SNB. Elle vient également des avancées notables pour la profession de joueur de basket. Parmi elles, l'instauration du statut de « joueur formé localement » en 2010. Plus récemment, un « gros accord salarial » a été conclu avec les clubs, « avec une augmentation de toutes les grilles ». Le minimum conventionnel a ainsi augmenté de 1 000 euros. Le « Camp SNB » s'est développé et devient incontournable pour les joueurs encore sans contrat en pré-saison. L'image des joueurs a également été développée grâce au travail du SNB. Il y a eu la mise en place des « Trophées NM1 » en partenariat avec vos serviteurs ou encore toute la mise en valeur des statistiques historiques, réalisée en collaboration avec ProBallers. On notera enfin les études publiées, sur le temps de jeu des jeunes joueurs français « insuffisant » selon le SNB, qui fait de ce chantier l'une de ses prochaines priorités.

Outre ces changements de règle, Jeff Reymond se remémore les nombreux cas individuels que le SNB a du traiter. D'Akin Akingbala viré par Rouen pour un retweet, de la boulangère du village ayant fait une attestation visant à décrédibiliser un joueur de Nationale 1, aux salaires impayés, comme ceux d'Ike Udanoh en 2016/17 au HTV. Les cas de rupture de contrat resteront les plus fréquents. Il y a également les liquidations de club de NM2 (Ré, Luçon, Saint-Etienne, Aix-en-Provence), le SNB ayant à chaque fois accompagné les joueurs sous contrat, comme il a accompagné des joueurs visés par des procédures de la LNB pour avoir parié sur des rencontres de leur championnat. Enfin, le SNB n'hésite pas à donner des informations aux clubs lorsqu'ils ont besoin de recruter un joueur. Comme lorsque Roanne a annoncé la signature (finalement impossible) de Daviin Davis en mai 2017. La Chorale s'est faite rappeler le règlement dans la foulée par le syndicat. En ce début de saison, c'est le GET Vosges qui a appris de la part du SNB qu'un nombre maximum (16) de contrats avait été (enfin) instauré pour la saison 2017/18 de NM1. Utile quand on sait que le club vosgien enchaînait les signatures de nouveaux contrats.

Un mouvement européen lancé par le SNB ?

Le SNB, ce ne sont pas que les joueurs français. La forte communauté de joueurs américains évoluant en Ligue Nationale de Basket (LNB) s'est laissée convaincre au fur et à mesure des années. Des figures états-uniennes du championnat de France ont intégré le Comité Directeur, comme Marcellus Sommerville ou Kyle McAlarney. Ceux qui passent par la France « parlent en Europe » du travail réalisé par le SNB. Car rares sont les syndicats déjà en place dans le basket européen. On les trouve en Italie, Espagne, Israël, Suisse, République tchèque, Suède (un peu à l'abandon) ou Finlande, avec des degrés d'activité variables. Jeff Reymond se souvient de rencontres particulières, avec l'érudit Coleman Collins (devenu francophone) ou, dans un autre registre, le fidèle Ronnie Taylor. Des hommes avec qui il garde contact, comme amis, tout simplement. Coleman Collins, ancien membre du bureau directeur, a d'ailleurs récemment participé à la création d'un guide pour les joueurs professionnels étrangers évoluant en France.

Ces contacts, il lui servent par la suite. Car, ambitieux, Jeff Reymond rêve de créer un syndicat afin de représenter et défendre les intérêts des joueurs d'EuroLeague. « On en parle avec Nando De Colo ». Mais aussi dans d'autres pays, comme en Turquie, où il a un bon feeling avec Sinan Guler.

Sous son initiative, un syndicat européen a été relancé (UBE) avec les autres syndicats nationaux. L'EuroLeague y est attentive. Surtout que Jeff Reymond a déjà fait un premier coup d'éclat sur le droit d'images des joueurs d'EuroLeague qui se trouvaient dans le jeu vidéo « NBA 2K ». Ou plus récemment avec la FIBA, qui utilisait des ballons neufs à l'EuroBasket 2017 au grand regret des joueurs.

« Après l'alerte donnée par Boris Diaw, on a contacté des joueurs dans chaque sélection : Martin Hermannsson en Islande, Eric Boateng en Grande-Bretagne, Giorgi Tsintsadze en Géorgie, Adam Hanga en Hongrie, Jonathan Tabu en Belgique, Erik Murphy en Finlande... On a réussi à toucher toutes les équipes, quasiment tout le monde a signé et Molten est récemment revenu aux anciens ballons. Je suis hyper fier qu'on ait réussi à se réunir. Cela vient de la proximité que l'on a avec les gars, les services rendus. C'est 8 ans de construction. »

8 années qui lui ont donné une légitimité. En témoigne ses rencontres multiples avec Jordi Bertomeu, le patron de l'EuroLeague, par exemple sous son initiative au siège de la LNB un jeudi matin, à la grande surprise des locataires des lieux.

Si Jeff Reymond quitte le SNB, c'est pour vivre un autre challenge. Il est devenu dans la foulée le directeur de Provale, le Syndicat des joueurs de rugby professionnel qui compte 12 salariés et 2 millions d'euros de budget. Un tout autre monde qu'il a fini par rejoindre après des relances successives. Si l'ancien basketteur professionnel (Toulouse, Montpellier, Feurs, Toulouges, Calais et Caen) est « évidemment » frustré de quitter le navire, il est satisfait de « laisser la structure dans un bon état, surtout financièrement. Le travail à Provale, c'est le même, les problématiques sont les mecs. Je suis un mec de projet. On a resigné la convention collective avec la LNB jusqu'en 2021, toutes les planètes étaient réunies pour que je parte maintenant ».

Il continuera à siéger au bureau directeur, à suivre de près les dossiers du SNB. D'ailleurs, il le représente auprès de la Ligue Nationale de Basket qui organise cette saison des sessions de travail pour imaginer son avenir.

En attendant de trouver un nouveau directeur, le SNB a engagé Quentin Jegou, ancien salarié de l'ALM Evreux spécialisé dans le management et le droit du sport. Ce dernier fera équipe avec Sylvain Maynier. L'ancienne figure du Poitiers Basket 86 est entré au SNB en 2014 et y est désormais salarié. Le travail continue. Et un petit doigt nous dit que Jeff Reymond n'en sera jamais très loin.

12 janvier 2018 à 06:50
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