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LAMINE SAMBE, UN LION QUI N'A JAMAIS CESSÉ DE RUGIR

Lamine Sambé
Crédit photo : Gérald Héloïse

A 27 ans, Lamine Sambe a connu un cursus de basketeur extraordinaire en terme d'expérience. Aujourd'hui pour BeBasket, il a accepté de revenir sur sa riche carrière. 

Revenu à Rueil-Malmaison il y a deux ans maintenant, Lamine Sambe fait presque figure d’ancien dans ce championnat de Nationale 1. Professionnel à seulement 18 ans en Pro A du côté de l'Elan Béarnais, il n’a malheureusement pas pu pour diverses raisons continuer dans l’élite à Pau ou ailleurs. A 27 ans, il a pris un certain recul sur sa carrière. Bien installé en région parisienne maintenant, il ne souhaite pas en partir, lui qui aujourd'hui joue son rôle de leader à la perfection. 

"Je joue au basket depuis mon plus jeune âge. J'ai donc commencé dans un petit club tout près d'Orléans, là où je suis né. Après avoir connu toute les sélections en jeune, j'ai donc eu la chance d'intégrer le pôle espoir de Tours, puis le centre fédéral un an. Pau-Lacq-Orthez est venu me chercher et c'est comme ça que j'ai intégré l'Elan Béarnais ou j'y ai passé cinq ans de ma vie. C'est à Pau que j'ai commencé ma carrière en Pro A. Après l'Elan, je suis parti à  Antibes un an, Evreux deux ans puis Cognac deux ans en Nationale 1. Et aujourd'hui, j'entame ma troisième année à Rueil où je me sens très épanoui."

INSEP : le point de départ 

Il y a 12 ans, Lamine Sambé partageait le vestiaire du Centre Fédéral avec des joueurs qui aujourd’hui font les beaux jours de l’équipe de France A. Après un an au centre fédéral, l’arrière sénégalais a rejoint l’Elan Béarnais. A cette époque, le club béarnais était considéré comme l’un des tous meilleurs centres de formation. La génération 89 paloise (Heurtel, Raposo, Sambé et Morency) en trois ans a tout raflé. Coupe de France, Championnat et Trophée du Futur, les jeunes palois écrasaient tout sur le passage.

"Quand je quitte le Centre Fédéral qui à l’époque regroupait les meilleurs jeunes, je laisse derrière moi des joueurs comme Antoine (Diot), Edwin (Jackson). Mais, je sais que venir à Pau est une très bonne chose car les joueurs présents sur place sont du niveau de ceux de l'INSEP. J’ai eu la chance à Pau de jouer avec des joueurs comme Jean-Fred Morency, Thomas Heurtel ou Fernando Raposo. Je n’ai pas eu de gros décalage au contraire. Pau était la ville où je devais être à ce moment de ma carrière. Ces trois ans en jeune à Pau m'ont beaucoup servi pour la suite de ma carrière. Nous étions tout simplement les plus forts. J’ai rencontré des joueurs, qui sont aujourd’hui devenus mes frères. C’est ça aussi l’importance de faire un centre de formation et de partir loin de chez toi. Cela te permet de grandir en tant qu’homme mais aussi en tant que joueur."

Aujourd'hui, le Centre Fédéral n'a plus le même pouvoir d'attraction qu'à son époque. Il comprend que les jeunes souhaitent rester dans leur club de formation car ils ont la possibilité très jeune, d'intégrer les entrainements du groupe professionnel. 

"Les époques ont changé. Moi je suis rentré au Centre Fédéral avec une très forte génération. Je pense qu'à ce moment-là, c'était l'endroit où il fallait être. C'était le gratin du basket français. Aujourd'hui, il y a débat. Je ne peux pas trop m'avancer, car la nouvelle génération je la connais pas vraiment. Mais de ce qu'on peut entendre, il y a beaucoup de jeunes qui refusent aujourd'hui d'intégrer le centre fédéral et préfére tenter leur chance dans un centre de formation. Pourquoi ? Je pense que c'est dû à l'attraction des équipes professionnelles qui proposent très rapidement si tu es bon d'intégrer l'équipe première. A l'INSEP tu joues souvent en nationale 1 contre des adultes, donc c'est très compliqué de gagner des matchs. Même si tu progresses à jouer contre des hommes, tu ne domines pas dans ta catégorie d'âge. A mon époque on battait des équipes de NM1, on avait cette culture de la gagne. Ce n'est plus le cas aujourd'hui."

2005, l'arrivée dans le Béarn 

Quand il rejoint Pau, il n'a pas ressenti de différence entre le niveau du CFBB et celui de l'Elan Béarnais. Pau lui proposait tout simplement l’opportunité de commencer sa carrière dans un des meilleurs clubs de France. Mais, rien ne lui était acquis. C’était à lui de montrer qu’il pouvait relever le défi palois.

 "Je quitte des joueurs comme Antoine Diot ou Edwin Jackson, et je rencontre des gars comme Thomas Heurtel, Fernando Raposo ou Jean Fred Morency (rires). J'avais d'autres centres de formation (intéressés par lui), mais Pau a été l'équipe qui m'a montré le plus d'intérêt. Ils m’ont invité plusieurs fois pendant les vacances, ils sont venus me voir à de nombreuses reprises à l'INSEP. Quand je suis arrivé à Pau on ne m’avait rien promis. On m'a juste dit si tu es bon alors tu auras la chance un jour de porter nos couleurs en Pro A, c'est tout. C'était du step by step et c'était à moi de saisir cette opportunité. J’ai vite vu que je pouvais jouer en Pro A à Pau. A l’Elan Béarnais, au quotidien tu as la chance de t’entrainer avec de très bons joueurs. On a tous progressé pour aujourd’hui devenir pour la plupart de bons joueurs de basket."

C'est Jean Aimé-Toupane qui lui a donné ses premières minutes en Pro A

En 2008/09, il a signé son 1er contrat pro avec le club Palois. A cette époque, Claude Bergeaud (alors directeur sportif) souhaitait rajeunir l'équipe et faire jouer cette génération si dominante dans les catégories jeunes. Malheureusement, en fin de saison, l'Elan Béarnais a terminé à la dernière place de la Pro A et a connu sa première descente en Pro B. Reste que le fait d’avoir foulé le mythique parquet du Palais des Sports de Pau restera comme l’une des plus belles choses de sa vie de basketteur. 

"Oui, quand tu arrives à Pau, tu ne penses qu'à jouer un jour en Pro A. Je me souviens de nos discussions avec Thomas Heurtel par exemple, quand on était jeune, on se disait que l'on devait absolument jouer en Pro A avec Pau, dans cette superbe salle. C'était un objectif plus qu'un rêve. On avait tout gagné en jeune, il était important pour nous de tout faire pour gagner aussi en Pro A. La fin est triste car on connait une descente, mais je pense que nous les jeunes ont su tirer notre épingle du jeu cette saison. C'est le début de tout."  

A cette époque, Pau a fait confiance aux jeunes. Mais malheureusement aujourd'hui en Pro A, ce n’est pas toujours le cas.

"Déjà, il y a une règle qui ne permet pas aux jeunes de jouer. Seulement quatre joueurs formés localement (JFL) obligatoires. Donc aujourd'hui un club avec la pression des résultats va préférer signer et faire jouer des Français confirmés, c'est normal. C'est plus le système en place qu'il faudrait critiquer que le choix des coachs. Cette pression des résultats ne te permet pas de faire grandir ta formation. En France après quatre défaites, le coach se pose déja des question sur son avenir. Comment voule-vous qu'il fasse confiance à des jeunes derrière. A l’étranger, les jeunes joueurs jouent. Nous en France on hésite à les mettre sur le terrain. C'est dommage, car certains jeunes, je pense, peuvent jouer et se développer en Pro A."

Malgré de bonnes saisons en Pro B, il n'a malheureusement jamais pu rejouer dans l'élite. Sa saison 2008/09 restera comme la seule de sa carrière en Pro A.

"Après une saison en Pro B à Pau, je pars à Antibes où je réalise une belle saison. Je pensais que des clubs de Pro A se seraient intéressés à mon profil, mais malheureusement rien. Je décide donc de signer à Evreux qui était une bonne équipe de Pro B, avec un bon recrutement et qui ambitionnait de remonter en Pro A. Mais je me blesse un an, j'ai du mal à revenir, j'ai besoin de retrouver du temps de jeu et de la confiance donc direction la Nationale 1, à Cognac. On m’a très rapidement catalogué comme un joueur de NM1, donc je n'ai jamais pu remonter, c'est comme ça... Encore aujourd’hui j'ai eu des propositions pour revenir en Pro B, mais je suis bien ici à Rueil. Jouer en Pro B avec des conditions inférieures à ce que j'ai en Nationale 1, être sur le banc de touche derrière un Américain, non merci, ce n'est pas ce que je souhaite. Malheureusement, depuis très longtemps, le joueur américain a plus la cote que le joueur français. Ce n’est pas normal de trouver en début de saison des joueurs français expérimentés sans club. Ces joueurs-là ont prouvé qu’ils avaient le niveau pour jouer en Pro A, mais on préfére aller chercher des étrangers sans expérience. C’est un problème qui mérite d’être soulevé."

Il est devenu un joueur référencé de Nationale 1

Pendant que lui peinait à revenir en Pro A, d'autres joueurs de sa génération ont explosé pour devenir aujourd'hui des joueurs en NBA (Séraphin), en EuroLeague et en équipe de France (Heurtel, Jackson, Diot) ou en Pro A (Morency, Raposo). Même si cela a été difficile plus jeune, aujourd'hui, avec du recul il n'a aucun regret. 

"Plus jeune j'en ai souffert. C’est normal, je me disais avec tous les sacrifices pourquoi eux et pas moi. On était ensemble en jeune, on gagnait ensemble, pourquoi aujourd’hui je n’ai pas la chance de m’exprimer au plus haut niveau. Je ne m'étais pas préparé à ça, et le retour à la réalité a été compliqué. Quand tu es au top jeune, il est compliqué pour toi de ne pas voir tes rêves se réaliser. Mais aujourd’hui, avec maturité et recul, je suis heureux dans ma vie, et c'est le plus important. Beaucoup de facteurs m’ont permis de relativiser. Quand on voit où sont les joueurs que j'ai côtoyé petit, ça montre à quel point cette génération était extraordinaire. Mais, pour réussir dans le sport il faut avant tout avoir les opportunités et surtout il faut les saisir. Au même Age, nous étions tous au même niveau. Après c'est le sport de haut niveau qui est comme ça, tout le monde le sait. Mais je repète je ne ressens aucune jalousie, je suis très heureux pour eux et très fier de ce que j'ai réalisé."

Il avoue aussi, qu'à un moment donné, il a aussi manqué un peu d'humilité. Quand tu es au top très jeune, tu as l'impression que rien ne peut t'atteindre. 

"Je pense être l'exemple parfait. Je débute en haut et au fil des années je suis allé vers le bas, alors que normalement ça doit être le contraire. J'ai commencé jeune en Pro A, j'ai connu toutes les équipes de France jeunes, j'avais tout pour faire une belle carrière. Très vite à Pau, je me suis entrainé avec l’équipe professionnelle puis j’ai commencé à jouer avec eux. A 18 ans, c'est difficile d’avoir la tête sur les épaules. Je me suis donc vu un peu trop beau mais j’ai aussi manqué à un moment donné de sérieux. Je ne pense pas avoir fait les efforts nécessaires pour y arriver. Mais tout part d'une bonne éthique de travail, quand tu n’es pas sérieux dans un milieu aussi concurrentiel que le sport de haut niveau, ça ne pardonne pas. Il faut au quotidien travailler et se remettre en question. C'est la manière dont je procède aujourd'hui. Si j'avais été, il y a six ans, dans le même état d'esprit qu'aujourd'hui alors, peut être que je ne serais pas le même joueur."

Remporter l'AfroBasket avec le Sénégal

Après avoir connu l'équipe de France en jeune, il a décidé l’an dernier de porter les couleurs du Sénégal. Porter le maillot de son pays d’origine et une sorte d’hommage à ses parents qui n’ont jamais cessé de croire en lui. Un choix important dans sa carrière. 

"La France c'est mon pays, je suis né en France. Plus jeune, il était important pour moi de porter les couleurs de l'équipe de France. Il n'y a pas mieux que de porter le maillot bleu en jeune. Quand tu as 16, 17 pu 18 ans, tu ne peux pas refuser la France. (Pour le Sénégal) C'est une opportunité de se montrer mais aussi de remporter des médailles. Quand l'an dernier la fédération sénégalaise m'a contacté, alors je n'ai pas hésité. Tout simplement, car c'est aussi mon pays, c'est le pays de mes parents et je savais qu'ils seraient si fiers de moi en me voyant porter les couleurs du Sénégal. C'est aussi grâce à mes parents, à famille que je suis l'homme et le joueur que je suis. J'espère pouvoir gagner l'AfroBasket un jour."

Organisé par la Tunisie et le Sénégal, l'AfroBasket qui va se dérouler du 8 au 16 septembre prochain sera l'occasion pour lui de remporter avec son pays d'origine la plus belle des compétition africaine. Même s'il est en concurrence avec Clevin Hannah, un autre joueur naturalisé.

"C'est un objectif et un rêve. Représenter son pays dans une compétition internationale c'est un rêve que tout basketteur a. Maintenant à nous de faire tout notre possible pour remporter le titre. Mon objectif est de rendre fier le peuple sénégalais. On a l'équipe pour y arriver. Le Sénégal mérite un titre. "

Année après année, il y a de plus en plus de basketteurs africains en Europe ou en NBA. Cependant, le basket en Afrique peine à se développer et accuse encore un retard. 

"Le basket africain, c'est le reflet de la société africaine. Nous sommes en retard tout simplement. Mais au Sénégal j'ai l'impression que les choses bougent. Des grands noms comme Gorgui Dieng ou Maleye N’Doye font en sorte de développer ce sport. C'est avec l'implication de tous les grands joueurs qui jouent en NBA, EuroLeague ou en France que le basket africain pourra un jour grandir. Le talent ? il y en a en Afrique c'est une certitude. Maintenant il nous manque les infrastructures et les coachs diplômés. Mais j'ai espoir que cela change et qu'un jour le basket Africain soit à la place qu'il mérite."

Devenir coach personnel à plein temps 

Conscient qu'une carrière ne dure pas indéfiniment, il a décidé de penser à ce qu'il pourrait faire quand il ne pourra plus être efficace sur un parquet. 

"L'après carrière, j'y pense bien sûr. Je me suis lancé dans le coaching individuel. Mon objectif est d'aider des joueurs à travailler, progresser durant l'été. J'ai travaillé cet été avec Edwin Jackson, Evan Fournier, Jean-Fred Morency, Mathias Lessort, Xavier Gaillou, Bryan Pamba entre autre. Mon but est de persévérer dans cette voie pour un jour être reconnu dans ce métier-là. Pour moi, n'importe quel joueur à n'importe quel niveau a besoin de travailler. Je pense être un exemple. Comme j'ai dit, j'étais bon en jeune mais n'ayant pas travaillé, je n'ai jamais pu réaliserr mes objectifs. Car d'après moi, pour y arriver, il faut te fixer des objectifs mais surtout tout faire pour y arriver. Tout passe par le travail, il y a des joueurs qui coupent tout l'été, d'autres souhaitent continuer à travailler individuellement. Cela je l'ai compris maintenant, et j'aimerais pouvoir transmettre ce message à tous les joueurs qui voudront collaborer avec moi."

Durant la pré-saison, il a proposé ses services à d'anciens coéquipiers ou adversaires pour qu'ils puissent continuer à s'améliorer durant leurs vacances. 

"J'ai eu de la demande, plus que ce que je n'aurais pensé. Je pense que les joueurs commencent à comprendre que pour être bon, il faut vouloir tout mettre en place pour y arriver. Du talent, beaucoup de joueur en ont, mais très peu l'exploitent à 100%. On peut toujours progresser, aujourd'hui dans un club on s'entraine et c'est tout. Moi je veux être là pour les joueurs qui auront envie de faire du travail supplémentaire. Cet été certains m'ont donné la chance de les entraîner et j'espère que ce n'est que le début"

Malgré des hauts et des bas, il est très heureux d'avoir réalisé cette carrière et souhaite continuer ainsi. Il se dit satisfait de ce qu'il a fait dans le basket. Il est aussi ravi d'avoir pu rencontrer des joueurs extraordinaires qui sont aujourd’hui ses amis. 

"Je suis très heureux dans ma vie et je n'ai aucun regret sur ma carrière. Il y a plusieurs joueurs qui aimeraient faire la même chose que moi dans le basket. Grâce au basket j'ai rencontré des gens extraordinaires, j'ai été coaché par de très grands entraîneurs, j'ai eu la chance de jouer en Pro A, j'ai joué en équipe de France jeune avec des joueurs de grands talents, je vais disputer l'AfroBasket avec le Sénégal. Tout ce qui m'arrive est merveilleux, et pour rien au monde je n'échangerai cela."

17 aout 2017 à 11:05
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