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BAISSE DES JFL EN LNB : VIVEMENT CRITIQUÉ, FRANÇOIS LAMY S'EXPLIQUE

François Lamy
Crédit photo : You First

Lundi 28 septembre 2015.

C'est le jour du Match des Champions dans le basketball français. Pas un grand événement mais un événement qui rappelle que le début de la saison approche. Cette édition 2015 est marquée par une nouvelle qui est mal reçue par nombre de basketteurs français et les fans de ce jeu de l'Hexagone. La Ligue Nationale de Basket (LNB) vient de "faire marche" arrière pour beaucoup. En 2010, elle était passée de six joueurs étrangers autorisés à seulement cinq avec la mise en place du statut des joueurs formés localement plus connu sous l'acronyme "JFL".

Très vite, L'Equipe annonce que c'est la Commission Européenne qui a fait pression sur la LNB pour changer son système et que cette Commission a agi après qu'un agent français ait porté plainte. Cet agent, c'est François Lamy. Le Finistérien - que vous pouvez décrouvrir en lisant cet article du Télégramme daté de 2011 - ne s'est jamais caché d'avoir posé cette plainte en 2013.

Vivement critiqué par nombre de joueurs (ou anciens joueurs) professionnels français, l'agent explique pourquoi il a attaqué le réglement devant la Commission et donne son avis sur les problèmes liés au système ainsi que ce qui aurait pu être fait.

Vous êtes visé par les critiques car vous avez porté plainte contre le système JFL auprès de la Commission Européenne. Quelles ont été les raisons qui vous ont poussé à posé cette plainte contre ce système ?

Je suis en effet visé plutôt par des insultes et propos menaçants par quelques joueurs français sur leurs réseaux sociaux. Le recours que j'ai déposé auprès de la Commission Européenne est le fruit de longues années d'échanges infructueux avec les instances du basketball français quant aux dangers de manipuler des règlementations existantes avec des objectifs et un esprit contraire à leur esprit originel. Je tiens à préciser de nouveau que je n'ai pas attaqué la règle JFL telle qu'elle existe dans les textes Européens, mais les transformations très spécifiques par le basket français, et uniquement par le basket français, à mille lieux de respecter l'esprit de création de la règle des "Home Grown Players".

Lors de sa mise en place, de nombreuses personnes qui avaient participé à ca création se sont très ouvertement gargarisées d'avoir trouvé une "parade" à l'interdiction d'appliquer une préférence nationale dans n'importe quel milieu professionnel. Je suis attaché au respect des règles et surtout d'un minimum de sens moral. Que quelques-uns en doutent ça m'est égal, c'est la réalité, et mes très nombreux écrits accessibles sur Internet ou sur ma page facebook en attestent. J'ai fait savoir dès la naissance de cette règle que la manière dont elle avait été détournée me dérangeait, et qu'il serait de bon ton de ne pas aller plus loin dans son application. Avec un sentiment d'impunité qui me dérange également, des discussions ont été engagées pour aller encore plus loin dans cette règlementation. J'ai donc dit stop, et surtout il serait important de corriger les effets négatifs de la règle existante, en soumettant donc en 2013 un document de proposition (à lire en cliquant ici) issu d'une consultation de très nombreux techniciens et acteurs du marché du basket français. Ce document de proposition est non seulement resté lettre morte, mais un dirigeant de la LNB m'a également fait savoir à l'époque, je cite "la Commission Européenne, on s'en fout", avant de rajouter que dans un contexte politique où la France allait envoyer une majorité de députés européens du FN au parlement, l'opinion publique n'avait que faire des règlements européens. Ces propos ont décuplé ma motivation à agir puisque ma conscience politique est totalement opposée à cette logique. Devant ce mur d'indifférence et de défiance, j'ai donc déposé un recours auprès de la commission européenne. Parenthèse, je suis un pro européen plus que convaincu, il suffit d'un minimum de compréhension géopolitique pour se rendre compte qu'isolés, nous serions un tout petit pays sans poids politique et économique dans un monde articulé autour de blocs (USA / Japon - Europe - BRICS).

Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de joueurs français de bon niveau pour qu'il y ait cinq JFL par club de Pro A ?

Bien entendu qu'il y en a suffisamment. C'est bien pour cela qu'en 2013 lorsque j'ai fait parvenir ce document, j'ai indiqué qu'il fallait surtout conserver cette base minimum de cinq joueurs formés localement afin de ne pas créer de chômage. Ce changement de règle qui a été décidé n'est pas de mon fait, c'est une proposition du bureau de la LNB. Les joueurs français qui s'en plaignent se trompent de cible.

Ne pensez-vous pas que permettre aux clubs d'engager moins de JFL et donc moins de Français pourrait fermer la porte à certains Français et donc empêcher certains d'entre eux de progresser ?

Le danger est en effet que certains soient désabusés et cessent d'avoir des ambitions et d'y travailler. Mais les passerelles entre les niveaux ne sont pas si nombreuses, malheureusement, puisqu'il y a en effet dans les divisions inférieures des joueurs qui sont capables d'évoluer à plus haut niveau, Edouard Choquet étant sur son premier match un exemple frappant d'un très bon basketteur qui aurait du évoluer en Pro A plus tôt. Mais justement il y a aussi un certain nombre de joueurs qui n'ont pas forcément leur place en Pro A et qui sont des "joueurs quotas" qui n'y sont que sur un critère de statut, et c'est un effet pervers de la règle JFL qui est aussi un frein à l'arrivée de nouveaux joueurs des divisions inférieures au meilleur niveau et donc à la progression.

Après la réforme en NM1 appliquée depuis 2014 qui permet le recrutement de plus de joueurs étrangers par club, ça fait 50 places en moins pour les Français en deux ans sur les trois premières divisions françaises. N'est ce pas beaucoup alors que les niveaux intermédiaires (Pro B, NM1, NM2) semblaient monter de niveau contrairement à la Pro A ?

Je pense qu'il est très subjectif de juger la hausse ou baisse de niveaux de ces divisions. Autant la Pro B est restée la meilleure et la plus professionnelle des deuxièmes divisions en Europe, autant je ne pense pas que le niveau y soit meilleur qu'il y a 4-5 ans, et même chose pour la N1. Encore une fois, il y avait d'autres alternatives à étudier que de suggérer une baisse du nombre de joueurs JFL comme la LNB l'a fait.

Six étrangers potentiellement et quatre Français, c'est ce qui vous semble le mieux en 2015 par rapport au niveau général où se situe le basketball français et sa formation ?

Ce qui me semble le mieux pour le basketball français mais surtout pour la société en général, c'est que les débats sur l'identité nationale ou les questions de préférence nationale soient relégués au second plan voire n'existent pas. Ce n'est pas digne d'un pays européen qui accueille de nombreuses diasporas de pays d'Afrique francophone notamment. Je souhaite d'ailleurs faire une parenthèse et souligner les très nombreux propos très limites de ces joueurs français qui m'attaquent et font preuve d'un esprit anti-américain très marqué. Or jusqu'à preuve du contraire, la xénophobie tient du même mécanisme que le racisme,  et tout ça me choque profondément, bien plus que les insultes, qui ne sont que le fruit d'une colère mal dirigée. Si vraiment j'agissais pour mon compte personnel, et dans une logique libérale, je ne pense pas que les nombreux juristes de la commission européenne intervenus auraient prêté la moindre attention à ma démarche, initiée sans l'aide d'un juriste ou avocat.

Le document que j'ai rédigé en 2013, qui me semble clair et complet, et qui est donc libre de consultation, met en avant ce que je pense être un embryon de solution aux problèmes qui se posaient avec la règle JFL telle qu'elle a été mise en place. Elle a favorisé trop de clivages, trop de débats nauséabonds, et aussi trop de comportements déviants de certains joueurs, certes une minorité, qui ont abusé de cette règlementation pour se créer des espaces de confort et d'impunité. Mais cette minorité a complètement déréglé le marché. Il fallait à mon sens surtout conserver cinq joueurs formés localement minimum, en effet baisser le nombre de joueurs états-uniens dans une ligue trop américanisée, mais par contre ouvrir le reste de l'effectif aux joueurs communautaires de l'Union Européenne. C'est une formule qui aurait très largement tenu la route juridiquement puisque bien explicitée, elle n'aurait pas créé de "quota maximum" de joueurs communautaires. Avec des aménagements de bon sens, comme le prêt d'un JFL dans son parcours de formation comptant dans les cinq contrats pros JFL, ou la reconnaissance de la fidélité au championnat en délivrant une équivalence de communautaire aux joueurs étrangers restés plus de quatre ou cinq ans dans le championnat (cela existe au volley), il n'y aurait pas eu de pertes de postes pour les joueurs français, et la mixité des profils technico-tactiques des joueurs venant d'horizons différents aurait été un plus énorme pour la formation justement.

Quand on voit que sur la première journée de Pro A, les Français ne jouent qu'un quart du temps de jeu entre l'Elan Béarnais (51 minutes sur 200) et le CCRB (55 minutes), où est le problème selon vous ?

Le problème selon moi est justement qu'il y a eu tellement d'excès dans la mise en place de cette règle, que le marché tout entier a été déréglé. Je ne pense pas que ce soit imaginable mais en mai - juin - juillet, tous les clubs se focalisent sur leurs "cinq JFL" sans pouvoir agir sur le reste de l'effectif tant que leur effectif JFL n'est pas bouclé. C'est un non sens absolu et ça mène à des incohérences désastreuses à tous les niveaux, notamment pour les joueurs, même s'ils ne s'en rendent pas compte. J'ai eu une discussion très intéressante avec Valentin Bigote cette semaine, qui revit littéralement à Nantes avec un rôle majeur très en phase avec son talent naturel, alors même qu'il était dans une situation où sa carrière aurait pu être bloquée à Nancy. Je suis persuadé que les joueurs français potentiels et ceux qui veulent se donner les moyens de réussir auraient été les grands gagnants d'une règlementation repensée, pour éviter les effets pervers d'une règle excessivement dénaturée.

Pour revenir à la question précédente, je me pose la question de la cohérence de proposer des règlements en se basant sur un effectif de dix joueurs. J'ai longtemps vécu en Europe de l'Est et j'ai pu observer les habitudes dans ces autres systèmes. Tout n'y est pas parfait, loin de là, mais un effectif c'est douze joueurs, voire plus pour le très haut niveau. Le haut niveau c'est l'existence de profils spécifiques, et dans des effectifs raccourcis, ces profils spécifiques n'ont pas leur place, puisqu'il faut des 1 qui peuvent jouer 2, des 3 qui peuvent jouer 4, etc... Quand la question de l'équipe nationale revient à propos de cette règle JFL, il y a des théories aberrantes qui fusent. Déjà l'équipe nationale est réservée à l'élite, et l'élite du basket français évolue à l'étranger, ou aspire à le faire, mais surtout ce n'est pas en rendant un championnat professionnel peu en phase avec les logiques de fonctionnement de cette élite qu'on porte l'équipe nationale vers le haut, au contraire. Il est quand même utile de rappeler que le champion d'Europe cette saison est encore l'Espagne, avec beaucoup de cadres absents, et que ce championnat est le plus ouvert d'Europe, et de loin. Il suffit d'observer un minimum la société pour se rendre compte que les discours protectionnistes ne servent et ne protègent que ceux qui les portent.  

05 octobre 2015 à 10:41
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QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
GABRIEL PANTEL-JOUVE
Tout ça pour mettre une balle dans un cercle.
Gabriel Pantel-jouve
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