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ITW VINCENT COLLET (3/3) : "L'EURO, UN GRAND SOUVENIR DE MA CARRIÈRE"

ITW Vincent Collet (3e partie) :
Crédit photo : Sébastien Grasset

Sélectionneur tricolore bronzé à l’EuroBasket et coach auréolé d’un nouveau titre avec Strasbourg, Vincent Collet nous a accordés une longue interview il y a dix jours dans le cadre du Media Day de la LNB à Lyon.

Troisième et dernier volet de notre entretien avec le technicien strasbourgeois. Nous avions d’abord évoqué avec lui la présaison de la SIG et la reconstruction – tant individuelle que collective – de son équipe. Puis dans un deuxième temps, l’Euroleague et les trois derniers échecs en finale du championnat de France, titre qui lui échappe toujours avec la SIG. Pour terminer, nous sommes forcément revenus avec lui sur son été avec l’Equipe de France à l’EuroBasket, sa septième campagne de suite à la tête des Bleus. Enfin, nous l’avons questionné sur l’intégration de Lauriane Dolt, meilleure coach et championne de France Espoirs la saison dernière, au sein du staff professionnel du club alsacien.

Est-ce que la saison qui vient de débuter s’annonce encore plus stressante que les précédentes dans l’optique du TQO, prévu quelques jours après la fin des playoffs ?

Non, ce sont deux choses qui sont séparées. Cela ne change rien. Par contre, ça changera à la fin en termes d’aptitudes physiques pour pouvoir coacher. C’est ce qui sera difficile. Il faudra que je m’aménage des moments au cours de l’année pour récupérer et terminer en bon état en fin de saison.

Je suppose que vous devez toujours repenser à l’EuroBasket… Avez-vous des regrets d’un point de vue personnel ?

Oui, mais… Les regrets ne servent à rien. On ne vit pas avec des regrets. Là, je repars sur autre chose. Mais j’ai des flashs permanents. A la fois de bonheur, parce que c’était un moment intense de ma carrière. Ce qu’on a vécu à Montpellier et à Lille, cela ne m’arrivera peut-être plus jamais dans ma carrière. J’ai cette image de la salle de Lille… Et cela pour tous les matchs : la Turquie pour la première fois, l’Espagne, la Serbie, la Marseillaise sur le podium, la Marseillaise contre l’Espagne. Ce sont des moments inoubliables. Et puis la satisfaction d’être aller chercher la médaille de bronze, mais aussi la déception bien sûr de ne pas avoir gagné l’or. Avec 61-54 à quatre minutes de la fin (contre l’Espagne en demi-finales, ndlr), on était quand même pas loin d’y parvenir.

"On fait aussi du sport pour partager avec les gens"

Malgré cette déception, est-ce que cet Euro 2015 restera comme l’un des plus grands souvenirs de votre carrière ?

Ah ça oui. Pas le plus grand d’un point de vue sportif. Mais le plus grand en termes d’émotions à vivre, avec un partage avec notre public. On fait aussi du sport pour vivre des choses avec les gens. Et c'était le cas à l'Euro mais aussi au cours de la préparation. Pour moi, comme entraineur, cette préparation a parfois été frustrante. On a beaucoup bougé, on a fait beaucoup de séances de dédicaces ; et cela m’a enlevé des moments de travail avec mes joueurs. Mais par contre c’était fantastique en termes de communion avec le public. Et je pense que c’était également important que cet Euro ait servi à ça. C’était la dernière occasion pour le public français de partager avec Tony Parker, Boris Diaw, Florent Piétrus, Mickaël Gelabale, qui ont tout de même marqué une génération. Diaw, Piétrus et Gelabale ont cinq médailles sur les dix dernières années. Quand même, c’est remarquable.

Quel bilan tirez-vous de votre parcours à la tête de l’Equipe de France depuis 2009 ?

Déjà, la première satisfaction est d’avoir été présents à tous les rendez-vous. Donc j’espère que cela va continuer l’année prochaine. Je pense que dans la progression de l’Equipe de France, la chose qui a primé est l’ossature de l’équipe. La grande difficulté des équipes nationales est le fait que les rassemblements soient courts. Que l’on ne puisse pas en une seule campagne mettre en place un jeu comme on peut le faire en club sur la durée d’une saison. Le seul moyen de compenser cela, c’est la continuité. J’ai eu la chance de garder le même staff, de garder une ossature. Je pense que cela nous a permis de progresser tous ensemble. C’est ce qui nous a permis d’avoir ces résultats là (quatre médailles internationales en sept campagnes estivales, ndlr). Cela n’a pas toujours été le cas avant, avec des chamboulements de coach ou de leadership dans l’équipe. Ce sur quoi il faut déjà réfléchir, c’est la continuité de ce groupe. La chance qu’on a depuis deux-trois ans est qu’on a quelques joueurs qui émergent et qui vont être à même d’assurer la succession de cette génération Parker.

"La future Equipe de France va dans le bon sens"

Justement, sur quel joueur allez-vous vous reposer à l’avenir ?

Ce ne sera pas forcément moi…

Vous partirez donc en même temps que Tony Parker et sa génération ?

Je ne sais pas encore. Mais c’est tout à fait possible. Pour l’instant, je suis là jusqu’à l’année prochaine. Je ne veux même pas parler de la suite… Mais en tout cas, il y a des joueurs qui sont évidents (pour prendre la relève) : Nando De Colo, Nicolas Batum, Rudy Gobert maintenant. Je vois aussi que Joffrey Lauvergne ou Evan Fournier prennent et ont pris de plus en plus d’épaisseur sur ces dernières années. Tout cela va dans le bon sens. Il faudra malgré tout réinventer l’équilibre de cette Equipe de France. Pour qu’une équipe marche, il faut qu’elle ait un équilibre. Il ne faut pas simplement que ce soit une association de joueurs, il faut beaucoup plus que cela. C’est ce qu’on a réussi à faire avec l’Equipe de France, mais il faudra continuer en ce sens pour produire encore des résultats.

Revenons enfin à Strasbourg. Lauriane Dolt a été intégrée cet été dans le staff pro de la SIG.Forcément, cela interpelle de voir une femme dans un monde d’hommes. Qu’apporte-t-elle particulièrement en termes de coaching ?

Elle apporte ce que peut apporter un assistant. Bien sûr les gens sont intéressés parce que c’est une femme. Mais d’abord elle est entraîneur de basket. C’est comme ça que nous la voyons. Ce n’est pas la femme qu’on a recruté, c’est l’entraîneur de basket. On s’intéresse beaucoup à sa situation par rapport au fait que ce soit une femme. Mais je n’aime pas que ça rentre en ligne de compte. Après, les entraîneurs sont tous différents. Chez les hommes, les entraîneurs parlent plus ou moins fort, mais tous ont des personnalités différentes. On peut penser que sur le fait que ce soit une femme, elle aura sûrement des capacités spécifiques d’écoute et dans le relationnel, dont elle va pouvoir se servir.

"Lauriane Dolt est d'abord entraîneur de basket"

Cet été, il y a eu l’exemple marquant de Becky Hammon avec San Antonio (assistante coach de Gregg Popovich, elle a piloté l’équipe durant la Summer League, que les Spurs ont remportée). On parle d’elle comme d’une future head coach d’une franchise en NBA. Pensez-vous que l’on peut voir un jour Lauriane Dolt à la tête d’une équipe de Pro A ?

C’est dans un coin de sa tête. Elle était en charge des Espoirs jusque là, c’est elle qui a dans un premier temps fait la demande de se rapprocher du staff pro. Si je peux l’aider à avancer dans sa carrière, pourquoi pas ! Pour moi, il n’y a pas d’antagonisme avec le fait d’être une femme. Il n’y a pas de dimension physique pure pour coacher. C’est d’abord de la réflexion, convaincre, persuader. Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas être aussi performante qu’un homme ? On n’est pas mineurs de fond, on ne casse pas des cailloux toute la journée, donc il n’y a pas de raison !

Est-ce qu’il y a une différence de respect des joueurs entre un coach et une coach ?

C’est un des aspects particuliers. Bien sûr, il faut convaincre… Il y a parfois peut-être plus de réticences que pour un homme. Malgré tout, même un jeune coach qui arrive doit faire ses preuves. Au même titre que le coach évalue ses joueurs, il est toujours évalué par eux. Les joueurs veulent savoir à qui ils ont affaire. Au début, un coach n’est jamais en terrain conquis. Au départ, on a une autorité qui est conférée par le statut, mais il faut ensuite le mériter. Les joueurs font confiance, ou pas, sur ce qu’est un coach, ce qu’il représente, comment il se comporte avec eux. C’est la même chose pour une femme. Avec peut-être pour certains des arrières-pensées, des préjugés…

Avez-vous justement pu en percevoir jusqu’à maintenant ?

Pas trop dans ce groupe là. On a des mecs bien. Et je n’ai pas le sentiment que les joueurs la regardent d’abord comme une femme. Je crois qu’ils ont vite compris que c’était une coach à part entière.

Interview réalisée par Emile Vaizand, à Caluire-et-Cuire

08 octobre 2015 à 18:40
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EMILE VAIZAND
Je gazouille sport. Mais pas que...Blagues pourries assumées.
Emile Vaizand
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