PRO A


JESSIE BEGARIN, LES CHEMINS DE TRAVERSE

Crédit photo : Sébastien Grasset

Il n'est pas le membre le plus (re)connu de la génération dorée 88/89 mais Jessie Begarin est certainement celui qui possède le parcours le plus singulier. Désormais devenu un joueur de Pro A après avoir dû descendre jusqu'en Nationale 2, l'arrière du Portel décrypte sa trajectoire.

Samedi 14 octobre, 9h00 du matin, à Villeurbanne. Alors que certains de ses coéquipiers et le coaching staff sont encore en train de prendre leur petit-déjeuner à quelques heures du match contre l'ASVEL, Jessie Begarin (1,89 m, 29 ans) est déjà installé dans un salon de l'hôtel Mercure, prêt à nous raconter son incroyable parcours.

Alors que certains de ses anciens coéquipiers de la génération 88/89 ont suivi une trajectoire linéaire vers la NBA ou l'EuroLeague, le Guadeloupéen est lui passé par tous les chemins possibles, de Clermont-Ferrand au Portel en passant par Dallas et Pont-de-Chéruy, afin de retrouver sa terre promise, la Pro A. Capitaine de l'équipe de France juniors des Batum, Diot, Jackson et compagnie, devenu un joueur de Nationale 2 en 2010, l'arrière de l'ESSM a connu tous les échelons de la Pro A à la NM2, de manière descendante puis ascendante. Longtemps catalogué comme un joueur athlétique, fort défenseur, Jessie Begarin s'est développé jusqu'à devenir un poste 2 complet, capable de tirer son épingle du jeu dans l'élite (5,3 points à 42,5%, 2 rebonds et 1,4 passe décisive pour 5,5 d'évaluation en 20 minutes de moyenne la saison dernière). Volontiers bavard, le Stelliste jette un coup d'œil dans le rétro avec nous. Des Abymes au Portel, voici l'odyssée de Jessie Begarin.

Une jeunesse guadeloupéenne

"J'ai grandi en Guadeloupe jusqu'à l'âge de 15 - 16 ans. Je suis aussi parti une année en Martinique. Je viens d'une famille modeste. J'ai eu une enfance simple mais avec tout ce que je devais avoir pour mon évolution, mon éducation. Mes parents étaient des grands joueurs en Guadeloupe, ils ont marqué l'histoire de l'île au niveau du basket. Ma mère me disait que même enceinte, au début, elle continuait à jouer. Je n'ai pas d'âge où j'ai commencé le basket, c'était vraiment quand j'étais tout petit. Comme mon fils maintenant, j'étais toujours sur le terrain, en train de toucher le ballon."

L'époque INSEP (2004/06)

"J'ai été repéré par l'INSEP lors d'un stage organisé en Guadeloupe avec Richard Billant. J'ai fini MVP du camp et il m'avait scouté pendant toute la semaine. Puis une place s'est libérée à l'INSEP. Je suis une personne qui s'adapte très vite à un environnement mais le plus dur pour moi était la séparation avec ma famille. Sinon, j'étais très heureux de venir. Sportivement, nous avions une génération compétitive. Physiquement, on avait des gabarits qui étaient au dessus. On arrivait à challenger des joueurs de Nationale 1. Je crois que nous, la génération 88/89, avons mis la barre très haute. Ce fut deux années formidables à l'INSEP, surtout au niveau de la fraternité. Je suis tout le temps en contact avec Alexis (Ajinça), c'est comme mon frère, pareil pour Ludo Vaty. Parfois, j'ai des nouvelles d'autres joueurs, ce n'est pas toujours facile avec nos emplois du temps mais on se recroise pendant l'été, sinon il y a un coup de fil par ci, par là. J'ai beaucoup de souvenirs de ces années-là."

Les médailles en tant que capitaine de l'équipe de France 88/89

"L'équipe de France juniors, on en reparle de temps en temps. Ce fut une fierté de pouvoir représenter mon pays. Ces médailles (l'or à l'EuroBasket U18 en 2006 et le bronze au Mondial U19 en 2007, ndlr) marquent l'histoire de la génération 88/89. Et encore, je n'étais pas là quand ils sont champions d'Europe en cadets, ça aurait pu me rajouter un titre (il sourit). C'était une génération dorée. J'ai été capitaine lors du championnat d'Europe juniors 2006 à Amaliada, en Grèce. Les joueurs et le staff ont voté et il s'est avéré que j'ai eu le plus de voix. Je pense que c'est parce que je suis quelqu'un qui n'a pas peur de dire les choses. Un bon capitaine doit pouvoir prendre la parole au bon moment, doit être un leader vocal. |...] Quand on y repense a posteriori, c'est vrai qu'on a connu le gratin du basket mondial. Pas mal de joueurs sont devenus des superstars, comme Stephen Curry. En Serbie, au championnat du monde, nous avons affronté pas mal de futurs joueurs NBA : DeAndre Jordan, Jonny Flynn, Patrick Beverley, Michael Beasley. Idem chez les Européens, il y avait beaucoup de bons joueurs. Les Serbes avaient Milan Macvan, Boban Marjanovic, Marko Keselj... Martynas Gecevicius chez les Lituaniens, etc. Ce n'était pas que l'équipe de France qui avait une grosse génération, c'était le cas dans toute l'Europe."


La génération 88/89 au complet (photo : Olivier Fusy)

Besançon et Clermont (2006/08), premiers pas anonymes en Pro A

"Avec l'expérience, je comprends mieux pourquoi je ne jouais pratiquement pas dans ces deux clubs là. Besançon venait de monter en Pro A et avait de forts joueurs américains. On sait très bien que lorsqu'un club investit une grosse somme sur des joueurs étrangers, c'est pour les mettre sur le terrain avec des responsabilités. Moi, j'étais un jeune joueur de 18 ans. Certes, je n'étais pas venu en terrain conquis, en tant que gros potentiel avec l'étiquette INSEP. Mais je voulais jouer. J'en ai reparlé avec mon coach de l'époque, Germain Castano, cette année. Il m'a dit que c'était compliqué d'enlever du temps de jeu à des gars comme Sean Colson, qui a joué en NBA, Cory Bradford ou Ryan Forehan-Kelly pour m'en donner à moi. Et puis, pour être honnête, il ne comptait pas vraiment sur moi même si j'avais des capacités. Ensuite, à Clermont-Ferrand, la première partie de saison fut assez compliquée. Puis, lors de la phase retour, le coach Jean-Aimé Toupane a enlevé certains Américains et a décidé de me donner plus de temps de jeu (17 minutes de moyenne lors des six derniers matchs de la saison, ndlr)."


Jessie Begarin en 2007 (photo : Olivier Fusy)

Chômeur à 20 ans

"Être au chômage si jeune, c'est dur. Déjà, financièrement, on ne se retrouve pas avec grand chose. À cet âge-là, les contrats tournent autour de 1000€. C'est assez délicat car il faut trouver un endroit pour se loger, parfois aller d'une ville à une autre pour trouver un gymnase. Je me rappelle que je galérais entre tous les playgrounds de Paris pour jouer. À l'époque, j'avais la chance d'avoir Hamadoun Sidibé, le fondateur du Quai 54, qui possédait quelques contacts pour des gymnases et qui organisait des scrimmages entre des joueurs pros au chômage donc ça me permettait de m'entretenir. Je me suis retrouvé au chômage parce qu'à chaque fois, j'attendais d'avoir un contrat correct avec un vrai projet mais je n'arrivais pas à trouver ça. Donc je prenais ce qu'il y avait et j'essayais de faire avec."

Aix-Maurienne puis Saint-Chamond, de la Pro A à la NM1 (2008/10)

"Je signe avec Aix-Maurienne pendant la trêve de Noël en 2008. Pareil qu'à Besançon, un jour, je suis allé voir mon entraîneur Guillaume Quintard et je lui dis : "Coach, je ne comprends pas pourquoi je joue pas. Je suis tous les jours à la salle, toujours à fond, présent avant et après les entraînements." Il m'a répondu qu'il n'avait rien contre moi mais que vu la situation délicate du club, il fallait donner le temps de jeu aux "gros" joueurs. En fait, s'il perdait le match en mettant un jeune comme moi sur le terrain, on pouvait lui taper sur les doigts. Il m'a dit de ne pas me décourager et de continuer à jouer et m'entraîner comme je le faisais. Il me donnait dix minutes de moyenne par match. Vu comme ça, on pourrait croire que ça suffit pour faire quelque chose mais c'était deux minutes par quart-temps. Quand on est jeune, on ne va pas rentrer deux minutes pour se mettre à artiller comme un Ricain. C'était compliqué mais je n'ai jamais baissé les bras. Chaque année, j'ai continué à travailler. Je suis passé de la Pro A à la Pro B, puis de la Pro B à la NM1. À Saint-Chamond, le but était de jouer. On peut toujours rebondir, ça ne sert à rien de se dire que son niveau est en Pro B et qu'il faut impérativement rester en Pro B."


Une troisième saison professionnelle à l'AMSB, et toujours aussi peu de temps de jeu (8 minutes)
(photo : François Pietrzak)

L'intérêt de Rick Carlisle

"J'ai participé à un camp de basket en Guadeloupe, le "Skills & Challenge". J'ai fini MVP du camp sous le regard de Rick Carlisle (Dallas Mavericks), le coach de Rodrigue Beaubois, mon ami d'enfance. Il s'est avéré qu'il a beaucoup aimé mon jeu, ma mentalité, ma façon de m'entraîner. Il m'a proposé d'aller m'entraîner pendant une semaine avec lui à Dallas et qu'en même temps, je participe aux try-outs des Texas Legends en D-League. Ça s'est très bien passé. Ils devaient garder une vingtaine de joueurs sur 150 et j'ai été le premier qu'ils ont retenu. Je pense que ça veut dire que j'avais largement ma place. De ces vingt joueurs, ils devaient ensuite en sélectionner une dizaine pour le training camp. Lors de cette période, je suis rentré en Guadeloupe pour préparer mon visa et j'ai malheureusement perdu ma grand-mère. C'était assez dur car j'étais très proche d'elle. J'ai mal géré tout ce qui était administratif à ce moment-là. C'est une opportunité que j'ai ratée."

Pont-de-Chéruy (2010/11), la reconstruction en Nationale 2

"Je vois partout que j'ai joué en Nationale 3 mais c'est faux, Pont-de-Chéruy était en Nationale 2. J'ai changé de représentant en 2010 et il était là pour m'organiser un plan de carrière. Je m'en rappelle toujours, il m'a dit : "On va redescendre en Nationale 2 pour aller au plus bas de l'échelle et on va remonter petit à petit, saison après saison, dans les clubs qu'il faut. Pense à Grant Hill qui est allé à Phoenix et qui a joué une saison pour le salaire minimum avant de pouvoir remonter." Je lui ai fait confiance. Si ça ne faisait pas trop mal à l'égo de se retrouver en Nationale 2 ? Je suis quelqu'un qui adore les défis. Quand on ne croit plus en moi, c'est là que je révèle mes véritables capacités."

Souffel (NM1, 2011/12), épisode 1

"Je réalise une très bonne saison à Souffelweyersheim, je termine deuxième meilleur arrière de Nationale 1. C'est la continuité logique de la saison précédente à Pont-de-Chéruy et de tout le travail effectué."

Hyères-Toulon (Pro B, 2012/13), le dernier arrêt aux stands

"Les saisons ne se ressemblent jamais, regardez Chalon-sur-Saône cette année. Je suis parti en Pro B, j'avais tout à prouver. Malheureusement, on a eu un début de championnat catastrophique. Il a fallu faire des choix et mon rendement n'était pas suffisant. C'était une situation compliquée pour tout le monde : le coach, les joueurs... Je pense notamment à Christophe Léonard qui était prévu comme un élément majeur et qui s'est blessé. Cela s'est mieux passé en fin de saison où j'ai eu plus de temps de jeu, plus de responsabilités et donc plus de confiance."


A l'époque, Begarin était encore à la recherche d'une saison référence en LNB
(photo : Sébastien Grasset)

Retour gagnant à Souffelweyersheim (Pro B, 2013/15)

"Je suis reparti "chez moi", à Souffelweyersheim. J'y avais déjà effectué une bonne saison. Le club venait de monter en Pro B et je connaissais le coach, les joueurs, l'environnement. Après une année délicate à Hyères-Toulon, j'ai pensé que c'était mieux de retourner dans une zone de confort pour pouvoir reprendre confiance. C'est la première fois que je suis resté deux ans d'affilée dans le club. Pourtant, lorsque j'étais au chômage, je cherchais des contrats d'une plus longue durée. C'est vrai qu'en France, cela dérange quand les joueurs français ne restent pas dans un club alors que cela n'embête personne quand cela concerne les Américains (il sourit). Je me suis dit que ce serait mieux de prouver pendant deux saisons dans un même club, pour montrer que ce n'était pas un coup de chance et que je peux faire deux bonnes saisons en Pro B."


L'envol à Souffel (photo : Sébastien Grasset)

De la Pro B à l'Europe, la belle histoire au Portel (depuis 2015)

"C'est la consécration de tout le travail fourni au cours des années précédentes. En plus, je suis tombé dans une équipe où il y a beaucoup de bosseurs, ce qui nous a permis de remporter les playoffs de Pro B pour monter. Idem l'année dernière où nous avons réussi à accrocher les playoffs. Et cette saison démarre bien puisque nous nous sommes qualifiés pour la FIBA Europe Cup. Est-ce l'apogée de mon parcours ? Je ne sais pas de quoi demain sera fait, je ne connais pas la suite de ma carrière. On va surtout dire que je passe à un autre niveau de compétition. Mais je suis quelqu'un qui ne se fixe pas de limite, alors advienne alors ce qu'il pourra (il rit). Je suis conscient de la chance que j'ai de faire ce métier, de pouvoir en vivre et de pouvoir jouer contre toutes ces équipes. Mon leitmotiv, c'est : "Recommence ! Quoiqu'il arrive, si tu as envie de quelque chose, recommence. N'abandonne jamais, tout peut arriver." C'est comme au poker : on a les cartes en main et c'est notre utilisation des cartes qui importe pour le résultat. Deux personnes, à mes côtés depuis longtemps, ont aussi fait plus que contribuer à ma réussite : ma fiancée Simine et mon représentant Fabrice Nejin, de la société FlyHigh Communication. On parle souvent des joueurs mais il ne faut pas oublier qu'il y a une famille et un encadrement qui participent aux sacrifices nécessaires pour la réussite du sportif."


La montée en Pro A en 2016, un moment fort (photo : Xavier Masson)

L'après basket...

"Je n'ai pas encore de projet arrêté mais quelques petites idées. J'ai un contact facile envers les jeunes, pour les entraîner individuellement. C'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup. Aussi, je suis quelqu'un qui a beaucoup travaillé sur le physique. Si physiquement on n'est pas prêt, on n'arrivera pas à mettre la technique à profit. Devenir préparateur physique est donc également une option intéressante. Je suis en train de peser le pour et le contre avant de me lancer dans la formation la plus judicieuse."

Juhann Begarin (15 ans), un secret (presque) bien gardé

"Si le nom Begarin va continuer à briller ? J'espère (il sourit). Il y a mon petit frère, Juhann, qui est à l'INSEP et, qui sait, mon fils a commencé le basket (il rit). Juhann est très talentueux. C'est une petite pépite mais on le laisse tranquille pour l'instant, pas la peine de trop l'exposer. Quand son heure viendra, je pense qu'il sera prêt. En attendant, je suis là pour le protéger des dents des requins."

24 octobre 2017 à 12:42
TAG
DID YOU LIKE IT ?
0 PARTAGE
Facebook share
0 COMMENTAIRE
QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
ALEXANDRE LACOSTE
Je vis pour les France - Espagne
Alexandre Lacoste
VOUS EN PENSEZ QUOI ?
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
TOUTE L'ACTU
<
1
/
5
>
pro a
-
pro b
-
lfb
-
nm1
Résultats
Classement
10ème journée
17 novembre
Dijon
101
-
81
Boulazac
18 novembre
Châlons-Reims
76
-
85
Nanterre
Chalon-sur-Saône
82
-
67
Hyères-Toulon
Le Mans
77
-
63
Le Portel
Limoges
98
-
80
Antibes
Levallois Metropolitans
55
-
67
Cholet
Pau-Lacq-Orthez
68
-
90
Monaco
19 novembre
Gravelines-Dunkerque
78
-
70
Bourg-en-Bresse
Strasbourg
82
-
76
Lyon-Villeurbanne
Autres journées
PROGRAMME TV
22 novembre - 04h30
Los Angeles Lakers
Chicago Bulls
22 novembre - 05h30
Strasbourg
Lyon-Villeurbanne
22 novembre - 07h45
Pau-Lacq-Orthez
Monaco
22 novembre - 09h00
Strasbourg
Lyon-Villeurbanne
22 novembre - 10h45
France - Roumanie, Qualifications de la Coupe du Monde 2018