PRO B
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ITW ALAIN THINET, CERVEAU DE LA SURPRISE SAINT-CHAMOND : "UNE AMBITION RAISONNÉE"

Crédit photo : Laurent Peigue SCBVG

Véritable surprise de cette première partie de saison en Pro B, Saint-Chamond impressionne bon nombre d'observateurs. Annoncée relégable en début de saison, l'équipe d'Alain Thinet s'est rapidement installée dans la première partie de tableau et compte bien tout mettre en oeuvre pour pérenniser ces bons résultats.

Et dire qu'à l'entame du quatrième quart-temps du dernier match de Pro B lors de la saison 2016/17 face au voisin Roannais, Saint-Chamond était condamné à la descente en NM1. La suite ? Un déficit de 21 points gommé en 9'30 de jeu et un maintien en Pro B obtenu in extremis lors de la dernière journée de championnat. L'émotion retombée, le club procède à quelques ajustements dans son effectif durant l'intersaison. Le besogneux Grismay Paumier est de retour au club après une saison à Boulogne-sur-Mer, tandis que le meneur de jeu B.A Walker décide lui de rejoindre Saint-Quentin à l'échelon inférieur. Il est remplacé par son compatriote Juwan Staten en provenance du championnat finlandais. Lucas Hergott, prêté par l'ASVEL, vient lui remplacer son coéquipier en équipe de France U20 Stéphane Gombauld parti du côté de Lille. Quatrième plus petit budget de Pro B, Saint-Chamond n'a pas la faveur des pronostics puisque la plupart des prévisions voient le club de la Vallée du Gier difficilement lutter pour son maintien en Pro B. Pour défier les pronostics, les dirigeants couramiauds décident de renouveler leur confiance au coach Alain Thinet.

Doyen des coachs de la Ligue Nationale de Basket à 64 ans, Alain Thinet est arrivé sur le banc de Saint-Chamond en 2010. En huit ans il aura connu une descente en NM2 dès sa première saison avant de remporter le championnat l'année suivante. Durant l'exercice 2014/15, Saint-Chamond remporte le titre de champion de France de NM1 et accède pour la première fois de son histoire à la Pro B. Après un superbe début d'exercice 2017/18, Saint-Chamond compte dix succès en quatorze matchs et s'est installé dans la première moitié du classement. Forte de sept succès consécutifs avant un coup d'arrêt à Rouen mardi dernier, l'équipe de la Vallée du Gier impressionne, magnifiée par une ligne arrière évoluant à un niveau exceptionnel (Mathieu Guichard, Juwan Staten et Jonathan Hoyaux). Actuelle cinquième ex-aequo avec un bilan de 10-4, l'équipe forézienne peut raisonnablement viser une participation aux playoffs cette saison, la première dans l'histoire du club à un tel niveau.

De Roanne à Saint-Chamond, le parcours du coach le plus expérimenté de LNB

Une belle saison de plus dans la carrière déjà bien riche d'Alain Thinet. Cela fait plus de quarante ans que ses bouclettes brunes arpentes les parquets français, d'abord comme joueur dans les années 70 et 80 avec Montbrison, Vichy et Roanne, puis comme entraîneur, jamais vraiment très loin de sa ville d'origine, Montbrison. En 1988, il troque le maillot pour le costume de coach de la Chorale avec une réussite immédiate : une montée en première division dès sa première saison, des joueurs inoubliables comme David Thirdkill - champion NBA en 1986 avec Boston et considéré comme le meneur américain le plus talentueux vu à Roanne -, un trophée d'entraîneur en Nationale 1A (soit la Pro A) en 1992. Parti sur une relégation en 1993, le Ligérien retourne ensuite deux ans à Vichy où il fait remonter la JAV en Pro B, vit une expérience écourtée à Cholet (1995) après le départ d'Antoine Rigaudeau et entraîne Châlons-en-Champagne pendant la saison 1996/97. L'ESPE sera la dernière fois qu'il coachera à plus de 200 kilomètres de sa Loire natale. Il rejoint ensuite le département de l'Ain où il vivra l'une des plus belles aventures de sa carrière avec la JL Bourg (1997/01). Aux côtés d'un socle de joueurs français fidèles à la Jeu (Jean-Luc Tissot, Fabrice Serrano, Xavier Boivin, Sébastien Lafargue, Mohamed Sy et Jérôme Monnet), il permet au club burgien de découvrir l'élite pour la première fois de son existence, remportant le titre de champion de France Pro B en 2000 puis se classant 10e de Pro A en 2001, toujours à l'heure actuelle le meilleur classement de l'histoire de Bourg-en-Bresse. Ne voulant pas faire la saison de trop, Alain Thinet part à Dijon où il officiera pendant deux ans, terminant à une belle sixième place en 2002. Mais, en 2003, l'appel de la maison est le plus fort : il rejoint Saint-Étienne, avec l'ambition d'installer durablement la ville stéphanoise sur la carte du basket français. Il découvre un futur champion d'Europe (Bobby Dixon), lance des jeunes comme Johan Passave-Ducteil, enchaîne les saisons positives mais la mayonnaise ne prend pas. Victime de problèmes financiers en 2008, le SEB est rétrogadé à l'étage inférieur. Alain Thinet trouve refuge à Besançon, promu en Pro A, mais ne parvient pas à sauver le BBCD de la relégation immédiate (qui sera suivie d'une liquidation financière à la fin de l'été), malgré la présence d'un futur MVP de Liga Endesa, Justin Doellman. Resté sur le carreau, l'actuel technicien du SCBVG réussit une mission de six mois en Suisse à Nyon lors du premier semestre 2010 avant de rallier Saint-Chamond, pour la réussite que l'on connaît...

Suite à ce large flashback, retour sept ans et demi plus tard. Après avoir construit une équipe à son image en privilégiant l'état d'esprit et l'éthique de ses joueurs à leurs qualités athlétiques, le coach Alain Thinet nous livre ses impressions sur le début de saison de son équipe et sur un championnat de Pro B qu'il a vu évoluer au fil des années.


Alain Thinet, l'homme du basket forézien
(photo : Olivier Fusy)

Propos recueillis par Thibault Bruck, le lundi  15 janvier, avant la défaite du SCB à Rouen.

En début de saison, la majorité de la presse spécialisée annonçait Saint-Chamond comme étant le club le plus susceptible d’être relégué en NM1. Vous êtes aujourd’hui deuxième du championnat (cinquième depuis la défaite à Rouen, ndlr), derrière Orléans. Est-ce que vous avez utilisé, avant le début de saison, le levier classique du manque de considération de la part des adversaire et des spécialistes pour motiver vos joueurs ?

On essaye toujours de titiller un peu l’amour propre des joueurs alors on a affiché les pronostics qui nous donnaient relégables. L’objectif était surtout de ne pas revivre le scénario de la saison passée où on obtient le maintien in extremis sur la dernière journée. Après, ce n'était pas vraiment une source de motivation particulière, c’était davantage un constat : on sait qu’on est pas l’équipe la plus impressionnante sur le papier donc ce n’était pas illogique qu’on soit donnés relégable en début de saison. Onnous prévoyait la 17e place, à nous de relever le défi.

Comment est-ce que vous expliquez le fait que votre équipe n'a plus perdu en championnat depuis la 6e journée et la rencontre face au leader Orléans, qu'est ce qui en fait sa force ?

Je ne sais pas trop (il rit). C’est vrai qu’on en est à sept victoires consécutives alors qu’on craignait beaucoup ce mois de décembre avecsix matchs très rapprochés et les blessures qui ont commencé à s’accumuler. Le fait d’être dans une situation compliquée à ce moment-là a aussi fait que le groupe s’est ressoudé. La confiance est là, on a réussi à accrocher un match, deux matchs puis un troisième etc. Je pense qu’au début, on a profité d’un effet de surprise, mais on peut voir que sur les trois derniers matchs, on va gagner au buzzer ou en prolongation : nous sommes plus attendus maintenant, plus respectés. Tout devient plus difficile mais grâce à la confiance engrangée, on réussit pour l’instant à l’emporter. Après, il n’y a pas de solution miracle, le contenu est bon depuis le début de saison, même nos défaites étaient encourageantes en un sens parce qu’on était pas loin de l’emporter à chaque fois. Nous étions capables de jouer les yeux dans les yeux avec les plus gros.

"La Pro A, ce serait prendre un gros risque par rapport à ce qu'on a construit"

Face à vos résultats en championnat et à votre dynamique actuelle, les objectifs du club ont-ils changé ?

C’est quelque chose que l’on a pas évoqué, ni avec les dirigeants ni avec les joueurs mais lorsqu’on est à dix succès en treize matchs, on a envie de continuer à engranger les victoires sans forcément calculer. Après, bien sûr, nous sommes conscients qu'aujourd’hui, on est davantage en position de jouer les playoffs plutôt que le maintien mais chaque chose en son temps. De notre côté, nous sommes sereins, ambitieux mais une ambition raisonnée parce que nous sommes conscients de nos moyens. On doit garder les pieds sur terre et continuer à avancer et on verra où ça nous mène. La priorité, c’était le maintien pour que le club puisse continuer de grandir. Si on est en mesure de participer aux playoffs, ça serait une grande première pour Saint-Chamond et le signe d'une très belle progression.

Avant le match face à Rouen, Saint-Chamond reste sur sept victoires consécutives et vous devancez certains gros budgets de Pro B au classement : pensez-vous que votre équipe est en sur-régime ou est-ce finalement votre vrai niveau ?

Je pense qu’on a été assez constant depuis le début de saison. Nos défaites ont été concédées de très peu et les victoires sont satisfaisantes et bien maitrisées. On n'a pas véritablement fait de hold-up cette saison. Je ne pense pas que nous soyons en sur-régime, j’espère que nous réussirons à tenir le rythme jusqu’à la fin de la saison. C’est ce que j’ai dit aux joueurs à la reprise : avec le niveau affiché et la constance qui a été la notre depuis le début de saison il n’y a pas de raison qu’on arrive pas à enchainer. Il n’y a pas de raison, pour l’instant, pour qu’on connaisse une baisse de régime, on a eu des blessés au mois de décembre et on a réussi à maintenir le cap. Par contre, maintenant, on sait qu’on va être attendu tous les week-ends. Nos efforts devront être encore plus constants, on devra être plus réalistes, plus rigoureux pour continuer à engranger les victoires.


Malgré le revers au Kindarena, les sourires sont de mises à Saint-Chamond !
(photo : Laurent Peigue)

Imaginons que Saint-Chamond viennent à obtenir un ticket pour la Pro A à la fin de la saison. Est-ce que vous avez déjà reçu de la part de vos dirigeants des garanties financières, une solution à court terme pour la salle puisque la votre ne sera prête qu'à l'horizon 2021 pour permettre une accesssion immédiate dans l'élite ou est-ce, qu’au contraire, il n’y a pas de discussion à ce sujet ?

C’est un peu un sujet tabou pour le moment. Tout d’abord parce qu’on en est loin et parce que le club de St-Chamond n’est pas suffisamment armé pour s’attaquer à la Pro A. En 2008, je suis passé de la Pro B à la Pro A avec Besançon et l’évolution est énorme, dans le jeu comme dans le professionnalisme du club et Saint-Chamond, dans sa forme actuelle, n’est pas encore capable d’évoluer dans l'élite. La salle n’est pas aux normes, il y a un cahier des charges à respecter, le club doit continuer à se structurer tranquillement. On est en progression constante. Depuis huit ans, j’ai vu l’évolution du club mais une montée en Pro A la saison prochaine serait beaucoup trop tôt par rapport au développement du club. On a un projet de salle qui devrait voir le jour en 2021, c’est acté, mais on n'a pas encore les moyens de tutoyer les clubs de Pro A, même les plus modestes. Un club comme Bourg-en-Bresse,par exemple, qui a très bien évolué, a aujourd’hui dix ou onze salariés hors terrain. Nous, on en a qu’une seule. C’est un club qui est surtout géré par des bénévoles aujourd'hui, ce serait très difficile d’exister en Pro A, ce serait prendre un gros risque par rapport à ce qu’on a construit pour le moment.

Votre meneur de jeu, Juwan Staten, réalise pour l’instant une saison pleine. Est-ce que vous avez été surpris par son impact pour sa première année en France ?

On prend toujours un petit risque. Il avait fait une demi-saison en Belgique, j’avais aimé ce qu’il proposait à la fac, les images que j’avais de lui me plaisaient bien. J’avais encore Mathieu Guichard en réserve et on s’est rendu compte que même lorsque Juwan était blessé, on a réussi à gagner. On joue différemment avec et sans lui. Il a fait de gros matchs et il a donné confiance aussi au groupe par sa façon de jouer. C’est une bonne surprise, il fait partie des meneurs qui ont du talent, il manque encore un peu de régularité au niveau du tir mais il progresse. C’est un joueur spectaculaire. J’avais envie de retrouver un meneur de jeu américain, ça induisait une certaine façon de jouer et ça me permettait aussi de faire jouer Mathieu Guichard sur les deux postes arrières.

"On s'est fait manger par le rugby,
on n'a pas la couverture médiatique que l'on mérite"

Vous êtes un natif du Forez. On retrouve aujourd’hui énormément de clubs dans le département : Roanne et Saint-Chamond en Pro B, Andrézieux-Bouthéon en NM1, Feurs et Montbrison en NM2. Est-ce que pour vous c’est une vraie terre de basket avec une réelle ferveur locale ? 

J’en suis persuadé, oui. J’ai coaché Saint-Étienne pendant cinq ans et demi et j’avais été déçu parce que la gestion n’était pas à la hauteur des ambitions du club. Ça reste aujourd’hui le club phare de la région en terme de sport collectif. Le basket est très populaire dans la Loire et en région Rhône-Alpes, ce n’est pas étonnant aujourd’hui d’avoir autant d’équipes performantes dans la région. Nous, de notre côté, on espère bien devenir le porte-drapeau de la région.

À terme, est-ce vous pensez qu’il y a aura suffisamment de place pour tous ces clubs ou est-ce que certains, à cause d’une certaine concurrence, seront forcés de se mettre en retrait ?

Il y aura toujours de la concurrence entre les clubs, c’est certain, mais à partir du moment où elle est saine, ce n'est pas un problème. Chaque équipe a son public avec de grosses affluences. Maintenant encore une fois avec Saint-Chamond, on espère devenir le club référence de la région avec une future salle de 3.500 personnes et peut-être une future accession en Pro A. Tout le monde est concerné par ce projet, des joueurs à la mairie, en passant par les dirigeants, qui font d’ailleurs un très gros boulot pour développer le club. On est vraiment dans de bonnes conditions pour bosser avec les joueurs et c’est grâce à eux, et à nos bénévoles, bien sûr.


Comme Bobby Dixon en 2006, Juwan Staten, la bonne pioche d'Alain Thinet ?
(photo : Laurent Peigue)

Vous êtes aujourd’hui le doyen des coachs en LNB. Qu’est-ce qui vous pousse à continuer encore aujourd’hui à ce niveau ?

La passion, bien sûr. Je me suis posé la question tout de même après le dernier exercice qui avait été assez difficile. Je ne voulais surtout pas mettre une forme de pression sur quiconque, j’étais en fin de contrat donc on aurait très bien pu s’arrêter là. J’ai eu une carrière bien remplie, on a discuté avec les dirigeants et on a rapidement trouvé un accord. On avait encore envie de travailler ensemble. On se fait confiance et puis, au final c'est la passion qui l'a emporté et c'est tant mieux. Quand on passe une saison comme celle-ci, ce n'est que du bonheur. Le groupe est à l’écoute, s’entend bien sur le terrain et en dehors. C’est un plaisir, ce n’est même pas un travail, c’est vraiment de la passion.

Vous avez commencé votre carrière de coach en 1988 avec la Chorale de Roanne. Quel regard portez-vous sur l'évolution qu'a pu connaitre le basket français, et notamment la Pro B, en trente ans, notamment en terme de niveau de jeu, d'exposition médiatique ?

Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte mais je trouve que le plus décevant, ça reste la couverture médiatique au niveau national. On s’est fait manger par le rugby qui était amateur à l’époque. On subit aussi la concurrence du handball et du volley. Je trouve qu’on n'a pas la couverture que l’on mérite. C’est peut être la chose qui me déçoit le plus aujourd’hui, on a l’impression que notre sport n’est pas reconnu à sa juste valeur en France alors que c’est un sport magnifique. Le basket en lui-même a bien évolué aussi. Il y a eu une évolution athlétique énorme c’est certain. J’étais coach en 1988 mais joueur jusqu’en 1987, je me rappelle le joueur que j’étais et cela n’a plus rien à voir avec les athlètes que l’on a aujourd’hui. Outre le niveau athlétique, on a de vrais bons joueurs de basket avec de bons fondamentaux. Je trouve qu’on a une très bonne formation en France. Quand on voit le nombre de jeunes joueurs qu’on envoie en NBA ou en EuroLeague, c’est quand même qu’il y a un vivier impressionnant en France. En trente ans, on a énormément progressé dans la formation des joueurs avec le développement des centres de formation. Il y a trente ans, nous n’existions pas dans les catégories jeunes, les pays de l’Est dominaient. C’est aussi pour ça que j’aimerais bien qu’il y ait une place médiatique plus importante en France pour le basket. En revanche, on voit que la ferveur locale n’a pas changée. Même en Pro B, lorsqu’il y a les playoffs, les salles sont pleines. Peut-être qu’on aurait dû mettre davantage en avant cette ferveur locale qu’on peut retrouver sur des derbys Pau - Limoges, par exemple, qui étaient télévisés à un moment donné sur le service public.

"On veut faire jouer des jeunes
mais la pression des résultats immédiats est très forte"

Selon vous, y-a-t-il un responsable en particulier pour cette exposition médiatique que vous jugez insuffisante ? La Ligue, la Fédération les diffuseurs, les clubs ou encore autre chose ?

Quand on se compare au rugby des années 70-80 par exemple, le basket était déjà professionnel alors que le rugby était encore amateur. La différence, c’est qu'ils ont rapidement réussi à trouver de gros sponsors, ce qui n’est pas le cas du basket. C’est l'une des raisons. Après, moi, je ne suis pas un commercial mais je pense que les responsabilités sont partagées. Peut-être que les diffuseurs ont jugé un peu vite que le basket n’était pas très télévisuel mais on peut également dire que s’il y avait eu plus de téléspectateurs quand le basket était encore diffusé sur le service public, ça aurait amené les diffuseurs et les sponsors à reconsidérer la question. C’est très facile de critiquer, déjà moins d'expliquer. C’est davantage un avis, un constat plutôt qu’un jugement, ce que je fais. Même au niveau des règlements, je pense que l’on a trop voulu copier la NBA au lieu de conserver le « sport de clocher » et progresser dans ce sens. Il y avait une grande ferveur locale autour du basket et je trouve que ça manque un peu aujourd’hui. Parfois, on se retrouve avec des projets autour de certains clubs où on injecte simplement et très rapidement de l’argent sans réellement de ferveur autour. Est-ce qu’on aurait pas dû se servir justement de la ferveur locale autour des clubs, autour des derbys pour pouvoir se vendre et attirer de plus gros sponsors ? Pour moi, on cherche trop à copier ce qui marche aux États-Unis et qui n’est peut-être pas exportable ici en France. Je pense que les gens n’ont pas tellement suivi l’évolution du basket moderne après la fameuse Dream Team aux JO de 1992, ils s’en sont détournés. On a cru que cette équipe allait lancer le basket français alors que ce n’est pas du tout le même monde. Au final, les jeunes étaient plus fascinés par ce spectacle plutôt que par celui offert par Forte et Dacoury par exemple. On s’intéressait plus à ce qui se passait de l’autre côté de l’Atlantique qu’à ce qu’il se passait chez nous.

Avec Saint-Chamond, vous avez souvent tenté d'intégrer des jeunes joueurs dans votre effectif comme Stéphane Gombauld la saison précédente ou Lucas Hergott cette année. Est-ce que vous estimez qu’en Pro A, Pro B voire NM1, on laisse aujourd’hui suffisamment de place aux jeunes joueurs formés localement ?

Personnellement, je ne suis pas favorable aux départs des jeunes joueurs, que ce soit en NCAA ou à l’étranger. Je pense que les centres de formation français travaillent tout aussi bien avec les jeunes, peut-être avec un peu moins de  moyens, c’est vrai, mais je pense que la formation technique, la formation basket, est sans doute meilleure en France qu’à l’étranger. Après, le problème de faire jouer les jeunes à ce niveau-là, c’est toujours le même. Quand on voit qu’on a le droit à quatre joueurs étrangers en Pro B, trois joueurs étrangers en NM1, c’est malheureusement trop pour pouvoir mettre des jeunes sur le terrain. Il y toujours un petit peu d’appréhension lorsqu’on donne des responsabilités à un jeune joueur, ça reste un petit risque. Maintenant, si le joueur est performant, il sera sur le terrain, il n’a pas de statut particulier. Certains jeunes joueurs sont capables de jouer, c’est certain. Maintenant, il faut pouvoir les faire jouer. On a très peu de marge en général comme on peut le voir en NM1 où il y a quatre descentes et le CFBB qui est protégé. C’est très compliqué dans ces conditions. Il faudrait monter à vingt équipes, au moins, pour avoir un peu de marge et pouvoir prendre quelques risques en intégrant plus de jeunes. Le problème il est là. En tant que coach, nous, on a envie de faire jouer nos jeunes formés localement mais il y a la pression des résultats immédiats qui est très forte. On a des comptes à rendre et on devient plus frileux. On se dit qu’un joueur étranger apportera peut-être plus dans l’immédiat. Après, c’est dommage qu’on n'ait pas plus de joueurs internationaux évoluant en Pro A. De plus en plus de jeunes joueurs cèdent aux sirènes de la NCAA et de la NBA et partent trop vite, trop tôt, et souvent au final, ne jouent pas tellement. C’est dommage pour eux et pour les clubs français.

Au cours de votre carrière, vous avez été champion de Pro B avec la JL Bourg en 2000. Vous avez également connu nombre de montées : en Pro A avec Roanne en 1989, en Pro B en 1995 avec Vichy, en NM1 puis en Pro B avec Saint-Chamond en 2013 et 2016. Est-ce que vous voyez des similitudes entre ces groupes et celui de cette année, que ce soit au niveau sportif ou au niveau humain ?

Effectivement, ce qui se retrouve dans les différentes montées que j’ai pu connaitre, c’est l’esprit de groupe, la dimension humaine avant tout. On ne peut pas envisager une montée sans un groupe qui soit soudé, c’est une condition nécessaire à une montée ou un titre, surtout avec moi qui marche aussi beaucoup à l’affectif. J’ai besoin d’avoir de la confiance entre les joueurs et avec les joueurs, que tout le monde tire dans le même sens tout simplement. Je ne suis pas quelqu’un de très directif, c’est important d’avoir des joueurs qui s’entendent bien sur le terrain et en dehors plutôt que d’avoir uniquement des mercenaires ou des joueurs qui attendent simplement leur chèque en fin de mois. Il faut une envie de faire les choses ensembles. Pour moi, c’est la première condition pour réussir.  


Roger Paour (président) - Alain Thinet, le duo fort du SCB
(photo : Olivier Fusy) 

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19 janvier 2018 à 08:15
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Résultats
Classement
34ème journée
15 mai
Monaco
83
-
77
Bourg-en-Bresse
Boulazac
96
-
86
Chalon-sur-Saône
Châlons-Reims
102
-
94
Pau-Lacq-Orthez
Cholet
81
-
80
Le Mans
Gravelines-Dunkerque
79
-
63
Hyères-Toulon
Le Portel
77
-
74
Lyon-Villeurbanne
Limoges
82
-
80
Nanterre
Levallois Metropolitans
78
-
86
Antibes
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93
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