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ITW MAMADOU DIA : DE LA NM2 À L'ÉLITE AVEC FOS-PROVENCE, LE REMARQUABLE BILAN DU MAIRE

Crédit photo : Amanda Panciatici

Il en avait rêvé de ce moment. Jeudi soir, après avoir écarté Roanne en finale des playoffs de Pro B (2-0), Mamadou Dia a pu brandir le panneau symbolisant l'accession de Fos-sur-Mer en Jeep ÉLITE, soit le plus haut niveau du basket français. Quelle ascension pour celui qui est arrivé en Provence en 2005, lorsque le club végétait encore en NM2...

Vouloir interviewer Mamadou Dia une petite demi-heure après l'officialisation de la montée de Fos-Provence en Jeep ÉLITE, c'est mieux se rendre compte de la popularité de l'intérieur franco-sénégalais à Fos-sur-Mer. Des demandes de photos, des embrassades, des félicitations à la pelle... Une effusion de joie inédite à la Halle Parsemain, des sollicitations évidemment impossibles à refuser qui firent que "Le Maire" eut toutes les peines à se frayer un chemin jusqu'au banc de son équipe, afin de s'isoler quelques minutes avec nous.

Mamadou Dia, c'est une ôde à la fidélité. Avant de s'implanter durablement en Provence, lui l'enfant de la région parisienne, on oublie un peu trop rapidement que le capitaine des B&Y a défendu pendant six années les couleurs de Saint-Chamond. Mamadou Dia, c'est surtout un parcours comme il ne s'en fait pratiquement plus dans le basket contemporain. Une incongruité, à rapprocher avec les joueurs de la JL Bourg des années 1990 (de la NM3 à la Pro A avec Jean-Luc Tissot, Jérôme Monnet, Xavier Boivin et Fabrice Serrano)  ou du Poitiers Basket 86 des années 2000 (de la NM1 à la Pro A avec le totem Pierre-Yves Guillard, Guillaume Costentin, Yann Devehat, Sylvain Maynier, Cédric Gomez).

Débarqué en 2005 dans la cité industrielle des Bouches-du-Rhône, Mamadou Dia a gravi tous les échelons de la Nationale 2 à la Jeep ÉLITE avec le club méditerranéen. Une seule petite année fut nécessaire pour remporter le titre de champion de France NM2 puis trois pour se hisser hors de la Nationale 1. Novice dans le monde professionnel à l'âge de 31 ans, l'ancien intérieur des Newcastle Eagles et de Feurs eut la particularité de ne cesser d'améliorer ses statistiques saison après saison (8,2 points à 50% et 3,1 rebonds en carrière Pro B), même la barre des 35 ans passée, jusqu'à un exercice 2014/15 particulièrement accompli (12,2 points à 59% et 4,9 rebonds). Mais ce fut la seule saison fosséenne sans playoffs depuis 2011. Particulièrement désireux d'accéder à l'élite avec "son" club, le tout jeune quadragénaire est un modèle de soldat au service du collectif, généralement en sortie de banc, à l'image de son impact capital lundi lors du match 1 de la finale à Roanne (8 points à 3/6 et 3 rebonds en 17 minutes). Et si les rêves de Pro A se sont longtemps inlassablement transformés en déception à l'heure du printemps venu, la récompense est arrivée au terme de son 352e match officiel de Pro B, le 14 juin 2018, une soirée à inscrive en lettres d'or dans le livre d'histoire de Fos-Provence Basket.


Pas de médaille mais une casquette commémorative et un grand bonheur pour Dia et les Fosséens
(photo : Amanda Panciatici)


Mamadou, tout le monde veut vous embrasser, vous féliciter, immortaliser ce moment avec vous. Quelle superstar vous faites ici...

(Il sourit) Non, il n'y a pas de superstar ici, c'est la famille. Ce sont des gens que j'apprécie, que je côtoie tous les jours. Fos-sur-Mer, c'est ça : il n'y a pas de star, nous sommes tous pareils et on se respecte mutuellement. Là, nous sommes tous heureux, on leur a fait plaisir et ils nous ont fait plaisir. Surtout eux d'ailleurs ! Vous avez bien vu l'ambiance ce soir. Je vais dire la vérité : on n'a pas vraiment été habitué à cela auparavant. Aujourd'hui (jeudi soir, ndlr), c'était juste énorme et ce n'est pas sûr que l'on aurait pu passer sans le soutien des supporters. Les cinq dernières minutes ont été capitales.

Ça fait treize ans que vous êtes ici : vous avez franchi toutes les étapes depuis la Nationale 2, jusqu'à vous faire une place au sein du gratin du basket français. Cette montée en Jeep ÉLITE, est-ce l'accomplissement d'un parcours ?

Entre autre, oui. Mais je vais être sincère, je ne sais pas si l'on peut qualifier cela d'accomplissement. C'est venu naturellement. Après, ça fait vraiment plaisir, c'est incroyable. Je suis content et surtout fier. J'ai ma famille qui regardait le match, notamment mon père qui est gravement malade. C'était son souhait. Depuis la Nationale 2, il me prend la tête : "Fils, tant que tu ne montes pas en Pro A, tu n'es rien !". Il a fait des prières toute la semaine. Et ce soir, je pense à lui, vraiment.

Individuellement, est-ce que vous réalisez que votre parcours sort du commun ? De nos jours, il est vraiment rare de voir un joueur s'implanter aussi longtemps dans un club et franchir les paliers un à un avec lui...

Je ne réalise pas tant que ça, c'est les gens qui me le disent. Vous savez, je suis quelqu'un qui ne se prend pas trop la tête. Mais c'est vrai qu'avec le recul, c'est beau de rester dans le même club et de passer de la Nationale 2 à la Pro A. Ce ne sont pas des choses que l'on voit tous les jours. Je ne m'en rends pas vraiment compte mais c'est beau (il le répète).

Surtout que les playoffs ont longtemps été synonyme de désillusion à Fos-sur-Mer. Depuis 2010, vous avez terminé à cinq reprises dans le Top 4 de Pro B mais Nanterre (demi-finale, 2011), Limoges (demi-finale, 2012), Châlons-Reims (quart de finale, 2013), Poitiers (quart de finale, 2014), Le Portel (demi-finale, 2016) et Nantes (demi-finale, 2017) se sont successivement chargés de briser vos rêves à l'heure du printemps... Qu'est ce qui a changé cette année ?

Je voulais en venir à ce point. Grâce à ces désillusions, nous avons été forts aujourd'hui. On a vraiment appris de nos défaites, de nos échecs surtout. C'est pour ça que je tiens à remercier tous nos anciens joueurs, comme Raph (Desroses) qui était au match ce soir. Nous étions trop excités ces dernières saisons, cela nous a servi de leçon. Cette année, c'était énorme, on avait beau gagner de quinze points, tous mes gars restaient zens. Quand on a remporté la demi-finale, tu n'entendais pas un bruit dans le vestiaire car on avait un objectif commun, celui d'aller au bout. Cette zen attitude, je pense que c'est ce qui nous fait gagner le titre. C'est sûr et certain. Personnellement, même du haut de mes 40 ans, j'ai appris de la saison dernière. Tout le monde a gardé son calme, est resté tranquille, ne s'est pas excité et cela m'a vraiment plu. Après, l'équipe a été composée en sorte qu'il y ait de l'expérience. Ce mélange de bons jeunes et d'anciens a facilité la tâche.

"Rémi (Giuitta), il doit être au SAMU là !"

Ce soir, une fois n'est pas coutume, vous avez été scotché sur le banc toute la seconde mi-temps, notamment car Pierre Pelos était absolument inarrêtable dans la raquette. Mais vous entrez pour une seule action, à deux minutes du buzzer final (72-70), et vous donnez un énorme coup de boost à votre équipe en provoquant le passage en force de Ben Mbala. Cette action, c'est un symbole ?

Effectivement, cela montre l'engagement de l'équipe. Lors de chaque match, il y a un joueur différent qui sort du lot et nous, sur le banc, il faut qu'on soit prêt à entrer et à tout donner. Il n'y a pas d'état d'âme, que je joue ou que je ne joue pas. C'est les playoffs quoi ! J'aurais même signé avant pour monter sans jouer une seule minute des playoffs. Tout le groupe a adhéré à ça. Il n'y a pas eu de guerre d'egos, on avait un objectif commun et on l'a fait. Quant à Pierre Pelos... C'est mon MVP ! Ah, il m'a fait plaisir ! Il m'a même fait pleurer tout à l'heure. Je lui ai dit redit que même s'il y a des gens qui ont eu des doutes sur lui, moi j'ai toujours cru en lui, et ce depuis ses années à Saint-Chamond. J'aime bien ce profil de joueur. À un moment dans l'année, il a eu des petits doutes. C'est normal, il est jeune mais je n'ai cessé de lui répéter que je croyais en lui. Et sur cette finale, il a prouvé qu'il était là. C'est une très belle récompense pour lui, je suis vraiment fier de lui.

Une très belle récompense aussi pour Rémi Giuitta, Marseillais d'origine et à la tête de l'équipe depuis quinze ans ?

Ah mais Rémi... Je pense qu'il doit être au SAMU là (il rit). Il a pris le club en Nationale 2 et il finit par monter en Pro A, il rentre un peu dans la lignée des Pascal Donnadieu ou Ruddy Nelhomme. Moi, je suis là, je vois ce qu'il se passe. Les gens sont mauvais, ils l'ont critiqué de partout. Mais ce qu'il a réalisé, il voulait vraiment le faire et ce n'était pas donné à tout le monde. Je lui dis bravo car c'est quelqu'un de vraiment intelligent. Il apprend tous les jours. Depuis la Nationale 2, je peux vous certifier que j'ai vu son évolution. Maintenant, c'est vraiment un grand coach. Il mérite ce qui se passe.


40 ans pour les deux, et la Jeep ÉLITE à l'horizon :
ici en 2013/14, le duo Rémi Giuitta - Mamadou Dia tourne à plein régime depuis 2005
(photo : Sébastien Grasset)

C'est certes encore loin et l'heure est à la fête, mais si l'on se projette, le plus dur va commencer pour Fos-Provence. Ce club peut-il avoir sa place en Jeep ÉLITE ?

Si l'on fait comme on a toujours fait, j'y crois. Surtout parce que le coach, c'est un sorcier ! Il sait ce qu'il fait. C'est sa force que de composer des équipes. En Nationale 1, il y avait déjà des doutes. Pareil en Pro B, c'était bizarre au début mais on a bien fini. J'ai confiance en lui, il est compétent, il est bien entouré, il a l'expérience et il sait construire un groupe. Ça, c'est vraiment important.

Et cette découverte de la Jeep ÉLITE, ce sera avec vous ou sans vous ?

(il rit) Là, par contre, waouh... Il faudra poser la question à la personne qui va faire l'équipe.

Mais si le choix ne tenait qu'à vous ?

Pour l'instant, je vais simplement profiter du moment présent. On va prendre notre temps, on va bien se reposer. À chaud, c'est quand même délicat. Mais je suis toujours là ! Je suis en forme, je n'ai pas de blessure. On verra.


Une quatorzième étoile dans le dos de Mamadou Dia la saison prochaine ?
(photo : Amanda Panciatici)

À Fos-sur-Mer,

16 juin 2018 à 11:10
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Boulazac
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86
Chalon-sur-Saône
Châlons-Reims
102
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94
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Cholet
81
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80
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