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RENCONTRE AVEC ALEXANDRE GAVRILOVIC, INTÉRIEUR DE ROANNE

Alexandre Gavrilovic
Crédit photo : Olivier Fusy

Champion d'Europe U20 en 2010 avec l'équipe de France, Alexandre Gavrilovic a joué des années aux Etats-Unis avant de revenir en France l'été dernier. Entretien à l'aube de sa deuxième saison à Roanne.

Au cours de l'été, à Limoges, durant un camp de basketball, nous avons pu discuter avec l'intérieur de la Chorale de Roanne Alexandre Gavrilovic (2,06 m, 24 ans) à propos sa formation, des différences entre la France et les Etats-Unis (il a joué en NCAA), de la saison qui l'attend ainsi que de ses goûts hors des terrains. Entretien.

Salut Alex. Première question, tu n'es pas venu au basketball au plus jeune âge. Comment as-tu découvert ce sport ?

Salut Alex. J’ai commencé le basket tard, aux alentours de 13 ou 14 ans au niveau départemental, donc vraiment le niveau le plus bas. Ensuite, vers 15 ans, j’ai intégré le centre de formation de Strasbourg. C’est là que le basket est devenu sérieux. J’ai passé deux ans en cadets France à Strasbourg avant de partir aux Etats-Unis. Une fois aux Etats-Unis, c’est là que tout s’est enchainé. L’objectif de devenir professionnel a commencé.

Mais tu avais de la famille dans le basket ou c’est venu comme ça ?

Non non, dans ma famille il n’y pas de sportif. Enfin pas de sportif de haut niveau. Mon père fait du sport mais jamais au niveau professionnel. Le basket n’a jamais été un sport de ma famille, c’était plutôt foot ou même tennis. Mais personne ne joue au basket et moi non plus avant de m’inscrire en club.

Avant, tu avais fait d’autres sports ?

Oui j’ai toujours fait du sport depuis que je suis gamin. Tennis, foot, escrime, hockey sur glace, équitation (rires). J’ai fait plusieurs sports dans le but de…

Trouver celui qui te convenait le mieux ?

Oui. Mais mes parents ne m’ont jamais forcé à faire un sport précis. Ils m’ont donné le choix pour différents sports. Une fois que j’ai commencé le basket, c’était lancé, je l’ai choisi.

Après Strasbourg, tu te diriges vers les Etats-Unis. Comment tu as organisé ton départ ?

Alors, le départ aux Etats-Unis...

... C’est un intermédiaire qui est venu vers toi ?

Non, en fait, c’est un hasard complet. J’ai toujours eu l’envie de partir mais ce n’est pas quelque chose que j’ai organisé à l’avance on va dire. Ca s’est vraiment fait du jour au lendemain.

Ah oui ? Pourtant ce n’est pas un petit voyage !

C’est sur. En fait c’est via… mon père est Serbe. C’est grâce à cela. Je t’explique. J’allais souvent en Serbie puisque j’ai de la famille là bas. J’ai eu la chance de rencontrer différentes personnes dans le basket. Notamment ce coach qui avait envoyé un de ses joueurs dans une académie en Floride. Un été où j’étais en Serbie, il m’a demandé si ça m’intéressait d’aller en Floride. C’est lui qui m’a « placé », il m’a mis en contact avec l’académie basket et j’ai reçu une bourse pour y aller. C’est vraiment le hasard et grâce à cette personne.

Le basketball américain est bien connu en France et le basket français l'est de plus en plus outre-Atlantique. Les joueurs qui s'exportent d'un côté comme de l'autre sont légions. Mais peux-tu nous dire ce que sont pour toi les vrais différences entre les deux types de basketball pratiqués ?

Alors sur le basket, la différence… Comment dire… Il y a une différence entre la NCAA par exemple et le basket pro. Le niveau… Il n’y a pas tant de différence de niveau. Même je dirais qu’en NCAA le niveau est plus élevé. C’est sur certains détails, par exemple la façon dont en enseigne le basket. En Europe c’est basé vraiment sur les détails, sur la lecture de jeu, l’intelligence de jeu. Alors qu’aux Etats-Unis, c’est plus ou même uniquement sur le développement physique et technique. Vraiment rendre les joueurs meilleurs individuellement alors qu’en Europe c’est plus le collectif. C’est vraiment la plus grosse différence. Et aussi des différences de règles.

C’est plus dur de s’adapter au jeu européen quand on est américain que de s’adapter au jeu américain quand on vient d’Europe.

La chose sur laquelle j’ai le plus travaillé aux Etats-Unis c’est mon physique. Travailler en salle de musculation. Prendre du volume, prendre du poids. Et pouvoir justement affronter d’autres joueurs qui sont plutôt costauds. C’était vraiment ça la plus gros adaptation. Dans la façon de jeu sinon ça allait. Et après il fallait apprendre l’anglais (rires).

Ah, c’était dur ?

Un peu au début car j’avais un anglais très scolaire. Mais au bout de 3 mois c’est réglé. Tu es baigné dans l’anglais là bas. Ca va vite.

Tu es penses que c’est plus facile de réussir si tu as des ambitions en sport aux Etats-Unis qu’en France ?

Pour réussir aux Etats-Unis, il faut faire parti des meilleurs par contre. Les Américains sont basés que sur les stats dans le basket. C’est de cette manière que tu vas te démarquer. Même si tu es un super joueur et que tu fais tout le sale boulot dans le basket et que tes stats ne le montrent pas, tu auras plus de mal à réussir. Alors qu’en Europe, dans le basket les critères pour réussir sont différents. Aux Etats-Unis, c’est plus le show, si tu es athlétique, si tu fais des gros dunks… Il faut se démarquer des autres et tu arriveras au sommet. Alors qu’en Europe, c’est plus ce que tu apportes à une équipe qui est important.

En NCAA, tu étais à Dayton.

Oui après la Floride, je pars là bas pour trois ans en NCAA I. Et après à Towson, toujours en division I.

Comment se sont passées tes années sur ces deux campus ?

A Dayton, ma première année c’est très bien passée, vraiment. J’étais la première recrue de mon coach alors c’était déjà une connexion un peu spéciale entre lui et moi. Il y avait cette excitation de jouer en NCAA. Surtout à Dayton qui est parmi les plus grosses fac. Une salle de 14 000 personnes. On était vraiment les stars dans la ville, tout le monde nous connaissait. Le mode de vie hors basket était incroyable. Après il y a quelques petites choses qui se sont mal passées avec l’entraineur donc mes deux années suivantes ont été un peu plus difficiles. Towson, c’était un autre niveau. J’y suis allé à cause de ma mauvaise relation avec mon entraineur de Dayton. A Towson, la salle était moins grande, l’enjeu plus petit. Avec Dayton on gagnait beaucoup de matchs. On est allé à la March Madness, même au Elite 8. Il y a eu un gros changement entre les deux. A Towson c’est quand même une année que j’ai…

Apprécié ?

Oui j’y ai aussi appris des choses et aussi rencontrer de nouvelles personnes. Cette année m’a permis de me préparer pour revenir en Europe. Les Etats-Unis étaient une expérience incroyable.

Quels sont les joueurs contre qui tu as joué en NCAA et qui t’ont marqué ?

Alors… Déjà… Dans mon équipe il y avait Chris Jonhson qui joue pour le Utah Jazz. C’est le joueur modèle, je n’ai jamais vu quelqu’un travailler plus dur que lui. Sinon la liste est assez longue… Tu Holloway (Xavier), Khalif White (Temple), Marcus Thornton (Williams and Mary), Mark Lyons (Xavier), Jarell Benimon (Towson), Kevin Pangos (Gonzaga), Taurean Prince (Baylor), Dwight Powell (Stanford), Patric Young (Florida).

En 2015/16, tu étais à Roanne. Tu nous fais un bilan de ta saison sur le plan individuel et collectif ?

Roanne, c’est ma première expérience professionnelle. C’était quelque chose de nouveau. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et où me placer par rapport au niveau technique et au niveau physique des autres joueurs. C’était la découverte du monde professionnel. Sur le plan personnel, il y a eu des hauts et des bas. Ca a été une très bonne première partie de saison jusqu’au break de Noël. Ensuite… Je pense que à cause des problèmes collectifs qu’on a eus, la deuxième partie à été plus compliquée pour moi. Des décisions de l’entraineur qui ont fait que j’ai moins joué, la pression du président et des autres personnes du staff ont fait que le temps de jeu de certains a diminué. Il y a des blessures pour moi aussi, notamment à la cheville et au dos. Collectivement c’était assez dur, l’entraineur qui se fait virer après le premier match de saison, on a eu quatre meneurs différents (Kendall Williams, Gary Ervin, Théo Léon, James Washington)… Deux meneurs en l’espace d’un mois. Donc il y avait une instabilité dans l’équipe. L’entraineur (Frédéric Brouillaud ) se fait virer, des joueurs aussi, le directeur sportif (Raphaël Gaume) remplace le coach.

Donc pas son rôle de coacher à la base.

Voilà. Et c’est une équipe où il y avait beaucoup d’égos. Il y avait quand même des noms dans l’équipe. Puis la question après était qui allait être le capitaine et le leader. C’était un petit peu la bataille entre certains joueurs…

Si je résume, sur le plan collectif ça a été difficile mais sur le plan individuel ça a été une bonne saison ?

J’ai essayé de faire mon boulot. A cause du collectif c’était plus difficile pour moi. Pour une première saison, je ne vais pas dire satisfait mais je suis content de ce que j’ai produit. En espérant que l’an prochain mon rôle soit beaucoup plus important.

Tu as fait quoi de ton été ? Tu l’as organisé comment ?

Notre dernier match était le 17 mai. Ensuite je suis resté à Roanne jusqu’au 24 juin pour travailler tous les jours. Travail intensif. Puis après je suis parti aux Etats-Unis pendant trois semaines voir mes amis d’université et d’autres personnes. Et là je suis à un camp à Limoges.

Le camp est important pour moi car c’est juste avant le début de saison donc je peux me remettre en forme. Puis ça me permet de jouer contre des joueurs de bons niveaux et aussi de revoir des amis.

Il te reste un an sur ton contrat, la saison prochaine tu es encore à Roanne. Tu as quand même eu des propositions ?

Oui j’ai eu Orléans en Pro A. Ainsi que d’autres clubs mais moins prononcés. Après la Chorale n’a pas voulu me laisser partir.

Quels sont les objectifs collectifs et individuels pour la saison à venir ?

L’équipe a totalement changé, nouveaux joueurs, nouveau coach.

Oui Laurent Pluvy, d’ailleurs tu en penses quoi de lui ?

Déjà moi je suis content qu’il soit là car c’est un ancien joueur, meneur de l’équipe de France. Il sait ce que c’est qu’être un joueur.

Pour toi c’est essentiel qu’un coach ait été joueur ?

Oui c’est essentiel. Je pense qu’un coach doit savoir ce que les joueurs pensent. Il y a certains choix qu’on fait en tant que joueur qu’un coach qui n’a pas été joueur ne pourrait pas comprendre. Après il y a des exceptions bien-sûr. En plus Laurent Pluvy était à Evreux, il a joué la finale des playoffs d'accession à la Pro A, donc c’est motivant. C’est bon signe. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Roanne en juin. Je pense que je vais bien travailler avec lui, je suis excité de commencer la saison. L’équipe a totalement changé puisque nous sommes que trois joueurs a avoir été conservés : Thomas Ville, Mehdi Cheriet et moi. Nouvel effectif, des joueurs que je ne connais pas. A voir. Après la saison qu’on a fait l’année dernière, il va y avoir une pression de se racheter. L’objectif c’est la montée en Pro A…

C’est qu’aujourd’hui nous sommes assez loin du niveau de la Chorale a pu connaître.

Oui, on va tout faire pour que le club remonte là où il devrait être.

Et sur le plan individuel ?

Après avoir parlé avec Laurent Pluvy, il a été dit qu’il attendait beaucoup de moi. Donc je vais avoir un rôle important cette année. Ce n’est plus ma première année donc maintenant je sais exactement où me placer par rapport à ligue. Sinon c’est de monter en Pro A ou dans d’autres premières divisions en Europe…

Ou ailleurs même ?

Ou ailleurs même. Le plus rapidement possible.

Ton futur proche, tu le vois donc dans une première division que ce soit en France ou à l’étranger ?

Moi je refuse d’être en deuxième division. Donc l’année prochaine c’est une première division. Je vais tout faire pour cette année.

Même si on en a déjà discuté ensemble, comment tu perçois ton futur plus éloigné ?

Je ne me mets aucune limite. Je vais aller le plus loin possible. Gravir étape par étape. Après, on verra… Je vise vraiment le sommet.

Lequel ?

Le sommet c’est l’Euroleague, c’est des grosses équipes comme ça. Ca demande du travail mais je suis prêt.

Et ton après-carrière alors ? Coach tu me disais ?

Je veux retourner aux Etats-Unis. Ca facilite d’avoir un diplôme universitaire américain, d’avoir des contacts là-bas, le fait d’avoir vécu là-bas ça va m’aider. L’objectif c’est d’entraîner là bas.

Quel est ton diplôme ?

C’est sciences sociales je dirais. Exactement c’est « Professional studies and social sciences ».

Sinon, parlons d'autre chose. Cleveland champion NBA. Content ou pas content ?

Moi j’ai vécu dans l’Ohio à Dayton pendant trois ans alors je suis très content pour cet Etat et pour Cleveland. Mais, j’étais un fan des Warriors. Enfin, je les supportais. Donc un peu déçu sur le moment mais content pour l’Ohio d’avoir enfin un trophée NBA.

Donc tu préfères Stephen Curry à LeBron James ?

Non non non. Moi j’admire les deux joueurs. Respect total aux deux pour ce qu’ils font. Ce sont des joueurs exceptionnels. Mais c’est vrai que les Warriors… Après leur saison, battre le record des Bulls, Curry a battu tellement de records individuels. Ca aurait été bien de terminer avec le titre.

Ca aurait été la consécration.

Voilà c’est pour ça que j’étais pour eux. Leur saison était tellement incroyable.

On sort du basket. Tu as des séries préférées ?

« Suns of Anarchy » de très loin. Série incroyable que je recommande à tout le monde. « Breaking Bad » aussi. Ensuite, les films ?

C’était ma prochaine question.

« Pulp Fiction » c’est le numéro 1 et après « Casino » avec De Niro.

Tarantino a dit qu’il ne ferait pas plus de 10 films. Tu es déçu ?

Tarantino je le trouve exceptionnel. Donc tant qu’il sort des films je serais content, le jour où il n’en sortira plus je ne serais plus content. (rires) C’est vraiment « Pulp Fiction » et « Jackie Brown » mes préférés. Ah oui, je regarde tout en anglais, les voix françaises c’est horrible. On est d’accord ?

Tu as d’autres centres d’intérêt que le basket ou tu n’as vraiment que ça ?

Ah non non.

Tu t’intéresses à quoi dans la vie ?

Moi je suis focalisé sur le basket quand je suis sur le terrain. Hors terrain, j’essaie d’évacuer pour ne pas me mettre une pression supplémentaire. Dès que je peux voyager, je le fais.

C’est pour ça que tu as une carte du monde tatoué sur l’avant bras ?

Oui exactement. C’est pour les voyages. C’est là où je suis et là où je veux aller. Dans tous les sens du terme. Je suis un fan de cartes aussi. Quand j’étais au collège, c’était ma matière préférée. Puis en regardant ce tatouage, je vois différents pays et plusieurs souvenirs. Sinon, j’aime beaucoup faire différents sports dans la vie de tous les jours. Aussi, je vais bientôt lancer mon propre blog.

Vraiment ? Affaire à suivre.

Oui j’écris beaucoup.

De quoi parles-tu dans tes écris ?

C’est tout basé sur le sport. En anglais. C’est juste des… Comment dire… C’est par rapport à ma vie professionnelle au basket. Des expériences que j’ai vécu ou quand je me pose des questions : qu’est-ce que je dois faire pour être meilleur ? Je l’écris. Atteindre le haut niveau, devenir professionnel… Tout ça en fonction de mon expérience et celles de mes coéquipiers. J’ai plein de pages là.

Ce mardi, Alex Gavrilovic et la Chorale de Roanne débutent leur saison par un 32e de finale de Coupe de France. Ce sera à Cognac, club évoluant en Nationale 2.

13 septembre 2016 à 12:17
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