À L'ÉTRANGER

[DOSSIER] CLUBS SATELLITES : LA SOLUTION À GÉNÉRALISER POUR DÉVELOPPER LES JEUNES BASKETTEURS FRANÇAIS ?

Crédit photo : Sébastien Grasset

Répandus en Espagne ou en Lituanie, les clubs satellites ne sont presque pas utilisés en France, puisque seuls l'ASVEL et Saint-Chamond ont un partenariat (dont a pu bénéficier Stéphane Gombauld, en photo). Nous nous sommes penchés sur le fonctionnement de ce système et les effets qu’il engendre, qu'ils soient positifs ou négatifs.

Depuis quelques années, on remarque une certaine volonté des clubs français à lancer de plus en plus les jeunes dans le grand bain. Pourtant, les moyens mis à disposition semblent quelque peu limités. Entre un système de licences AS compliqué à mettre en place et un manque de temps de jeu en Jeep Élite, les jeunes se sentent parfois abandonnés en bout de banc. La rédaction de BeBasket a décidé de se pencher sur un système en place en Espagne ou en Lituanie : celui des clubs partenaires.

Ces clubs dits "satellites" bénéficient d'un accord passé entre deux institutions pour permettre à des jeunes de jouer dans un groupe professionnel. Il s’agit pour un club A, évoluant souvent en première division, de créer un partenariat avec un club B, de préférence proche géographiquement et évoluant généralement dans une division inférieure, pour lui confier ses meilleurs jeunes afin qu'ils bénéficient d'un meilleur temps de jeu. Pour essayer de comprendre son fonctionnement et les raisons de sa non-utilisation en France, nous avons demandé l’avis à des joueurs et entraineurs qui ont eu la chance d’expérimenter ce dispositif. 

Un système qui a la cote en Espagne

Le championnat espagnol est réputé pour être le meilleur en Europe et attirer de nombreux joueurs étrangers de grande renommée. Le problème ? Face à cette incroyable concurrence, les jeunes espagnols ont du mal à s'y faire une place. Et tous les clubs n’ont pas la possibilité de mettre en place des équipes réserves compétitives pour développer leurs jeunes talents. Mais le basket espagnol semble avoir trouvé la solution, et de plus en plus de clubs se mettent d’accord sur la formation des jeunes joueurs. Les clubs de première division (ACB) qui ne sont pas en capacité de proposer de réelles responsabilités aux produits de leur formation vont ainsi les confier à des clubs de troisième ou quatrième division afin qu’ils disputent leurs premières minutes dans le milieu professionnel.

Aleix Duran, entraineur adjoint de Monaco depuis cette année, a connu ce système lorsqu’il était à Manresa : « Vous cherchez un club avec sa propre structure qui veut avoir ce qu'on appelle un "lien" avec une équipe de classe supérieure. Le club de catégorie supérieure prête les joueurs qui viennent de terminer leur cursus U18 afin qu'ils puissent avoir des minutes, alors qu'ils ne sont pas prêts à les avoir avec la première équipe. Mais ces joueurs peuvent jouer et s'entraîner avec les deux équipes. À Manresa, l'équipe associée était d'abord Sant Nicolau de Sabadell, dont j'étais l'entraîneur pendant 2 ans, en même tant que j'étais entraîneur adjoint pour Manresa. Ce fut une grande expérience pour moi de grandir en tant qu'entraîneur. Dans ma deuxième période à Manresa, l'équipe associée était Martorell. Avec les deux clubs, la relation a été extraordinaire et très bénéfique pour eux deux. »

Ce fut également le cas de David Jofresa, actuel joueur de l’ESMS en NM2. Ce meneur espagnol a longtemps été barré par la concurrence en équipe première avant de descendre, grâce à ces partenariats, dans les divisions inférieures : « Avant d’arriver en France je jouais à Manresa, en première division, mais vu que je n’avais pas vraiment de temps de jeu, le club a décidé de m’envoyer dans son club partenaire : le CB Martorell. J’ai donc joué en EBA Puis en LEB Plata (équivalent de la NM2 et de la NM1 en France) avec eux. Ce qui était prévu, c’est que je fasse la prépa d’été avec Manresa et qu'ensuite je retourne à Martorell pour faire la suite de la saison. J’étais 11-12e homme avec Manresa mais j’étais un élément majeur avec Martorell. Ça dépendait vraiment des opportunités, de s’il y avait des blessures ou pas, mais c’est vrai que l’idéal était de jouer pour les deux équipes. J’avais la chance que Martorell soit à 30 minutes de Manresa mais c’était quand même compliqué parfois pour le rythme. Quoi qu’il en soit j’ai pu avoir beaucoup du temps de jeu dans un niveau assez relevé pour un jeune joueur. »

Quentin Goulmy : "Il faut savoir tenter le grand saut et aller voir parfois plus bas pour mieux rebondir"

Pour permettre ce système, la proximité géographique est donc un point important, comme l’affirme l’ex-assistant de Sasa Obradovic à Monaco : « Les joueurs doivent généralement s'entraîner et jouer avec les deux équipes et si la distance est courte, c'est beaucoup plus facile. Mais il existe d'autres critères tout aussi ou plus importants. Surtout, la prédisposition du club associé à comprendre l'importance du développement de ces jeunes joueurs. »

Anthony Da Silva, nouveau joueur d'Évreux, n’a quant à lui pas fait l’objet d’un partenariat avec son ancien club de Séville puisqu’il a directement eu la chance d’avoir une équipe réserve qui évoluait en EBA. Mais le résultat reste le même car dès la fin de ses années jeunes, il a pu connaitre un vrai rôle dans le monde pro : « Séville réfléchissait à mettre en place un partenariat avec un club mais ils ne l’ont pas fait parce que l’objectif était de développer beaucoup de joueurs et pas seulement 2 ou 3. Et puis, on a la chance d’avoir une équipe 2 qui joue en EBA donc c’était le meilleur moyen pour me responsabiliser. Moi, étant donné que je faisais partie du centre de formation, les dirigeants avaient une grande envie de me faire progresser deux fois plus. Déjà en junior (U18), je jouais avec l’équipe réserve, mais une fois que j’ai fini mon cursus jeune je suis rentré à plein temps dans l’équipe et je m’entrainais en même temps avec les pros. L’objectif de cette équipe n’était pas vraiment de chercher des résultats, même si au final on en a eu, mais c’était vraiment de progresser. On était un groupe de jeunes entourés par des anciens joueurs qui ont évolué en ACB et qui pour certains voulaient garder un contact avec le basket ou se rapprocher de leur famille. Mais en tout cas, c’est le bon mélange pour former des jeunes.

 -dossier--club-satellite---la-bonne-composante-du-developpement-des-jeunes-talents-francais--1592324432.jpegAnthony Da Silva avec le maillot du Betis Séville au NGT (photo : Euroleague).

Tout n’était pas facile mais je trouve que j’ai pu passer un cap grâce à ce système. Il n’y a pas beaucoup de coachs qui laissent jouer un jeune de 17 ans 25 minutes par match donc c’était vraiment une bonne chose pour moi de jouer en EBA. J’ai pu prendre des responsabilités dans le monde pro parce que mine de rien en EBA tu es déjà professionnel. Même les mauvaises expériences m’ont aidé pour progresser. En première année l’adaptation était dure mais je m’en suis servie pour la suite et ça s’est vu lors de ma deuxième saison. » Une expérience qui semble avoir porté ses fruits pour celui qui avait été champion d’Europe avec la génération U16 puisque lors de sa dernière année en EBA il tournait à 10,7 points, 3,4 rebonds et 3,6 passes décisives de moyenne en près de 26 minutes de temps de jeu. De belles statistiques pour un jeune de 17/18 ans qui lui ont permis ensuite d’être prêté cette année à Nanterre et l’année prochaine à Evreux, où cette fois-ci son rôle sera vraiment important dans l’effectif professionnel.

Un autre joueur français a franchi le pas et s’est installé l’été dernier en Espagne. Il s’agit de Quentin Goulmy. Lors de notre récent entretien, le poste 4 formé à Strasbourg expliquait son choix de jouer pour la réserve du Barça et non un club de Pro B : « En arrivant à Barcelone, je n’avais pas l’ambition de côtoyer l’équipe première. En venant ici je voulais me former et progresser sur mes points faibles. Mon objectif à Barcelone est de me former et de me développer. La LEB Plata c’est l’équivalent de troisième division en France et franchement on y joue très bien. C’est un niveau où il y a beaucoup de jeunes comme moi, qui viennent perfectionner leur style de jeu et retrouver des sensations sur le terrain. Moi, ça faisait deux ans que je n’avais plus réellement de temps de jeu donc je veux rattraper toutes les années basket que j’ai pu louper quand j’étais plus jeune à cause de mes blessures, mais également avoir du temps de jeu en match. Je pense que malheureusement il y a beaucoup de jeunes joueurs qui sont bloqués à ne pas jouer dans leur club. Il faut savoir tenter le grand saut et aller voir parfois plus bas pour mieux rebondir. Il y a beaucoup d’expériences à prendre en allant jouer dans des niveaux inférieurs mais également à l’étranger. Ici, les joueurs français ont beaucoup de valeur donc c’est le bon compromis pour progresser. Je pense que le basket français et espagnol sont complémentaires donc ça m’a permis de progresser sur d’autres aspects de mon jeu, tout en étant actif sur les terrains les jours de match. » 

Les clubs sont aussi gagnants

Entre responsabilités, temps de jeu et apprentissage en parallèle, le système semble tout bénef pour les jeunes joueurs. Mais pour les clubs, quels sont les avantages ? David Jofresa, qui a connu directement ce système de club partenaire, a une réponse à la question : « Déjà, je pense que les deux parties sont gagnantes. Il faut savoir que lorsque je jouais à Martorell c’était mon club initial, Manresa, qui payait la totalité du salaire. Martorell ne payait rien, donc il y a déjà un avantage économique. Pour le club initial c’est aussi bénéfique puisqu’il envoie un de leurs meilleurs jeunes se former et s’aguerrir dans les niveaux inférieurs. L’objectif pour eux c’est que le joueur progresse plus rapidement et revient ensuite pour jouer avec eux. Donc pour le club de NM2, ça permet d’avoir 4 joueurs de moins de 22 ans que tu ne payes pas avec un très bon niveau. Et pour le club pro, ça leur permet d’avoir 2 jeunes joueurs en cas de blessure qu’il ne paie pas très cher. »

Pour Anthony Da Silva, les avantages sont les mêmes que le joueur landais : « Le club voulait tout simplement que je découvre le monde professionnel et que je progresse plus rapidement. Il ne voulait pas me prêter avant mes 18 ans pour na pas griller trop vite les étapes. Le but est qu’ensuite je revienne jouer avec l’équipe A. c’est notamment pour cette raison que j’ai signé un 2+2 récemment. S’il y a vraiment quatre ans, les deux dernières seront exclusivement avec l’équipe qui évolue en première division. C’est une belle marque de confiance. Mais l’équipe qui évolue en EBA est gagnante aussi je pense, car ils récupèrent des jeunes joueurs talentueux qui auront à cœur de réaliser de bons résultats. Et je trouve que ça marche, moi en tout cas de mon expérience personnelle je trouve ça plutôt judicieux. En fait il s’agit de ne pas se précipiter et de faire les choses une par une. J’ai vraiment confiance dans le système espagnol. »

Selon l’entraineur de Monaco, qui entrainait aussi auparavant la réserve du Barça, ce système permet au joueur de s’intégrer plus facilement dans la vie professionnelle et au club de bien former leurs jeunes : « En Europe, en général, il y a un saut de niveau très important entre le moment où les joueurs terminent U18 et celui où ils sont prêts à jouer dans les premières divisions. En Espagne, ce saut est encore plus important. Je pense qu'aux États-Unis, ils ont très bien résolu cette période avec la NCAA. De mon point de vue, en Europe, nous ne l'avons pas bien résolu et aucun des systèmes n'a bien fonctionné du tout. La maturité des joueurs au niveau physique commence à arriver à partir des 22-23 ans, et la maturité mentale vient encore plus tard. Il y a trop de hâte de la part de tous (clubs, agents, entraîneurs et joueurs eux-mêmes) pour atteindre rapidement le sommet. Si nous prenons également en compte la combinaison du basketball et des études, un trou est créé qui fait que de nombreux joueurs perdent leur chemin. » avant de rebondir : « Ce modèle "équipe partenaire" est une bonne solution pendant 1 ou 2 ans, après avoir terminé les U18, car les joueurs jouent des minutes dans des catégories où ils peuvent performer et ne pas être frustrés. Et les deux clubs en bénéficient. L'un à sa jeunesse jouant des minutes et acquérant de l'expérience, et l'autre a des joueurs talentueux qui ne pouvaient sûrement pas signer. »

En France, l'ASVEL et Saint-Chamond comme seul exemple

Ce système très performant en Espagne est pourtant quasiment pas utilisé en France. Seulement deux clubs ont conclu un tel partenariat, l’ASVEL et Saint-Chamond, qui se sont rapprochés en janvier 2017. Un accord et une coordination récente qui semble porter leurs fruits, comme nous le confie l’entraineur de Saint-Chamond Alain Thinet : « Ça permet à des jeunes prospects de l’ASVEL de venir s’épanouir à Saint-Chamond, en Pro B. Tout le monde est gagnant dans l’histoire : le joueur vient chercher des responsabilités et des minutes de temps de jeu, choses qu’il n’a pas forcément à l’ASVEL. Et nous on peut ainsi approcher des prospects lorsqu’ils sont encore abordables financièrement. Etant donné que les partenariats étaient sous la forme d’un prêt d’une durée d’un an, on récupère une partie du contrat du joueur et ça permet aussi à l’ASVEL de faire baisser sa masse salariale. Donc oui, c’est un bon compromis pour tout le monde. Nous, les licences AS, ça aurait été plus compliqué à mettre en place, même si on n’est pas très loin de Villeurbanne, mais nous sommes en Pro B et la charge d’entrainement est assez grande. On aurait été en NM1 cela aurait pu être envisageable. C’est pour cette raison que je pense que les clubs satellites ont intérêt à se multiplier et à se développer car c’est intéressant pour les deux parties. »

-dossier--club-satellite---la-solution-a-generaliser-pour-developper-les-jeunes-basketteurs-francais--1592379404.jpegAlain Thinet, coach de Saint-Chamond, en Pro B, satisfait du partenariat avec l'ASVEL (photo : Olivier Fusy).

Avant de rebondir : « J’ai directement accroché avec ce système puisque la première expérience avec Stéphane Gombauld s’est très bien passée, c’était très intéressant. On a réussi à le mettre sur le terrain et je crois à le faire progresser donc c’est encourageant. » Stéphane Gombauld, actuellement joueur de l’ADA Blois, est revenu lui-même sur cette période et sur ce qu’elle lui a appris : « A Saint-Chamond ça s’est super bien passé, le partenariat était super. Là-bas, j’avais un vrai rôle et c’est super important pour un jeune joueur. J’ai beaucoup appris que ça soit en tant qu’homme ou que joueur. Tu as un nouveau rôle, des nouvelles responsabilités et tu deviens un homme. Je pense vraiment que ce système de partenariat est bien. Il devrait en mettre plus en place en France, car en tant que jeune quand tu descends en Pro B tu progresses vraiment plus vite. Ça été vraiment bénéfique pour moi et j’ai eu la chance de tomber sur un très bon coach. Je lui ai rendu sur le terrain en faisant une bonne saison. »

David Jofresa : "Le club initial peut être égoïste quelquefois"

Néanmoins, malgré les nombreux points positifs, certains restent à parfaire pour accroitre la productivité de ce système. Au cours de nos entretiens, plusieurs personnes nous ont fait part de quelques dysfonctionnements, notamment David Jofresa, qui après avoir connu l’expérience dans une équipe réserve et avec un club partenaire a un avis bien tranché sur la question : « Le plus gros problème du partenariat, c’est que l’équipe initiale a toujours la mainmise sur le joueur, donc c’est elle qui acte chaque décision et ça peut agacer la deuxième équipe. Par exemple s’il y a un blessé avec l’équipe ACB, ils peuvent très bien t’appeler pour jouer avec eux le week-end et donc s’entrainer la semaine avec eux. Mais, en contrepartie, tu ne t’entraine pas avec l’équipe partenaire, et donc lors du week-end tu ne joues que 5 minutes avec l’équipe ACB et pas beaucoup plus avec l’équipe partenaire car ils ne sont pas contents que tu ne te sois pas entrainé avec eux la semaine. C’est compréhensible mais ça bloque le joueur. Il y a un problème de communication. Alors que quand tu joues dans un club avec une équipe réserve, c’est une décision commune du club. Ils décident du choix ensemble et il n’y a pas de soucis, alors qu’en club partenaire on peut remarquer une mauvaise communication à certain moment. Le club initial peut être égoïste quelquefois. »

Ce manque de communication et de relation entre les deux clubs, Alain Thinet a pu le ressentir et ça a freiné le développement du partenariat : « Malheureusement, depuis la mise en place du partenariat, on n’a pas pu avoir tous les joueurs qu’on voulait. Normalement, on est censé avoir la priorité sur les joueurs sinon il n’y a plus autant d’intérêt… et c’est un peu ce que je regrette. Mais après ça ne dépend pas que des deux clubs, c’est aussi en fonction de la volonté du joueur. Par exemple, on aurait voulu recruter Charles Galliou mais il a préféré aller à Lille puis Antibes. On peut créer un partenariat avec un club mais on ne pas forcer un joueur ou aller contre sa volonté. Donc oui, le partenariat existe toujours mais c’est vrai que j’ai été un peu déçu car j’aurais voulu bénéficier de plus de joueurs. » Depuis, il a toutefois pu se faire prêter Sofiane Briki, même si sa saison 2019/20 a été blanche à cause d'une rupture des ligaments croisés lors de l'Euro U20 2019.

Ces points négatifs, souvent liés à un manque de communication et de coordination entre les deux clubs, ne se ressentent pas seulement dans l’Hexagone. En effet, même si ce système est très bien implanté en Espagne, Aleix Duran nous a confié avoir déjà fait face à des problèmes similaires que ceux de Saint-Chamond et l’ASVEL : « J'ai pu en faire l'expérience des deux côtés (être dans la première équipe ou former l'associé) et j'ai vu bien plus d'avantages que d'inconvénients. Mais j'ai également connu des cas où ces associations n'ont pas fonctionné. Les problèmes sont généralement causés par une mauvaise communication ou des conflits d'intérêts. Parfois, des blessures imprévues au sein de la première équipe obligent les jeunes joueurs à manquer beaucoup d'entraînement et même des matchs avec l'équipe associée, ce qui baisse leur compétitivité. D'autres fois, l'équipe partenaire ne donne pas les minutes attendues à ces jeunes joueurs pour une raison quelconque. Cela nuit au futur projet de la première équipe. »

Qu'en est-il du championnat Espoirs ?

Malgré ces quelques points négatifs, nombreux sont ceux qui gardent un bon souvenir ou qui parlent en bien de ce système dit satellite. Ils estiment que ce fut l’un des moments clés de leur jeune carrière de basketteur. Alors pourquoi ce système n’arrive pas à faire sa place dans le basket français ? Surement parce qu'il y a déjà un championnat espoir qui est censé regrouper les meilleurs jeunes. Mais jouer dans un groupe professionnel avec de réelles responsabilités, il n’y a rien de mieux, et ils ont été nombreux à nous le rappeler, à l'image d'Alain Thinet : « Je suis favorable pour que les jeunes jouent, donc qu’ils soient en bout de banc avec les pros je trouve ça dommage pour eux. Mais je pense aussi que parfois les jeunes joueurs ont du mal à s’auto-évaluer. Pour eux, jouer en NM3 ou NM2 ce n’est pas bon pour leur carrière et ils veulent direct jouer au plus haut niveau. Alors que jouer avec des responsabilités c’est le plus important pour un jeune, donc que ça soit en NM3 ou NM2 ce n’est pas le plus important. J’essaye de leur faire comprendre que le plus important, c’est d’arriver à s’imposer en NM3 et d’être un leader à ce niveau-là avant de viser plus haut, mais ça les jeunes ne comprennent pas trop encore. Certains se frustrent de jouer à ces niveaux inférieurs mais avec le temps ça viendra. »

Anthony Da Silva partage amplement les mots du coach de Saint-Chamond : « Moi-même j’ai connu cette frustration, de me dire que je pouvais jouer à plus haut niveau qu’en EBA. Mais je pense qu’il a raison, il faut d’abord s’imposer dans les divisions inférieures avant de penser à trop gros et je pense que c’est en ça que le système de club partenaire est important. Le problème, c’est que la mentalité française n’est pas la même que celle en Espagne. En France les gens voient trop haut alors qu’en Espagne il y a beaucoup de joueurs qui jouent en 2e ou 3e division et qui pourraient largement jouer plus haut, mais ils préfèrent ne pas se précipiter. Mais c’est en train de changer et les joueurs commencent à comprendre je trouve. Par exemple, Roanne cette année, personne ne les attendait à ce niveau-là en espoir et pourtant ils ont montré de très belles choses. Et je pense que c’est dû au fait qu’ils jouaient en NM3 l’année dernière. C’était dur de jouer contre eux, et ça se voit qu’ils ont appris en NM3. » En effet, les équipes espoirs des clubs de Pro B évoluent en Nationale 3 depuis la suppression du championnat Espoirs Pro B. Comme l'Elan Béarnais ou Bourg-en-Bresse par le passé, Poitiers est même parvenu à monter en Nationale 2. Ainsi, plusieurs de ses jeunes joueurs (Clément Desmonts, Jim Seymour...) disposaient de grosses responsabilités à ce niveau (quatrième division française) en plus d'être alignés en Pro B (deuxième division). Les équipes réserves de Nantes (16 victoires en 16 matchs dans la poule E) et Le Havre (15 victoires et 1 défaites dans la poule G), club de NM1, étaient partis pour faire de même avant que la saison 2019/20 ne soit arrêtée. De quoi permettre à un jeune comme Pierre Truffert de goûter à la Nationale 1 avec le STB (13 minutes en moyenne sur 16 matchs) tout en se développant en équipe réserve avec de grosses responsabilités (19,2 points de moyenne, dont des pointes à 37 et 34 points juste avant la fin de saison).

Pour David Jofresa, ce système de club satellite est peu présent en France à cause du championnat espoirs (pour les U21) et selon lui ce n’est pas une si mauvaise chose que ça. Il aurait aimé connaître un championnat pareil lors de sa formation en Espagne : « J’aime beaucoup le fonctionnement du championnat espoirs qu’il y a en France et qu’il n’y a pas en Espagne. Je pense que vous avez la bonne ligue. J’aurais aimé avoir cette ligue espoir en Espagne car il y a beaucoup d’étrangers et donc c’est difficile de jouer en NM2 avec vraiment des minutes de temps de jeu. J’ai eu de la chance mais pour moi il n’y a que 10% des jeunes Espagnols qui ont un vrai rôle en Espagne. Les coachs peuvent être assez durs et préfèrent l’expérience des anciens joueurs. Après, si le jeune arrive à jouer en NM2, c’est sûr que c’est le meilleur compromis, mais si ce n’est pas le cas comme beaucoup de joueurs ici en Espagne, alors la ligue Espoirs me semble pas mal. Après, je suis d’accord pour dire que la ligue espoir doit être compétitive et qu’elle ait de l’intérêt, sinon on rencontre un autre problème. En tout cas oui ce système de partenariat avec des clubs de NM2 espagnol est bon mais pour certains jeunes joueurs s’est compliqué de s’imposer et une ligue comme chez vous pourrez régler certains problèmes. »

-dossier--club-satellite---la-solution-a-generaliser-pour-developper-les-jeunes-basketteurs-francais--1592381655.jpegAleix Duran, assistant à Monaco, a bien connu ce système lorsqu'il était en Espagne (photo : Sebastien Grasset).

Mais après avoir vécu l’expérience de plus près, David n’est pas le seul à avoir cet avis. Son ancien entraineur à Manresa et Martorell, Aleix Duran, estime lui aussi que le championnat Espoirs pourrait être un bon compromis pour les prospects français, mais le système des clubs satellite pourrait arriver en complément : « En Espagne, il existe essentiellement 3 modèles : l'équipe réserve qui fait partie du club, l'équipe associée dans une autre catégorie, et celui pour transférer les joueurs vers d'autres équipes.  J'ai pu découvrir les 3 modèles et je pense qu'ils ont tous des avantages et des inconvénients. Je pense que la réalité de chaque club marque quel modèle est le mieux adapté. Parfois, même la combinaison de deux d'entre eux peut être intéressante. Et la clé est de deviner lequel ou lesquels sont appropriés. Je ne suis pas du genre à dire quel modèle suivre en France. Je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour faire beaucoup de commentaires. Je dois dire que pour moi, le modèle "Espoirs" sur papier est idéal en termes de coordination avec la première équipe. Parce que les deux équipes se rendent au même endroit pour jouer les matchs.

Mais il s’agit aussi de savoir s'il y a suffisamment de joueurs pour chaque club de Jeep Elite pour former une équipe Espoir compétitive. Afin de savoir quel est le meilleur modèle, les autres doivent être testés aussi je pense. Je ne sais pas non plus exactement si le coût économique des Espoirs jouant une ligue à travers le pays compense l'évolution des joueurs pour l'avenir. » Avant d’ajouter : « Chaque pays et chaque fédération construit un modèle pour faire évoluer ses jeunes joueurs. Je pense qu'il est bon de connaître et de comparer les différents modèles qui existent au sein d'un même pays et même avec d'autres pays. Mais je pense que les modèles sociaux et éducatifs de chaque pays déterminent également le modèle sportif à choisir. Je pense que pour que ça marche, tout le système doit s'adapter. »

Sur les mots du meneur de l’équipe landaise Montsoué-Montgaillard et de l’entraineur adjoint de la Roca Team, on pourrait donc imaginer qu’en plus d’avoir des styles de jeu complémentaire, les systèmes espagnol et français le seraient aussi. Quoi qu’il en soit, l’exemple de l’ASVEL et Saint-Chamond permet de livrer un exemple concret positif de ce système en France.

17 juin 2020 à 20:30
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