À L'ÉTRANGER

ITW ROMAIN LEROY, PLONGÉE DANS LE BASKET FINLANDAIS

ITW Romain Leroy, plongée dans le basket finlandais
Crédit photo : Helsinki Seagulls

Les entraîneurs français ne s'exportent pas en dehors des frontières de l'Hexagone ? Faux ! Ancien assistant aux Déferlantes de Nantes-Rezé, Romain Leroy est parti coacher à Helsinki cette saison.

Adjoint de Mikko Larkas au sein du club promu de la capitale finlandaise, il nous raconte sa découverte du basket nordique.

Pourrais-tu te présenter ?

J'ai la particularité d'être toujours resté à la fois sur le basket masculin et le basket féminin. Comme cette année où je suis entraîneur adjoint à Helsinki depuis le mois de septembre et je reste en parallèle sur des missions en équipe de France où je serai assistant cet été chez les U15 féminines. Auparavant, je suis passé chez les garçons par Blois (NM1) et Aix-Maurienne (Pro B). Chez les filles, j'étais à Roubaix il y a très longtemps puis à Clermont-Ferrand où j'étais avec Manu Coeuret et je travaillais sur le centre de formation. Enfin, ces deux dernières saisons, j'étais assistant à Nantes-Rezé en LFB et en Eurocup.

Et après ce parcours, comment arrive t-on à trouver un poste d'assistant en Finlande ?

D'une part, le marché était assez peu actif cet été. Mais surtout, l'histoire remonte à 2009 où la DTN m'a proposé d'aller passer un diplôme avec une formation qui dure trois ans. On était 62 la première année, j'ai donc pu tisser un réseau assez large au niveau européen qui m'a permis d'avoir très rapidement des informations sur des joueurs ou joueuses. J'ai aussi pu aller à Sienne, à l'époque où ils étaient en Euroleague, pour voir comment cela se passait en interne. Mais surtout, je suis resté en contact avec quelques entraîneurs, dont celui d'Helsinki. Comme il avait besoin de quelqu'un et qu'il a su que j'étais encore sur le marché, il m'a proposé le job sur la fin de l'été avec l'objectif de se maintenir et plus si affinités.

"La Korisliiga, un bon championnat de Pro B"

Justement, est-ce que ce que vous êtes dans vos objectifs pour l'instant ?

C'est toujours aléatoire. Je ne veux pas tomber dans le discours du coach qui dit "On est à notre place" car c'est quelque chose que je ne supporte pas. Nous sommes huitièmes à l'heure actuelle après un début de saison très compliqué à cause de la jeunesse de notre équipe, de l'arrivée très tardive des joueurs étrangers. Ça a mis du temps à se mettre en place et tout s'est rééquilibré au mois de décembre.

A l'heure actuelle, c'est conforme car nous sommes quasi maintenus et présent dans la zone playoffs. Mais sur les matchs qui se jouent à moins de cinq points, nous sommes à quatre victoires et sept défaites. Donc avec un peu plus d'expérience, de discipline parfois, on pourrait être sixième ou septième, ce qui ne serait pas un scandale.


Photo : Helsinki Seagulls

Cette saison est-elle complètement différente de tout ce que tu as pu vivre jusque-là ?

La façon de gérer des dirigeants est complètement différente. En tout cas, notre club dépend d'une entreprise privée et nous n'avons pas d'équipes jeunes. Il y a les professionnels directement. C'est un système que je ne connaissais pas. Ici, on te donne les moyens de travailler et les dirigeants ne viennent pas interférer à partir du moment où ton boulot est fait correctement. Il faut que les résultats, ou du moins la production, soient en adéquation avec les moyens donnés. C'est très pragmatique dans l'approche. L'effet inverse de cela, et c'est ce que je contaste sur la Finlande en général, c'est que tout ce qui est essentiel et important est très carré. Tout ce qui est secondaire est parfois beaucoup plus large.

Culturellement, le basket est différent. Sans dire qu'elle est meilleure ou moins bonne qu'en France, l'éthique de travail des joueurs est aussi un peu différente. Il faut donc s'adapter. A un calendrier totalement délirant par exemple, où l'on se retrouve à jouer sept - huit matchs en dix - douze jours avant de ne plus jouer pendant dix jours. Tout ce qui est sur le terrain se passe très bien mais il faut s'adapter sur les à-côtés. Ça fait partie du jeu quand tu t'exportes. Et sortir de ma zone de confort, voir autre chose, c'est ce qui me plaisait avant de venir ici.

Que penses-tu du niveau de jeu en Korisliiga ?

C'est de la Pro B pour moi, Pro B +. Il y a quand même Loimaa qui joue en VTB League contre le CSKA ou le Khimki Moscou, deux équipes d'EuroChallenge. Après, il y a une vraie différence de niveau entre le haut et le bas de tableau. C'est pour moi un bon championnat de Pro B. Les équipes sont toutes faites à peu près pareilles avec trois joueurs américains dominants, quatre - cinq Finlandais à côté qui sont très bons et qui pourraient jouer en Pro B sans problème. Ensuite, ça baisse car le réservoir n'est pas aussi important qu'en France. Le Finlandais moyen de Korisliiga est toutefois un très bon joueur de basket.

"Les Finlandais n'attendent qu'une chose : l'EuroBasket"

Si tu étais un coach de Pro B et que tu devais recruter trois étrangers actuels du championnat finlandais, qui choisirais-tu ?

A enveloppe illimitée, je prends Robert Arnold qui joue l'EuroChallenge avec Kataja cette année. C'est un poste 3 et je le prends de manière sûre et certaine. D'ailleurs, j'ai été surpris d'apprendre que des clubs français qui étaient sur lui à l'intersaison pensaient qu'il ne serait pas au niveau. Maintenant, il est à 23 points de moyenne.

Je prends William Walker de Vilpas, il est ce que j'ai vu de plus fort sur le poste 4 ici. Il fait 2,02 mètres, doit être à 115 - 120 kilos, il tire à trois points et il défend. C'est un chat, il est lourd mais félin. Il peut faire du haut de tableau de Pro B sans soucis.

Enfin, je pense que je prendrais mon rookie de cette saison, Melsahn Basabe. Si les petits cochons ne le mangent pas, il peut aller très, très haut. Il sort d'Iowa. On l'a récupéré comme poste 5, on est en train de le développer et je pense qu'il peut devenir ailier-fort à terme.Pour sa première année professionnelle, il est à 19 points et 13 rebonds, avec 80% aux lancers-francs.

Si des coachs veulent avoir des infos sur les joueurs étrangers de Finlande, ils peuvent me contacter sans problème. Plutôt que de galérer et signer des mecs sans trop savoir, je pense que je peux les renseigner au moins convenablement, sachant que j’aurais vu tout le monde jouer quatre fois. Je suis ouvert à toutes discussions.

Les Finlandais ont-ils le même engouement pour leur championnat que pour leur équipe nationale ?

C’est différent. Dans la vie de tous les jours – dans les supermarchés, dans les magasins de sport, etc -, il y a régulièrement des petites choses qui te rappellent qu’il y a une équipe finlandaise qui existe. Elle est visible et identifiée. Après, le hockey reste le sport roi et est au dessus de tout. Même au niveau des infrastructures et du professionnalisme, c’est un sport qui est très implanté.

Ce qui m’a un peu surpris au départ, c’est que les matchs de basket sont très tôt. On joue aux alentours de 17h – 18h, même en semaine. A Helsinki, on voit souvent du monde mais on n’est pas sur des images de supporters comme peut en avoir l’équipe nationale. Il n’y a pas vraiment de ferveur ou de public dynamique et actif. Ils suivent sur les réseaux sociaux mais il n’y a pas de salles très difficiles à jouer. On a fait quelques déplacements loin d’Helsinki, des collègues me disaient que c’était des ambiances chaudes mais on n’est pas au niveau des endroits que j’ai pu voir, comme Basket Landes ou l’ancienne salle de Bourg-en-Bresse, qui sont bruyants et savent t’accueillir. En Finlande, il y a un peu de monde mais on n’en est pas là. Après, le fait que je ne comprenne pas le Finnois peut aussi peut-être m’aider à relativiser. Il y a quelque chose au niveau de l’équipe nationale, c’est indéniable. Pour les clubs, tu sens que ça se structure, tu sens que le basket existe mais ce n’est pas le sport numéro un.

D’où vient cette folie pour l’équipe nationale justement ?

Je ne sais pas. Mais les gens qui étaient à Bilbao cet été pour la Coupe du Monde t’en parlent avec des étoiles dans les yeux. C’est hallucinant. Ils ont une génération qui arrive à maturité et le travail de fond qu’ils ont entamé sur la formation commence à porter ses fruits. Je pense que ça aide mais je ne m’explique pas cet engouement autour. Ils sont suivis médiatiquement ici et ils n’attendent qu’une chose, l’EuroBasket cet été.


Plus de 8000 Finlandais étaient présents à Bilbao en septembre (photo : FIBA Europe)

On peut donc s’attendre à une véritable vague bleue à Montpellier en septembre ?

Oui, oui. D’ailleurs, l’intendant de notre équipe a déjà réservé son hôtel et ses billets d’avion. Il y a pas mal de gens qui veulent y aller et qui me demandent des renseignements sur la région, le climat montpelliérain, la vie nocturne. Je pense qu’il faut se préparer à voir quelques Finlandais arriver, oui.

"En fin de contrat au mois d'avril"

Que penses-tu de Marius Van Andringa, l’autre Français de Korisliiga ?

C’est un joueur qui est intéressant. Il m’a expliqué que le statut de JFL l’a barré pour revenir en France l’été dernier. Il a un profil d’arrière capable de tirer, il est très adroit. Il est né en 1994, c’est encore à développer. Il est à 5,5 points de moyenne, il peut monter, il a déjà fait un peu d’EuroChallenge. Et puis surtout, il joue. C’est quelque chose qui est intéressant dans ce championnat, les coachs mettent les jeunes sur le parquet. Il ne serait pas scandaleux de voir Van Andringa en rotation en NM1 ou en Pro B, il peut apporter quelque chose. De toute façon, je pars du principe que quand tu es adroit, tu peux jouer. Et humainement, tu sens qu’il a envie de bosser. Il veut prendre son temps, continuer à progresser. C’est pour ça qu’il a fait de Kataja où il y a un très bon coach. Et puis quand tu as des mecs d’expérience comme Teemu Ranniko, ça ne peut que t’aider à bosser.

Et la vie quotidienne en Finlande te plaît ?

Maintenant que les jours rallongent, oui (il rit). Maintenant qu’il fait nuit après 15h30, il n’y a pas de problème. C’est sur des petites choses que tu rames un peu au départ.

Avant de venir ici, la discussion avec mon agent a été simple. Il m’a dit qu’entre partir à l’étranger pour retrouver du basket masculin ou rester chez moi et entraîner l’équipe du coin en attendant mieux, partir sur un championnat professionnel était forcément plus intéressant. Surtout que, sans dire que c’est du niveau de la Turquie ou de la Grèce, la Korisliiga est identifiée, regardée, surtout par rapport aux joueurs américains.

Je pense que si tu n’es pas capable de sortir de ta zone de confort, il ne faut pas faire ce genre de choix. Je me suis dit « La Finlande, 3000 kilomètres de chez moi, je ne parle pas Finnois. Il va falloir être efficace dans une langue qui n’est pas la mienne, dans un contexte sportif et culturel qui n’est pas le mien. » Ça fait partie du jeu. Alors, vivre en Finlande, pas de soucis parce que la qualité de vie est intéressante. Je vis à 100 mètres de la mer Baltique. Je n’ai pas de soucis matériels car le club a été très carré sur tous les à-côtés. Après, c’est moi qui ait choisi. La nuit et le froid, je m’en doutais mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là, surtout au niveau de la luminosité. Ce n’était pas marrant tous les jours au mois de décembre mais je n’ai pas à me plaindre.

Quelle est ta situation contractuelle avec les Seagulls ?

Je suis en fin de contrat au mois d’avril, j’ai fait le choix de ne m’engager que pour une saison. J’enchaînerai avec l’équipe de France à la fin du mois de juin mais je serai de retour sur le marché au printemps. En espérant rebondir assez rapidement.

Tu as déjà des envies pour la saison prochaine ?

Dans le contexte actuel, c’est difficile de dire ce qu’on veut faire. Nous sommes un peu coincés par la loi du marché. J’ai passé deux super années à Nantes, je suis encore en contact avec des joueuses et le coach quasi quotidiennement.  On a vécu des aventures sportives et humaines intéressantes. L’an dernier, je voulais repartir sur le basket masculin car c’est quelque chose qui me manquait. Je ne me sens pas entraîneur de garçons ou de filles, j’aime bien les deux. J’ai la chance de pouvoir bosser avec les deux donc je n’ai pas d’exigence particulière, si ce n’est de retrouver un niveau professionnel pour la saison prochaine. Rester en Finlande ? Sportivement, ce serait envisageable mais j’aimerais bien pouvoir revenir en France.

03 mars 2015 à 08:40
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