ÉQUIPE DE FRANCE

COMMENT DOUBLER LE NOMBRE DE CRÉNEAUX BASKET EN FRANCE ?

Salle 44x32 1
Crédit photo : GPJ

Le nombre de licenciés stagne en France depuis deux ans, la faute à un manque de structures sportives permettant d'accueillir tous les basketteurs en herbe.

2015. L'équipe de France masculine, championne d'Europe en titre, joue l'EuroBasket à domicile. A Montpellier puis à Lille, après une préparation quasiment effectuée en intégralité en France, les tribunes sont pleines. Le basketball a le vent en poupe en France. Les records de licenciés tombent années après années. Jusqu'à la saison 2017/18. L'annonce du dernier record cache une réalité moins heureuse : la baisse des "licences compétitions" en France. Au mercredi 17 octobre 2018, celle-ci se confirme encore : -2% par rapport au 17 octobre 2017.

Après les records, deux saisons successives de légères baisses ?

La baisse du nombre de licences - relative toutefois (-9000 licences sur l'ensemble du territoire), parlons plutôt de "stagflation" - n'est pas seulement due aux résultats mitigées des équipes de France A, moins médiatisées de par ce fait. Elle est avant tout structurelle. Chaque année depuis 2010, les clubs de tout le territoire ont accueilli plus de licenciés. Et les salles polyvalentes sont arrivées à saturation.

En effet, contrairement aux clubs de football, rugby, tennis ou natation, les salles de basketball doivent être partagées avec d'autres sports (handball, volleyball, badminton, ping-pong, GRS, futsal) quand ce ne sont pas des événements qui ont besoin d'un toît, comme les lotos ou autres galas, ou que les associations sportives scolaires ne bloquent pas les salles le mercredi après-midi. Des sports connaissent eux aussi une augmentation régulière du nombre de pratiquants (badminton) et le futsal, autrefois absent du territoire national, vient chercher des créneaux en salle alors que le basketball a délaissé les terrains extérieurs (en club) qui disparaissent un à un, pour être remplacés par des "city-stades" chers et mal conçus.

Avec la crise économique de la fin des années 2000 et ses conséquences sur les budgets des collectivités lors des années suivantes, on a assisté à une forte baisse des investissements publics, comme dans les salles de sport. Résultat, le nombre de sportifs en salle a atteint son plafond et de nombreux clubs sont contraints de limiter le nombre de licenciés. Sachant que les difficultés économiques sont un autre frein au développement associatif (baisse des subventions, suppression de nombreux contrats aidés).

Une salle avec un seul terrain = 35h de créneaux

Il faut dire que les salles en France sont trop souvent mal conçues, car légèrement trop petites. Les salles classiques mesurent en effet 44 mètres sur 28 ce qui permet d'avoir un terrain de handball (40x20), un de basketball (28x15) et trois de volley ((9x9)x 3). Avec ce système, seulement 35 heures de créneaux basket (et volley) sont disponibles dans la semaine :

  • Lundi de 17h30 à 22h30
  • Mardi de 17h30 à 22h30
  • Mercredi de 9h30 à 12h30 (si semaine des 4 jours) puis de 13h30 à 22h30
  • Jeudi de 17h30 à 22h30
  • Vendredi de 17h30 à 22h30
  • Samedi de 9h30 à 12h30

Sachant qu'une salle classique (44x28 de surface + 4 vestiaires collectifs, 2 vestiaires arbitres et des sanitaires) coûte aux environs de 2 millions d'euros (quand la solution SMC2, qui propose des gymnases à 500 000€, n'est pas privilégiée), la rentabilité de ce type d'équipement est faible (environ 57 000 € l'heure de créneaux).

Un club avec une équipe par catégorie (féminine et masculine, soit 180 à 200 licenciés) a besoin des créneaux suivants si elle veut évoluer dans des conditions normales (12 pour un terrain si pas d'espace supplémentaire) :

  • U7 : 1 créneau mixte
  • U9 : 2 créneaux mixte
  • U11 : 4 créneaux (sexes séparés ou niveau 1 et 2)
  • U13 : 4 créneaux (sexes séparés ou niveau 1 et 2)
  • U15 : 4 créneaux (sexes séparés)
  • U17/U18 : 4 créneaux (sexes séparés)
  • U20 : 2 créneaux (catégorie uniquement masculine)
  • Séniors compétition : 4 créneaux (sexes séparés)
  • Loisirs : 1 créneau

Un créneau classique durant 1h30, un club avec une équipe par catégorie aura besoin de 45h de créneau, soit plus que ce que peut apporter une salle seule de 44x28 m. Et si on part du principe qu'un club doit posséder deux équipes par catégorie (ce qui représente 350 à 400 licenciés) afin d'accueillir tous les publics (une pour évoluer au meilleur niveau possible, l'autre pour permettre à tous évoluer en compétition), le besoin de créneau monte vite car il est difficile d'avoir 24 joueurs par créneau sur toutes les catégories. A partir de U15, un créneau hebdomadaire par équipe (12 joueurs) semble nécessaire en plus du créneau réunissant l'équipe 1 et 2 (24 joueurs). On arriverait ainsi à 6 créneaux supplémentaires au total pour 3 catégories (U15, U17/U18 et séniors) ce qui donne un besoin de près de 54h de créneaux par semaine.

Pas de place pour l'handibasket

A cause du nombre de créneaux limités, beaucoup de clubs doivent faire des choix. Certains ne mettent ainsi que trop peu l'accent sur le basket féminin (créneaux moins nombreux ou croisés - les U15F avec les U18F par exemple -, entraîneurs moins qualifiés) ou n'accueillent tout simplement pas les filles. La catégorie "loisir adulte", généralement très demandée, est souvent refusée alors qu'il n'existe que très peu de créneaux handibasket.

Refuser des publics ou tout simplement des licenciés (faute de place) est souvent difficile pour les bénévoles qui veulent partager leur passion avec tout le monde. Accepter tous les publics est également demandé par les collectivités. Mais ce n'est malheureusement pas possible étant donné le manque de structures.

1ère solution : trouver des créneaux avec des "sections sportives"

Dans l'exemple des horaires donnés plus haut, il est considéré qu'une soirée d'entraînement en semaine démarre à 17h30 (à l'exception du mercredi). La plupart des collèges et lycées étant à proximité d'une salle polyvalente (pour les cours d'EPS), la première possibilité afin de gagner des heures de créneaux sera de créer des sections sportives afin que les U13, U15, U17/18 aient un aménagement scolaire pour s'entraîner à partir de 16 heures. 

C'est malheureusement souvent compliqué, le terme "section sportive" n'étant pas toujours bien vu par les chefs d'établissement et professeurs. Et pourtant, enchaîner la journée scolaire (8h-16h) par le sport (16h-17h30) permettrait aux élèves de finir leur journée plus tôt, de ne pas perdre trop de temps dans les transports et ainsi avoir plus de temps pour faire devoir et se reposer, essentiel pour tout bon développement.

Une salle avec deux terrains : un investissement bien plus rentable

On l'a dit plus haut, une salle polyvalente mesure 44 mètres sur 28 (soit 1 232 m²). Un terrain de basketball mesure lui 28 mètres sur 15. Dans ce cas, il apparait possible de tracer deux terrains sur cette espace. Bien sûr, un terrain ne s'arrête pas au niveau des murs, question de sécurité. Il faudrait ainsi 2 mètres supplémentaires de chaque côté, ce qui donnerait une largeur de 28+2+2 soit 32 mètres.

Des 35 heures de créneaux (en matière de basketball) d'une salle 44x28, on passe ainsi à 70 heures avec un 44x32. L'augmentation en surface n'est pourtant que sensible (1 408 m², soit 176 m² de plus qu'un 44x28) ce qui ne ferait pas exploser le coût de l'investissement général. Pour 2,2 millions d'euros, une heure de créneau reviendrait ainsi à 31 000€ (contre 57 000€ sur un 44x28 !). Bien plus rentable.

Ci-dessus, une salle de 44 x 32 m comptant 1 terrain de hand (40x20), 2 terrains de basketball (28x15) et 4 terrains de volley (9x9)

C'est un schéma que l'on trouve déjà sur des plateaux sportifs extérieurs, comme sur la photo ci-dessous, prise à Quissac (30). Se réapproprier les terrains extérieurs - où se jouaient des matchs officiels jusque dans les années 90 - en les mettant aux normes et en les faisant couvrir à terme est aussi une piste pour augmenter le volume d'entraînement sur des périodes adaptées (avril, mai, juin, septembre, octobre a minima, plus si couvert).

Rêvons maintenant un peu plus grand... Avec trois terrains de basketball (soit 55x32, ce qui fait 1 696m²) - où l'on peut également mettre 6 terrains de volley -, on compterait 105 heures de créneaux basketball/volley. Les associations pourraient cohabiter comme cela se fait dans les structures scolaires américaines. Dans la vidéo ci-dessous, on voit ainsi que pendant un match amical de basketball, un entrainement de cheerleading a lieu sur un autre terrain. Ces salles à trois terrains, potentiellement séparés (pour le bien sonore surtout) par des rideaux coulissants, sont en effet légions outre-Atlantique. Elles sont d'ailleurs souvent accolées aux autres structures sportives (stades de football, soccer, terrains de tennis etc.). A y voir de plus près, cela permet une mutualisation de nombreux espaces (vestiaires, salle de musculations, bureaux pour les coachs) également intéressantes d'un point de vue financier. Et la possibilité de réaliser des tournois d'envergure rapportant des fonds au club (et amenant du monde sur la commune à des occasions précises).

Et toutes les salles ne sont pas aussi belles (et donc dispendieuses) que celle dans la vidéo ci-dessus. Sur la photo ci-dessous, cette autre salle californienne compte deux terrains de basket (pour les entraînements) traversés par un terrain central (pour les matchs). Pratique et moins cher.

Si le sacro-saint 44x28 est répandu partout en France, certaines salles sont plus grandes comme sur la photo suivante, prise à Agde (34), où il y aurait la possibilité d'avoir 2 terrains de basket contre 1 seul aujourd'hui.

Cette exploitation maximale de l'espace amènerait aussi à quelques inconvénients comme celui du traçage. Dans la salle prise en photo ci-dessous, à Uzès (30), les terrains en largeur (conjugués au terrain central, terrains de volley et de badminton) amènent à un grand nombre de lignes. Mais rien de réellement problématique.

Pas loin de nos frontières, de telles structures (parfois anciennes) existent, comme dans la vidéo prise en Catalogne (Espagne) à voir ci-dessous :

La concurrence des sports de salle est acharnée. Plus que le nombre d'éducateurs, le nombre de structures permettant l'accueil des basketteurs limite le nombre de joueurs et les volumes d'entraînement (nombre de jeunes pratiquants aimeraient avoir 3 séances par semaine, voire plus comme en Espagne ou aux Etats-Unis). Permettre aux collectivités de réfléchir à des solutions d'accueil plus adaptés et accessibles financièrement semble être une voie à suivre pour la FFBB. Réunie ce week-end à Avignon à l'occasion de son assemblée générale annuelle, la Fédération a le regard tourné vers le "club 3.0" (licences 3x3, Basket Ecole, basket entreprise etc.). Mais ce club a d'abord besoin d'un lieu de vie pour se développer.

17 octobre 2018 à 17:43
TAG
DID YOU LIKE IT ?
0 PARTAGE
Facebook share
0 COMMENTAIRE
QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
GABRIEL PANTEL-JOUVE
Tout ça pour mettre une balle dans un cercle.
Gabriel Pantel-jouve
VOUS EN PENSEZ QUOI ?
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
TOUTE L'ACTU
<
1
/
5
>
PROGRAMME TV
16 novembre - 01h15
NBA Extra
16 novembre - 02h00
Houston Rockets
Golden State Warriors
16 novembre - 09h15
Minnesota Timberwolves
New Orleans Pelicans
16 novembre - 11h00
Houston Rockets
Golden State Warriors
16 novembre - 12h45
NBA Extra
Coaching