ÉQUIPE DE FRANCE

ITW AVEC BERNARD FAURE, LE SÉLECTIONNEUR DES U16 MASCULINS QUI DÉMARRENT LEUR EURO CE VENDREDI

Bernard Faure FIBA
Crédit photo : FIBA

L'équipe de France U16 masculine est la dernière équipe de France masculine à jouer un Euro cet été. Après la quatrième place des U20 et la troisième des U18, les Bleuets voudront faire mieux encore, eux dont les aînés ont remporté le titre en 2017. Entretien avec Bernard Faure, leur entraîneur.

On l'a laissé avec la génération 2001, championne d'Europe U16 mi-août l'an dernier au Monténégro. On le retrouve à Novi Sad en Serbie avec la génération 2002 qui attaque ce vendredi (à 20h30) son EuroBasket 2018 contre l'Italie. Bernard Faure possède de nouveau un groupe à potentiel qui a alterné le chaud et le froid durant la préparation. Ce jeudi, veille du début de la compétition, il est revenu sur la construction de l'équipe et se projette sur la compétition.

L'an passé, avant même l'Euro gagné, vous nous confiez à quel point il pouvait être difficile de basculer d'un Euro U16 qui se termine mi-août à la préparation de la saison suivante avec l'équipe U16 du Centre Fédéral, dont vous êtes le coach, car la différence de niveau entre les joueurs semblent énormes. Cela a dû être encore plus dur l'an passé après le titre remporté avec les 2001...

C'est difficile pour nous de terminer un Euro pour enchaîner sur la saison suivante car le groupe est complètement nouveau et différent. Il faut qu'on change notre vision, notre regard, pour se réadapter aux nouveaux arrivants. Avec le temps, on a un peu plus l'habitude. Qu'on gagne ou non, pour réenclencher la génération suivante, on a quand même l'impression qu'ils ne savent plus rien faire. Ce n'est pas vrai, ils arrivent avec des savoir-faire, du jeu minime (U15) certes. Ce n'est pas un problème pour eux, bien entendu, c'est plus dur pour nous, il ne faut pas qu'on soit trop dur dans l'évaluation.

Une préparation d'un Euro U16 c'est long. La compétition commence au coeur du mois d'août et vous êtes ensemble depuis plusieurs semaines déjà. Surtout, vous construisez un groupe tout neuf qui va vivre sa première compétition internationale officielle.

Il est nécessaire d'avoir des points réguliers, faire des compétitions à l'étranger pour les mettre dans des conditions différentes de ce qu'ils vivent au quotidien. La base de l'équipe est au Centre Fédéral mais ce n'est pas suffisant. Il faut faire des tournois, la Fédération (française de basketball, FFBB) l'a bien compris et met des moyens pour ça. Cela engrange de l'expérience, nous permet de faire de l'évaluation. C'est pour ça qu'on aime aller faire ce tournoi en Turquie dès la fin janvier.

Un tournoi en Turquie que vous avez remporté en terminant invaincu (voir ici). De quoi vous donner d'emblée une étiquette d'équipe à suivre, en France comme à l'étranger.

Le premier tournoi, ayant une base de joueurs au Centre Fédéral, on va dire qu'on était un peu plus avancé que les autres sur le plan tactique. Pour les autres nations, c'était le premier rassemblement et le premier tournoi. Ils ont un fonctionnement différent du nôtre, en France, ils viennent de clubs différents.
 
Moins de trois mois plus tard, à Bellegarde dans l'Ain, vous vous êtes inclinés - de peu certes - lors de vos trois matchs (voir ici).
 
A Bellegarde, les équipes sont plus en place. On utilise le tournoi de Bellegarde pour faire évoluer l'effectif, tester quelques joueurs, ce qui peut expliquer les résultats. Après ce sont des U16, il ne faut surtout pas rester sur des résultats bruts. Je n'étais pas inquiet après Bellegarde, comme je n'étais pas euphorique en rentrant de Turquie. Il faut vraiment relativiser les résultats, toutes les équipes testent des joueurs, toutes les équipes travaillent sur elles-mêmes. A l'Euro, on va scouter l'adversaire. Chose qu'on ne fait pas forcément en préparation.
 
"Je ne déplore pas d'absent"
 
Plus récemment, vous avez enchaîné deux tournois où vous avez gagné deux fois sur trois. A La Pommeraye, vous battez largement la Lituanie le vendredi avant de perdre 74 à 45 contre la Turquie le lendemain. Comment l'expliquer ? 
 
On a positionné un tournoi après un gros travail foncier. Donc je pense que le phénomène physique a fait qu'on n'a pas pu enchaîner deux matchs difficiles. On a bien maîtrisé le premier contre la Lituanie et on a un petit peu explosé contre la Turquie. La Turquie qu'on avait battu chez elle en tournoi aussi, je pense qu'ils se souvenaient de ça et ont voulu nous envoyer un message. Eux avaient particulièrement travaillé ce match. La troisième équipe était les Pays-Bas. Une équipe un petit peu plus faible que j'avais envie de jouer car ils découvrent le groupe A. Sur les trois jours de toute façon, je n'avais pas la capacité à jouer trois grosses équipes. Ca nous a fait jouer un basket un peu différent. En préparation, il faut relativiser les résultats car on n'en est pas tous au même endroit au même moment. Tout le monde fait une préparation pour être prêt au premier jour, ce vendredi. Mais tout le monde ne met pas les mêmes moyens, les mêmes choses pour y arriver. Dans le Maine-et-Loire, la Turquie était peut-être plus en forme que nous. Derrière, on a été en Italie, on était peut-être plus en forme que les Allemands. Ca ne se joue pas à grand chose, à 48 heures prêts. On a fait la préparation 2018 quasiment à l'identique que celle de l'an passé. On était arrivé en forme à l'Euro 2017, je pense qu'on va arriver en forme à l'Euro cette année. Ca reste du sport et des jeunes donc ça reste un peu aléatoire aussi. J'espère que les jeunes seront en forme vendredi et qu'ils vont augmenter leur niveau tout au long de la compétition. Car c'est ce qu'on va leur demander.
 
Vous avez vu du monde également sur les différents stages et tournois.
 
Sur l'année, on a du voir entre 20 et 25 joueurs. On a commencé la préparation estivale à 16.
 
En équipe de France jeune, on parle beaucoup des absents chez les garçons depuis quelques années. Vous, avez-vous les 12 joueurs que vous souhaitiez avoir ?
 
On ne connait peut-être pas tout le monde. On est sur un groupe assez large. On a été cherché un joueur aux Etats-Unis, un joueur en Espagne. On a essayé de récupérer un peu toutes les informations qu'on pouvait avoir pour convoquer tous les gens dont on pensait être les plus représentatifs. J'ai envie de dire qu'on ne déplore pas d'absents. On n'est pas tout à fait dans les mêmes problématiques que les U20 et les U18 même si ça a tendance à arriver et qu'il faut arriver à convaincre certaines personnes qu'il vaut mieux qu'ils soient en équipe de France qu'ailleurs. Mais on est arrivé à peu près à les convaincre et on va dire qu'on a fait notre sélection en choisissant les joueurs les plus complémentaires. On ne déplore pas de blessés non plus donc on peut dire qu'on a nos armes.
 
"On est capable du meilleur comme du pire"
 
On décrit votre groupe comme un groupe à fort potentiel. Physiquement et athlétiquement, c'est costaud. A l'intérieur, c'est plus dense que l'an passé, sur le papier. Par contre, on parle régulièrement d'instabilité avec cette équipe.
 
On le ressent tous les jours. C'est vrai que c'est un groupe à la fois athlétique, à la fois enthousiaste, très engagé dans l'effort, à l'entraînement comme en match. Mais ce groupe manque encore très souvent de contrôle. Donc ça reste un groupe très immature. On peut penser que c'est normal chez les U16 mais pas tant que ça. Il y a des années où c'est beaucoup plus stable. Je pense qu'une des caractéristiques de cette équipe c'est qu'on est capable du meilleur comme du pire. Qu'est ce qui va se passer en compétition ? J'avoue que pour nous aussi c'est une interrogation. Un des dangers qu'on devra affronter, c'est notre propre équipe. Il y a quelques joueurs, quand je les mets sur le terrain, je ne sais pas qui je vais mettre sur le terrain. C'est encore difficile pour nous, pourtant on y a travaillé beaucoup, ils ont avancé. Cela nous a pris énormément de temps et d'énergie pour canaliser tout ça. Ca reste un point sensible de l'équipe. Alors comment va-t-on réagir en compétition, comment va-t-on réagir quand on va gagner, est-ce qu'on va être trop euphorique pour pouvoir enchaîner ? Pour l'instant je ne peux pas répondre. Ça va être l'une des surprises.
 
Cela ne change-t-il pas à l'approche de l'évènement ?
 
Ils sont un peu insouciants aussi. C'est peut-être ce qui fait leur force de temps en temps. Je pense qu'ils ont compris à partir du moment où on est arrivé ici. On avait mis aussi certaines règles en place, ils ont commencé à comprendre pourquoi. Là je pense qu'ils sont comme toutes les générations, ils ont envie de démarrer, comme nous bien sûr. On fait encore des entraînements, de la vidéo, sur l'adversaire... L'essentiel de la préparation est fait. Il reste des ajustements individuels, des petites choses que l'on va mettre en place pour le premier match, l'Italie, un adversaire dangereux qu'on connait bien. Le premier match, pour beaucoup de nations, c'est un match un peu compliqué pour des jeunes.
 
Dans votre groupe D, vous affrontez l'Italie ce vendredi, la Géorgie samedi et l'Estonie dimanche. Sur le papier, le plus gros adversaire, c'est l'Italie. Comme vous venez de dire, c'est une sélection que vous connaissez car vous les avez battu récemment au tournoi de Roseto.
 
On les a croisé, on a gagné un match contre eux en étant sur un match avec beaucoup d'erreurs. Eux n'étaient pas forcément au complet, ils étaient en préparation sur place et ils avaient un groupe très élargi. Ils ont fait des équipes différentes en fonction des matchs. Leur meilleur joueur (Sacha Grant, ailier de 2,00 m du Bayern Munich) était en U18 (il a tourné à 3,9 points et 3,3 rebonds pour 5,4 d'évaluation en 17 minutes). Il arrive sans avoir fait la préparation avec eux. Qu'est ce que ça va leur apporter ? C'est une bonne individualité. Est-ce qu'il va être intégrer dans l'équipe, c'est peut-être moins sûr. Mais ça reste un bon joueur. On ne peut pas prendre notre match de préparation contre eux comme référence. C'est ce qu'on va dire aux joueurs : oubliez ce que vous avez vu en Italie, ce match que l'on a gagné en n'étant pas bon.
 
Même si c'est difficile de se prononcer en U16, qui sont les favoris de la compétition ? On parle des Turcs avec le duo intérieur Furkan Haltali - Alperen Sengun à l'intérieur, deux joueurs vus au Mondial U17 au début de l'été. Sengun a cumulé 26 points et 15 rebonds contre la France en quart.
 
Les grosses nations de basket sont encore là. La Turquie a une belle génération, l'Espagne a une belle génération. La Serbie, à domicile... De toute façon elle sera difficile à jouer. Après une fois qu'on a passé ces nations là, il faut regarder derrière parce que la Croatie a une belle génération aussi. La Lituanie, on les a battu, mais ils ont une belle équipe. Ça fait déjà beaucoup. Plus toutes les surprises qu'il va y avoir. Parce que sur un championnat d'Europe U16, il n'y a pas un jour qui passe sans une ou deux surprises. Même si certaines nations on ne peut pas les classer dans les favoris, n'importe qui à un moment donné peut battre une équipe présumée plus forte. En U16, c'est très, très fréquent.
 
Au rayon des individualités, Moussa Diabaté intrigue. Il est long, athlétique, très coté aux Etats-Unis où il joue dans un lycée en Floride. Le public français va le découvrir sur cet Euro.
 
C'est quelqu'un qui présente un potentiel athlétique indéniable. Je tenais à ce qu'il soit avec nous dès le début de la préparation pour qu'il puisse intégrer les bases collectives, surtout le jeu un peu à l'européenne parce que lui, ayant coupé un peu les ponts, il est dans un processus très, très individualisé aux Etats-Unis. Ca été quelques fois un peu compliqué mais ça sera un de nos joueurs leaders. Avec ce qu'il a montré depuis le début de la préparation, c'est sûr. Maintenant, il faut qu'il apprenne l'humilité par moments, à regarder ses coéquipiers aussi. C'est un jeune joueur en formation mais qui présente un potentiel certain, ça c'est clair.
 
"Daniel Batcho est entrain de revenir à son niveau"
 
Au Tournoi de l'Amitié l'été dernier et sur les matchs de préparation, on a eu du mal à voir de dessiner une hiérarchie dans l'équipe. Comment va-t-elle s'installer dans le tournoi ?
 
On part sur une équipe qui est athlétique et va devoir défendre. Notre hiérarchie va se construire sur un cinq majeur qui va mettre l'équipe de bons rails en défense. Sur les trois derniers Euros cadets (U16), on voit apparaître de plus en plus de zone. Hors pratiquement personne ne propose de la zone dans les matchs de préparation. Alors comment va-t-on répondre à cela ? On est une équipe qui risque d'affronter des défenses tout terrain et de la zone, comme l'an dernier. L'an dernier, on a progressé dans le tournoi là-dessus. Cette année, on a prévu des choses mais comme on ne les a pas vraiment faites en match de préparation... Comment ça va se passer, comment va-t-on réagir ? Si on arrive à passer les défenses de zone qu'on va nous proposer, on pourra être ambitieux. Si on bloque là-dessus, ça sera difficile.
 
Parmi les joueurs, le seul U15 surclassé est Naoll Balfourier. Il présente la caractéristique de faire 2,12 m. C'est rare à son âge. Est-il là pour son processus ou peut-il déjà apporter dans la compétition ?
 
Ca ne sera pas un joueur majeur, ça c'est sûr. Effectivement, c'est un joueur hors normes parce que c'est un joueur grand. On sait que les joueurs grands ont besoin de plus de temps Si on l'a pris, c'est qu'on pense qu'il va pouvoir nous amener quelque chose quand même. On n'a pas pris un joueur pour faire le tournoi à 11. Mais il ne faut pas non plus qu'on en attende monts et merveilles. S'il peut nous faire quelques rotations, engranger de l'expérience pour lui et la génération future, ça voudra dire qu'on a bien fait de l'amener. Après on ne peut pas lui demander en terme de statistiques des choses extraordinaires dès cette année. Toutes les équipes ne présenteront pas de joueurs aussi grands. Donc il aura du mal à jouer contre des intérieurs plus petits et fuyants. Certaines défenses particulières que l'on propose lui posent problème lui donc on ne pourra pas le faire quand il sera sur le terrain. Mais encore une fois, sur certains matchs, il pourra donner quelque chose. C'est quelqu'un sur lequel on compte, comme les 11 autres. Mais évidemment, on ne jugera pas sa production sur ses statistiques, pas cette année. C'est toujours bien d'amener un joueur comme ça, un joueur très particulier. Il va se construire avec environnement et ça va l'aider je pense.
 
L'an passé, le poste 4 Daniel Batcho (né en 2002) a été champion d'Europe avec un vrai rôle alors qu'il avait un an d'avance.
 
Lui c'était un peu différent parce qu'il apportait des choses que certains joueurs n'apportaient pas. Il était très complémentaire du reste de l'équipe. On a vu l'année dernière qu'il a eu un peu de mal à finir la compétition, parce que le mal du pays, mal de la famille... Il était jeune, il est parti longtemps. Cette année il a eu une année un peu compliquée au Centre Fédéral, il a eu plusieurs blessures. Il est entrain de revenir à son niveau, ça ne fait pas longtemps. Je pense qu'il est prêt donc va pouvoir compter sur lui comme joueur majeur.
Apparemment il partage son expérience de l'an passé. Je dis apparemment parce que ce n'est pas quelqu'un qui parle beaucoup. Quand je le questionne un petit peu il me dit que les garçons viennent le voir, lui pose des questions. C'est aussi pour ça que, quand on peut, c'est intéressant de mettre quelqu'un plus jeune. C'est intéressant pour la génération suivante.
 
Pour voir l'effectif de l'équipe de France U16 masculine, cliquez-ici.
 
Le programme :
  • Vendredi 10 août à 20h30 : France - Italie
  • Samedi 11 août à 18h15 : Géorgie - France
  • Dimanche 12 août à 16h00 : France - Estonie
  • Mardi 14 août : Huitièmes de finale
  • Mercredi 15 août : Quarts de finale
  • Vendredi 17 août : Demi-finales Samedi 18 août : Finale

Focus sur Moussa Diabaté, ailier-fort :

Focus sur Juhan Begarin, arrière/meneur :

Focus sur Yvan Ouedraogo, pivot :

 

Focus sur Jayson Tchicamboud, meneur :

10 aout 2018 à 09:33
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