ESPOIRS

HUGO BESSON : VOUS NE POURREZ PAS DIRE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS

Hugo Besson Elan Chalon 201718 Sébastien Grasset 4
Crédit photo : Sébastien Grasset

A l'Elan Chalon, Hugo Besson a réalisé une belle première partie de saison. Arrière/meneur très attendu, il est très ambitieux. Découverte.

Dans la famille Besson, on est basketteur de père en fils. Paul a été joueur puis entraîneur de la JA Vichy, avant d'être sélectionneur de l'équipe de France féminine notamment. Ses fils Jean-Paul et Jean-Philippe, après une carrière de joueur, sont également devenus coachs. A l'heure actuelle, ils exercent à l'Elan Chalon et Fos Provence, tous deux principalement sur le centre de formation de ces deux clubs. Enfin, le petit-fils, Hugo, poursuit la lignée. Et il pourrait porter ce nom au très haut-niveau dans les années à venir.

En suivant les pas de son père Jean-Paul, Hugo a grandi sur les parquets. Depuis ses débuts à Bandol à l'âge de 5 ans, il ne s'est jamais vu faire autre chose que basketteur professionnel. Suivant la carrière professionnelle de joueur puis de coach de son paternel, il a joué à Vichy puis Roanne avant de revenir dans le Var, pour porter les couleurs de l'ASPTT Toulon et celles du Hyères-Toulon Var Basket en U15 ELITE. En 2014, il a gagné le "Challenge Benjamin" national organisé par la FFBB, remportant à cette occasion un voyage outre-Atlantique pour assister à un match NBA. "C'était vraiment exceptionnel, j'ai pu échanger avec Evan Fournier. Voir ce monde en vrai, c'est différent. Et même si j'ai toujours su que je voulais faire basketteur professionnel, ça n'a fait que le renforcer", admet-il, lui dont l'objectif à moyen terme est la Draft NBA.

Petit, Hugo Besson affolait les compteurs dans le Var (photo : Sébastien Grasset)

Techniquement très fort, dans tous les domaines

Depuis cet aller-retour aux Etats-Unis, il a connu une multitude d'expériences. Entre son passage au HTV et son arrivée à l'Elan Chalon, il est passé par le centre de formation des Sharks d'Antibes. Si le club bourguignon, doté d'un des meilleurs savoir-faire en France pour amener vers le haut-niveau, le voulait déjà, il a préféré rester non loin de chez lui, après avoir été pensionnaire du Pôle Espoirs d'Antibes en 2015/16. "Il avait un peu peur de quitter le Sud et son cercle d'amis", se rappelle son actuel entraîneur en Espoirs, Romain Chenaud. Dès sa saison U16, et malgré "un physique d'enfant", Hugo Besson a régulièrement évolué en U21 avec les Sharks (15 minutes de moyenne sur 15 matchs, pour 5,1 points à 36,1% de réussite aux tirs) en plus de cartonner en U18 ELITE. En décalage physiquement avec les joueurs de son âge, ce "late bloomer" (l'expression anglaise pour qualifier l'affirmation tardive d'un sportif) a développé d'autres qualités pour évoluer avec précocité dans un championnat majoritairement composé de jeunes adultes. Très à l'aise balle en main, il a continué à construire un tir devenu redoutable. "C'est l'oeuvre de son père qui était un shooteur", affirme Romain Chenaud. Sa musculature l'ayant longtemps empêché de tirer en passant au-dessus de la tête, il a du se débrouiller autrement. "Je n'ai jamais été physique donc je devais tirer vite". Son armé de tir est resté très bas comme peut l'être celui qui est la référence absolue chez les shooteurs arrières, Stephen Curry. Mais comme ce dernier, Hugo Besson ne se voit pas comme un simple shooteur d'élite. Toute sa jeunesse, il s'est habitué à créer son tir balle en main, développant donc un dribble fiable et des jeux d'appuis très utiles. A son arrivée à Chalon-sur-Saône, le chantier a donc été de le faire vivre sans la balle. Mais pas seulement.

A Chalon, l'apprentissage du haut-niveau et une vision d'avenir

Hugo Besson ne pouvait que finir à l'Elan Chalon, même lorsqu'il a rejoint Antibes à sa sortie du Pôle Espoirs en 2016. Son père, Jean-Paul, a en effet été recruté par le club saône-et-loirien pour coacher les U18 ELITE, être l'assistant de Romain Chenaud en Espoirs et de Jean-Denys Choulet sur l'équipe professionnelle. Sans oublier son rôle de préparateur physique, sur le centre de formation. Un centre de formation très référencé qui a su imaginer l'avenir de l'un de ses nouveaux projets.

Quand Romain Chenaud l'a repéré, en U15, Hugo Besson avait "un corps d'un enfant" mais malgré tout une production déjà très intéressante. Comme il est facile d'en dresser le constat, il s'est dit que lorsque que ses qualités physiques s'aligneraient sur les joueurs de son âge, ses autres aptitudes lui permettraient de devenir un formidable joueur. Mais le coach, qui à 35 ans a déjà formé du beau monde, ne s'est pas contenté de faire ce simple constat et mettre Hugo Besson sur le terrain. Avec une exigence certaine, il a d'abord cherché à faire comprendre à son nouveau joueur quel chemin il devait prendre pour devenir le meilleur possible.

"C'est un gamin très ambitieux, très déterminé, mais pas encore très, très mâture sur le chemin à emprunter, dit de lui son coach. Les 4/5 premiers mois à Chalon-sur-Saône ont été compliqués, dans le Nord loin de ses potes. Heureusement la famille était là." Ce que le joueur reconnaît lui même. Selon lui, le déclic a eu lieu au Portel en février. "J'avais fait un match moyen avec 7 points à 3/6 aux tirs, 2 rebonds et 4 passes décisives", reconnaît-il pourtant. Mais c'est sur cette période que les responsabilités sont arrivées, ce qu'il attendait et ce qui était prévu. "Son objectif, c'était déjà d'être professionnel. Il lui a fallu du temps pour me faire confiance. Il était moins valorisé dans le jeu. C'est un garçon qui a du caractère." Ces responsabilités moindres, dans un premier temps, étaient dues au temps d'adaptation nécessaire à un nouveau fonctionnement, mais pas seulement. "L'an passé, on avait des arrières référencés en Espoirs avec Victor Mopsus et Matthieu Missonnier. On l'a d'abord fait jouer autour des autres pour faciler son adaptation." Ce qui lui a permis de développer un jeu sans ballon qu'il n'avait pas auparavant. "Ca m'intéressait de développer ça car après il aurait une panoplie plus large avec le jeu sans ballon, le jeu de course, l'agressivité au rebond offensif", en plus du jeu avec la balle décrit plus haut, donc. "Surtout, on a bossé sur le plan défensif. C'était le gros chantier, là où il a le plus progressé. J'ai mis l'exigence sur ça, ses points faibles." Et dès lors que ses points faibles ont moins posé problème, il a vu son rôle évoluer dans le bon sens et s'épanouir, comme prévu. "Je lui disais que j'allais le responsabiliser davantage, je me suis efforcé de tenir ce discours là. Et en effet, il a passé 8/10 minutes de plus sur la phase retour du championnat (par rapport à la phase aller." D'où le déclic après ce match de bonne facture au Portel, avec surtout 26 minutes de temps de jeu. "Ce qui me plait dans son évolution c'est qu'une fois qu'on a identifié les points clés de sa progression, il les intègrent et il se programme pour réussir en mettant ce qu'il faut en oeuvre pour les atteindre." Cette difficile période d'adaptation a eu le mérite de lui faire comprendre ce processus mais de le rendre "plus fort mentalement" selon ses propos.

Langage corporel, masse musculaire et justesse dans le jeu

Rotation en 2017/18 en Espoirs, Hugo Besson a vu le champ se libérer pour cette deuxième année à l'Elan Chalon, Victor Mopsus et Matthieu Missonnier étant partis. Parfait pour réaliser l'explosition attendue.

"On s'est fixé trois objectifs sur la première partie de saison 2018/19. Le premier concerne son langage corporel. Il a des difficultés pour gérer sa frustration. On ne veut pas qu'il dégage cette idée de garçon qui pourrait être arrogant. Comme on l'a dit, il a longtemps été un enfant au milieu des autres, il avait besoin de montrer des choses parce qu'il était plus petit et plus fin, ça s'est traduit par ce langage corporel notamment." Un langage corporel qui, depuis les tribunes, pouvait en effet être pris pour de la nonchalance. "On aurait aimé que son jeu suffise à montrer qu'il était là. Il n'a pas besoin d'en rajouter. En plus, au quotidien, c'est un mec charmant, très à l'écoute, qui s'investit beaucoup. Ce langage corporel le desservait. Il a tous les ingrédients dans sa personnalité pour ne pas avoir à le faire."

Le deuxième objectif fixé, c'est sa dureté. Après un gros pic de croissance (il faisait 1,82 m et 65 kilos à son entrée au centre de formation de l'Elan Chalon en août 2017), Hugo Besson mesure 1,92 m et pèse 73 kilos. S'il travaille au quotidien en salle de musculation et qu'il suit un programme de nutrition, il doit tout simplement s'endurcir dans le jeu. "Ne pas subir, continuer à s'engager qu'il y ait un coup de sifflet ou non", tels sont les voies à suivre pour remplir cet objectif selon Romain Chenaud. Plus grand et plus costaud, il ne se fait plus poster comme avant. Il espère être capable d'encaisser les chocs, notamment dans les écrans, ce qui lui pose problème en défense comme on peut le voir dans la vidéo.

Hugo Besson deviendra-t-il un poste 1/2 d'1,95 m, capable de scorer comme de gérer une équipe au très haut-niveau ? (photo : Sébastien Grasset)

Enfin, le dernier objectif, c'est progresser sur sa "justesse dans le jeu". Meneur titulaire, il alterne sur les postes 1 et 2. Le fait d'être aligné comme meneur d'une équipe compétitive complémente son jeu. "Je suis vraiment devenu un combo, je ne suis pas un joueur qui entre dans une case. Je ne suis pas qu'un shooteur, ni qu'un meneur. Je peux vraiment tenir les deux positions, avec un style de jeu moderne." A la Nando De Colo, avec un touche d'Edwin Jackson, ses deux inspirations en Europe. Ou comme Devin Booker (22 ans), la jeune star de Phoenix (NBA), outre-Atlantique. Un arrière très fort balle en main qui commence d'ailleurs à évoluer sur le poste 1 avec les Suns actuellement. "Avec les pros, il s'entraîne sur le poste 1, on développe cette carte-là. Avant, c'était un scoreur balle en main mais il n'avait aucune capacité à faire jouer une équipe alors qu'il a un vrai coup d'oeil. D'où l'intéret de le faire jouer 1, sur le long terme cela peut être très utile. C'est un travail de tous les jours à partir de moment où on est en opposition, mon rôle c'est de le réguler, explique Romain Chenaud. Sur les pick & roll, sur la relance... Du 1 contre 1, au 2 contre 2 jusqu'au 5 contre 5. Ca évolue plutôt bien. Il a compris que c'est son intérêt de développer ça. Plus le niveau allait s'élever, plus il faut jouer juste. Parfois on mesure ses progrès mais, de temps en temps, il a beaucoup d'excès de pertes de balles". Cette saison, il a ainsi perdu jusqu'à 9 ballons sur un match. Il parvient toutefois à faire bien mieux (0 contre Gravelines-Dunkerque et 2 face à Strasbourg, sur les deux derniers matchs).

La suite ? L'équipe de France U18 puis le professionnalisme

En continuant à s'améliorer sur ces aspects-là, Hugo Besson pourra permettre à l'Elan Chalon de remonter au classement en Espoirs (7 victoires et 7 défaites pour le moment, avec un groupe relativement jeune). Auteur en moyenne pour le moment de 18,2 points à 46,2% de réussite aux tirs, 6,2 rebonds (dont 2,2 rebonds offensifs), 3,4 passes décisives et 2,2 interceptions pour 18,3 d'évaluation en 29 minutes, il est tout simplement l'un des meilleurs joueurs du championnat. Il espère intégrer le cinq de la saison et pourquoi pas, si son équipe remonte, finir MVP de la saison, même si la concurrence est rude (Flosse, Dimanche, Cham, Pota etc.). Après la saison club, il souhaite faire vivre sa première aventure internationale lors de l'EuroBasket U18. "C'est un vrai objectif !", annonce-t-il. Au sein de la formidable génération 2001, incroyablement riche sur les lignes arrières (Théo Malédon, Killian Hayes, Matthieu Gauzin, Malcolm Cazalon, Timothé Crusol, Lorenzo Thirouard, Milan Barbitch, Anthony Da Silva, Tom Digbeu, Louis Marnette, Kane Milling...), il attend son tour. En 2018, il a effectué un stage à l'INSEP en prévision du Mondial U17. Mais il n'était pas prêt, "pour des raisons physiques", lui a expliqué le sélectionneur Lamine Kebe. "Défensivement, il était très en deça de ceux qui étaient retenus", selon Romain Chenaud qui, en tant qu'assistant sur l'équipe de France U18, a pu échanger avec Lamine Kebe. "Ce n'était pas évident pour Hugo. Il était très centré sur ses qualités offensives, il avait du mal pour arriver au haut-niveau qu'il fallait être plus investi en défense. Ca a été déclencheur à ce niveau." Ses progrès défensifs importants, le coach de l'Elan Chalon se dit "curieux de le voir sur un prochain stage U18 pour pouvoir évaluer ça. Est-il prêt à rivaliser avec les meilleurs arrières de la génération 2001 ou a-t-il besoin d'un an encore ?" 

Outre son bac STMG, une sélection pour l'Euro, Hugo Besson espère accrocher le Graal pour l'été 2019 : un contrat de joueur professionnel. "Mon objectif pour l'année prochaine, c'est d'être dans le groupe des 10 pros de l'Elan Chalon", affirme-t-il, lui qui s'entraîne de temps en temps avec eux. "J'ai fait la prépa avec eux mais j'ai été arrêté par une blessure au pied pendant 2/3 semaines. J'ai mis un moment à revenir", regrette-t-il."Il fait partie des quelques joueurs sur lequel le club compte à l'avenir, convient Romain Chenaud. Là-aussi, quand est-ce qu'il passera professionnel à temps complet ? C'est dur à dire. Il montre qu'il peut s'entraîner avec les pros de manière qualitative. Est-ce que ça sera l'an prochain ? Il y a encore quelques mois avant de composer l'équipe pour la saison 2019/20. A-t-il besoin d'une saison de plus, entre Espoirs et entrées en professionnel, pour stabiliser les choses sur ses points faibles ? Ses points forts sont là. La vitesse à laquelle il va réussir à gommer ses points faibles fera la différence."

A Chalon-sur-Saône, il échange beaucoup avec Mickaël Gelabale, qui "l'épaule" et passe du temps avec lui à la salle, et Justin Robinson, dont il s'inspire de "la vision du jeu", comme il s'inspire du tir de Bastien Pinault. Du très beau monde. Reste à savoir s'il ira encore plus haut qu'eux. Lui, souhaite comme tout joueur "être drafté" en NBA mais s'imagine tout aussi bien en EuroLeague.

Pour y arriver, son crédo, c'est le travail. Plusieurs spécialistes des prospects, travaillant en tant que scouts NBA et agents de joueurs, l'imaginent aisément au très haut-niveau, grâce à son potentiel mais aussi parce qu'il détient une vraie capacité de travail. Avec son père, Jean-Paul, il passe en effet des heures en salle de musculation ou à peaufiner son tir. A l'entraînement, il dit se concentrer sur sa défense pour continuer à progresser dans ce secteur. "Je suis un gros travailleur, je me donne vraiment les chances de réussir", répète-t-il, dans un discours enthousiate qui annonce un avenir glorieux.

Pour compléter ce dossier sur Hugo Besson, visionnez ci-dessous une vidéo de 10 minutes qui analyse ses forces et faiblesses, en attaque comme en défense :

20 décembre 2018 à 20:24
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QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
GABRIEL PANTEL-JOUVE
Tout ça pour mettre une balle dans un cercle.
Gabriel Pantel-jouve
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