EUROBASKET 2017

ALEXEY SHVED, L'EXPLOSION CONTINUE

Crédit photo : FIBA Europe

L'énorme talent d'Alexey Shved, que l'on avait quelque peu oublié au plus haut niveau européen, est en train d'éclater de nouveau au grand jour. Pour le plus grand plaisir de la surprenante Russie, de retour en demi-finales d'un Euro pour la première fois depuis 2011, ce soir face à la Serbie (20h30).

De mémoire de journaliste basket, on n'a pas souvenir d'une équipe nationale de premier plan (hormis la surprenante Macédoine, demi-finaliste en 2011 grâce à Bo McCalebb) à ce point adossée aux performances d'un seul homme, ayant déposé la quasi-entièreté de son jeu entre les mains d'un seul de ses joueurs. C'est pourtant le cas de cette Russie 2017, dont l'académie pourrait se résumer à : Alexey Shved, et des joueurs de devoir. Mais pour l'instant, ça marche !

La Russie n'était plus allée en demi-finales d'un Eurobasket depuis 2011 (défaite contre la France) et si elle se retrouve à ce niveau inattendu face à la Serbie ce soir, elle le doit quasi-entièrement à son chef d'orchestre - pourtant ciblé -, qui a endossé cette immense responsabilité de manière éclatante. Un MVP en puissance.

Shved (28 ans, 1,96 m) est tout simplement le meilleur marqueur de la compétition, à 24 points par match, et son cinquième passeur (6,4). Il a beau être plutôt dispendieux (41 % aux tirs seulement, 3,6 balles perdues par match), impossible de dire qu'il ne porte pas totalement son équipe, ne serait-ce que par l'attention qu'il exige des adversaires. Une démonstration de cet état de fait ? En première mi-temps du quart de finale contre la Grèce, le meneur de grande taille dévisse méchamment ; la Russie est en galère. En deuxième mi-temps, il se réveille avec 22 points (26 au final) et les Russes s'imposent avec caractère (74-69).

"On a continué à lui faire confiance, c'est primordial",  dira sobrement en conférence de presse l'entraîneur russe, Sergey Bazarevich, qui connaît bien le garçon de Belgorod formé au CSKA Moscou. Shved, lui, ne souhaitait pas tirer la couverture à lui. "C'est un travail d'équipe, on a de super gars. Mes performances ne sont pas importantes, c'est la victoire qui compte", nous dira-t-il d'un air plutôt réservé, en contraste avec son jeu.

"Confiance"

Le facteur clé des performances d'un basketteur. Un mot qui résume parfaitement le parcours de Shved depuis deux saisons maintenant. Le combo-guard russe n'est pas le plus connu des joueurs européens. De très loin, même. Il a toujours évolué en dehors du radar, un peu sous-coté. Pas assez de saisons en Euroleague ? Parti trop vite en NBA, où il ne fera pas beaucoup de bruit ? Après trois saisons et demi à Minnesota, New-York et Houston, une seule saison entière (8,6 pts, 3,7 pds aux Wolves en 2012/2013), des bouts de matches, il rentre sur la pointe des pieds en Europe en 2015. Là encore, dans un club plutôt obscur malgré de gros moyens financiers, le Khimki Moscou, dans la grande banlieue de la capitale russe.

Quelques bruissements néanmoins : aux JO de Londres, la Russie de David Blatt décroche le bronze face à l'Argentine, sur un énorme match de Shved : 25 points dont 16 dans le dernier acte. « Une performance historique », commentera Blatt après coup. A l'Euro 2013, sa dernière compétition en date avec la Russie, il émarge à 16 points par match.

Sa première saison à Khimki est un autre signe des choses à venir. Le désormais joueur le mieux payé d'Europe dispute l'Euroleague 2016, et tourne déjà à 15,9 points. Son profil d'attaquant de premier plan est en train de se forger. Mais c'est vraiment la saison passée qu'Alexey Shved explose – une explosion toujours en cours, en fait. Seul aux commandes de l'équipe moscovite, comme actuellement avec l'équipe nationale, Shved casse tout : 22 points par rencontre en VTB league, MVP de l'Eurocup 2017 (22,1 points). Il porte à lui seul, déjà, son club jusqu'en finale de la dernière ligue russe, tournant à 25 unités en playoffs ! C'est sur cet état d'esprit de tueur, façonné depuis deux saisons, qu'il surfe aujourd'hui.

"La confiance ? Alexey est le mec le plus confiant en ses capacités que je connaisse !", rigolait le fringant président de la fédé russe Andreï Kirilenko à notre micro après le quart de finale, pas surpris pour un sou. "Bien sûr que je m'attendais à ce genre de performances de sa part, j'ai joué plein de fois avec lui !" (Notamment lors de son coup de chaud à Londres, ndlr)

Avant son arrivée à Khimki, Shved nous avait toujours semblé être un meneur-arrière plutôt gestionnaire, utilisant sa grande taille pour distribuer le ballon. Il n'avait jamais tourné à plus de 10 points par match, c'était en 2011/2012. Un leurre, donc. Shved attendait simplement qu'on lui laisse les clés du camion et qu'il puisse jouer son jeu à hauts risques sans entrave, en club et avec son pays.

"On lui a demandé d'être moins perso !"

Ce jeu, fait d'une inlassable percussion qui fatigue la défense adverse, d'une technique très au dessus de la moyenne, d'un bon tir extérieur (quoique par séries) et d'une superbe vision du jeu, s'exprime pleinement avec une Russie un peu exsangue, après les retraites des anciennes gloires Kirilenko, Khryapa et Monya. Sergey Bazarevich n'avait d'autre choix que de tout faire reposer sur Shved - bien épaulé, il est vrai, par le grand Timofey Mozgov. Il faut toutefois encore gérer le talentueux arrière, boule d'énergie et d'émotions, souvent passif en défense, comme lors du 1/4 de finale lorsque Bazarevich lui fera cirer un peu le banc pour le calmer en plein 4e quart-temps, avant de le remettre en jeu à la toute fin.

"Le seul ennemi d'Alexey est lui-même", analyse Kirilenko. "C'est un super joueur et un super gars. Il a simplement dû apprendre à canaliser ses émotions, car il est une étincelle vivante, il a parfois tendance à trop les faire transparaitre. Il doit être constant, et continuer de faire l'effort de mixer son jeu, pas juste scorer. Mais il sait tout faire."

Les 12 passes décisives (avec 27 points, pour une seule balle perdue !) de Shved en 1/8e de finale face à la Croatie, ont montré qu'il avait entendu le message.  "On lui a demandé d'être moins perso" révélait Andrey Vorontsevitch après le désossage des Croates 101-78. La foi des Russes en leur maestro, désormais plus altruiste, sera en tout cas une nouvelle fois totale ce soir face à la Serbie - privée de Milos Teodosic -, pour espérer retrouver la finale de l'Euro.


A Istanbul,

15 septembre 2017 à 15:12
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