EUROLEAGUE

[FLASHBACK] AU CŒUR DE LA SAISON ROOKIE DE BOBBY DIXON EN PRO B : "MAIS QU'EST-CE QU'IL FOUT À SAINT-ÉTIENNE ?"

Crédit photo : SEB et EuroLeague

Ce week-end, Bobby Dixon tentera de remporter son deuxième titre de champion d'Europe avec le Fenerbahçe Istanbul au terme du Final Four de l'EuroLeague à Vitoria-Gasteiz. Bien malin qui aurait pu lui prétendre un tel destin en 2006/07, au moment où il démarrait sa carrière professionnelle en Pro B, sous les couleurs de Saint-Étienne.

« Quand je repense à la manière dont on l'a accueilli », sourit Alain Thinet, treize ans après. « Quand tu vois la carrière qu'il fait et par où il est passé pour débuter... On l'avait mis dans un petit appartement en périphérie de Saint-Étienne, au bord de la rocade, avec une voiture un peu pourrie. Ce n'était quand même pas le paradis, surtout au vu des conditions qu'il doit maintenant avoir à Istanbul. » Car oui, avant même d'être une étoile filante au Mans (deux titres en trois mois en 2009), avant de briser avec Izmir en 2015 la dynastie stambouliote qui vampirisait le championnat turc depuis 2000 et avant de devenir roi d'Europe avec le Fenerbahçe Istanbul en 2017, Bobby Dixon (1,78 m, 36 ans) a démarré sa carrière professionnelle dans la confidentialité la plus absolue. Retour sur la saison 2006/07 qui l'a vu naître à l'Europe, à Saint-Étienne, au cœur du ventre mou de Pro B.


Bobby Dixon, des quelques dizaines de posters dédicacés du SEB au gigantisme du Fenerbahçe
(photo : collection personnelle, Bobby Dixon)

« On ne savait pas trop quoi penser en le voyant arriver »

Sa chance, c'est Saint-Étienne qui lui offre, sans trop savoir à quoi s'attendre. Bobby Dixon débarque le 26 août 2006 dans le Forez et participe à son premier entraînement le soir même. « Il semble très vif, rapide et motivé », souffle Alain Thinet dans les colonnes du Progrès. « Reste à voir comment il va gérer le jeu et s'adapter au basket européen. » Certains joueurs du SEB étaient tout de même circonspects en apercevant la dégaine de leur nouveau meneur. « Ce qui m'a frappé, c'est qu'il était vraiment petit », rigole Johan Passave-Ducteil. « Bien sûr qu'on ne ne savait pas trop quoi penser en le voyant arriver. Tu sens qu'il dégage un truc mais tu attends de voir. Il était quand même sacrément petit et à l'époque, il fallait que ton meneur ait une certaine taille. » Jamais sorti des États-Unis jusque-là, Bobby Dixon se souvient lui aussi précisément de ses premiers instants en France. « Je me revois encore arriver à Lyon, faire la route jusqu'à Saint-Étienne ensuite. Et je me rappelle surtout de mon premier entraînement avec l'équipe. On était dehors sur une piste d'athlétisme, à sauter par dessus des obstacles. Et tout ce que je me disais, c'était "Mais c'est quoi ça ?!". Je n'étais pas habitué à un tel entraînement physique, c'était extrêmement dur et complètement différent de ce que je connaissais. »

Comme n'importe quel rookie, Bobby Dixon découvre un monde totalement différent à Saint-Étienne. Sportivement, d'abord. Son premier match amical contre Bourg-en-Bresse (54-58 à Prissé le 30 août) n'est pas une franche réussite (4 points), son deuxième contre Aix-Maurienne (72-66, le 1er septembre) l'est un peu plus (22 points) mais « il a créé pour lui, pas pour les autres » regrettait Alain Thinet après la rencontre disputée à Firminy. L'entraîneur forézien s'échine à lui faire comprendre les subtilités du jeu européen et livre un premier verdict détaillé dans la presse, 48 heures avant l'ouverture de la saison. « On sent un peu un manque de maturité dans sa gestion. J'attends qu'il mette surtout son talent au service de l'équipe. Il n'a pas eu l'habitude de gérer un collectif comme ça sur 35, 40 minutes. Ce qui en fera un très bon joueur, c'est son adaptation par rapport à ça. » 

Sauf qu'en même temps, Bobby Dixon vit assez mal ses premiers pas dans son nouvel environnement. « Les deux premières semaines, je voulais rentrer à la maison. Personne ne parlait Anglais, j'avais le mal du pays, j'étais extrêmement stressé. L'équipe était correcte mais tout me semblait si petit, la salle, le club, etc. Le déclic est venu d'une conversation avec un ami. Il m'a dit : "Tu vas rentrer, ok, mais pour faire quoi ?". J'ai décidé de rester à partir de là. » Loin de sa zone de confort, le jeune Chicagoan découvre l'autonomie : faire ses courses soi-même, se préparer à manger... Cela lui prendra « trois ou quatre mois » pour complètement s'adapter mais surtout, il trouve un mentor précieux. « George Phillips représentait tout pour moi », s'anime-t-il à l'évocation de l'ancien capitaine emblématique du SEB. « C'est lui qui m'a tout appris, du comportement d'un joueur professionnel à tous les petits trucs et astuces en Europe. Son aide m'a permis de vivre au mieux cette première saison. Encore maintenant, je lui suis reconnaissant de ce qu'il a fait pour moi. »


Dixon sur le parquet de la salle Michel-Gloaguen à Quimper le 28 novembre 2006
(photo : Nicolas Bourbigot)

Le 23 septembre 2006, Bobby Dixon score 19 points pour son premier match professionnel contre Vichy. Peu de souvenirs de ce baptême du feu, si ce n'est « qu'ils [nous] ont botté les fesses non ? » Exact (68-89). Ah, et « et Jimmal Ball était vraiment un bon joueur. » Ses premiers pas sont fracassants : une semaine plus tard, il atteint la barre des 30 points à Aix-Maurienne (80-86) avant d'inscrire 18 unités lors de la troisième journée contre Brest (83-80). Sa première victoire en professionnel, décrochée sur un buzzer beater de David Melody, devant les 800 spectateurs du Stadium Pierre-Maisonnial. « C'était un match très intéressant et très fun », résume-t-il après coup dans la presse locale. Après seulement trois rencontres disputées, l'ancien lycéen de Sullivan est déjà le deuxième meilleur marqueur de Pro B. « Il ne lui a fallu que très peu de temps pour prendre l'équipe en main", admire Johan Passave-Ducteil. « On se laissait porter. Et après deux ou trois matchs, tu te dis : "Mais qu'est-ce qu'il fout à Saint-Étienne ?". »

« À Saint-Étienne, je ne comprenais rien au basket de haut niveau »

Néanmoins, si les Verts se rendent assez rapidement compte qu'ils ont mis la main sur un joueur au talent supérieur, Bobby Dixon présentait les défauts habituels d'un rookie. Toute la saison, Alain Thinet n'aura eu de cesse de pointer ses manquements dans les colonnes du Progrès : « Il faut le canaliser et qu'il apprenne à changer sa façon de jouer. » (8 octobre) ; « Il fait encore des mauvais choix, force des shoots alors qu'il n'y a pas le feu et qu'il pourrait continuer à faire un jeu de passes. Il a parfois tendance à chercher l'exploit individuel alors qu'il pourrait se reposer sur le collectif. » (12 janvier) ; « Il a eu des difficultés à mettre le jeu en place. Il a certainement manqué de lucidité et s'est entêté. Il est retombé dans les travers qu'il a connus en début de saison. » (5 avril).

Plus de douze ans après, l'ancien entraîneur de Bourg-en-Bresse livre un verdict mesuré des performances de son ancien poulain, toujours calqué sur ses constats de l'époque. "Ce n'est pas simple de sortir d'une fac où on est la star pour aller mener le jeu d'une équipe de Pro B avec des gens que l'on ne connait pas. Il avait plus de mal à faire jouer l'équipe que Kelley McClure. Il était plus scoreur dans l'âme, il crééait beaucoup pour lui. On a tout de suite vu des qualités offensives au dessus de la moyenne : sa vitesse, ses cross,  sa rapidité de dégainer. Après, il n'y a qu'un seul ballon sur un terrain. Lui faire partager était un peu notre difficulté. Son plus gros défaut était d'arriver à trouver la bonne sélection dans les choix offensifs. »

Lorsque l'on imagine que Bobby Dixon, alias Ali Muhammed, est devenu l'un des hommes de base de Zeljko Obradovic, on peut considérer que l'apprentissage du jeu européen prôné par l'entraîneur stéphanois a porté ses fruits. Au simple souvenir du type de joueur qu'il était à Saint-Étienne, la star du Fenerbahçe Istanbul sourit, et s'excuserait presque. « Alain Thinet m'expliquait tellement de choses. Mais vous savez, j'étais jeune... Je pense que je me suis reposé sur mon talent lors de cette saison. Ma connaissance du basket à Saint-Étienne était à des années-lumières de celle que j'ai maintenant ! Je ne comprenais rien au basket de haut niveau. Tout ce que je faisais, c'était jouer avec agressivité, seulement avec mon instinct. Je n'essayais pas d'apprendre ou de comprendre le jeu, de tirer avantage des mismatchs, de toutes ces petites subtilités. » 

Une intensité permanente qui a pu le desservir lors des premiers mois de compétition. « Son manque d'expérience se voyait », ressasse David Melody. « Ce qui était flagrant au début, c'est qu'il avait une dépense d'énergie extrêmement élevée et vu qu'on attendait de lui qu'il joue 30/35 minutes, il avait parfois un peu de mal sur les fins de matchs. » Outre la gestion du jeu, une autre facette du profil de Dixon était sujette à débat dans la préfecture de la Loire : sa capacité de dissuasion sur le meneur adversaire. « Ah mais il ne défendait pas, très clairement ! », s'exclame Johan Passave-Ducteil. « Il n'était pas là pour ça. Il était très exigeant offensivement mais pour être un leader, il faut être exemplaire. Or, il ne l'était pas. Il ne faisait pas les efforts défensifs, il ne voulait surtout pas faire de fautes, même les fautes intelligentes. Ou alors il n'avait pas cette culture. Il voulait juste rester sur le terrain. »


Les efforts défensifs de Bobby Dixon, ici sur Vincent Mouillard, étaient remis en question
(photo : Nicolas Bourbigot)

S'il n'avait certainement pas conscience de toutes les exigeances impliquées par le rôle de meneur de jeu en Europe, il serait toutefois malvenu de ne s'attarder que sur les errances de Bobby Dixon. « Il n'était pas surdimensionné pour la Pro B, mais presque », résume sobrement Alain Thinet. Tourné vers le cercle, son talent offensif a ébloui le Stadium Pierre-Maisonnial pendant toute une saison, bouclée avec 17 points à 39,3%, 5 rebonds et 4,2 passes décisives de moyenne en 34 rencontres. « Ses qualités offensives étaient vraiment marquantes », admet Philippe Haquet. « Il était naturellement scoreur, en plus d'être capable de trouver des passes. » En somme, le leader d'attaque du SEB. « On avait besoin de quelqu'un qui mette des points et il nous a pas déçus », renchérit Passave-Ducteil. « Tellement le jeu venait à lui, j'avais l'impression que c'était soit tir à trois points, soit passe décisive. Si tu ne sortais pas sur lui, il te punissait de loin et si tu faisais l'inverse, il trouvait la bonne passe. »

Septième meilleur marqueur de Pro B, dixième meilleur passeur, l'ex-Trojan a fait partie des têtes d'affiche du championnat, redouté par tous les autres meneurs de l'antichambre. « Je me souviens d'un rude compétiteur et d'un mec capable de prendre feu à n'importe quel match », avance Loic Akono, Brestois à l'époque. « Ce qui m'avait vraiment marqué, c'était sa capacité à se créer son propre tir pour un meneur de poche. » Cependant, Bobby Dixon ne parvient pas à se défaire d'une certaine irrégularité, lui qui fut capable d'enchaîner un match à -6 d'évaluation (8 points à 2/16 contre Quimper le 3 avril) avec une pointe à 26 dans la foulée (24 points à 8/16, 6 rebonds et 6 passes décisives à Évreux le 7 avril). Une inconstance qui reflète parfaitement la saison en montagnes russes de Saint-Étienne, qui a vu la porte des playoffs se refermer brusquement sur son nez lors de la dernière journée à Vichy (63-66). Même si... « Bobby nous avait permis d'espérer », apprécie Passave-Ducteil. Le seul exercice du mandat d'Alain Thinet à Saint-Étienne (2003/08), qui ne se concluera pas par une participation aux playoffs, « aussi bizarre que cela puisse paraître. » Mais « ce n'était pas de la faute de Bobby » nuance l'entraîneur.

« Je me rappelle de beaux duels avec Simon Darnauzan »

Humainement, Bobby Dixon a fait l'unanamité au sein de l'effectif ligérien. Alain Thinet se souvient d'un « gamin adorable, jeune dans l'esprit et dans l'attitude mais qui avait un très bon relationnel. » S'il avait un côté "solitaire" selon Passave-Ducteil, celui qui était surnommé "Croquette" par ses anciens coéquipiers n'était pourtant pas le moins en vue au SEB. « C'était un super gars, quelqu'un de très ouvert et de très marrant » se rappelle Philippe Haquet. « C'est très agréable d'avoir Bobby Dixon dans un groupe. Je me souviens de ses blagues, des moments où il se tapait un délire, c'était vraiment hilarant parfois. C'est facile de passer du temps avec lui, il fait l'unanimité avec les gens car il a cette capacité à être ouvert et à rigoler. » Également un véritable chambreur, maintenant reconnu comme l'un des plus sérieux trash-talkers du continent, une caractéristique de sa personnalité que l'on pouvait déjà observer en 2006/07. « Il chambrait beaucoup », acquiesce l'ailier de Prissé-Mâcon. « Il le faisait tout le temps, sur les concours de tirs, sur les situations de jeux à l'entraînement. » 

Et évidemment aussi en match, jusqu'aux plus petites affiches, tel un 1/32e de finale de Coupe de France à Juvisy (NM3) le 6 février 2007. « On m'a clairement dit qu'ils avaient un meneur Ricain chaud bouillant et il y a eu un véritable match dans le match entre nous », se souvient Ilyas Yildiz, le poste 1 de l'Alerte. « Pour moi, c'était hors de question de me faire afficher à domicile. Il a fait beaucoup de trash-talking : il me taclait en Anglais, je lui répondais en Turc. Il me chambrait, me défiait. Il y avait des sourires, quelques petites insultes. Mais rien de méchant, il a juste voulu rentrer dans ma tête et ça me faisait rire. » Au final, Saint-Étienne s'en sort difficilement sur le parquet du Petit Poucet (93-82). Bobby Dixon score 24 points, un de moins que son vis-à-vis du soir. « Il est venu me voir à la fin du match pour me parler », raconte Yildiz, qui, huit ans après, depuis les travées du stade Pierre-Mauroy, fut tout surpris de le reconnaître sous le maillot de son pays d'origine et l'appellation Ali Muhammed à l'occasion du 1/8e de finale de l'EuroBasket entre la France et la Turquie. « Il m'a dit que j'étais un très bon joueur, on s'est fait un petit geste amical et j'avais beaucoup apprécié cela. » Cette qualification permettra à Saint-Étienne de se frotter à une écurie de Pro A, Cholet, lors du tour suivant. Le premier duel entre Bobby Dixon et Nando De Colo, une opposition rentrée dans la légende de l'EuroLeague lors de l'épique finale de 2016 à Berlin, finalement remportée par le CSKA Moscou. Sauf que, pendant que De Colo inscrit 12 points (et Beaubois 10 pour une victoire 81-60 de CB), Dixon reste muet, le compteur vierge pour la seule fois de la saison. « Hein, 0 point vraiment ? », s'étrangle-t-il au téléphone, douze ans plus tard, avant de poursuivre. « J'essaye de me souvenir mais je ne sais pas ce que j'ai fichu pendant cette partie. »

Alain Thinet, lui, se souvient parfaitement de ce match. « Il devait être frustré après Cholet car il espérait se faire voir », s'amuse-t-il. Car comme tout rookie qui se respecte, Bobby Dixon voulait utiliser son premier contrat professionnel pour obtenir un maximum d'exposition. « Il avait un objectif qui était de se servir de Saint-Étienne comme tremplin », synthétise Philippe Haquet. « On voyait bien sa détermination à marquer, des points et les esprits. » Un état d'esprit qui a marqué Johan Passave-Ducteil. « Il n'est pas venu juste pour le simple plaisir du basket. Il était clairement en mission, il était là pour réussir. Ce n'est pas péjoratif mais il fallait qu'il fasse ses statistiques. C'est simple : s'il te faisait la passe et que tu n'attrapais pas le ballon, il te punissait et te faisait comprendre qu'il préfèrerait prendre un shoot compliqué à l'avenir. » 

Des paniers pour un meilleur contrat, Bobby Dixon ne nie absolument pas qu'il était dans cette optique. « Je pensais qu'il fallait scorer pour se faire repérer », concède-t-il. « C'était ma mentalité, marquer pour me faire repérer par une équipe supérieure. J'étais content d'être à Saint-Étienne à l'instant T mais je voulais vraiment montrerquel type de joueur j'étais afin de pouvoir aller voir au dessus. » Une opiniâtreté qui portera immédiatement ses fruits puisque à peine la saison terminée, le natif de Chicago recevra un appel de Gravelines-Dunkerque afin de remplacer Steeve Essart et Paccelis Morlende pour les playoffs de Pro A.


Bouteille en main, Dixon écoute les consignes de l'entraîneur adjoint, Fabien Romeyer
(photo : Nicolas Bourbigot)

Alors qu'il vit l'âge d'or de sa carrière avec le Fenerbahçe Istanbul, les souvenirs stéphanois de Bobby Dixon se sont érodés au fil du temps. « Cela fait tellement d'années maintenant, tellement de matchs », songe-t-il. Mais il subsiste encore quelques réminiscences. La Pro B ? « Un bon niveau de compétition, avec beaucoup de mecs qui avaient envie de prouver leur valeur. » Un adversaire en particulier ? « Je me rappelle bien de ce petit meneur français de Maurienne, Simon... Simon, comment déjà ? (Darnauzan) Oui, voilà ! Il était vraiment bon, on s'est livré de beaux duels. » Alain Thinet ? « Un coach de qualité, quelqu'un de calme que je respectais beaucoup. Je lui suis reconnaissant de m'avoir donné la chance, c'est lui qui m'a tendu la main pour me faire venir en Europe. Je le revois en train de courir partout, il était en grande forme physique. » La saison du SEB ? « On a terminé neuvième, en manquant les playoffs d'un seul match. On a connu des difficultés au poste 5 : un pivot irrégulier (5,8 points de moyenne pour Aaron Coombs), l'arrivée de Dillion Sneed... Cette position fut notre point faible, surtout que l'on n'avait le droit qu'à deux Américains dans l'équipe. Mais personnellement, ce fut positif. Cette année m'a beaucoup appris, même si je n'ai pas beaucoup évolué sur le coup. » Des noms d'anciens coéquipiers égayent également sa voix. Julien Doreau et David Melody ? « Ils étaient tellement "smooth" (facile, ndlr) ! » Simon Coffy et Philippe Haquet ? « Vraiment cools ! » 

La mémoire est plus vive pour tout ce qui ne concerne pas le basket. « Maintenant que j'y repense, c'est vrai que mon appartement était vraiment pourri », s'esclaffe-t-il. « Mais je ne savais pas à quoi les logements étaient censés ressembler en Europe, je pensais que tout était petit du coup. » Bobby Dixon se souvient d'avoir assisté à un match de football de l'AS Saint-Étienne et d'avoir trouvé l'ambiance du stade Geoffroy-Guichard « totalement folle ». Les sorties nocturnes à Lyon avec George Phillips ne s'oublient pas, de même que sa première fois au volant d'une voiture manuelle, « une Skoda Tudor blanche avec le logo de Saint-Étienne dessus » laisse-t-il fuser directement, comme pour exorciser de vieux démons. « Me retrouver à conduire une voiture avec un levier de vitesse reste le truc le plus drôle qui me soit arrivé en Europe », en rigole-t-il encore. « Je ne savais  pas comment l'utiliser. Tout le monde klaxonnait derrière moi et je ne savais absolument pas quoi faire. J'habitais en haut d'une colline donc il fallait faire des démarrages en côte pour y arriver. Et tous les jours, cela me stressait de la monter. Tous les jours, j'étais super nerveux à l'idée de devoir prendre la voiture pour rentrer à la maison. »

Toujours le même ?
« Sa série à Kaunas, c'est le flingueur qu'on avait à Saint-Étienne »

Des hauteurs stéphanoises au démentiel trafic stambouliote, Bobby Dixon a connu une sacrée évolution au cours de sa carrière. « Incroyable ! », s'enthousiasme-t-il. « Un immense chemin ! Je ne sais pas si quelqu'un est déjà parvenu à la même situation que moi avec un point de départ aussi éloigné... » Et c'est peu dire que sa trajectoire météorique a surpris ceux qui l'ont côtoyé sur les lattes du Stadium Pierre-Maisonnial. « Jamais je n'aurais pu imaginer qu'il atteindrait de tels sommets », confesse, admiratif, Alain Thinet. « C'est un très bon joueur, mais de là à se retrouver là où il est aujourd'hui, non... Son ascension est extraordinaire et il en est le premier responsable. Grand coup de chapeau à lui, à son travail et à son sérieux. » Avant de développer sa pensée concernant le passage du natif de l'Illinois dans la Loire. « Pourtant, il n'a pas eu les meileures conditions pour briller chez nous. Je ne peux pas dire que je l'ai vu avoir une progression flagrante. L'équipe n'était pas assez forte pour lui. C'est plus difficile de jouer dans un groupe où il y a moins de talent, où il faut tout faire. L'équipe n'était pas assez complémentaire et équilibrée pour qu'il bénéficie de largesses. » L'ayant également côtoyé à Dijon en 2011/12, David Melody va dans le sens de son ancien entraîneur. « Il avait parfois de vraies baisses de régime, même encore avec la JDA. Mais là, au milieu d'une vraie équipe avec des joueurs capables de prendre le relais et avec un rôle qui lui impose de s'exprimer sur de plus petites séquences, c'est sûr que c'est beaucoup plus facile pour lui. »

Décrit par tous comme un feu-follet athlétique avec de grosses qualités de dribble et de tir, Bobby Dixon n'a pas perdu ses caractéristiques majeures au fil des années. « Sa série à Kaunas en quart de finale de l'EuroLeague, c'est vraiment le flingueur que l'on avait à Saint-Étienne », expose Philippe Haquet. « Ce sont les mêmes actions :  dribble, feinte, tir. Tous ses petits tirs en rythme à trois points où il monte vite et balance sa balle bien au-dessus de la tête, c'est du vu, re-vu et re-re-vu pendant toute une saison. » Alain Thinet conserve également un œil attentif sur les performances de celui qui est devenu le plus fort de ses anciens protégés. « Je vois qu'il a un comportement extrêmement positif. Il est actif, productif, il ne tire pas la couverture à lui. Après, il est utilisé complètement différemment, il est maintenant plus deuxième arrière que meneur. » Si tous remarquent que l'Américano-Turc a conservé les mêmes attitudes, ils peuvent également témoigner de sa complète métamorphose d'un côté du terrain. « Il a beaucoup progressé, surtout sur le secteur défensif », assène, comme une évidence, David Melody. « Sinon, il n'en serait pas là de toute façon. Mais ce qui a fait sa force, c'est que c'est quelqu'un qui a toujours compris le jeu. À Saint-Étienne, il percutait relativement vite sur les changements défensifs en face par exemple. » Bref, Ali Muhammed respire « la sérénité et l'exigence » complète Johan Passave-Ducteil.

De l'exigu Stadium Pierre-Maisonnial à la bouillonnante Ulker Arena, des déplacements à Mulhouse jusqu'aux finales de l'EuroLeague, du vénérable Alain Thinet jusqu'au légendaire Zeljko Obradovic, de ses 2 000 euros mensuels à son million annuel, Bobby Dixon aura pu connaître toutes les facettes du basket européen. Quoiqu'il accomplisse au cours des dernières années de sa carrière, qui s'étirera a minima jusqu'en 2021 sous les couleurs du Fenerbahçe Istanbul, l'ancien meneur du SEB quittera la scène avec un immense palmarès. Et l'histoire retiendra que tout a démarré à Saint-Étienne, dans l'anonymat d'une honnête équipe de Pro B. « Quand il a gagné l'EuroLeague en 2017 contre l'Olympiakos, je le regardais à la télévision, en train de me dire que je jouais avec lui dix ans auparavant », conclut Philippe Haquet. Comme tous ceux qui l'ont côtoyé dans le Forez. Tous admiratifs, tout simplement.


Le meilleur match de Dixon en Pro B : 31 points, 5 rebonds et 9 passes à Brest le 3 février 2007
(photo : Nicolas Bourbigot)

16 mai 2019 à 15:30
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