FÉMININES

PACO LAULHÉ, LE MAGICIEN ORTHÉZIEN

Paco Laulhé
Crédit photo : Alain Nouvel

Paco Laulhé coache désormais chez les féminines, du côté de l'US Orthez, où il connait le succès en Nationale 1. Entretien.

Jean François Laulhé ou plûtot Paco Laulhé est une référence le Sud-Ouest mais aussi dans toute la France. Après un break de 4 ans, ce formateur réputé a décidé de reprendre la plaquette du côté de l'US Orthez, en Nationale 1 féminine.

 

Paco Laulhé, Orthez est aujourd'hui en tête de la poule A de Nationale 1 avec 12 victoires en 14 matchs. Ce n’était pas les prévisions ni l’objectif en début de saison ?

Nous réalisons une très belle saison. Mais tout le mérite revient aux filles. Ce début de saison est complètement fou. Par rapport à ce que nous sommes, par rapport à notre budget c'est juste énorme. Les filles travaillent tellement bien. Margaux Lagardère, ma meneuse de jeu vit la semaine à Paris, c'est un montage qui vit autour de la passion avec des passionnés. C'est le résultat de beaucoup de travail de la part de bénévoles qui donnent tout pour ce club. Un club amateur ne peut vivre que grâce à ce genre de personne.

Justement la passion, c'est ce qui guidait Orthez dans les années 80-90. Aujourd'hui, on la retrouve chaque samedi dans la salle Pierre Seillant ? 

Gagner avec Orthez c'est tout simplement extraordinaire pour moi. J'ai la chance d'avoir connu la Moutète dans les pantalons de mon père puis dans le poulailler et pour finir en tant qu’abonné. Je sais combien il y a un potentiel d'identification et d'appartenance au niveau d'un public de territoire chez nous dans le Béarn. Dès l'instant où tu proposes quelque chose avec un peu d'allure, d'identité et avec la valeur combat tout de même, tu es susceptible de voir venir tout ce peuple qui est mixé à la culture du rugby et du basket. Potentiellement, les gens attendent de voir sur le parquet des joueuses loyales, locales, prêtent à tout donner sur le terrain. Il y a beaucoup d'anciens dans les tribunes, et je pense qu’ils se reconnaissent chaque semaine à travers ces 10 filles extraordinaires. A côté d'eux, assis dans les gradins, il y a leur progéniture qui n'a pas encore le même vécu et pourtant quand elle les voit jouer, elle se dit "bon sens je veux faire ça moi aussi un jour, je veux porter ce maillot". Elles perpétuent les valeurs qui ont fait d'Orthez une place forte du basket français il y a quelques années. 

C'est votre deuxième saison à la tête de l'équipe après une première saison où vous avez lutté pour le maintien. Pouvons-nous dire que la méthode Paco Laulhé a mis un an pour fonctionner ? 

Ecoutez, la méthode Paco Laulhé est aussi fragile qu'elle peut être puissante. Elle est fragile quand on a une équipe un peu petite malgré qu’elle soit talentueuse comme c’était le cas la saison dernière. C'est ce talent qui nous a fait nous maintenir dans les dernières journées la saison passée avec un jeu si particulier, mais on a souffert. On fait 12 victoires sur 22. Et malgré ça, On aurait quand même pu passer à la trappe. Paco Laulhé, il se sent mieux, quand il a une grosse raquette comme tous les coachs d'ailleurs. Cette saison, nous avons une raquette qui nous donne l'occasion de rentrer dans les matchs avec moins de complexes. C'est simple, quand tu stoppes dessous, quand tu as du rebond alors il est plus facile pour toi de gagner des matchs de basket. Et quand tes grandes sont accompagnées de petites joueuses sur les ailes avec énormément de talent et de cœur alors tu es dans un certain confort. Ses filles, elles sont rares. Mon cinq majeur comporte cinq capitaines potentielles. Des filles qui par le passé ont été capitaines à Orthez ou ailleurs. Cela te donne un avantage certain et ça change ma vie. J'ai la chance d'avoir un groupe qui dans la difficulté sait gérer le côté émotionnel. A cela, tu ajoutes ma Néo-Zélandaise de 1,97 m qui, avec son flegme de maman mais surtout de "Néo-Z", permet de vérifier que chez eux le jeu prime sur le reste. C'est bluffant de la voir aussi joueuse alors qu'elle a fait essentiellement du netball (un sport similaire au basketball plutôt populaire en Australie et Nouvelle-Zélande), elle a une éthique de travail et de préparation de très haut niveau. Quand tu l'as vu à l’œuvre alors tu comprends très vite ce qui se passe chez les "Blacks" en rugby. C'est culturel chez eux de cultiver le travail sérieux, enraciné par le jeu et par cette envie de tout gagner.


Avec son équipe, l'US Orthez (photo : Alain Nouvel)

Semaine après semaine, il fait des miracles du côté d’Orthez

Entrainer un jour en LFB, est une possibilité ? 

Oui car j'ai vérifié que les filles ont une dimension d'investissement sur les projets de jeu qui est supérieur à celle des hommes. Pourquoi ? Elles n'ont pas d'autres issues que de se tourner vers le support pour arriver à décanter des prises d'avantages. Maintenant ce que j'arrive à faire là avec beaucoup de sourire, beaucoup d'autodérision et de complicité autour du travail, je ne sais pas si c'est envisageable au-dessus avec autant de fun parce dès que les gens sont payés, il y a une attente inévitable. C'est utopique de croire que ça ne pèse pas sur la pression que vivent les joueuses. Automatiquement, ça me forcerait à fonctionner différemment, et je ne sais pas si je prendrais autant de plaisir. Aujourd’hui, je suis avec des filles qui viennent pour la prime de la victoire, pour passer un bon moment et parce qu’elles ont le bide en feu, tout simplement parce qu’elles jouent bien au basket. 

Avez-vous définitivement fermé la porte au basket masculin ? 

Non, le basket m'intéresse de toute part. Il m'intéresse chez les jeunes, chez les garçons et chez les filles. C’est évident, je reste animé de toute façon par ce jeu et par cette putain de discipline sportive qui ne cesse de me combler car c'est tellement riche, tellement complet que tu n'as jamais fini d'inventer des processus d'entrainement, tellement c'est difficile de bien jouer. Pour un chercheur comme moi qui aime bien batailler, je me régale. C'est un jeu qui me comblera quelque ce soit le genre. Par contre c'est ma situation familiale qui m'oblige aujourd’hui à rester dans le coin, près de mes fils. 

Quelles sont les différences entre le basketball masculin et le basket féminin ? 

Je ne vais rien inventer en disant que la vitesse d'exécution, l'explosivité et la testostérone changent la donne quand il s'agit de s'entrainer plus vite, plus fort et plus souvent. Je l’ai vérifié quand nous nous entrainons avec les cadets régions de Pau Nord Est. Quand ils appuient, ils nous croisent. Par contre en demi terrain, nous avons un raisonnement sur le jeu pratiquement supérieur et notamment sur le jeu indirect. Les mecs vont avoir plus de capacité à proposer du jeu direct, d'impact. Mais je n’apprends rien à qui que ce soit avec ça. Les filles ont moins de verticalité, de vitesse et de capacité de franchissement que les mecs. 


Sous les ordres de Paco Laulhé, l'US Orthez fait le plein à domicile (photo : Alain Nouvel)

Quand on pense à Paco Laulhé, on pense au mot : formation. Un formateur connu dans toute la France du basket et surtout très respecté à Pau... 


C'est quand même un peu exagéré. Oui je suis passionné de formation. Je suis très déçu que l’on n’arrive pas à confronter nos méthodes. Notamment au niveau de l'apprentissage de la passe dans le jeu avec nos amis yougos ou espagnols. J'aimerais que nos formations de cadre évoluent encore en s'autorisant avec beaucoup d'humilité le fait d'aller voir ce qui se passe à côté de chez nous. C'est dans ces nations, qui proposent un basket au-dessus de la moyenne que l’on va progresser. Moi j'aspire à ça. Après dire que moi j'ai compris c'est osé. Je ne suis pas le seul, surtout quand je pense à quelqu'un comme Jean François Martin (ex-Cholet Basket) par exemple. En France il y a beaucoup de bons formateurs dans les différents centres de formations. Je pense à Cholet, Le Mans, Strasbourg, Chalon-sur-Saône et j'en oublie. Moi j'ai eu la chance de m'assoir sur le banc de l'Elan Béarnais, avec de la matière première. A cette époque, nous étions au top en France. Tous les gamins rêvaient de jouer à Pau. Quand tu chopes un gamin comme Thomas Heurtel, il faut vraiment avoir un chiffon troué pour ne pas arriver à faire briller le diamant.

Quand Thomas Heurtel séchait l'école...

On dit souvent que la génération 89-90, celle que vous avez guidé à Pau, est l'une des plus fortes passées dans le Béarn ? 

Oui cette génération me colle à la peau. Je l'ai eu très longtemps. Donc pour moi elle est la plus forte, mais je défends ma cause (rires). On avait une telle équipe, il y avait aussi Laurent Vila, Denis Mettay et Thierry Trouillet 3 coachs qui ont compté à Pau. On avait un putain de staff, de très gros moyens aussi, car le « Prési » nous donnait les moyens de nos ambitions. On avait des possibilités de s'entrainer et des conditions de travail majestueuses. Quand on te donne toute les cartes en main  pour réussir, il ne faut pas aimer le basket pour se rater. C'était impossible de ne pas gagner. Oui j'ai ma flamme, oui j'adore ça et oui j'ai eu une capacité de contact, de lien avec ces gars-là je ne peux pas le nier. Moi, j’aime transmettre. Mais je le redis quand tu as des pépites comme Heurtel, Raposo, Sambe, Lesca, Morency par exemple, si tu as une petite brosse, tu fais quand même un peu briller le projet.  

Avez-vous un peu de nostalgie quand vous repensez à tous les titres gagnés avec cette génération ? 

Tous les coachs qui m'ont formé en coaching personnel, m'apprennent à savourer mon quotidien et à rester tourné vers mes lendemains donc la nostalgie et la mélancolie j'y goute à peine. Après ce qui peut peut-être vraiment me manquer, c'est sans doute de ne plus jamais croiser une pépite comme Heurtel, avec une très forte complicité qui nous liait. Entraîner des mecs comme ça, c'est de l'or. Des mecs qui sèchent les cours en te demandant de les prendre en te disant qu’ils n’ont pas cours, alors qu’en réalité, ils sèchent. Et toi, naïvement tu vas les entraîner en te disant qu’ils n’ont pas école. Ils te mentent parce leurs projets sont au-devant de tout. Ils étaient dans une auto-détermination qui n'a pas d'égal. Du moins que l'égal de ceux qui sont portés par une telle motivation et une telle envie de réussir. Il n'y a que ce genre de joueur qui va aussi haut. J'ai eu plein de joueurs magnifiques, surtout humainement, mais il est certain que quand tu as la chance de coacher un joueur comme Thomas, tu t’en souviens toute ta vie. Tu es à -10 dans le dernier quart-temps, il te rentre 3 paniers à 3-points et il te remet dans le match. Comment tu ne peux pas être fier de l'avoir connu. Pourtant j'ai eu la chance de connaitre Gauthier Darrigand, Xane D'Almeida qui étaient de très bons joueurs mais aussi de très bons mecs. Mais Thomas reste un joueur spécial à mes yeux. Quand tu vois ce qu'il fait encore week-end après week-end avec le Barca, tu comprends pourquoi il est si spécial. Ça me fait plaisir d'avoir eu la chance de le croiser. 

Justement, quand vous le croisez la première fois à Pau, imaginez-vous déjà que 10 ans plus tard, il serait l'un des tous meilleurs en Europe à son poste ? 

Non, jamais je ne pense aussi loin. Par contre ce que j'ai vu chez lui, c'est tout ce que je n’avais pas. Ça pue le talent, et le talent tu ne le trouves pas en pharmacie ni au supermarché. Quand tu as du talent devant toi, tu te dois de donner la chance à ces mecs-là. Au final ceux qui sortent, c'est quand même avant tout ceux qui font de grands parcours, ceux qui changent la donne sur un terrain. On appelle ça des basketteurs. On a souvent débattu autour de ça quand j'étais au sein du centre de formation. Entre la part du technique, du physique, du mental et de la compréhension du jeu. Le physique, tu peux le travailler, la technique si tu travailles, alors tu vas t'améliorer pour devenir un joueur élégant. Mais le mental et l'envie de détruire ton adversaire, tu l'as en toi. Thomas, depuis tout jeune, il veut être le meilleur, il a ce côté tueur que très peu de joueurs ont. C’est le joueur que tu remarques quand tu rentres dans la salle. Moi, j'ai joué contre Fred Fauthoux, c'était pareil, même envie. Cette envie de te faire mal, cet amour pour le tir dans les moments importants. Aujourd'hui, trouver un joueur qui aime prendre ses responsabilités, qui ne se planque pas dans les moments chauds d'un match, c'est compliqué. Après, je répète, nous avons la chance d’être l’Elan Béarnais et à cette époque-là, tous les joueurs voulaient venir jouer à Pau. Il fallait être aveugle pour passer à côté d’un joueur aussi fort. Un mec qui veut la balle, qui va la monter et qui va la tirer, mais c’est de l’or ! Dans notre société actuelle quand une personne a du cran alors, nous nous devons de la valoriser. Il n'y a qu'en France où on va dire que c'est exagéré, car en France on passe notre temps à rabaisser. On passe notre temps à voir le côté sombre de la lune. C'est fou quand même. Avoir confiance en soi, ce n’est pas une si mauvaise chose. Si ? 

paco-laulhe1517653852.jpegAvec les Espoirs de l'Elan Béarnais, champions de France en 2006

Après avoir réussi à gagner en jeune à Pau, vous avez aussi dirigé le groupe professionnel après le départ de Laurent Vila en 2011/12. Malheureusement, cette expérience s'est soldée sur une descente en Pro B...

C'est dans la difficulté que tu grandis le plus. Cette expérience m'a forgé. J'ai enfin appris qu'il fallait mieux fermer sa gueule, même si tu avais le sentiment de voir des choses pas cohérentes. Il ne faut pas jouer à Zorro dans ce genre de cours. J'ai compris tout ça, et aujourd'hui ça me sert. Les grandes causes, quant à changer les choses sur des dimensions plus larges, des mœurs, une façon de vivre sont sans doute utopiques. J'ai la chance cette année, d'avoir une équipe qui véhicule toutes les valeurs que je véhicule, car le casting est juste exceptionnel. Dès que je suis au contact des filles, je suis comblé. Car ce sont des personnes vraies et saines. Les belles histoires, elles se font avec des personnes rares et c'est parce ces personnes sont rares que les histoires sont belles...  Et malheureusement, ce n'est pas ce qui s’est passé à Pau. Mais c'est comme ça, tu ne peux faire une bonne recette avec de mauvais ingrédients...

Il échoue en 2012 dans sa mission maintien

Cette descente en Pro B, est sans doute votre seul échec du côté de Pau et vous quittez l'Elan Béarnais dans la foulée... 

Oui, mais c'est la claque que je devais recevoir pour avancer. J'étais crédule, idéaliste et malheureusement cela ne marche pas à haut niveau. Du coup ça m'a foutu les pieds sur terre, j'ai rangé ma tenue de Zorro, j'ai dit à Bernardo qu'il était en congé et j'ai malheureusement quitté Tornado. Je sais aujourd'hui que mes grandes causes de Don Quichotte, je ne peux pas les assumer avec mes petites épaules. 

A tête reposée, cette pause entre votre fin à l'Elan et le début de votre histoire avec l'US Orthez, vous a fait énormément de bien ? 

Le terrain m'a manqué, mais j'avais besoin de prendre une autre direction. Mais je n’ai pas coupé. J'ai continué avec les petits et mes deux petits garçons. Car pour moi il est inconcevable, de connaître et de ne pas transmettre. J'ai fait une formation, j'ai rencontré des Québécois qui m'ont décapé le cerveau et aujourd'hui j'ai le mérite de dire que je me suis amélioré grâce à eux dans mon costume de manager. 

Lors de votre passage à l'Elan, il y a un épisode qui restera comme un moment fort de cette saison. Lors d'une conférence de presse d'avant match face à Orléans, vous avez demandé que le Palais des Sports soit Rome, que les supporters palois montrent de la véhémence envers les joueurs. Ce discours vous représente, mais il vous a sans doute aussi desservi ? 

S’il y a bien une chose qui m'a desservi, c'est bien ce discours. Mais, je tiens à resituer les choses. Je suis très fâché de ce qui s'est passé à ce moment-là. Nous sommes en conférence de presse, chez nous en salle de presse. Je sors ça, mais le problème c'est qu'il n'y a pas la fin. Jacques Monclar m'en a voulu, mais je regrette parce qu’il n’a pas entendu la fin tout simplement car ça a été coupé au montage. Je dis "Je veux que ce soit Rome", ce qui était complètement excessif, mais je continue avec "Je veux que ce soit Rome et si nous ne sommes pas au rendez-vous alors je veux les pouces en bas et qu'on nous bouge, qu’on nous siffle". Par contre ce qui a été coupé, et je veux rétablir la vérité car ça me fout en rage depuis 5 ans et que je n’ai jamais pu m'en expliquer. En suivant, j'ai dit, par contre, "Si dans la tribune des anciens, Pierre Seillant, Freddy Hufnagel lèvent les pouces vers le haut, cela voudra dire que nous faisons les choses bien. Et la s’il vous plait, il faudra nous pousser et nous encourager". Jamais je n'ai pu retrouver le son et du coup je suis passé pour un espèce de malade qui voulait que l'on siffle ses joueurs. J'avais commencé par l'idée évidemment, mais en aucun cas, je n'avais ça en tête. Je voulais que mes joueurs répondent présents, et que la peur des sifflets les transcende pour que nous soyons en mesure de remporter ce match. Aujourd'hui je ne ferai pas la même chose c’est une certitude, mais il y a 5 ans j'ai parlé avec mes tripes, avec la fatigue du moment et de l'année où j'avais vu des tricheries et malheureusement, je m'y suis pris très mal. 

Il y a aussi un accrochage avec Antoine Mendy lors d'un entraînement. Cadre de l'équipe pendant 5 ans, ce dernier sera écarté jusqu'à la fin de saison...

J'ai été pendant 4 ans assistant, avec Antoine Mendy dans l'équipe. Et j'ai beaucoup rigolé avec lui. Il pourra le dire, je n'avais jamais eu de problème avec lui. Puis, quand je reprends l'équipe, alors qu'il est le joueur avec le plus de temps de jeu (32 minutes par match), il me manque de respect devant tout le groupe. Penses-tu que je pouvais laisser passer ça avec ma fierté et mon amour propre. Je suis désolé, j'ai fait que ce que j'aurais fait à un minime ou à un cadet. Dans la situation où l'on était, je n'allais pas non plus baisser mon pantalon. Je peux recroiser Antoine, aujourd'hui, je n'ai pas de problème avec lui, il le sait. C'est une connerie, tout le monde en fait, j'en ai fait, j’en ferai encore, mais j'ai tendance à très vite pardonner.

L’Élan Béarnais, un amour éternel

Quand on vous écoute parler, on sent un amour très fort entre vous et l'Élan Béarnais ? 

Oui, je me suis promené avec une 2 chevaux et un fanion de l'Elan Béarnais accroché au rétroviseur intérieur pendant des années. J'ai connu Orthez et la Moutète. J'ai vu des liesses de joie, j'ai vu mon père se serrer avec ses potes, les larmes aux yeux. Il pouvait y avoir, le docteur, le chirurgien à côté du boucher du coin, tout le monde se sautait dessus et tout le monde avait une planche en bois sous les fesses pour assister au spectacle. Il y avait l'égalité, il n'y avait pas de loges et compagnie. On venait là parce c'était un point de convergence où tout le monde redevenait sensible. A quoi ? A un spectacle bourré d'intentions de jeu, d'engagement plus d'appartenance et de loyauté. Et. Le plus beau dans tout ça, c'est que c’était réalisé par des personnages en or. C'était les Rolling Stones. Larrouquis, Hufnagel, Bisséni, Duquesnoy, Carter. C'était les Stones et ce n’est pas pour rien qu'ils écoutaient ça. C'était magique car c'était la folie. Ils faisaient rêver les foules, tu avais envie de rentrer dans leurs corps tellement qu'ils te faisaient rêver ces gars-là. 

Vous devez avoir quand même des regrets de pas avoir fait toute votre carrière dans ce club ?  

J'ai souvent réfléchi à ça. Mais je pense qu'il fallait que je parte, pour grandir, il fallait que je bouffe de la poussière pour réaliser que je n’avais pas les moyens d'être le héros que je rêvais d'être et surtout, je n'aurais jamais pu faire ma formation de coaching en développement personnel qui m'a modifié en tant qu'homme et qui me rend encore plus heureux aujourd'hui. 

Depuis votre départ et encore aujourd'hui avez-vous pensé revenir à l'Elan Béarnais ? 

J'aurais pu revenir, j'ai été sollicité pour revenir dans le staff de la formation il y a deux ans, mais cela ne s'est pas fait....

Actuellement, beaucoup de critiques sont dirigées envers la direction de l'Elan Béarnais et notamment Didier Gadou, quelqu'un que vous connaissez depuis un certain temps. Comprenez-vous ces critiques ? 

Je pense connaître assez bien Didier et je sais aussi que le poste n'est pas facile. Les critiques font parties de la vie. Pour avoir vu Claude Bergeaud dans ce rôle, je peux vous garantir, que c'est un job très compliqué, il est usant et il faut être fort mentalement. Didier l’était en tant que joueur, il est en tant que directeur exécutif. Comme monsieur le Maire, tu dois gérer pleins de dossier, plus compliqués les uns que les autres. Moi avant de savoir coacher, j'ai fait plein de conneries. Et c'est pareil pour Didier, il a fait des erreurs, mais aujourd'hui ne personne peut lui enlever qu'il a pris la mesure du poste. 

Passer après quelqu'un comme Pierre Seillant, grand supporter de l'US Orthez mais avant tout l'homme de base de cet Elan Béarnais, ce n'est pas facile du tout.

Comment ne pas être sensible à cette homme. Il est unique, et personne ne peut faire pour l’Elan ce qu’il a fait. C’est le « Prési ». J'allais à Orthez voir les matchs, à 9/10 ans et je voyais ce mec avec son manteau en cuir, classe et qui te laissait imaginer qu'il était une personne importante. Mais c’était le cas. Ce même mec, après lui avoir envoyé un CV et une lettre de motivation, t'autorise à rentrer dans le dispositif. Dans mon club de cœur. Tu vis 10 ans avec lui et il te sauve la mise à plusieurs reprises car ton impulsivité aurait pu jouer en ta défaveur et il t'aide à grandir en tant que coach, mais aussi et surtout en tant homme. Aujourd'hui j'ai la chance de coacher dans une salle qui porte son nom et il vient te voir en te félicitant, alors que lui est parti gagner au Pana lors de la grande époque de l'Elan en EuroLeague. Mais c'est quoi un match de fille pour lui à Orthez ? Sauf que ce mec, c'est un peu comme nous tous. Il aime le basket, c'est tout. Cette passion elle est viscéralement installée, c'est pour ça que l'on se rejoint, et pour ça que l'on se respecte. C'est quand même le mec qui m'a permis de toucher les plus gros salaires que je ne toucherai jamais ailleurs. 

Dans l'effectif palois de cette saison, il y a deux jeunes Elie Okobo et Léopold Cavalière. Vous le formateur, il est certain que vous avez un œil observateur sur le développement de ces deux joueurs ? 

Je pense que j'aurais trouvé des choses à dire au sujet de ces deux joueurs mais comme beaucoup de gens. Léo, c'est un soldat, façon Thierry Gadou avec l'apprentissage du sale boulot. S’il est patient et s'il est humble et qu'il travaille son tir, ça peut passer un cap de plus surtout s'il développe sa vision du jeu. C'est un gars qui n'est pas super talentueux au départ, mais qui met tellement de gaz qu'il montre que c'est aussi possible de rentrer dans le salon en passant par les sous-sols. Rien que par rapport à son abnégation et ce qui donne, c'est une personne que j'aurais aimé accompagner. Elie, c'est du talent en barre. Un gaucher, avec des perspectives de créativité tout autre. Le palier qu'ils lui ont fait franchir en le conditionnant et en le responsabilisant, je suis bluffé. Il est encore perfectible. 

Le dernier jeune meneur à Pau titulaire se nomme Thomas Heurtel. Peut-on comparer ces deux joueurs ? 

Pour moi, mais ça reste subjectif, mais je pense que Elie a plus de facultés physiques pour défendre que Thomas. Il peut faire beaucoup plus sur l'homme et dans les pick and roll parce il est plus souple du dos et du bassin. Maintenant, l'autre branque, il a un truc, je ne sais pas si ça peut s'expliquer ou s'apprendre. Elie, il ne s'échappe pas, il prend ses responsabilités, mais l'autre il fait ça depuis tout petit avec ce sang froid qui le caractérise. Il a toujours été le petit impétueux qui vient te chercher la balle et qui te dis "laisse c'est pour moi". Pour moi ça, c'est la classe internationale.

Des souvenirs qui resteront gravés en lui à vie 

Quel est votre pire souvenir à l'Elan Béarnais ?

La descente en Pro B... Elle sonne avec mon départ quand même.

Et votre plus beau souvenir ?

Là, c'est dur. Le titre 96 avec la French team et un Antoine Rigaudeau en état de grâce. 1987, la victoire face Tel Aviv, Milan, on bat le Kaunas de Sabonis, c'était magnifique. C'est compliqué de sortir un match de cette saison 1987. Mais ces deux saisons restent pour moi les deux plus belles saisons à mes yeux. 

En tant que coach, vous devez aussi avoir des souvenirs impérissables ? 

Oui, le titre de 2006. Avec Heurtel, Raposo, Sambe et toute la clique. Jamais je ne pourrais oublier. On fout 30 pions à Nancy en finale qui nous avait battu en demi-finale de coupe de France quelques semaines plus tôt sur une erreur de coaching de ma part. Et en pro, c'est le titre à Bercy en Pro B. Avec des mecs qui sont aujourd'hui des amis, je pense à Teddy Gipson, Marko Maravic, Slaven Rimac et Georgi Joseph. Cette équipe-là, c'est des souvenirs de complicité, de maturité. Juste magnifique. Quatre gars en or.

paco-laulhe1517654194.jpegRetour de la victoire contre Limoges en finale de Pro B en 2010 (photo : Jérôme Tapie)

Quelle serait pour vous l'équipe historique de l'Elan Béarnais ? 

C'est très dur comme question. Tellement de grands joueurs ont porté ce maillot vert et blanc. Je vais en oublier c'est certain. J'espère que personne ne m’en tiendra rigueur. Il faudra leur expliquer que je n’ai pas eu le budget pour tous les faire signer. Il y a Antoine Rigaudeau, Slaven Rimac, Marcus Brown, Lawrence Funderburke, Thomas Heurtel, Freddy Huffnagel, Howard Carter, Paul Henderson car il ne faut pas oublier... Attention faut pas que je fasse le con (rires). Il y a aussi Corad McCrae, Josh Grant pour finir ma raquette. Mince j'ai oublié Babac... Daren Daye de 1996 aussi. Je n'oublie pas quelqu'un comme Lolo Sciarra. C'est un monsieur du Basket Français. Un grand joueur mais avant tout un grand homme. Une personne avec qui tu peux parler des heures, car il connait le basket par coeur. Ses qualités de jeu et de vision, étaient extraordinaires. Encore aujourd'hui on se parlen nous sommes pareils.  Je suis vraiment déçu de ne pas mettre les autres. Mais je n’ai pas assez d’argent, les vannes sont fermées. Mais bon avec cette équipe, on peut réaliser de très grandes choses !

 

09 février 2018 à 09:20
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Bercé par les Chicago Bulls... de Dennis Rodman, mes journées seraient si tristes sans ce fichu ballon orange.
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