FRANCE

LA PLACE DU BASKET FRANÇAIS EN EUROPE : ALAIN WEISZ ET LE SCB TIRENT LA SONNETTE D'ALARME

Crédit photo : Sébastien Grasset

Pour la première fois, l'ensemble des entraîneurs professionnels s'est réuni la semaine dernière afin d'évoquer l'évolution de leur métier et du basket français. Vice-président du Syndicat des Coaches et très impliqué dans cet évènement, Alain Weisz nous détaille ce qui en est ressorti.

Si on ne le reverra vraisemblablement plus assis sur un banc, Alain Weisz (64 ans) n'en reste pas moins très actif dans le monde du coaching. Retourné vivre à Marseille où il intervient parfois à l'université, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France est aussi le vice-président du Syndicat des Coaches de Basket, qui vient d'organiser les premières assises des entraîneurs du basket professionnel français.

Un évènement de deux jours à Boulogne-Billancourt (23 et 24 août) qui a permis à 70 techniciens tricolores (seuls les clubs de Nancy et de Fos-Provence n'étaient pas représentés) de se retrouver et d'échanger. Des intervenants extérieurs, comme Pape Diouf (ancien président de l'Olympique de Marseille) ou Daniel Riolo (consultant sur RMC), sont même venus participer au débat "Qu'est ce qu'un entraîneur professionnel en 2017 ?", venant témoigner de la situation actuelle dans le football professionnel (raréfaction des entraîneurs français), souvent un indicateur du futur à court terme des autres sports professionnels.

Tour d'horizon des sujets abordés avec Alain Weisz, peu rassuré - c'est le moins que l'on puisse dire - pour l'avenir immédiat du basket professionnel français.

 Le but et les conclusions de ces assises

"Cet évènement était destiné à faire un point avec la profession par rapport au basket français qui est en train de changer. Premièrement, il y a une hémorragie considérable de joueurs qui partent à l'étranger. Auparavant, il y avait les joueurs en NBA et quelques éléments en EuroLeague. Maintenant, ils vont partout. Ce qui est étonnant, c'est que le basket français n'arrive pas à les conserver. Bien sûr, cela donne l'opportunité de faire jouer des jeunes mais il ne faut pas oublier que jusqu'à preuve du contraire, les clubs professionnels ne sont pas des centres de formation mais des institutions centrées sur la compétition.

Deuxièmement, nous voulions faire un état des lieux par rapport au fonctionnement des coachs autour de leur staff. Beaucoup demandent à ce qu'il soit étoffé et de passer à deux assistants au lieu d'un seul. Les joueurs Français étant appelés à arriver de plus en plus jeune dans les équipes professionnelles, il est important d'individualiser l'entraînement. Un entraîneur qui a beaucoup de choses à faire, avec un seul assistant à ses côtés, ça ne semble pas suffisant à la profession.

Une autre demande a été de généraliser la présence d'un général manager, d'un directeur sportif, quelque soit son appelation. Le but est que le coach ne soit pas en droite ligne avec son président et qu'il y ait quelqu'un qui puisse connaître au maximum les joueurs étrangers, être important au niveau du recrutement. C'est un poste qui existe déjà dans chaque club mais pas tous. Ce fut une demande quasi générale.

Il y a aussi eu une demande de formation continue, afin de pouvoir échanger chaque année sur les innovations qui se sont produites dans le basket européen, sur la qualité du jeu et des attitudes des joueurs et coachs. Sans oublier que tous les entraîneurs font partie du spectacle basket et qu'il a besoin d'une corporation excessivement soudée. Ça revient au dernier point qui était de mieux se connaître, de faire en sorte qu'il y ait moins de querelles bébêtes, que les coachs puissent avoir plus de considérations les uns pour les autres. Ce qui n'empêche pas les rivalités, de vouloir battre le voisin mais nous espérons voir une union des coachs, plutôt qu'un dénigrement comme cela a pu être le cas par le passé."

  L'absence des clubs français de l'EuroLeague, "une mauvaise affaire"

"L'ensemble des entraîneurs déplore que la France n'ait plus d'équipe en EuroLeague. Les présidents Siutat et Béral sont venus exposer leur point de vue et leur décision d'avoir retiré les équipes françaises d'EuroLeague et d'EuroCup. Ils nous ont aussi expliqué pourquoi certains clubs renouaient avec l'EuroCup. Le problème, c'est que cela entretient une confusion où l'on ne sait pas véritablement ce qui va se passer dans le futur, si les clubs admis le seront du fait de l'EuroLeague ou si les décideurs français changeront leur fusil d'épaule. Malheureusement, on n'a pas vraiment eu de précisions par rapport à cela."

"La victoire de Nanterre à Barcelone a été plus importante que leurs sacres dans les coupes subalternes"

"Non seulement, on s'éloigne du haut niveau mais surtout, on n'y participe même plus. Il est là le problème. L'autre jour, j'ai commencé mon intervention auprès des présidents Siutat et Béral en disant que la victoire de Nanterre à Barcelone avait été plus importante pour le club, le coach et les joueurs que leurs deux sacres dans les coupes subalternes par la suite, que presque personne ne suit. Certes, c'est formidable, cela crée de la joie et de la cohésion dans le club mais au niveau international, la victoire à Barcelone a beaucoup plus fait parler, même s'ils ne sont pas allés au Top 16 par la suite.


31 octobre 2013 : une soirée dans l'histoire de Nanterre (photo : Claire Macel)


Il ne faut jamais, jamais abandonner le haut niveau. Même si on est mauvais, même si on ne gagne pas beaucoup de matchs, ce n'est pas quelque chose à faire. Il y a deux ans, lors de la dernière saison en EuroLeague d'un club français, Strasbourg a battu le Fenerbahçe et le Real Madrid dans sa salle. Ce n'est pas ridicule. Et si d'aventure un club tricolore venait à avoir un budget conséquent, je ne vois pas comment on pourrait faire abstraction de sa présence en EuroLeague. C'est une mauvaise affaire que d'avoir abandonné l'EuroLeague de Bartomeu."

  L'impossible exportation des entraîneurs français à l'étranger

"Tout d'abord, je souhaite préciser que l'arrivée de coachs étrangers en France ne nous pose aucun problème. L'arrivée de Serge Crèvecoeur, par exemple, est saluée et on lui souhaite tous de réussir avec Pau. Le problème est que les clubs français sont plus enclins à faire appel à des entraîneurs étrangers alors comment voulez-vous qu'on aille se positionner pour un club étranger alors qu'on aura du mal à obtenir de la considération sur notre propre terrritoire ? Il y a une forme de contradiction qu'il faut arriver à résoudre. Le basket français de clubs dont la considération a tendance à s'étioler, et il en va de même pour la profession des coachs du championnat de France.

Le fait qu'il n'y ait plus de clubs français en EuroLeague retire encore des occasions aux entraîneurs français de se montrer au niveau international. Le président Siutat a exprimé un souhait fort : que les coachs français partent exercer à l'étranger. Mais cela ne dépend pas que des coachs. Cela repose aussi sur le fait d'être considéré et sollicité par d'autres pays. Sans exposition EuroLeague et EuroCup, cela devient difficile."

  L'avenir des assises

"Il y a eu un souhait quasi général de renouveler cet évènement. Nous avons décidé de nous revoir une fois par an, non seulement afin de discuter du métier mais aussi apporter des technico-tactiques de premier plan afin de ne pas s'éloigner du haut niveau. Ce qui prendra donc peut-être la forme de clinics avec des coachs étrangers."

28 aout 2017 à 08:35
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