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[PORTRAIT] JULIAN WRIGHT, LE FACILITATEUR

Crédit photo : Sébastien Grasset

C'est l'un des plus gros CV de Jeep ÉLITE. De la NBA à l'Eurocoupe, Julian Wright a toujours fait admirer sa polyvalence et son talent de créateur. À 31 ans, l'intérieur semble avoir trouvé l'équilibre à Levallois, aussi bien sur le plan sportif que personnel. Et dans son sillage, les Metropolitans connaissent un très bon début de saison.

La plupart de ses coéquipiers ont déjà regagné le vestiaire. Alors que dehors, un froid mordant parcourt les rues de Levallois, Julian Wright (2,05 m, 31 ans) continue de suer sur le parquet de Marcel-Cerdan. L'Américain prolonge l'entraînement matinal en enfilant les shoots en compagnie de David Michineau. Sacha Giffa, l'entraîneur adjoint, est là pour renvoyer les ballons et prodiguer ses conseils. Après 20 minutes de rab', au moment de filer à son tour sous la douche, l'imposant barbu passe à côté d'un espoir du club en train de perfectionner sa technique de tir et lui glisse quelques mots d'encouragement. "Il adore échanger avec ses coéquipiers", apprécie son entraîneur Frédéric Fauthoux. "C'est un leader incontestable. Dans les vestiaires, sur le terrain, à l'entraînement ou en match." Pas le genre à jouer les starlettes au nom d'un CV où le mot "NBA" figure en bonne place. Intérieur délié, créateur capable de sortir une passe géniale sans prévenir, le garçon rappelle un certain Boris Diaw, à qui il succède sur le poste 4. Dans ses jeunes années, Wright était d'ailleurs souvent comparé à "Babac" époque Phoenix Suns. 

Le successeur de Boris Diaw

"Dans la mentalité, c'est un peu le même joueur que Boris", acquiesce Fauthoux. "Il adore faire briller les autres. Il n'est pas obnubilé par le fait de shooter, même s'il a un vrai tir extérieur qu'il n'utilise pas assez". "Il a une combinaison qualités athlétiques et techniques au-dessus de la moyenne", renchérit son agent Olivier Mazet. Un facilitateur qui bonifie les autres, à l'image du pivot Mouphtaou Yarou, dont les progrès en attaque sont flagrants. "Avec un poste 4 qui a cette qualité de dribble, de passe, et avec un point de fixation comme Mouphtaou, on s'est dit que ça pouvait matcher", reprend Mazet, qui représente aussi le poste 5 béninois. Côté chiffres, Wright tourne à 13,6 points à 59%, 8 rebonds et 2,7 passes de moyenne. Le Chicagoan est le deuxième meilleur joueur à l'évaluation (20,8) et le meilleur intercepteur (2,3) du Championnat. C'est aussi un excellent défenseur, domaine où il aime apporter. "Ma polyvalence fait que je peux changer sur les écrans, aider à l'intérieur ou couper les lignes de passe. Je ne bouge plus aussi vite que lorsque j'avais 20 ans mais j'essaie d'être plus malin", rigole-t-il. 

 

Après 10 journées, Levallois, qui reçoit Fos-Provence ce vendredi, pointe à une belle deuxième place. Et même s'ils ont beaucoup bénéficié des blessures de leurs adversaires, les Metropolitans ont battu des gros comme Le Mans, Strasbourg ou Monaco, et fait preuve de caractère pour s'arracher dans certains matchs serrés. Un parcours qui doit beaucoup au duo que Julian Wright forme avec le meneur croate Roko-Leni Ukic. "Je cherchais une équipe avec des joueurs qui connaisent le très haut niveau", explique Wright. "Ukic a une grande expérience. À l'entraînement, il est presque comme un deuxième coach et je suis complètement à l'écoute de ses conseils. Sur le terrain, il rend le jeu plus facile." Avec une hiérarchie bien établie et des joueurs très complémentaires, Levallois affiche un joli visage Si l'équipe est épargnée par les blessures et se qualifie en playoffs, elle pourrait y jouer les poils à gratter. Wright, qui n'a jamais soulevé de trophée depuis son arrivée en Europe, connaît la glorieuse incertitude du championnat français : "ce n'est jamais la même équipe qui s'impose. Si on arrive à faire la Leaders Cup puis les playoffs, tout est possible." Décrocher un titre serait une belle récompense pour celui qui a connu un long chemin avant d'atterrir dans les Hauts-de-Seine.

Pas assez scoreur pour la NBA

Basketteur précoce, monstre athlétique, il faisait partie des meilleurs lycéens de sa classe d'âge aux États-Unis. En 2005, il rejoint l'université de Kansas, où il matraque les cercles et fait admirer sa polyvalence (12 points, 7,8 rebonds et 2,2 passes décisives lors de sa deuxième saison). En 2006/07, les Jayhawks de Julian Wright, Mario Chalmers et Brandon Rush, remportent leur conférence, la Big 12, réalisent un joli tournoi final mais s'inclinent aux portes du Final Four. Jouissant d'une cote élevée, Wright est appelé en 13e position de la Draft 2007 (celle de Greg Oden et Kevin Durant) par les Hornets de La Nouvelle Orléans. Malheureusement pour lui, sa carrière NBA ne va jamais décoller. Trois saisons à NOLA, barré par Peja Stojakovic, Rasual Butler puis James Posey, puis un an à Toronto où il se morfond. Wright joue peu, est frustré, et refuse même d'entrer en jeu un soir où les Raptors prennent une dérouillée face aux Warriors. Il échoue en D-League, où il finira sur un titre de champion 2012, avec les Toros d'Austin (avec notamment Brad Wanamaker qui rejoindra ensuite Limoges), en étant décisif en playoffs. Au total, il aura disputé 231 matchs de saison régulière en NBA, dont 40 comme titulaire, et 15 matchs de playoffs, pour 3,9 points et 2,3 rebonds en 13 minutes de moyenne. Loin des espoirs qu'on pouvait nourrir à son sujet.

"Je ne peux pas dire que je regrette, positive l'intéressé. Je travaillais dur à l'entraînement mais je jouais peu. Ce sont des choses que je ne pouvais pas contrôler. Il m'a peut-être manqué une mentalité de scoreur, être un peu plus égoïste. En NBA, tout est question de chiffres. Même si je fais plein de bonnes choses, ce n'était pas ce qu'on attendait d'un joueur drafté aussi haut. Peut-être que mon profil collerait mieux dans la NBA d'aujourd'hui, avec plus de small ball. Je regrette seulement de ne pas avoir davantage travaillé mon jeu dans le périmètre, mon tir à 3-points : ça m'aurait ouvert la possibilité de jouer comme slasher. Mais j'ai beaucoup appris de ces années. J'ai joué avec Chris Paul, Tyson Chandler, David West, avec des gars qui avaient un gros QI basket et qui m'ont aidé à grandir. Ça n'a pas porté ses fruits en NBA, mais j'ai emmené cette expérience avec moi, et elle me permet de poursuivre encore aujourd'hui une carrière professionnelle." 

Une expérience qu'il a depuis trimballée partout ou presque : Israël, Russie, Grèce, Porto-Rico, Turquie, et enfin et surtout l'Italie, où il a d'abord brillé avec Trento en 2015/16, avant de faire le bonheur du Reggio Emilia la saison passée. Dominant partout où il est passé, All-Star en Italie et en Turquie, joueur d'impact en Eurocoupe où il a atteint les demi-finales deux fois, jusqu'à Levallois donc, sa neuvième équipe en six ans. 

portrait-julian-wright1542897983.jpegJulian Wright n’arbore pas encore son imposante barbe lorsqu’il débarque en NBA. Malgré trois saisons sous le maillot des Hornets,
puis une aux Raptors, l’ailier fort ne parviendra pas à s’imposer dans la grande ligue
(photo : NBA.com).

Son arrivée dans les Hauts-de-Seine est une occasion que les dirigeants des Metropolitans ont su saisir. Inacessible financièrement en début d'intersaison, Wright était toujours sur le marché en fin d'été, lorsque Levallois s'est séparé de James Kelly, qui n'avait pas convaincu. L'intérieur a accepté de baisser son salaire pour adhérer à un projet sportif convainquant et un cadre de vie difficile à obtenir ailleurs. "J'ai joué dans beaucoup de petites villes", explique-t-il, "et cette fois, ma famille et moi voulions une ville où nous pouvions être actifs, mes enfants aller à l'école internationale, que ma femme puisse avoir des activités et s'épanouir." Le confort que le club assure à ses recrues, le sérieux du championnat et l'attractivité de Paris ont décidé le joueur à sauter le pas. "Le fait qu'un Boris Diaw ait joué ici la saison dernière est aussi un sacré gage de sérieux, ça a compté", souffle son agent Olivier Mazet. Épanoui sur et en dehors du terrain, Julian Wright fait partie de cette caste de joueurs de très haut niveau qu'on ne voyait plus sur les parquets français et qui reviennent peupler la Jeep ÉLITE. Si l'aventure sportive est concluante, les dirigeants et les supporters de Levallois peuvent même rêver voir le joueur rester dans la même ville deux saisons de suite pour la première fois depuis son arrivée de ce côté de l'Atlantique.

23 novembre 2018 à 08:02
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