INTERVIEWS

"UN MÉLANGE DE DÉCEPTION ET D'INCOMPRÉHENSION" CONFIE ANTHONY RACINE, TOUJOURS SANS CLUB

Anthony Racine
Crédit photo : SLUC Nancy

Toujours sur le carreau, comme encore pas mal de joueurs français, malgré une saison correcte à Nancy, Anthony Racine se confie sur sa situation personnelle. Dorénavant, le shooteur français n'élude pas un départ pour l'étranger. Un statut qui lui plairait bien.

Il fait partie de cette liste des joueurs actuellement au chômage. En attendant une opportunité intéressante, Anthony Racine (1,90 m, 26 ans) est en ce moment même à Limoges, chez son père, où il continue de s'entretenir physiquement. Au sortir d'une honnête saison au SLUC Nancy (3e) avec une moyenne de 7,1 points en 14 minutes en sortie de banc, l'arrière français a eu quelques contacts avec des clubs de NM1 et Pro B mais rien ne s'est concrétisé pour l'heure. Une mésaventure qu'a déjà connu l'aîné de la fratrie Racine en 2017 et l'été dernier. L'ancien pensionnaire de l'INSEP ouvre les voiles pour l'étranger à présent en cas de non contrat en France, se sentant prêt à gouter à une aventure en dehors des contrées hexagonales. Entretien.

Ce n’est pas la première fois de ta carrière que tu démarres la saison sans club. Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ? L’expérience vécue par le passé t’apprends à relativiser ou bien la déception est encore plus forte et l’incompréhension prend le dessus ?

« Je suis quelqu’un de très persévérant, je m’accroche, je ne lâche pas. Ça c’est mon état d’esprit et il ne changera pas. La déception et l’incompréhension sont plus fortes aujourd’hui. J’ai fait beaucoup de sacrifices, notamment sur le plan financier à Nancy. Et pour moi le plus important aujourd’hui est d’être là où je veux être. Le rôle que j’ai eu au SLUC, c’est-à-dire en sortie de banc et apporter un peu de folie en attaque et du scoring, je veux l’apporter là où j’ai envie d’être. Et aujourd’hui je veux toucher à la Jeep ELITE. Puis par la suite rejoindre une grosse écurie en Europe. Donc je relativise car c’est un choix de ma part d’être dans cette situation. Je connais mes objectifs, mes ambitions sont assez hautes. Malgré tout, il y a un mélange de déception et d’incompréhension car mes saisons sont bonnes, comme c'était le cas à Nancy. »

Ça signifie aussi que tu as eu des propositions cet été et que tu as refusé ?

« J’en ai eu oui, de la part de clubs de Nationale 1 avec des bonnes propositions financières mais cela ne m’intéresse pas pour l’instant. Malgré tout, c’est un championnat compétitif, de très bons niveaux. Mais je me donne encore la possibilité de toucher le plus haut niveau. »

Aujourd’hui, est-ce que tu as des réponses à cela ? Sur le fait que c’est la troisième fois en deux ans que tu ne prends pas part à la présaison d’un club ?

« Je n’ai pas de réponses exactes à cette question mais peut-être aussi que je paie encore certains choix que j’ai fait plus jeune. Par exemple, à l’INSEP, j’ai été rapidement catalogué comme quelqu’un d’égoïste qui s’est encore plus accentué avec mon refus de jouer pour l’Équipe de France U20. Ce sont des petites étiquettes qui collent à la peau et qui restent coller. Donc je le paie peut-être encore aujourd’hui alors que c’est du passé. Ses images de moi qu’ont peut-être encore des entraîneurs, elle est en décalage avec ma personne aujourd’hui. Et concernant mon style de jeu, je suis quelqu’un qui aime scorer. Mais je sais aussi m’adapter et me fondre dans un collectif. Aujourd’hui, j’ai grandi, muri, j’ai 26 ans et j’ai appris de mes erreurs. »

Est-ce que tu souhaitais prolonger ton aventure au SLUC où tu sors d’une saison correcte malgré un temps de jeu moyen ?

« Je voulais prolonger oui. J’étais dans un endroit que je kiffais entre la salle de basket, l’environnement, le public, la ville, c’était vraiment un bon endroit pour moi. De plus l’équipe est compétitive en Pro B et ça me plaisait ça aussi. Mon rôle, en sortie de banc, je l’ai accepté et j’ai été plutôt rentable. Au mois de décembre, on parlait de prolongation déjà. Seulement à la trêve hivernale il y a eu des changements, le coach Christian Monschau a notamment été remercié. Du coup je n’ai plus eu de nouvelle derrière. Mais je comprends, c’est le business… » 

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 Anthony Racine a multiplié les tournois estivaux pour se maintenir en forme (photo : PB420)

Les portes pour l'étranger ouvertes : "Je suis prêt à utiliser mon passeport"

Parle-moi un petit peu de ton intersaison (contacts, summer league)

« J’ai eu des contacts oui, avec des clubs en NM1 mais aussi en Pro B comme avec Antibes, mais après cela ne s’est pas fait. En attendant de trouver un club, je me maintiens en forme. Comme chaque été, je m’entraîne avec mes deux petits frères, Alexis et Warren. Et je vais à Limoges voir mon père, là où je suis actuellement. Donc je reste actif. Cet été, j’ai participé à l’Amiral League. Ça été une première réussie et je tiens à tirer mon coup de chapeau à Amara et son staff. C’était un plaisir d’affronter des gars de différents niveaux. J’ai aussi participé au tournoi du PB420 de Champs-sur-Marne avec 50 joueurs professionnels, ainsi que l’open de France 3x3 de Nantes. Quand on joue, on progresse, et ça c’est le plus important. »

Tu as décidé de prendre part au stage de l’Équipe de France 3x3 la semaine prochaine pour continuer à t’entretenir. Pourquoi cette décision ? Et quel est ton rapport avec cette discipline ?

« Le 3x3 est une discipline qui me plait beaucoup, je participe notamment à tous les open de France. C’est Richard Billant qui m’a convié de rejoindre le stage de l’Équipe de France 3x3 qui va se tenir à l’INSEP et j’ai de suite accepté. Je suis un compétiteur, j’ai la volonté de m’inscrire sur la durée avec les Bleus et de porter régulièrement le maillot. J’ai des objectifs importants avec l’Équipe de France. C’est une discipline structurée et libre à la fois. »

Maintenant tu décides d’ouvrir les portes pour l’étranger. On voit de plus en plus de français s’expatrier. As-tu des championnats de préférence si cela devait se faire ? Est-ce que cette décision est un petit peu la solution du « désespoir » ou bien malgré tout une envie en toi de découvrir un autre championnat, environnement ?

« C’est clairement plus un besoin qu’un désespoir. Je sais que je suis capable de m’expatrier, de découvrir de nouvelles cultures, un autre basket, un autre rôle aussi. J’aimerais avoir ce statut de joueurs étrangers. C’est un statut qui m’a toujours excité. J’ai envie d’avoir des responsabilités sur le poids de mes épaules. Après je suis fier de mon parcours en France, ça fait 6 ans que je suis installé en LNB. Mais aujourd’hui, je suis prêt à utiliser mon passeport pour voir autre chose. Des championnats préférés ? La D2 espagnole, allemande ou la D1 polonaise sont de bons championnats. Je suis conscient que je signerais pas au Fenerbahçe mais il y a des étapes avant et ça passe par là, par ces championnats de seconde zone. Par exemple, cet été, j’ai eu une proposition d’un club de LEB Oro (D2 Espagnole) mais cela ne s’est pas fait. »

anthony-racine1598004428.jpeg Les yeux rivés sur l'étranger ? Une possibilté que ne ferme plus Anthony Racine (photo personnelle)

Un mot plus global sur la situation des JFL libres. Le monde connaît une période très particulière.  On pouvait penser que les clubs allaient davantage recruter des JFL pour éviter toute mésaventure car la situation dans les pays étrangers est différente (beaucoup de joueurs sont toujours bloqués). Finalement, cela n’a pas vraiment changé les habitudes des clubs et beaucoup de français sont sur le carreau. Donne-moi ton point de vue.

« En France, selon moi, la situation n’a pas changée. Le championnat de France est très compétitif et structuré pourtant. Mais quand je vois tous ces joueurs sur le carreau, c’est juste incroyable… Il faut qu’au fur et à mesure des années, il y ait moins de joueurs français sans contrat. Après ça va d’un côté comme de l’autre. Certains joueurs sont aussi trop gourmands, quand de l’autre certains manquent d’opportunités. Il faut faire le juste milieu. »

Ça passe par une réduction du quota de joueurs étrangers par exemple ?

« Oui c’est une solution, de revenir comme avant. Après je comprends aussi que de recruter des joueurs étrangers permet d’être plus compétitif. Je sais qu’en deuxième division italienne, le quota maximum est de deux joueurs étrangers et le reste est complété par des joueurs italiens. Et c’est bien pour des jeunes joueurs de pouvoir s’exprimer en deuxième division plutôt qu’en première. Mais en tout cas, il faudra trouver une solution pour qu’il y ait moins de joueurs français sur le côté. »

Quel rôle joue le Syndicat National des Basketteurs (SNB) dans ces moments de doute ?

« Déjà je recommande à tous les joueurs de s’inscrire au SNB. Il nous aide vraiment. Ça passe par des formations, des camps organisés chaque été entre joueurs sans clubs et encadré par des coachs professionnels. Je trouve ça important et c’est pour ça que j’ai adhéré. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Je sors d’une bonne saison à Nancy et ça ne veut pas dire que je vais retrouver automatiquement un club. » 

21 aout 2020 à 13:30
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