INTERVIEWS

DES PARQUETS AUX BANCS DE L'ÉCOLE, LE REBOND ANTICIPÉ DE KINGSLEY PINDA

Kingsley Pinda HTV 2014 Sébastien Grasset
Crédit photo : Sébastien Grasset

Ancien espoir nancéien passé par Évreux et Hyères-Toulon, Kingsley Pinda a décidé de faire une croix sur le basketball professionnel à seulement 23 ans. Parfaitement épanoui aujourd'hui à Newcastle en Angleterre et prêt à conquérir la Chine, il revient sur son parcours atypique pour BeBasket.

Son père Emmanuel Pinda est double champion du Monde et double champion d'Europe de karaté, son frère Emmanuel Pinda, troisième du nom, est aujourd'hui responsable du centre de formation des Metropolitans. Difficile, au sein de cette famille, d'échapper au monde du sport et à la recherche de la performance, du dépassement de soi. C'est dans ce cadre que Kingsley Pinda (1,95 m, 26 ans) commence le basket, après de nombreuses heures passées à regarder son grand frère, ancien joueur espoir de Levallois, arpenter les parquets.

Signé par le SLUC Nancy à 16 ans, le jeune ailier s'impose rapidement comme l'un des joueurs les plus intéressants de sa génération. Vice-champion d'Europe U20 en 2012 avec la génération 1992 (Labeyrie, Westermann, Toupane...), il grappille rapidement ses premières minutes avec l'équipe professionnelle en EuroLeague sous la houlette de Jean-Luc Monschau tout s'imposant comme l'un des meilleurs joueurs du championnat Espoir. Mais la marche étant trop haute pour y devenir un joueur de l'équipe première à part entière, il choisit de lancer sa carrière professionnelle à Évreux, en Pro B puis rejoint Hyères-Toulon la saison suivante, deux premières expériences mitigées. Ne souhaitant pas répondre aux nombreuses sollicitations des clubs de NM1, le jeune homme de 23 ans prend alors la décision radicale de mettre un terme définitif à sa carrière professionnelle.

À 26 ans, Kingsley Pinda semble aujourd'hui pourtant parfaitement épanoui dans sa nouvelle vie, loin du monde de la balle orange. Acceptant de revenir sur son surprenant parcours, l'ancien espoir français nous livre aujourd'hui ses impressions sur son expérience, symbolisant les difficultés éprouvées par de jeunes talents français confrontés très tôt à la réalité du monde professionnel. De son arrivée au SLUC Nancy en 2008 à ses débuts en Euroleague jusqu'à l'université de Newcastle en Angleterre, voici notre entretien avec Kingsley Pinda.

Propos recueillis par Thibault Bruck, le 26 janvier 2018. 

 

Est-ce qu’avant de débuter votre formation au SLUC Nancy vous aviez envisagé une autre trajectoire que celle de sportif de haut niveau ?

Non, pas du tout. J’ai essayé plusieurs sports quand j’étais jeune avant le basket. Mon père voulait simplement qu’on fasse du sport, c’était quelque chose de très important. J’ai choisi le basket parce que mon grand frère en faisait étant plus jeune mais c’est vrai qu’au début rien ne me destinait à faire du basket. Quand j’ai commencé, je jouais vraiment pour le plaisir. Mon père m’a poussé à m’entrainer plus que les autres et je me suis rendu compte que je pouvais éventuellement faire quelque chose dans le basket. Ce qui était fondamental pour mon père, c’était qu’on fasse du sport mais après c’était à nous de choisir le sport que l’on voulait, il ne nous a jamais orientés, mon frère et moi, vers le basket en particulier.

"Il y a un gouffre entre le monde espoir et le monde professionnel"

Vous arrivez au centre de formation de Nancy en 2008, les Espoirs, les équipes de France jeunes, les premières minutes en Pro A... la trajectoire classique pour un futur professionnel. Dans votre tête à ce moment là, c’est certain, il n’y a qu'une seule carrière possible : c'est de devenir basketteur profesionnel ?

J’ai vraiment passé de supers années à Nancy, le cadre était parfait, j’étais avec Pierre Verdière un entraineur que je garde vraiment dans mon coeur. Ces années, je ne les oublierai jamais. C'est vrai, j’ai même réussi à intégrer petit à petit le groupe professionnel avec Jean-Luc Monschau et jouer quelques minutes d’EuroLeague (une apparition sur le parquet de l'Olympiakos, ndlr). C’est vrai qu’à ce moment là j'étais parmi les meilleurs de ma classe d'âge, je me suis dit "il y a quelque chose à faire, je veux devenir basketteur professionnel".

Par la suite, vous allez connaitre les difficultés classiques d’un jeune joueur qui tente de s’imposer dans un groupe professionnel. Qu’est-ce que vous dites à ce moment là ?

Je ne l’ai pas vraiment vu comme une difficulté à l’époque, il y a un gouffre entre le monde espoir et le monde professionnel. Je savais à l’époque qu’il fallait être patient, être présent le jour où on me donnerait ma chance. Pour moi, c’était quelque chose de normal dans mon apprentissage, je devais prouver que je méritais des minutes. Ça fait partie du "process" pour un jeune.

Vous renoncez finalement à votre dernière année espoir avec Nancy et vous signez ensuite à Évreux en Pro B. Quelles étaient vos attentes pour votre première réelle saison en tant que joueur profesionnel à part entière ?

C’était vraiment la première fois où je pouvais avoir l’opportunité de m’exprimer. Le basket, c’est comme n’importe quel sport, il faut être au bon endroit au bon moment. Pour moi, Évreux, c’était justement le bon endroit pour pouvoir m’exprimer pour ma première année en tant que professionnel. J’avais forcément beaucoup d’attentes sur le plan individuel. On va dire que mon année à Évreux était correcte, j’ai beaucoup appris aux côtés du coach Rémy Valin. Le souci, cette année là, c’était ma régularité, c’était vraiment mon point faible. Je devais vraiment travailler là dessus parce que c’était frustrant, je n’étais pas 100% satisfait de ma première saison à Évreux.

"Mon passage au HTV m'a fait prendre conscience qu'il n'y a pas que le basket"

Vous atterissez à Hyères-Toulon la saison suivante, pour un exercice bien moins abouti sur le plan basket. Que s'est-il passé exactement ?

Tout était en place pour que ce soit une bonne saison, le groupe était génial, les objectifs étaient intéressants. Après quelques matchs amicaux, l’équipe n’était pas au mieux de sa forme, le coach (Laurent Legname, ndlr) a décidé de faire des ajustements et de recruter d’autres joueurs et malheureusement, c’est tombé sur moi. On a recruté des joueurs sur mon poste, forcément ça a limité mon temps de jeu. Avec le recul, je ne regrette pas du tout ce qui s’est passé mais à ce moment là, il faut dire je m’étais engueulé avec le coach. À partir de ce moment là, mon temps de jeu a été réduit à zéro.

Kingsley Pinda, en défense contre Charleville-Mézières, avec le HTV en 2014/15
(photo : Sébastien Grasset)

Ce moment de tension avec Laurent Legname, à quel propos était-ce ?

Ce n'était rien de personnel, c’était vraiment par rapport au jeu en lui-même, sur une action anodine, pas en rapport avec ma situation personnelle. C’était vraiment à propos du basket, il n’y avait de rien de personnel. Après ça, je n’ai plus eu d’opportunités en match mais je me suis dit "continue de bosser, sois prêt, si à un moment on te donne ta chance tu dois être prêt". Je me disais "sois fort mentalement, ça te servira pour plus tard".

Vous aviez reçu plusieurs propositions de clubs NM1, pourtant soudainement vous arrêtez tout. Vous changez totalement de plan de carrière. Quel a été votre raisonnement ? 

Mon passage au HTV, je ne le vois pas comme un échec, c'était simplement une étape dans ma vie. Mentalement ça a été une année difficile mais ça m’a fait prendre conscience que dans la vie il n’y a pas que le basket. Petit à petit, j’ai perdu cet amour du basket, cette flamme, cette passion qui fait qu’on va s’entrainer tous les jours. Je me suis posé beaucoup de questions sur moi, comme qu’est-ce que j’ai réellement envie de faire dans la vie. À cette époque là, durant l’été j’ai refusé des propositions de clubs de NM1 parce que j’estimais pouvoir prétendre à plus haut niveau que ça et je ne le regrette pas du tout. Au mois d’août, je n’avais toujours aucune proposition d’un club professionnel, j’étais revenu en région parisienne et je m’entrainais avec Paris pour pouvoir rester en forme. Je me suis dit : comme je n’ai pas de club, autant faire quelque chose dont j’ai toujours eu envie de faire et j’ai commencé à apprendre le mandarin. C’est quelque chose qui me tenait vraiment à coeur depuis des années, c’était l’occasion. J’ai vraiment apprécié ça, au mois de décembre, j’avais encore reçu des propositions venant de la NM1 et j’ai de nouveau refusé parce que je n'avais plus envie de faire ça. J’avais envie de tourner la page et de faire autre chose. Il y a tellement de choses à faire dans la vie. J’ai pris énormément de plaisir à faire du basket, le haut niveau m’a apporté beaucoup de choses, j’ai rencontré des gens extraordinaires, et des connards aussi, mais je voulais voir d’autre choses dans ma vie, c’est pour ça que j’ai mis un terme à ma carrière.

"Pour les jeunes, il y a un gros facteur chance :
il faut être au bon endroit au bon moment"

C'est clairement une croix sur une carrière professionnelle, sans retour en arrière possible. Vous avez eu des regrets sur le coup ?

Je me posais beaucoup de questions à l’époque. Je me disais est-ce que c’est normal de penser à arrêter, qu’est ce qui se passe si j’arrête ? Je n’avais fait que du basket dans ma vie. J’avais un peu peur de prendre cette décision mais après mûre réflexion je me suis dit c’est ce que je veux faire, une fois que la décision a été prise je n’ai eu aucun regret, c’était ce qu’il fallait faire. Toutes mes connaissances m’ont dit que je paraissais beaucoup plus épanoui après avoir mis un terme à ma carrière que quand j’étais un joueur professionnel. Étant plus jeune j’avais beaucoup d’ambitions sur le plan basket, mais avec le recul je me dit que j’ai tout donné pour y arriver, j’ai vécu beaucoup de choses, j’ai pris énormément de plaisir, mes années espoirs ce sont parmi les meilleures de ma vie. Quand je suis devenu professionnel c’était différent, mais je suis très reconnaissant de ce que le basket a pu m’apporter. Aujourd’hui je n’ai vraiment aucun regret par rapport a mes décisions passées, il n’y a pas que le basket dans la vie et je suis sûr que la vie me sourira autrement que par le basket.

Quelle été la réaction de votre famille quand vous leur avez annoncé votre décision ?

Mes proches ont tout de suite compris. Cela faisait déjà quelques temps que je cogitais et quand je leur ai expliqué pourquoi je voulais arrêter, ils ont tout de suite compris et l’ont tout de suite accepté. Ce que je fais c’est avant tout pour moi, pas pour eux donc forcément ils ont compris mon choix. À l’époque quand j’avais arrêté, je voyais plus ça comme un break plutôt qu’un arrêt total, je pensais rester proche du monde basket. Le fait que je ne trouve pas de club durant l’été, ça a permis à tout le monde d’anticiper un peu ma décision, ça n’a pas été brutal, c’était plus simple de leur annoncer de cette façon là. Mes parents m’avaient fortement conseillé de continuer mes études en parallèle et aujourd’hui, je leur en suis vraiment reconnaissant, sans ça je ne serai pas à Newcastle aujourd’hui. Tout le monde a compris mon choix.

Avec le recul aujourd'hui quel regard portez vous sur la formation des jeunes joueurs en France, sur leur intégration dans le monde professionnel ?

C’est une question compliquée mais ce que je retiendrais de mon expérience c’est qu’il faut être au bon endroit au bon moment, c’est primordial. Bien sûr, il faut énormément travailler mais si on n'a pas la bonne opportunité derrière, c’est compliqué. Je pense que ça ne concerne pas les « superstars ». Eux, on sait qu’ils auront une carrière professionnelle aboutie sans aucun problème. Pour les autres joueurs prometteurs en France, c’est le travail avant tout, mais il y a aussi un gros facteur chance, il faut réellement être au bon endroit bon moment. Au niveau de la formation, je pense que beaucoup de choses sont mises en place pour les jeunes aujourd’hui mais les clubs veulent des résultats immédiats. Ils ne misent pas forcément sur le long terme avec les jeunes. Il y a un juste milieu à trouver entre développement des jeunes et performance dans l’immédiat. 

"J'aimerais partir en Chine l'année prochaine développer mon propre business"

Vous étiez parvenu à conjuguer basket et études lorsque vous étiez à Nancy, où en êtes-vous aujourd'hui ?

Je n’ai jamais réellement arrêté mes études. À Nancy, j’avais pu obtenir mon BTS, alors après avoir mis fin à ma carrière j’ai pu enchainer sur une licence professionnelle en alternance, ça m’a donné une première expérience professionnelle en tant que commercial. Le basket c’était réellement fini. J’ai décroché ma licence et je me suis dit mais pourquoi s’arrêter là ? Jamais je n’aurais imaginé avoir un Master, je n’avais fait que du basket dans ma vie. En tant que joueur, j’avais également très envie d’aller jouer à l’étranger, ça ne s’est pas fait mais pourquoi pas étudier à l’étranger maintenant ? Ivan Emanuely, un ami qui avait également fait le centre de formation de Nancy, était parti à Newcastle en Angleterre, et m’en a longuement parlé. J’ai fait mes propres recherches et puis j’ai décidé de tenter l’aventure, aujourd’hui je suis bien à Newcastle. 

Vous avez repris le basket sur place, au niveau amateur. Quelles sont les grandes différences avec le système français ?

En Angleterre, c’est un championnat universitaire mais ce n’est pas du tout comme l’UNSS en France, c’est davantage basé sur le modèle NCAA. Il y a énormément de matchs, ça ressemble à un championnat Espoir. Ce qui est totalement différent de la formation française c’est qu’il y a peu d’entrainements, il n’y a pas de centre de formation à proprement parler. C’est difficile de vouloir, en un sens, privilégier le basket quand on est en Angleterre.

Si vous obtenez votre Master à la fin de l'année scolaire, ce sera quoi la suite pour vous ?

On ne sait jamais vraiment ce qui peut arriver dans la vie, pour l’instant j’ai une vision à court terme. L'idéal, ce serait de valider mon Master en e-business et e-marketing bien sûr et puis partir en Chine l’année prochaine pour développer mon propre business entre la France et la Chine. Donc aucun rapport avec le basket pour le coup. Dans l’idéal, j’aimerais passer quelques années là bas, ce serait vraiment génial.

Kingsley Pinda à Newcastle, ci-dessus et ci-dessous

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01 février 2018 à 16:45
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