INTERVIEWS

ÉQUIPE DE FRANCE, CFBB, EUROLEAGUE, JEAN-PIERRE SIUTAT NE VEUT PAS SE LAISSER FAIRE

JeanPierre Siutat FFBB
Crédit photo : Guillaume Poumarede

Pour l'équipe de France et son laboratoire, le Centre Fédéral, le président de la FFBB Jean-Pierre Siutat garde une ligne de forte, celle de la stabilité. Même son de cloche quand il s'agit d'évoquer les projets de l'EuroLeague.

Après s'être exprimé sur la baisse des licenciés cette saison ainsi que les leviers de développement à venir pour la Fédération française de basketball, son président, Jean-Pierre Siutat, a échangé sur le "haut niveau" avec nous. D'abord sur les soucis de communication entre les instances fédérales et les internationaux français. Ensuite sur les difficultés actuelles du Centre Fédéral, qui n'arrive plus à faire venir ou conserver les meilleurs joueurs masculins. Et enfin sur l'avenir de l'EuroLeague, qui est de plus en plus puissante et hors de contrôle pour la FIBA et ses fédérations membres. Entretien.



Patrick Beesley quitte son poste de Directeur Technique National (DTN) à la fin de l'année 2017 pour prendre sa retraite.

Patrick a été un grand serviteur du basket. Il a assumé une double fonction, il était DTN et directeur général. Depuis que je suis aux fonctions, je souhaite d'avoir une même personne qui manage les deux fonctions. Il l'a fait avec beaucoup d'efficacité. C'est une perte pour le basket français. Je sais qu'il est décrié sur les réseaux sociaux mais c'est quelqu'un d'efficace, discret. Dans tous les cas de figure, ça va être difficile de le remplacer.

Qui le remplacera ?

Ce n'est pas moi qui choisit, c'est un agent d'état, même si j'ai mon mot à dire. L'appel à la candidature est lancée.

Pourquoi cette double casquette de DTN / Directeur général ?

Le DTN, dans l'approche du ministère, et j'y suis tout à fait favorable, n'est plus un expert de son métier. Ça doit être un manager. A lui de trouver au sein de son équipe des gens qui seront de vrais experts. Aujourd'hui, un DTN d'un sport peut se retrouver DTN du sport d'à côté. Deuxièmement, on est une fédération avec 120 salariés. J'ai connu le temps où la DTN était à part et l'administration était à part. Il faut dire que ce n'était pas simple tous les jours pour arbitrer les situations. Là vous avez un patron qui est patron de l'opérationnel. Vous avez des instances politiques, moi je suis le président donc je suis le représentant du pouvoir exécutif. Et derrière on a un service avec un directeur général des services. Et ce directeur des services, il manage aussi bien des techniciens - que se soit les cadres techniques mis à disposition (par l'état) ou nos propres cadres techniques salariés - que les administratifs. Tous les clivages qu'il peut y avoir dans un fonctionnement sautent grâce à cela. Par exemple quand vous avez le service communication qui sollicite la DTN pour mettre en avant telle conférence de presse, quand les choses sont fait ensemble c'est plus facile. Quand l'un veut prendre le dessus sur l'autre, c'est plus difficile. Je reviens aux bases, je souhaite à l'avenir qu'on ait toujours un responsable des services qui soit le DG/DTN. Je pense que d'autres sports sont dans ce schéma.

Depuis des années, Patrick Beesley se rend aux Etats-Unis et en Europe pour rencontrer les potentiels internationaux. Si on ne peut pas lui imputer la faute - la FIBA a aussi du mal à "vendre" ses compétitions -, il faut reconnaître qu'il y a eu un record de forfaits cette année pour l'Euro 2017. Encore dernièrement, il y a eu Alpha Kaba qui...

(Il coupe) Vous voulez la vérité sur Alpha Kaba ? Il était convoqué dans les quinze ! Il devait jouer en équipe de France (pour les premiers matchs de qualification à la Coupe du Monde 2019 fin novembre, NDLR). Donc on l'a protégé. Il avait donné son feu vert. On protège les gens - c'est pour ça qu'on ne dit pas tout, on a un devoir de réserve - mais si à un moment donné si ça doit exposer les gens dans la critique, on va dire les choses aussi. Alpha Kaba était convoqué dans les quinze, il n'était pas dans les quarante joueurs susceptibles un jour de porter le maillot. Il était dans les quinze ! A un moment donné, il a fait son choix. J'ai eu le président de la fédération de Guinée au téléphone car je lui ai envoyé un courrier. On est en partenariat avec eux, on les aide, gratuitement, comme une dizaine d'autres pays en Afrique. Dans mon courrier je lui ai dit ''je ne comprends pas, je n'ai même pas eu un message de ta part comme quoi tu le convoquais''. Il m'a dit ''je suis désolé mais on ne l'a pas convoqué''. Je ne sais pas où est la vérité dans cette affaire, hormis que chez nous il était dans les quinze. C'est toujours pareil, on critique toujours l'institution par rapport aux gens. Mais à un moment donné l'institution va dire les choses sur ce dossier, comme d'autres. On a une volonté, c'est d'avoir l'équipe de France la plus performante possible. Après, des choses se font bien, se font moins bien etc. Mais la volonté est là, on ne travaille pas avec des gens inefficaces. On est dans des gens qui font leur travail du feu de Dieu. Que l'Euro 2015 ou 2017 n'est pas été très bien vendu, c'est vrai. Moi le premier, depuis le début, j'ai été contre ce projet de fenêtres internationales. Reprenez tous les écrits. Ça a été voté en août 2014. Quelque chose qui est voté, moi, fédération, je suis membre, je l'applique et essaye de faciliter son application. Je ne peux pas faire autrement, j'étais contre. Il faut se plier aux décisions. On verra ce qu'il va se passer à l'avenir mais aujourd'hui on a rien à se reprocher sur notre positionnement sur le dossier international. On met en place cette charte olympique pour que les gens s'engagent dans la durée. C'est compliqué de faire deux matchs de qualification et de ne pas être retenu derrière pour faire la Coupe du Monde. Mais c'est l'équipe de France. Si à un moment donné les gens (signataires de la charte) ont un autre discours, c'est leur problème mais ce n'est pas le nôtre.

 

Un projet avec Boris Diaw pour assurer les relations entre FFBB et joueurs internationaux



Aller voir les potentiels internationaux suffit-il ? Souvent quand on interroge les joueurs en cours de saison, comme Timothé Luwawu-Cabarrot, ils n'ont pas eu de nouvelles de la FFBB. Il ne faut pas essayer d'avoir un relationnel tout au long de la saison...

(Il coupe) Patrick Beesley, il est partout. Il était à Barcelone quand il y a eu le référendum (sur l'indépendance de la Catalogne). Il fait ses aller-retours, il fait son boulot. Après la relation, ce n'est pas parce qu'on voit une personne une fois qu'automatiquement ça suffit. Il faut peut-être la voir deux fois, trois fois etc. Mais le boulot est fait. Qu'on augmente ce type de boulot à l'avenir, je dirais oui. Moi aussi j'ai des relations avec les joueurs, j'y travaille aussi. On est une fédération olympique, on reçoit une délégation du ministère. Là on a reçu en décembre 2016 une délégation pour qu'on organise les choses pour se qualifier pour les Jeux olympiques de 2020. A un moment donné avec le calendrier, on est obligé de ratisser large pour mener à bien ce projet.

Pour assurer ce relationnel avec les internationaux pendant la saison, ne serait-il pas mieux d'avoir un joueur plus récent, qui a joué en équipe de France, peut-être en NBA ou EuroLeague, avec une image "qui parle" aux internationaux actuels qui ne connaissent sans doute pas la carrière d'un cadre de la fédération ?

C'est le type de projet qu'on peut avoir avec un dénommé Boris Diaw. On l'a évoqué avec lui mais aujourd'hui il n'a pas terminé sa carrière. La réponse est oui. Mais on l'a eu par le passé avec Crawford Palmer, ça n'a pas été aussi parfait. Patrick Beesley, quand il dit blanc c'est blanc.
On n'est pas un sport individuel, on est sur un sport collectif même si les carrières sont individuelles. Les carrières de joueur sont gérés par les agents, les clubs, par plein de choses. C'est très compliqué. On est dans une période de turbulences parce qu'on passe d'un format que l'on connaissait très bien, qui nous allait très bien dans le basket français, avec un format tout nouveau. On se cherche tous, y compris les joueurs. C'est normal.

 

Les meilleurs jeunes forcés à rejoindre le Centre Fédéral ?



Aux prémices de l'équipe de France, il y a souvent le Centre Fédéral de Basketball (CFBB). Pourtant, bien qu'il reste un outil performant, beaucoup de jeunes joueurs à fort potentiel préfèrent rejoindre un centre de formation et refusent l'invitation du CFBB. Résultat, l'équipe U18 galère encore plus que prévu en Nationale 1. Samedi dernier (le 28), il y avait 22-2 au bout de 5 minutes pour Tarbes-Lourdes (sans Ludovic Vaty) contre le CFBB.

L'équipe l'an dernier a aussi vécu un championnat difficile parce que la NM1 est un très bon niveau, avec beaucoup de joueurs étrangers - trop à mon avis. On s'aperçoit que ces jeunes quand ils ont fait la compétition U18 en EuroLeague, ils l'ont gagné cette compétition contre les meilleurs de leur catégorie d'âge. Ça montre quand même un certain niveau.
Aujourd'hui il y a deux choses : il y a la concurrence des clubs, ça on va y mettre le holà. Les clubs font partie du parcours d'excellence sportif où l'on retrouve le Centre Fédéral. La priorité est au Centre Fédéral. La FFBB y investit chaque année 1,2 million d'euros. Je vois mal le ministère ne pas se manifester si derrière on déshabille le Centre Fédéral tout ça pour les objectifs des clubs. Deuxième point, aujourd'hui on a de plus en plus de problèmes avec les universités américaines. Pour deux raisons, la première étant que le rêve américain est très présent chez les jeunes. Quand je vais voir les U15 en Pôle Espoirs, les filles répondent toutes que leur rêve est de jouer en équipe de France, les garçons c'est d'évoluer en NBA. Le rêve est très présent et tout ce qui permet de les rapprocher physiquement de la NBA, c'est quand même un plus. Et avec les nouveaux contrats NBA, il y a toute une économie, une attirance autour d'eux. L'autre chose c'est qu'on n'a pas de projet pour eux en France. C'est fondamental ça. Là-dessus, on va aussi corriger le tir. On en a parlé avec la Ligue Nationale de Basket (LNB), j'en ai parlé aussi la semaine dernière avec les clubs de NM1, qui comprennent la situation. On a besoin de préparer (les Jeux olympiques) de 2024, on a donc besoin qu'il y ait des jeunes qui jouent. On est quand même champion d'Europe U18, U16. Les gosses on les a. On n'a jamais été assez fournis en terme de talents en France, jamais ! Mais ces gosses à un moment donné ont du mal à trouver un vrai projet.
Le Centre Fédéral doit rester l'endroit où on prépare nos jeunes talents. On sait que les universités américaines n'amènent rien de plus en terme de basket. 
Aujourd'hui si le CFBB a du mal, c'est parce que trois joueurs sont partis (deux en réalité, Théo Malédon à l'ASVEL et Joël Ayayi à Gonzaga).

Mais il y a de gros projets intéressants pour l'avenir du basketball français, comme l'Académie de Tony Parker à Lyon.

L'Académie de Tony Parker ne doit pas faire concurrence au Centre Fédéral. C'est le deal initial. Vous pouvez le dire en gros titre. C'est comme ça qu'on a organisé les choses. Si demain ça devient concurrent, on ne respecte pas le contrat. Aujourd'hui, chaque fédération a obligation de proposer un parcours d'excellence sportive et met à disposition des cadres. On a 65 cadres payés par l'Etat. Si demain le parcours d'excellence sportive n'est pas respecté, les cadres vont être enlevés du basket français. Ça ne sert à rien d'avoir des centres de formation si on ne détecte pas les joueurs à l'âge de 12, 13 et 14 ans. Ça c'est fait parce qu'on a des territoires et des cadres techniques. Il faut respecter ce qui est notre école.

Comment fait-on aujourd'hui pour convaincre Théo Malédon, à qui il reste deux ans au CFBB, de ne pas rejoindre l'ASVEL à 16 ans alors qui lui est proposé de s'entraîner avec l'équipe professionnelle ?

Théoriquement, l'ASVEL n'a pas à lui proposer de venir.

Et si c'est le joueur qui demande à y aller ?

Il y aura certainement réaction de la fédération. Pas sur le cas de Malédon, mais plus largement.

Vous n'avez jamais envisagé de changer la classe d'âge au CFBB ?

Le parcours d'excellence sportive est mis en œuvre pour quatre ans. Le gros plus c'est que les centres de formation ont été ajoutés à la colonne du parcours d'excellence sportive. Ce n'est pas eux qui sont le parcours d'excellence sportive, ils ont été ajoutés à l'épine dorsale qui est le CFBB. Pourquoi changerait-on les choses ? Par contre qu'on ait un projet complémentaire pour la catégorie d'âge, au sortir du centre de formation, jusqu'à leur intégration à une équipe professionnelle, oui c'est ce sur quoi nous travaillons avec la LNB.
Soit on supprime le Centre Fédéral, soit on supprime les centres de formations et on fait comme certains pays, on donne les clés aux universités américaines. Le problème c'est qu'on se retrouvera avec des jeunes qui vont peut-être partir beaucoup plus tôt, qui seront plus joueurs formés localement (JFL).

Les neuf derniers joueurs français draftés en NBA ne sont pas passés par le CFBB. Est-ce que ce n'est pas une bonne nouvelle qu'il y ait de nombreuses voies pour arriver au haut niveau ?

La France était la risée en Europe dans les catégories jeunes. On ne passait pas les tours de qualification. Regardez, on n'a jamais eu autant de médailles en jeunes. Le travail est fait. C'est un travail complémentaire entre le Centre Fédéral et les centres de formation. Aujourd'hui, la priorité reste le Centre Fédéral. C'est comme ça.
Dans un centre de formation, il suffit qu'un président, qu'un coach ou responsable de centre de formation change, la culture du club change. On l'a vu par le passé. Tandis qu'au Centre Fédéral, il y a quand même une garantie d'une certaine pérennité.

Et si Théo Malédon joue 10 minutes en Pro A à 16 ans comme cela a été le cas samedi dernier ? Vous n'avez pas peur que la FFBB soit critiquée si elle empêche Théo Malédon de partir en pro dès ses 16 ans s'il a des garanties ?

Quand il y a des cas particuliers, on les traite. Quand il y a un cas particulier d'un jeune qui a un potentiel comme Frank (Ntilikina), comme Théo Malédon, on va tout faire pour l'aider à faciliter ça. L'important c'est qu'il ait une garantie d'avoir du temps de jeu en Pro A. On ne va pas retenir des mecs pour jouer en NM1 30 minutes s'ils ont la possibilité de jouer 10 à 15 minutes en Pro A. Ça on l'a toujours fait et on continuera à le faire. On est sur des cas exceptionnels. Il ne faut pas qu'on base une politique sur des cas exceptionnels. Le cas de Frank, il est exceptionnel. On a des joueurs qui ont besoin de faire leurs classes aussi, le double projet, tout ce qu'il y a derrière.

Mais le problème ne vient-il pas de l'image de la CFBB ? Quand on va voir un match du CFBB, c'est le samedi après-midi, il y a 50 à 100 personnes. Face à un jeune comme Jaylen Hoard qui a quitté le CFBB pour un lycée américain où il joue devant 2 000 personnes, c'est compliqué niveau épanouissement non ?

A domicile, il y a souvent des parents, des accompagnants etc. Il y a quand même des conditions assez exceptionnelles. Quand ils jouent à l'extérieur, en NM1 ils jouent dans des salles bien faites. On ne pourra concurrencer ce qui se fait à l'étranger, c'est la culture. Il y a quelques rares pays en Europe où le championnat junior est un pays de qualité. Il y a la Serbie, quand on regarde aux alentours de Belgrade, il y a un championnat intéressant. Je vous repose la même question : qu'est ce qui est fait pour que les centres de formation soient attractifs à ce niveau ? Ce ne sont pas des championnats qui remplissent les salles aussi. Ça veut dire quoi, c'est qu'on doit en faire un truc exceptionnel en terme d'ambiance type à l'Américaine ? Aujourd'hui il faut en trouver les moyens. En Université, l'équipe c'est l'équipe phare avec toute l'histoire qui a autour. Nous c'est l'équipe des jeunes derrière l'équipe première. Les gosses savent qu'ils sont là pour progresser, avoir leur bac pour derrière démarrer une carrière. D'autres l'ont fait avant, Tony Parker, Boris Diaw en tête.
Prenons aussi le cas de figure de (Vincent) Poirier. En début de saison 2015/16, il ne jouait pas avec Antoine (Rigaudeau). On lui a fait une dérogation pour qu'il ait une licence AS qui existe depuis dix ans. Ça l'a relancé.

Vous parliez des jeunes qui ne jouent pas assez. Lundi soir (le 31), Olivier Cortale et Bathiste Tchouaffé ne sont pas entrés en jeu en professionnel alors qu'ils ne jouent pas en Espoirs. Le lendemain, à 10 minutes de Nanterre, Rueil a joué un gros match en Nationale 1 avec une rotation resserrée. On aurait pu imaginer que Bathiste Tchouaffé joue pour Rueil avec une licence AS...

Ça fait dix ans qu'on fait la promotion de ça. On a relancé la LNB pour que les entraîneurs de clubs connaissent ça. J'en ai parlé aux clubs de NM1. On le met en place, on est prêt à adapter les règles pour que se soit encore plus facile. Qu'on puisse à un moment donné parrainé Pro A - Pro B, Pro A - NM1, Pro B - NM1.  Quand on superpose les cartes des clubs de ces trois divisions, il y a des choses intéressantes à faire.
La double licence vient d'Espagne. On l'a mis en place alors que n'étais pas encore président. Ça doit dater de 2009. Il y a quelques licences AS mais c'est souvent nous qui sont à l'initiative de tout ça. Je pense qu'il y a une prise de conscience de tout ça et on va essayer de monter en puissance.

 

Deux poules en NM1, mais pas (peu) de changement derrière

 

En parlant de Nationale 1, on entend souvent parler d'un championnat à deux poules. Où en est-on ?

J'ai eu les présidents de club la semaine dernière. Le championnat de NM1 est un championnat de qualité, il n'y a rien à dire à ce sujet. Il y a des clubs qui sont en difficultés. Il y en a qui ont des ambitions, il n'y a pas de raison qu'on freine ses ambitions, mais d'autres ont plus de difficultés. Parce que c'est l'argent public, parce que l'argent privé, c'est le mécène... On a absolument besoin à ce que les jeunes Français puissent jouer. Troisièmement, quand on regarde la pyramide fédérale, on a Pro A / Pro B - la question peut se poser sur le nombre de clubs qui a en Pro A et Pro B - et ensuite vous avez une troisième division dans laquelle vous avez qu'une seule poule. Et ensuite vous passez à une quatrième division (la NM2) avec quatre poules. Donc ça me paraît cohérent qu'il y ait deux poules. Si on fait deux poules, l'important, et les clubs l'ont compris, c'est qu'on essaye de créer un championnat qui soit un championnat un peu différent, attractif, dans lequel on peut valoriser les derbies etc.

On a fait un tour de table, aujourd'hui, sur les 15/16 clubs présents, à part deux clubs, tout le monde était partant. Ils ont compris l'intérêt de la démarche. Après, on doit en débattre ce week-end en bureau fédéral. Est-ce qu'on le fait pour l'année prochaine - moi j'ai tendance à dire oui - ou est-ce qu'on attend un peu. Aujourd'hui, ce qui nous freine en quelque part c'est la réflexion de la Ligue Nationale de Basket sur la formation. La LNB considère qu'elle dépense trop d'argent sur la formation, que derrière il y a très, très peu de débouchés sur ces joueurs au plus haut niveau, donc ils se posent la question de savoir s'il y a besoin d'avoir autant de centres de formation etc.

On peut imaginer derrière avoir des équipes au-dessus de la tranche d'âge des centres de formation en NM1. On peut tout imaginer au sujet des équipes supplémentaires. La réflexion ne sera pas aboutie, on va en débattre en bureau fédéral. Mais j'aimerais qu'on aille vite car il y a (les Jeux olympiques de) 2024 à préparer. Il faut qu'on en discute avec tout le monde, les coachs, le Syndicat des joueurs (SNB)... Il faut qu'on le fasse proprement, il y a d'ailleurs une réunion de travail avec les présidents de club qui est prévue mi-novembre.

Derrière, y aura-t-il toujours la NM2, NM3 ainsi que les championnats régionaux ? Il n'y aura pas de changement avec la réforme territoriale et les grandes régions ?

Oui. Mais il y aura un débat sur les poules de Nationale 3. Est-ce qu'on fait des poules géographiques ou des poules régionales ? Si on fait des poules géographiques, ça veut dire qu'il y a beaucoup de montées et de descentes dans une même région. Quand vous êtes sur Tarbes, est-ce qu'on doit faire une poule avec Montpellier qui est à 4 heures ou la région de Pau ?

 

"S'il y a des ligues fermées, il n'y aura plus de compétitions nationales"



Pour revenir au très haut niveau, la semaine dernière Sergio Llull a écrit à beaucoup d'influenceurs du basketball européen. Tous les internationaux qui se sont exprimés ces dernières semaines ont fustigé les fenêtres internationales. Ils n'ont pas été consultés par la FIBA et assistent, impuissants, au conflit entre l'EuroLeague et la FIBA. Sergio Llull veut lancer un processus où les joueurs auront un rôle essentiel. On parle de ligue fermée, convention collective, partage des revenus etc. Un tel modèle ne signerait-il pas l'arrêt de mort de la FIBA et donc des fédérations ?

Qu'on soit clair, soit l'Europe reste sur le modèle du sport organisé à l'européenne, c'est à dire des compétitions nationales et les meilleurs vont faire des compétitions européennes, soit on migre vers un format à l'Américaine. Donc des ligues fermées. Si ce sont des ligues fermées, il n'y a plus de compétitions nationales. Vous allez aux Etats-Unis, le championnat de l'Arkansas de basket, ça n'existe pas. Donc si on va là, il n'y aura plus de Ligue Nationale de Basket, il n'y aura plus d'ACB. Tout ça, il faudra faire une croix dessus. Et s'il n'y a plus tout ça, il n'y aura plus cette notion de club telle qu'on la connait. Qu va former nos gamins ? Est-ce qu'on doit transformer ce modèle dans des académies privées dans lesquels les gens vont payer pour se former au basket. S'il n'y a plus de championnats nationaux, peut-être que l'étape d'après il n'y aura plus d'équipes nationales. Et s'il y a plus d'équipes nationales, il n'y aura plus de fédération. Je ne sais pas si c'est l'avenir, si c'est bien ou pas bien. Mais nous fédérations on a une délégation du ministère qui nous dit deux choses :
1) Vous devez préparer vos équipes nationales pour les grands événements
2) Vous devez animer vos territoires
Ça c'est le cadre. Si demain le cadre est différent parce que les gouvernements nous met un cadre différent, eh bien on le respectera. Mais aujourd'hui nous on répond à la délégation que l'on a. Donc aujourd'hui j'ai besoin de quoi ? Avoir les meilleurs joueurs possibles pour préparer les compétitions et les gagner. C'est la base.
La deuxième chose c'est faire en sorte que dans cette lutte entre sports que l'on a, on puisse continuer à licencier des joueurs dans nos clubs. C'est notre base.
Je vais me battre jusqu'au bout pour que ça se fasse. C'est pour ça que je me suis battu contre le calendrier puis contre l'EuroLeague. Ce n'est pas contre la compétition EuroLeague mais contre la structure qui gère la compétition, l'ECA. Parce que derrière, on ne sait pas ce qu'il va se passer mais on risque d'avoir l'équipe espagnole qui va jouer là sans quelques joueurs espagnols et un club qui va jouer là avec des internationaux espagnols en EuroLeague. On nous critique pour Limoges qui joue deux matchs en un jour, mais ça c'est ubuesque.

Le problème principal, c'est que les institutions du basket mondial n'ont jamais consulté les joueurs...

Je suis d'accord que les joueurs auraient du être consultés. J'en ai parlé à tous les joueurs de l'équipe de France à chaque fois que j'ai pu mais ils auraient dû être consultés. Aujourd'hui question modèle économique, il n'y a pas beaucoup de dividendes à se redistribuer. Nous le basket français, je pense qu'on va perdre 2 millions d'euros par an avec ce format de compétition.
Si le ministère adopte une délégation pour dire qu'on s'oriente sur des ligues fermées et qu'on s'y adapte, on va le faire. Mais aujourd'hui ce n'est pas le cas.

Mais n'est ce pas le Ministère qui s'adapte une fois qu'il est sur le fait accompli ? Si les joueurs et l'EuroLeague se mettent d'accord sur une convention, comme en NBA, l'EuroLeague n'aura plus besoin d'affiliée à la FIBA... Elle pourra, comme en NBA, avoir ses propres règles. Le Ministère peut-il s'élever contre ça ?

Non, mais l'Europe oui. La position de l'Europe est simple. On respecte toute initiative privée - comme celle de l'ECA - du moment qu'il est respecté certains principes. Le premier principe donné par l'UE, c'est de respecter les équipes nationales. (Jordi) Bertomeu a dit qu'il le ferait, il l'a écrit.
Les joueurs sont tous licenciés à la FIBA, y compris en NBA. Par exemple quand un joueur part en NBA, il y a une lettre de sortie. A un moment donné il y a un buy-out, une indemnité. C'est à dire qu'il y a une solidarité entre le secteur professionnel NBA et le reste du monde. Ca, ça n'existe pas avec l'ECA. Ils nous piquent les joueurs, les arbitres. A un moment donné, on a rien en retour. Je ne suis pas contre qu'on grandisse, que l'EuroLeague devienne dix fois plus que ce qu'elle est, au contraire on est tout à fait pour, on a toujours dit ça. Mais à un moment donné il faut mettre en place des règles de solidarité. Il faut que les clubs payent, pour payer la formation etc.

Le partage des revenus évoqué par Sergio Llull va peut-être en ce sens. Dans la convention, des indeminités seraient peut-être versées aux clubs formateurs qui ne sont pas en EuroLeague.

Ça serait super. Je ne suis pas contre ces évolutions. Nous notre raison d'être, c'est de se qualifier pour les Jeux olympiques. Mais si derrière pour se qualifier pour les Jeux, il faut se qualifier pour la Coupe du Monde, on va tout faire pour se bagarrer pour avoir les meilleurs joueurs. C'est humain. Les meilleurs joueurs ça fait rayonner sur le territoire, ça nous rapporte de l'argent, des partenaires, de la visibilité. Tout est lié. Tout ce qu'on a fait depuis 2010, en faisant rayonner les équipes de France sur le territoire, ça nous a permis de doubler le budget en l'espace de cinq ans.

Continuer d'avancer au milieu de ce conflit, n'est-ce pas le plus gros challenge de vos trois années de mandat à venir ?

Il y en a plusieurs ! J'ai toujours dit que l'olympiade qui arrive serait très difficile parce que c'est une période de transition. C'est un gros challenge. L'autre c'est de gérer la mutation liée à la consommation du sport, l'uberisation, le 3x3 (relire en cliquant ici la première partie sur ces sujets) etc.

Et si des joueurs européens tels que Sergio Llull venaient bousculer les fédérations, la FIBA en tête ? (photo : EuroLeague)

08 novembre 2017 à 09:15
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