INTERVIEWS

FOS-PROVENCE : LA JEEP ÉLITE MAINTENANT, MAIS POUR QUEL AVENIR ? TOUR D'HORIZON AVEC RÉMI GIUITTA

Crédit photo : Sébastien Grasset

Il fait partie de la nouvelle génération d'entraîneurs français émergents en Jeep ÉLITE. Mais lui s'est fait sa place au soleil tout seul. Partez à la découverte de Rémi Giuitta, l'homme qui a permis à son club d'enfance, Fos-sur-Mer, de gravir tous les échelons depuis la Nationale 2 en 2004.

"Heureusement qu'il y a toutes les photos d'équipes affichées dans le hall car j'oublierais tellement de joueurs sinon", sourit Rémi Giuitta, en déambulant dans les couloirs de Parsemain, au milieu des portraits de tous ceux ayant pris part à la formidable ascension de Fos-Provence, de la Nationale 2 à la Jeep ÉLITE. L'entraîneur des BYers examine l'ensemble des clichés et cherche à savoir combien de joueurs il a dû couper en quinze ans. "Très peu", précise-t-il d'emblée. Exact, il en dénombrera six, dont trois au cours de la seule saison 2009/10 : Renaud Brocheray,  Edwin Draughan - "une grosse erreur" - et David Huertas - "infect avec les autres" - (Alexandre Nouvier, Philippe Haquet et Moussa Badiane sont les autres). Un vrai motif de fierté pour le technicien méridional, satisfait de s'être "très peu trompé sur les hommes [...] dans un projet misant sur la camaraderie et la fraternité dans les équipes".

Pourtant, des joueurs, Rémi Giuitta en a vu passer beaucoup : de la star des premières années, l'éternel Aaron Harris (qui officie toujours actuellement à Sapela à 40 ans), jusqu'au dernier arrivé Tyler Roberson, on en compte 91 (ou 109 en incluant les jeunes du centre de formation) depuis le printemps 2004, moment où l'ancien professeur d'EPS avait été appelé à la rescousse par le président Jean-Pierre Barnes afin de sauver le club de la relégation en Nationale 3.

"Je possédais probablement ce naturel pour être entraîneur, quel que soit le niveau", se remémore l'ex-poste 1 des BYers, également passé par Maurienne (Pro B) et CahorSauzet (NM2) après un an de Community College à North Iowa Area. "J'avais ce feeling pour la commande du jeu car j'étais le meneur français à l'ancienne qui devait tout contrôler, parler avec tout le monde, annoncer les défenses..." Des prédispositions certaines et des compétences acquises au fil des années qui lui auront finalement permis d'écrire en lettres d'or les plus belles pages du livre d'histoire de Fos-Provence Basket. Des bastions de Lagnieu ou Pont-de-Beauvoisin jusqu'aux affiches prestigieuses contre l'ASVEL ou l'Élan Béarnais, Rémi Giuitta a déjà dirigé 570 rencontres à la tête des BYers. Pour un sacré bilan : champion de France NM2 en 2006, promu (administrativement, certes) en Pro B en 2009 et vainqueur des playoffs d'accession en Jeep ÉLITE en 2018. À 41 ans, le natif de Marseille découvre la première division en compagnie de son club de toujours. Une année frustrante, où le club des Bouches-du-Rhône doit réapprendre à gérer la défaite, tout en accumulant les blessures et autres imprévus. Mais, fidèle à son étiquette établie de bon client pour les médias, Rémi Giuitta a trouvé le temps de nous accorder une heure d'entretien alors même que se profile le sprint final de la course pour le maintien. Tour d'horizon de l'actualité du promu méditerranéen.


Rémi Giuitta est réputé bavard. Vous allez en avoir la preuve.
(photo : Sébastien Grasset)


La découverte de la Jeep ÉLITE :
"Au début, c'était un rêve fou"

En 2012, après avoir perdu en demi-finale des playoffs de Pro B contre Limoges, vous disiez : « Nos résultats sont au-dessus de nos objectifs depuis deux ans, mais il faut rester réaliste, ce ne sera pas comme ça chaque année, Si pour la saison qui arrive, on se qualifie de nouveau pour les playoffs, ce sera exceptionnel. Il y a aussi une réalité économique ». Et sept ans après, vous voici en Jeep ÉLITE après avoir réussi à devenir une place forte de la Pro B. Qu’est ce qui a fait que vous avez pu aller à l’encontre de vos propres prévisions et déjouer cette réalité économique ?

D’abord, nous avons su faire évoluer notre budget pour devenir progressivement de plus en plus compétitif en Pro B. Ensuite, je pense que la contrainte financière que nous avons subi pendant plusieurs années fut finalement quelque chose de positif pour nous car cela nous a renforcé dans l’idée de bâtir un projet autour des hommes. Avoir réussi à embarquer dans notre histoire des joueurs qui sont venus à la fois pour le projet sportif et l’échelle humaine du club a aussi fait notre force. Malgré notre budget, nous avons quand même vu passer des joueurs avec un pedigree intéressant, comme Derrick Obasohan qui arrivait de Monaco, et je pense que les valeurs familiales que l’on défend n’y sont pas étrangères. Historiquement, nous sommes un club qui est resté très stable. Même dans les saisons un peu plus délicates, tout le monde a su garder de la patience pour corriger les erreurs, construire et avancer alors que la patience n’est pas un mot que l’on entend fréquemment dans le haut niveau. Je pense que cela nous a également aidé à nous structurer en tant que club.

Dans le passé, vous avez justifié des prolongations de contrat avec votre club de toujours en disant être motivé par la perspective d’emmener Fos-sur-Mer en première division. Pour l’instant, est-ce que cette aventure est à la hauteur de vos attentes ?

Complètement. C’était un rêve de gamin que d’arriver en Pro A avec Fos, que ce soit comme joueur ou entraîneur. Bien entendu, c’est un aboutissement d’arriver à ce niveau-là mais ce qui est presque désolant, c’est que les choses vont tellement vite qu’on n’a pas le temps d’apprécier. Je suis toujours la tête dans le guidon et je ne me retrouve jamais à savourer le fait d’avoir amené Fos en Jeep ÉLITE. L'après-montée va rester comme le regret de ma vie : j'ai à peine eu le temps de prendre quelques bières que je devais déjà partir la nuit suivante en stage avec le Mali. Là, je me demande surtout comment faire pour battre Levallois (entretien réalisé le jeudi 4 avril, ndlr), comment faire pour se maintenir, comment gérer les contraintes du quotidien avec les pigistes à recruter. C’est peut-être le jour où j’arrêterai que je pourrais regarder dans le rétroviseur et me satisfaire d’avoir pu aider le club à se structurer et d’avoir ramené la première division en Provence pour la première fois depuis 56 ans. La Jeep ÉLITE n’était pas l’objectif du club mais plutôt un rêve fou que l’on partageait avec le président, Jean-Pierre Barnes. On a toujours voulu être le poil à gratter de notre propre division mais l’appétit vient en mangeant et c’est une grande satisfaction.

Concrètement, est-ce que cela change beaucoup de choses pour le club d’être à ce niveau-là ?

Je vois la Jeep ÉLITE comme un accélérateur de projet. La satisfaction est d’avoir réussi à mettre les pieds dans la meilleure division française sans vendre notre âme au diable, sans renier nos valeurs. Et surtout d’y être allé par le terrain alors que l’on parlait beaucoup de la wild-card à l’époque. Finalement, on se dit qu’en développant un peu plus le budget et en staffant le club, Fos a sa place à ce niveau-là.


Giuitta et les siens à quelques secondes de la première victoire de l'histoire
des BYers en Jeep ÉLITE le 26 octobre 2018 contre Boulazac
(photo : Sébastien Grasset)

Justement, pratiquement un an après l’accession, ressentez-vous que Fos-Provence appartient réellement à ce monde ou pensez-vous être pris de haut par les autres clubs, les médias ou le grand public ?

C’est dur de s’exprimer sur ce que pensent les autres. Je n’ai jamais ressenti un manque de considération. Au contraire, j’ai souvent vu des personnes enthousiasmées de voir un petit club réussir. Bien sûr, les gens parlent de notre petite salle, de notre petit budget mais je pense qu’ils respectent au moins le travail qui a été fourni. Après, est-ce qu’un club de la dimension de Fos a sa place en Jeep ÉLITE ? C’est une autre question et c’est difficile de répondre. Quand on joue Strasbourg ou Villeurbanne, on voit la différence. Sincèrement, je ne me pose pas trop de question. Si le terrain nous permet d’y être, c’est qu’on a notre place. À nous de faire en sorte d’y rester maintenant. Je prends souvent l’exemple de Nanterre qui est monté dans des conditions similaires à nous et qui s’est retrouvé à gagner des Coupe d’Europe.

Sans parler d’un manque de considération, on peut aussi constater que vous évoluez dans un anonymat certain au vu des retransmissions télévisées : vous êtes la seule équipe à ne pas avoir eu droit aux honneurs des caméras cette saison.

Je peux comprendre que les médias aient moins d’intérêt pour Fos que pour des clubs bien plus huppés. Mais ça, à la limite, on leur laisse. L’OM passe quasiment tous les dimanche soir sur Canal+ et certains clubs de Ligue 1 ne sont diffusés que lorsqu’ils affrontent l’OM. On n’a pas à rougir de cela. Cette saison fut chaotique sportivement mais si on a un meilleur parcours à l’avenir, je n’ai pas de doute que les caméras se déplaceront, comme pour la finale des playoffs l’an dernier contre Roanne. Avec nos tribunes jaune et noir  et l’inscription « Black and Yellow » sur les murs, je crois qu’on a la salle la plus identitaire du championnat. Contre la Chorale, le rendu à la télé était très positif selon moi, comme une belle salle universitaire.

Le projet de Fos-Provence :
"Il y a de la place pour le basket derrière l'OM"

Parlons un peu du projet du club. Quel est-il ? Quelles sont les perspectives de développement ?

Il y a eu une grosse dynamique de lancée il y a quelques années avec le déploiement du projet Provence Basket qui impliquait beaucoup d’interventions dans les centres sociaux, le développement du basket sur la métropole marseillaise, des partenariats avec plein de clubs et la volonté d’arriver au plus haut niveau, d’abord avec la wild-card. Nous sommes arrivés à la fin de ce premier projet et là, nous sommes un peu dans une année de découverte de la Jeep ÉLITE. Dans l’immédiat, le projet est surtout de ne pas faire l’aller-retour et de ne pas plonger comme nos malheureux voisins du foot d’Istres, en Ligue 1 en 2004/05 dans leur stade de 18 000 places (accolé à la Halle Parsemain, ndlr), maintenant au niveau régional. On n’a pas fait de folie car on ne veut surtout pas vivre cela. Pour prendre un exemple basket, on veut absolument éviter de suivre l’exemple de Boulogne-sur-Mer, un club qui est apparu, qui a suivi une bonne dynamique pendant une dizaine d’années jusqu’à la Pro A et qui a maintenant disparu des radars.

Et que faut-il pour franchir un palier supplémentaire ?

Il faut que l’on développe notre attractivité auprès des entreprises. Nous sommes dans un bassin compliqué, d’où l’intérêt de s’ouvrir vers Marseille afin d'aller chercher des grosses boîtes qui ont moins d’enjeu à se faire voir à Fos-sur-Mer. Mais on ne veut pas perdre notre âme : notre berceau est à Fos et si on est là, c’est uniquement grâce à Fos. On peut tirer un grand coup de chapeau à notre municipalité car je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’autres clubs aussi soutenus que nous par leur mairie.

À tel point que ça a donné lieu à un rapport de la chambre régionale des comptes… (la chambre a constaté la dépendance financière vis-à-vis de la commune puisqu’il n’aurait pas été en mesure de rémunérer ses joueurs professionnels en 2016 sans une subvention de 1 248 886 €, ndlr.)

Oui, car nous possédons un statut associatif. Nous sommes le seul club de première division à être une association. Au début, on voyait cela comme un handicap mais c’est aussi une force. C’est un peu un garde-fou par rapport à nos origines. Fos-sur-Mer, c’est 15 000 habitants et notre club est une association mais cela ne nous empêche pas de mettre de l’exigence au quotidien. Pour en revenir à la question précédente, je vais mettre la barre le plus haut possible mais on aimerait être le Le Portel du Sud. On voudrait que les BYers soient dans le cœur de tous les gens aux alentours. Je pense qu’on est en train d’embarquer tout le monde dans notre aventure : cela fait cinq matchs d’affilée que l’on joue à guichets fermés alors que notre salle, même petite, était loin d’être remplie auparavant. Pourtant, c’est la première fois que le club se retrouve avec un bilan victoire/défaite négatif. Pour autant, les gens viennent et pas que pour voir l’adversaire. Ils viennent voir les BYers, du haut niveau et c’est aussi en ça que la Jeep ÉLITE a été un vrai accélérateur.


Mai 2012 : la Halle Parsemain est bien clairsemée pour l'ouverture des playoffs de Pro B.
Dorénavant, la différence d'engouement est perceptible
(photo : Sébastien Grasset)

Dans la région marseillaise, vampirisée par le foot et l'OM, y-a-t-il de la place pour le basket et un club de Jeep ÉLITE ?

J'en suis persuadé et c'est pour cela que je passe toute mon énergie dans ce projet. Bien entendu, on ne détrônera jamais l'OM, là n'est pas la question. Nos objectifs ne sont pas délirants, on cherche juste à attirer 2 000 fans de basket à Fos (la Halle Parsemain peut accueillir 1 500 personnes, ndlr) et 5 000 de façon évènementielle à Marseille. C'est une certitude qu'il y a de la place, surtout que le basket est énormément pratiqué à Marseille. Malheureusement, il y a tellement de choses anormales pour la deuxième ville de France, de telles lacunes au niveau des infrastructures comme des gymnases avec un seul panier, que ça n'aide pas à développer le basket. Mais le potentiel humain est là. Dans les quartiers, je pense que l'on trouve plus de fans de basket que de fans de handball ou de rugby. D'un point de vue local, on retrouve simplement de la première division de handball à Istres. Je crois qu'il y a très peu de place pour un deuxième club de foot, on le voyait bien quand Istres était en Ligue 1 puisque le stade était vide. Le foot, c'est l'OM. En revanche, il est totalement possible d'aller chercher un public familial, féminin aussi, pour le mettre dans une salle de basket.

Étant donné que l'on parle beaucoup de Marseille, comment s'inscrit la cité phocéenne dans le cadre de votre projet ? Le rapprochement peut-il aller au-delà de cinq ou six matchs par saison délocalisés au Palais des Sports ?

Premièrement, nous sommes tous Fosséens dans l'âme. L'ancrage est ici. Mais ce que l'on recherche, c'est la pérennité du club au plus haut niveau. S'il faut jouer à Aix-en-Provence, Marseille ou Parsemain pour cela, j'en serais le plus heureux. On a gardé cette ouverture sur Marseille pour se faire connaître dans la métropole mais ce n'est pas une condition sine qua non de réussite selon moi. Après, si nos financements publics émanaient plus de la métropole, ils nous diraient peut-être où l'on devrait jouer. Mais aujourd'hui, c'est la ville de Fos-sur-Mer qui finance le sport.

Vous parlez de pérenniser le club au plus haut de l'affiche. Cela veut-il dire que le projet du club aurait du plomb dans l'aile s'il devait y avoir une relégation dans un mois ?

Non. Évidemment que ce ne serait pas une bonne chose, que l'on serait très déçu, moi le premier. On s'inspire beaucoup de Bourg-en-Bresse : la JL est redescendue aussitôt après sa montée (en 2014/15), s'est restructurée sur quelques points et est revenue beaucoup plus armée deux ans après, avec un projet qui dépasse le simple cadre sportif, pour s'installer de suite dans le Top 10 du basket français. On veut suivre cet exemple, si possible sans l'aller-retour. On a réuni les conditions pour essayer de pérenniser le projet du club, pour qu'une descente ne soit pas une catastrophe. Peut-être que les gens préfèrent voir l'ASVEL que Quimper ou Souffelweyersheim mais on ne veut garantir que ce que l'on peut garantir. Et la seule chose qui échappe à cela est le résultat sportif. On a développé beaucoup d'actions au club : on propose un concept de soirée sport - spectacle pour tous les types de public, on fait des séminaires où l'on reçoit 600 managers par an - comme avec Arcelor Mittal concernant la sécurité en milieu industriel -, on intervient auprès des jeunes... Ce sont ces autres axes qui vont peut-être nous permettre de nous stabiliser en Jeep ÉLITE, en amenant des dimensions financières et sociales / sociétales à notre club.


La lutte pour le maintien :
"J'espérais ne pas me retrouver dans cette situation"

Basculons sur le volet sportif, sur la saison en cours : vous allez me dire que l'on espère toujours mieux mais 16e à l'aube de la 25e journée, avec une victoire d'avance sur la zone de relégation, vous êtes dans ce que vous visiez pour l'instant ?

Non. Je sais que ça fait prétentieux de dire non mais j'espérais sincèrement ne pas me retrouver dans cette situation. J'espérais que l'on soit le poil à gratter de la Jeep ÉLITE, l'équipe surprise de la saison, comme l'est Boulazac. Cette année est frustrante car j'ai l'impression que l'on n'a pas pu se battre avec nos armes. On n'aurait peut-être pas fait mieux mais j'aurais bien aimé de voir ce que l'on aurait pu donner en jouant 70% de nos matchs au complet. Difficile de créer une vraie âme collective quand ton effectif change tout le temps, difficile de créer des automatismes quand tu fais du 4x4 avec des Espoirs à l'entraînement, difficile de mettre les joueurs de mettre dans de bonnes habitudes de rigueur quand ils savent qu'ils vont jouer 35 minutes le week-end et qu'on n'est que 7 à l'entraînement... Pour le résultat, il n'y a rien de plus néfaste que tous ces petits trucs car on joue comme on s'entraîne. On a tellement été handicapé par les blessures que l'on se dit que l'on aurait pu avoir une meilleure carte à jouer, surtout au vu des performances que l'on a pu livrer quand tout le monde était disponible (+18 à Bourg-en-Bresse, +15 contre Limoges, ndlr...).

N'était-ce pas aussi le risque inhérent du fait de constituer une équipe aussi âgée ?

C'est certes une réalité dernièrement mais je ne pense pas pouvoir être identifié comme un coach qui ne recrute que des joueurs de fin de carrière. Avant, ça ne l'était pas du tout. Mamadou Dia a 41 ans et ce n'est pas pour autant qu'il rate des matchs. Tariq Kirksay est blessé pour la première fois de sa carrière à 39 ans. Bien sûr, l'âge est un facteur risque supplémentaire mais, mis à part celle de Tariq, les blessures de cette saison ne sont que des accidents. Quand Marcus Dove retombe sur le pied d'un autre après un rebond, ce n'est pas lié à son âge. A contrario, Abdou Mbaye avait enchaîné les pépins avant d'arriver ici il y a deux ans et c'est à peine s'il a loupé un entraînement avec nous. Au vu de nos contraintes financières, on est obligé de tenter des coups, d'aller chercher des Malik Hairston ou des Ron Lewis qui sortaient de saisons tronquées. Je ne sais pas où est le juste milieu mais je ne regrette pas.

Si l'on part du principe que vous avez peut-être définitivement assommé Antibes en allant vous imposer chez eux (76-72 le 29 mars), comment envisagez-vous la lutte qui se dessine entre Cholet, Le Portel et vous pour ne pas accompagner les Sharks en Pro B ?

Attention, même si leur défaite contre nous leur a fait mal, Antibes n'est pas encore condamné : ils ont le panier-average sur Le Portel et nous et ils ont gagné à Cholet. Comment je vois cette fin de saison ? Déjà, j'espère sincèrement que ce sera une lutte à cinq si l'on peut associer Châlons-Reims aussi (entretien réalisé avant la victoire du CCRB à la Meilleraie, ndlr). Je pense qu'il faut gagner 4 matchs sur 10 pour être sûr de se maintenir, 3 pour espérer avec un panier-average favorable. Quand on se dit ça, on pense que c'est jouable. Mais quand on regarde le calendrier et tous les défis qui s'annoncent, on se dit qu'il ne va pas falloir se louper sur certains matchs (Fos va recevoir Châlons-Reims ainsi que Le Portel et se déplacera à Cholet, ndlr). Et si on peut faire une surprise là où personne ne nous attend, comme à Dijon ou à Gravelines, ce serait génial. Il va falloir être très solide mentalement pour réaliser ces performances-là.


Contre Le Portel, Châlons-Reims et... Cholet, bientôt des chocs pour le maintien
(photo : Sébastien Grasset)

Sur les matchs aller : -1 à Reims, défaite litigieuse au buzzer au Portel... Vous ne vous dites pas, "et si ?"

Au moins, on aura un esprit revanchard. Mais les deux défaites sont différentes : celle de Reims est purement sportive mais celle de Le Portel fait beaucoup plus mal. Sans deux erreurs d'arbitrage, le match était gagné. Certes, on ne fait pas ce qu'il faut sur la dernière possession mais depuis, j'espère que l'on n'en parlera plus jamais, que ce match ne comptera pas trop.

Rémi Giuitta, l'évolution d'un coach :
"Tant que j'ai l'impression de pouvoir aider le club à grandir..."

Vous, personnellement, vous avez grandi à Fos-sur-Mer, défendu les couleurs du club en Nationale 2 puis pris les commandes de l'équipe fanion dans la même division en 2003/04 pour finalement l'amener en Jeep ÉLITE. Est-ce que même, dans vos rêves les plus fous, vous pouviez vous imaginer un tel destin ?

Au fond de moi, oui, j'ai toujours eu ce rêve-là. J'ai découvert le basket à Fos, dans l'ancienne salle, quand mon père était le président du club (Henri, de 1978 à 1986). J'ai été bercé là-dedans : dès l'âge de 2-3 ans, j'étais assis au bout du banc en Nationale 4 ou en Région. J'ai un vrai attachement à ce club et, lorsque je me suis retrouvé coach en N2 à 26 ans, il y avait déjà un truc particulier. Cela dit, je n'ai jamais vraiment pris le temps de regarder dans le rétroviseur. Je suis perfectionniste, je veux regarder devant et ce que l'on peut améliorer.

Néanmoins, de la Nationale 2 à 26 ans jusqu'à la Jeep ÉLITE à 41 ans, avez-vous évolué à travers les divisions ?

Énormément. C'est surtout Mam' Dia qui me le dit, lui qui me côtoie depuis 14 ans. J'ai essayé d'évoluer au rythme du niveau de jeu dans lequel j'étais, des joueurs que j'avais sous mes ordres. Je me suis beaucoup amélioré grâce à eux, c'est à leur contact que j'ai appris.  Par exemple, demain (vendredi 5 avril, ndlr), nous recevons Sacha Giffa, un ancien de la maison (entre 2011 et 2013). Je n'ai jamais fait de compromis sur mon identité de coach mais quand tu entraînes un mec comme ça, tu récupères forcément des trucs intéressants à intégrer à ta philosophie.


Rémi Giuitta, de 2012 à 2019...
(photos : Sébastien Grasset)

Est-ce le même travail d'être entraîneur en Nationale 1 et en Jeep ÉLITE ?

Pas du tout. Même déjà par rapport à la Pro B, ce n'est absolument pas la même chose. Ce qui fait à la fois la richesse de ce métier et la contrainte mentale, c'est qu'il n'y a pas deux saisons pareilles. Je prends souvent l'exemple de la finale de l'an dernier où l'on m'a fait remarquer qu'à deux minutes de la fin, j'étais assis au bout du banc en train de discuter avec Mam' Dia, comme si de rien n'était. J'avais un groupe tellement solidaire et prêt que j'avais l'impression que l'on aurait pu gagner le match même si j'étais resté assis pendant 40 minutes. Puis là, en début de saison au cœur de notre série de défaites, tu ne reconnais plus les mêmes personnes. De plus, la grande différence est qu'il est beaucoup plus facile d'embarquer tout le monde dans un projet collectif lorsque l'ambition est l'accession. Et quand tu arrives au niveau supérieur, les joueurs n'ont pas forcément un projet individuel aussi clair qu'en Pro B. Il faut faire des coups comme un Malik Hairston et tu n'embarques pas tous les joueurs de la même façon dans le projet collectif. Cela ne veut pas dire que les mecs sont individualistes mais j'ai mis du temps à mieux appréhender ce paramètre. Quand tu t'appelles Fos-sur-Mer et que tu possèdes le plus petit budget du championnat, le soleil ne suffit pas. Il faut être plus exigeant, plus rigoureux, imposer plus de discipline collective que dans les niveaux inférieurs.

Pour l'instant, vous n'êtes le coach que d'un club. Mais est-ce que cela pourrait changer à terme ?

Oui. Autant dans un sens que dans l'autre. Ça fait 15 ans que je suis là mais j'ai beaucoup signé des contrats à l'année. Nous avons un accord moral avec le président : tant que j'aurai l'impression de pouvoir continuer à aider le club à grandir, je n'ai pas d'intérêt à aller voir ailleurs, même si j'ai déjà reçu quelques propositions intéressantes. Inversement, quand on aura le sentiment que j'arrive en fin de cycle ou que je n'ai plus l'adhésion des joueurs, il faudra être capable de tourner la page. Nous avons une telle relation avec le président, quasi fusionnelle, que si l'un de nous a le ressenti qu'il faut changer, on changera. Je n'en fais pas une affaire personnelle, surtout que c'est mon club : mon intérêt prioritaire sera toujours celui de Fos.

L'expérience malienne :
"Cela m'a permis de voir quelque chose de différent"

En attendant, devenir le sélectionneur du Mali vous a permis de combler ce besoin de découvrir quelque chose de nouveau ?

En effet, le Mali est venu combler plusieurs choses. Déjà, cela m'a permis de voir quelque chose de différent. Pas l'envie de voir mieux, mais autre chose. C'est une expérience enrichissante. Il y a des bonnes choses partout donc je ne regrette surtout pas, même si malheureusement, ce n'est pas ce qu'il y a de plus attractif au niveau sportif. Je suis un peu déçu de ne pas pouvoir disposer pour l'instant des meilleurs Maliens. Il y a un gros travail à faire car je pense que le Mali serait à la Coupe du Monde si les joueurs se mobilisaient plus pour leur équipe nationale. Quand vous avez des Cheick Diallo (New Orleans Pelicans), Amara Sy, Bandja Sy, Mathis Keita, Sadio Doucouré, Nianta Diarra... Sur tous ces joueurs, j'en ai eu deux à disposition. Et je passe sur tous les très bons universitaires, comme Sangaba Konaté qui pourrait être drafté cet été. Si on arrivait à fédérer tout le monde, je n'ai aucun doute sur le fait que le Mali appartienne au Top 5 africain. Après, certains ont tellement donné, comme Amara, que c'est logique qu'ils aient moins de volonté d'aller en sélection.


Rémi Giuitta a été nommé sélectionneur du Mali en janvier 2018
(photo : FIBA)

Vous avez tenté de convaincre Amara Sy de revenir ?

Oui, on a beaucoup parlé. Mais je comprends sa démarche : il arrive en fin de carrière, il veut se concentrer sur son club où il a de grosses responsabilités, sans oublier ses blessures à répétition dernièrement. Amara a d'autres priorités et il a donné. Beaucoup se sont déjà bien investis, comme lui ou Sambou Traoré, mais on espère surtout convaincre ceux qui ont un peu moins renvoyé l'ascenseur à leur fédération. C'est aussi pour eux : quand tu joues le Sénégal ou le Nigéria, il y a des joueurs NBA en face. J'aimerais que tous les meilleurs Maliens soient là car il y a une super aventure à vivre.

Fos-Provence, la synthèse :
"La montée en Jeep ÉLITE n'est pas la réussite que d'une équipe"

Enfin, seriez-vous en mesure de citer un cinq type de toutes vos saisons passées à la tête de Fos-Provence ?

[Incapable de livrer une réponse immédiate, Rémi Giuitta demande un délai de réflexion et promet d'envoyer son équipe idéale par message, avant de commencer à donner quelques éléments à l'oral]

Au-delà de cette question, ma plus grosse satisfaction est de m'être très peu trompé sur les hommes que j'ai fait venir au club. Certains ont été plus performants que d'autres mais on a toujours eu des mecs intéressants. C'est mon discours le soir de la montée dans le vestiaire : nous sommes la dernière roue du 4x4 de Jeep ÉLITE mais cela a démarré il y a quinze ans et tout le monde a contribué à cette accession, de Babou Cissé à Mamadou Dia. Pour moi, ce n'est pas la réussite que d'une équipe, en 2017/18. Un exemple : j'ai joué avec puis coaché le père de Jordan Aboudou (Magloire Djimrangaye) qui nous a aidé à monter en Nationale 1 puis son fils a participé à la montée en Jeep ÉLITE, alors qu'on a eu Lens entre-temps (en 2015/16). Il y a plein d'histoires humaines mêlées au club qui font que beaucoup de joueurs m'ont marqué. D'autres sont devenus des amis comme Mohamed Hachad ou Karim Atamna, avec qui j'ai joué en Espoirs à Maurienne. J'ai connu énormément de richesses humaines et c'est ce qui fait que j'ai pu rester 15 ans jusque-là, malgré les cheveux blancs, les prises de tête, les colères, les week-ends sans dormir après chaque défaite. J'ai toujours plaisir à venir partager du temps avec les joueurs et je ne pense pas que je pourrais le faire s'il n'y avait pas de feeling avec eux.

[La réponse électronique promise concernant le cinq idéal]

Cet exercice est vraiment trop difficile donc voici plutôt mon équipe type ayant marqué le club :

  • Édouard Choquet (2011/15 ; depuis 2017) et Babacar Cissé (2007/11).
  • Mohamed Hachad (2010/14) et Aaron Broussard (2014/17).
  • Chris Davis (2012/15) et Derrick Obasohan (2015/17).
  • Louis Labeyrie (2008/11) et Sacha Giffa (2011/13).
  • Sherman Gay (2009/12 ; 2013/14) et Mamadou Dia (depuis 2005).


Juin 2012, le premier coup d'éclat en LNB de Giuitta, Choquet et Fos :
une demi-finale de Pro B extrêmement accrochée contre l'ogre limougeaud
(photo : Sébastien Grasset)

Propos recueillis à Fos-sur-Mer,

12 avril 2019 à 06:20
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