INTERVIEWS

ITW AVEC EDDIE VIATOR APRÈS SON DERNIER MATCH ARBITRÉ : "IL FAUT PENSER À L’AVENIR"

Crédit photo : Lilian Bordron

Arbitre incontournable du basket français et européen depuis deux décennies, Eddie Viator a arbitré ces derniers matchs lors du Tournoi Qualificatif Olympique (TQO) à Kaunas. Il se confie sur l’évolution de sa carrière, les moments délicats et les meilleurs souvenirs, avant d’analyser sa nouvelle fonction : responsable du Haut Niveau des Officiels.

Depuis près de deux décennies, Eddie Viator (49 ans) faisait partie intégrante de l'éco-système du basket français et européen. Avec 620 matches de Pro A/Jeep Elite au compteur et 21 finales consécutives du championnat de France, il est l'un des arbitres les plus respectés de sa génération. Apprécié par les instances dirigeantes du basket mondial pour son autorité, sa gestion des conflits et sa probité, il a intégré le cénacle des arbitres internationaux les plus réputés. De telle sorte qu'il a été choisi pour arbitrer la finale de la Coupe du Monde masculine 2014, entre les Etats-Unis et la Serbie et lors de la finale féminine des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, en 2016, match opposant l'Espagne aux Etats-Unis. Sur les parquets européens, Viator a officié lors de le finale de coupe ULEB, en 2008, de l'EuroCup en 2012 et deux fois en Basketball Champions League (2019 et 2021). Une réussite incommensurable pour un basketteur modeste dont la passion pour l'arbitrage s'est construite dans un gymnase municipal à Sarcelles, dans le Val d'Oise, à 15 ans. ''L'amusement du sifflet'' des débuts se métarmophose en ambitions. Le travail comme valeur cardinale pour monter les échelons, de la départementale à la régionale puis le diplôme fédéral. L'arrivée dans le monde professionnel, en N1, et rapidement la Pro A. Pour Eddie Viator, ce parcours n'est que le produit du ''travail'', d'une remise en question après les premiers ''échecs''. Désormais responsable du haut niveau des officiels, à la Fédération française de basket, il entend s'attaquer à de nombreux chantiers, dont celui de ''l'harmonisation des arbitres des haut niveau''. 

Vous avez arbitré le dernier match de votre carrière professionnelle lors du Tournoi Qualificatif Olympique à Kaunas, la semaine dernière. Qu’avez-vous ressenti ?

C’était particulier. Ce n’était pas évident de se projeter sur une fin de carrière. Je ne me suis pas dit que c’était le dernier. J’ai travaillé de la même façon que les précédents. J’ai fait comme si il y en avait d’autres derrière.

Pourquoi avez-vous décidé d’arrêter votre carrière ?

Je traîne une douleur à un pied depuis quatre ans. J’aurais pu faire une opération. J’avais arrêté ma carrière FIBA pendant deux ans parce que je voulais faire une opération. J’ai repris la partie internationale, mais la douleur est revenue. Ça a un peu précipité la fin. Ensuite, la Fédération m’a proposé un poste en évolution par rapport à celui que j’occupe depuis quinze ans. Elle m’a demandé si j’étais intéressé pour être responsable du haut niveau des officiels. J’ai accepté.

Vous avez été arbitre international, meilleur arbitre de la décennie en Pro A/Jeep Elite, vous avez officié de nombreux événements de prestige, dont une finale de coupe du monde masculine en 2014  et une finale des Jeux olympiques en 2016. Qu'est-ce qui vous rend le plus fier ?

C’est déjà d’avoir pu accéder au haut niveau. Arriver en Nationale 1, c’était déjà une grande fierté, parce qu’avant d’y arriver j’ai connu quelques échecs. J’ai beaucoup travaillé. J’ai bossé ce qui était insuffisant. Ça a payé. Puis, je suis arrivé en Pro B. J’ai mis une saison entre la N1 et la Pro B, et entre la Pro B et la Pro A. Ce sont des successions de fierté. Sur les compétitions majeures, les résultats de matches et les finales arbitrées, ce sont toutes des fiertés.

A 15 ans, vous arbitrez vos premiers matchs à Sarcelles. Qu’est-ce vous a séduit dans cette activité ?

C’est d’abord l’amusement du sifflet. Quand on a 15 ans, et qu’on se met à siffler à tout va, c’est un jeu. On voit les gens dans le public qui réagissent. Après, c’est la partie gestion qui m’a plu. Quand on est arbitre, il faut savoir gérer des hommes, des gens sur des rencontres. Hommes et femmes, c’est totalement différent. Ça m’a captivé. ça m’a enrichi en tant qu’homme. Savoir comment gérer des situations dans une situation d’excitation générale, comment garder son calme quelles qu’en soient les circonstances, c'est inestimable.

Les règles du basket ont évolué depuis le début de votre carrière. Quelles sont celles que vous avez eu du mal à intégrer ?

Aucune en particulier. Mais il y en a quelques-unes que je n’aime pas. Par exemple, les erreurs rectifiables. Je trouve ça complexe pour les gens qui ne connaissent pas la règle. Quand on l’applique, ils ne comprennent pas pourquoi on annule les lancers-francs et on ne donne plus le ballon à l’équipe qui devait les tirer. L’alternance est une aberration. Je trouve que c’est anti basket. On a commencé le basket avec des entre-deux. La FIBA a expliqué ce choix en disant que les arbitres faisaient de mauvais entre-deux. C’est plus sportif d’avoir un combat entre deux joueurs qui tiennent le ballon. La troisième règle que je juge inefficace, c’est la faute anti-sportive dans les deux dernières minutes. Lorsqu’il y a une remise en jeu, on sait que toutes les équipes feront tout pour arrêter le temps quand le score est serré. Si un joueur fait faute, alors que le ballon n’a pas quitté les mains du passeur, on est obligé de siffler anti-sportive. Ce sont des coups de sifflet qu’on n’aime pas émettre. Alors on essaie de bidouiller en avertissant les acteurs.

Au fil des années, avez-vous perçu des changements dans la régulation des conflits avec les joueurs et les entraîneurs ? Vers plus de dialogues et moins de conflits ?

C’est lié à mon évolution personnelle. Quand j’étais jeune arbitre de Haut Niveau, il y avait plus de fougue. On a envie de se montrer. On voulait reproduire ce que faisaient nos prédécesseurs. Ajouté à ça le fait qu’on était que deux arbitres, il ne fallait pas se laisser déborder. A l’époque, c’était plus difficile que ça ne l’est maintenant. Aujourd’hui, ça nous arrive d’avoir des petits conflits entre joueurs, mais il y a beaucoup moins d’engagement dans les équipes. Le jeu est beaucoup plus technique et athlétique. Les conflits sont relégués à la marge. C’est bien qu’il en reste. Un match sans opposition et sans saveur, ce n’est pas intéressant. La gestion lors des dernières saisons, c’était assez plat. J’ai permis à certaines équipes d’avoir confiance. On se connaît, on se voit tout le temps. Les gens savent à quelle sauce ils vont être manger avec moi.

‘’ Les playoffs sont une période croustillante ‘’ 

Avant les matchs, aviez-vous une préparation mentale spécifique pour résister à la pression environnante (public, joueurs et entraîneurs) ?

Non. Je n’ai aucun rituel d’avant match. J’arrive à canaliser le stress et la tension. Depuis un an et demi, c’est facilité par le fait qu’on est dans des bulles sanitaires. Quand je suis sur le parquet, je suis dans une bulle. Je suis isolé de l’environnement. Je me suis forgé une carapace assez robuste. Même si le public est un élément important. Il donne des informations à l’arbitre.


A l'écoute de Laurent Legname (photo : Jacques Cormarèche)

Quels sont les publics avec lesquels vous vous sentiez en difficulté ? A contrario, des ambiances que vous aimiez ?

En 2012, on est sur la Semaine des As à Roanne. C’était peut-être là que c’était le plus orienté vers moi. J’avais sanctionné le coach Luka Pavicevic d’une faute technique. A juste titre. Il fallait je réagisse. Le public de Roanne m’a dézingué. C’est de bonne guerre. Les supporters étaient là pour gagner le match. Ils ne l’ont pas gagné, non pas en raison de la faute technique, mais parce que l’équipe n’avait pas les ressources suffisantes pour pouvoir le gagner. J’ai été asséné de nombreuses broncas durant toute la rencontre. C’était long. J’en suis ressorti vivant.

Toute les salles de France dans lesquelles le public chahute me vont très bien. A contrario, à chaque fois que c’est calme, je m’ennuie un peu.

En tant qu’arbitre, vous avez un accès privilégié sur le jeu. Certaines rencontres ne peuvent pas vous laisser indifférent. Quels sont les matchs que vous avez eu le plus de plaisir à arbitres ?

Les playoffs sont une période croustillante. On commence sur les quarts avec beaucoup d’intensité. Ça joue à fond, les joueurs se battent. Quand on a 2-3-4 joueurs au sol, qui transpirent et jettent de l’énergie. En tant qu’arbitre, on ressent toute cette énergie. On n’a pas envie d’être en deçà de cela. On s’investit à fond. Ce sont les meilleurs moments d’arbitrage que j’ai vécus. 

‘’ J'étais insatisfait de mon évolution personnelle ‘’

Vous êtes désormais responsable du Haut Niveau des Officiels. En troquant votre tenue d’arbitre pour une tenue plus institutionnelle, quel a été le cheminement qui vous a amené à accepter ce poste ?

Il faut penser à l’avenir. Je m’étais déjà fixé une certaine limite. 49 ans, c’est bien. Pendant toutes ces années, j’ai appris beaucoup de choses. Mais j’étais insatisfait de mon évolution personnelle. J’ai appris avec Pascal Dorizon, Gilles Bretagne, un de mes formateurs en Ile-de-France. Sur le haut niveau, c’est celui qui a le plus cru en moi au départ. Après, il y a eu Goran Radonjic… Je me suis inspiré de dizaines d’arbitres. C’est grâce à chacun d’entre eux que j’ai pu avoir quelque chose. Sur la fin de ma carrière, je stagnais en termes de découverte. Chaque année, on doit avoir des directives de la Fédération. Ce n’était plus le cas. Mes collègues et moi apprenions seuls. On manquait de directives pour pouvoir décider. Chaque arbitre faisait avec son expérience et sa connaissance. Je me suis fait la réflexion suivante : ‘’ il faut qu’on arrive à harmoniser l’ensemble ‘’. Ce poste va me permettre de démarrer sur un cycle différent.

Quels sont les chantiers prioritaires pour l’arbitrage du haut niveau dans le basket français ?

Chantal Julien a très bien développé l’arbitrage féminin. En neuf ans, on est passé de 2 femmes arbitres de haut niveau à 3 en Jeep ELITE. D’une manière globale, on a augmenté le nombre de femmes arbitres sur le haut niveau. Moi, ma priorité sera d’harmoniser l’arbitrage de haut niveau (Nationale 1, Pro B et BetClic Elite). On ne doit pas attendre d’un arbitre de Pro A qu’il gère les conflits de manière différente d’un arbitre de Nationale 1. Ce que je voudrais, c’est que les arbitres de ces trois divisions fassent la même sur la gestion. Pour cela, il faut qu’ils apprennent tous la même chose. Les messages doivent être identiques. Si la communication du HNO est claire, les officiels sauront exécuter. S’il y a un passage en force, voilà comment les arbitres doivent obéir à la règle. C’est très difficile d’uniformiser les coups de sifflet lorsque vous avez des différences d’expérience au sein d’un trio. On sait pertinemment que ça prendra du temps à se mettre en place.

08 juillet 2021 à 08:30
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