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ITW BANDJA SY, TALENT LIBÉRÉ AU PARTIZAN

Crédit photo : Emilija Jovanovic

Souvent présenté comme le Sy le plus talentueux, Bandja Sy a eu du mal à exprimer son potentiel en France. Désormais en exil au Partizan Belgrade, le Franco-Malien est responsabilisé et s'affirme progressivement sous les couleurs de l'un des clubs les plus mythiques d'Europe. Une vraie libération après quatre saisons de frustration en Jeep ÉLITE.

Quand nous l'avions rencontré le lundi 21 mai en fin de matinée dans un café de Belgrade, à deux pas de son appartement situé en plein cœur de la vieille ville, tout allait encore bien pour Bandja Sy (2,04 m, 27 ans). Invité par son agent, il avait assisté la veille à la deuxième mi-temps de la finale de l'EuroLeague à la Stark Arena et se préparait à aborder les playoffs avec "l'objectif titre clairement établi". 36 heures plus tard, tout s'est écroulé. L'enfant de Cergy-Pontoise a été fauché en plein vol, "au plus mauvais des moments", victime d'une chute assez effrayante après un dunk contre le Mega Bemax. Verdict : aucune fracture mais d'intenses douleurs au dos qui l'ont contraint à suivre les deux matchs suivants de playoffs chez lui devant sa télévision car il ne pouvait pas rester assis trop longtemps. Sans son ailier français, après avoir sweepé les jeunes pousses du Mega Bemax, le Partizan Belgrade a été battu en demi-finale du championnat serbe par son voisin honni de l'Étoile Rouge, le tout en deux manches sèches. Forcément "très frustrant" pour l'ancien Villeurbannais, toutefois soulagé de ne pas avoir de séquelles physiques trop importantes.

Si sa première expérience à l'étranger s'est conclue de manière un peu abrupte, Bandja Sy a toutefois trouvé ce qu'il était parti chercher hors des frontières françaises. Alors qu'il s'estimait bridé lors de ses quatre saisons en Pro A entre l'Élan Béarnais, Nancy et l'ASVEL, le petit dernier de la célèbre fratrie s'est exilé en quête de responsabilités. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a découvert les deux versants de la situation de joueur étranger. Placardisé (11 apparitions à 10 minutes de moyenne) en début de saison au sein d'une équipe de l'AEK Athènes qui était encore loin d'être celle qui allait remporter la Champions League quelques mois plus tard, il a superbement rebondi à partir du mois de janvier sous le maillot d'une entité toute aussi prestigieuse, le Partizan Belgrade.

Longtemps présenté comme le Sy le plus doué de tous, Bandja est en train de prendre de l'épaisseur sous la houlette de Nenad Čanak. Avec près de 25 minutes de moyenne par match, jamais il n'avait joué autant de toute sa carrière. Le Franco-Malien fut une pièce essentielle du dispositif du Partizan Belgrade (9,7 points à 69% et 5,8 rebonds de moyenne en Ligue Adriatique ; 7,6 points à 57%, 3,3 rebonds et 2,3 passes décisives dans le championnat serbe) et il a contribué, dès son arrivée, à redorer le blason abîmé du Partizan en remportant la Coupe de Serbie. Forcément prometteur pour la suite, et notamment la prochaine saison à Belgrade. Enfin celle de l'explosion pour Bandja Sy ? En l'écoutant, on a envie d'y croire.

Bandja, cela fait tout juste quatre mois que vous êtes au Partizan Belgrade et vous avez d'ores et déjà prolongé votre contrat pour la saison prochaine. La preuve que vous vous sentez bien ici ?

Tout s'est bien passé dès mon arrivée en effet. Au bout de quelques semaines, on avait déjà gagné un titre (la Coupe Radivoj Korac, soit la Coupe de Serbie, ndlr). Je ne m'en rendais pas compte mais ce trophée était vraiment attendu ici. Ça a reboosté le club. Ils n'avaient rien gagné depuis 2014, ils en parlaient assez régulièrement mais moi, j'étais surtout concentré sur le fait de bien m'intégrer. Quand on a remporté ce trophée, ça m'a fait énormément de bien après mon expérience en Grèce. Ce n'était que du bonus. Je me sens bien dans l'équipe, dans cet environnement. C'était logique de prolonger ici.

On se souvient de Léo Westermann ou Joffrey Lauvergne qui étaient revenus du Partizan avec des étoiles dans les yeux. Est-ce que vous avez l'impression de vivre un peu la même chose ?

Je ne sais pas comment expliquer... Mais je n'avais jamais ressenti la même chose en France par exemple. Ici, je sens qu'ils ont vraiment confiance en moi, tout le monde s'entend bien dans l'équipe, il y a une vraie osmose. Il n'y a aucun malentendu avec aucun joueur, tout le monde s'entraide. Et ça, c'est spécial. Avant que j'arrive, on m'avait prévenu que c'était une grande famille. Une fois que tu es dans la famille, t'es bien.

Vous vous étiez renseigné auprès de qui avant de signer ?

J'en avais parlé avec Boris (Dallo), oui. On était à Athènes ensemble (le meneur nantais évoluait au Panionios Athènes cette saison, ndlr). Il ne m'en a dit que des bonnes choses. Pour moi, c'était une opportunité à saisir.

Par contre, hors terrain, le tableau n'est pas aussi idyllique. En décembre 2017, le club a annoncé qu'il traînait une dette de plus de sept millions d'euros. Est-ce quelque chose qui se ressent de votre côté ?

Non, pas du tout. Après, je parle de mon cas uniquement là, je n'ai aucun problème là-dessus. Mais je ne pourrais pas dire pour les autres joueurs.

"J'ai un plus gros rôle mais moins de pression"

Le Partizan a connu des saisons fastes récemment, avec notamment une participation au Final Four de l'EuroLeague en 2010. Désormais, le club est loin de ce niveau. Ressentez-vous une certaine nostalgie des années Vujosevic à Belgrade ?

Je ne sais pas mais c'est clair et net que c'est une ambition pour le club d'y retourner. Après, ça ne va pas être facile mais moi, ça me motive quand un club est ambitieux.

Les supporters, les Grobari, sont toujours présents ?

Toujours présents, oui (il sourit). C'est vraiment spécial ici. En Grèce, plus tu gagnes, plus les gens viennent. Ici, ils sont toujours là. Par exemple, pour être honnête, on joue parfois des équipes qui ne sont pas top dans le championnat serbe mais les supporters voyagent quand même avec nous. À chaque fois, c'est comme si on jouait à domicile, c'est assez impressionnant. Au Pionir, ça dépend des matchs mais la plupart du temps, la salle est bien remplie.

Comment vous sentez-vous dans le basket serbe ? Le style de jeu est différent ?

Oui, ça change. J'ai fait six matchs de Ligue Adriatique, c'est vraiment un bon championnat, j'ai bien aimé. Je n'étais pas au courant que c'était quatre pays : la Serbie, le Monténégro, la Croatie et la Slovénie (six en réalité avec aussi la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine, ndlr). Le niveau est vraiment intéressant, il y a des joueurs d'assez haut niveau, certains que l'on connait en France comme Kyle Gibson, l'ancien Gravelinois, qui a gagné le titre avec le Buducnost Pogdorica. Le basket est différent, mais assez libre, et cela me convient. Après, ce n'est pas la même chose pour le championnat serbe. Là, on attend vraiment juste les playoffs. Mais il y a des pièges, il ne faut pas se faire avoir. On a perdu un match qui nous prive de la première place. On n'était pas assez concentré. On le perd de cinq points alors qu'avec de la concentration, on aurait dû gagner de quinze points.


Bandja Sy a martyrisé les cercles du Pionir ces dernières semaines
(photo : KK Partizan NIS)

Concrètement, qu'est ce qui change par rapport à la Pro A ?

Il y a énormément de différences. C'est moins athlétique mais ça reste plus physique. Dans toutes les équipes, il y a des vrais pivots de 2,10 m avec toute la panoplie de moves à l'intérieur.

Et l'entraînement à la serbe ?

Ah, on m'avait prévenu mais il y en a vraiment beaucoup, 2h à chaque fois. Par exemple, j'étais habitué à m'entraîner les veilles de match de 11h à 12h30. Là, on fait du 20h - 22h. C'était un peu chaud au début mais cela apporte des bonnes choses. Physiquement, on est tous au top.

Quel est votre rôle dans cette équipe ?

Celui que je recherchais depuis un petit moment, un vrai rôle. Je suis arrivé à Belgrade et le capitaine, Novica Velickovic, est venu me parler. Il m'a dit : "J'ai vu ce que tu pouvais faire, j'ai regardé des vidéos, j'ai parlé à certains de tes anciens coéquipiers qui m'ont tous dit du bien de toi. Tu peux faire énormément de choses sur le parquet donc ne te mets pas de pression, fais ce que tu sais faire, tu vas t'intégrer, tu vas t'adapter et tout ira bien pour toi." Donc voilà, je joue 8 minutes pour mon premier, 28 pour mon deuxième et ça a continué sur cette lancée. Ils ont beaucoup de confiance en moi. Cela m'a permis de jouer plus libéré car je sais que j'ai un vrai rôle. Je ne sais pas si ça paraît logique mais j'ai un plus gros rôle et moins de pression. Il y a trois coachs ici, ils sont vraiment proches des joueurs. Ce que j'apprécie, c'est qu'ils sont aussi cools sur que en dehors du terrain. Tu peux aller boire un verre avec eux par exemple. Ils savent faire la part des choses, quand être sérieux ou quand être un peu plus sympa.

Quand vous dites moins de pression, c'est par rapport à la France ?

Quand j'étais en France, c'était un peu la même chose pendant quatre ans. On me disait : "Tu vas entrer et si tu es bon, tu joueras. En revanche, si tu ne l'es pas..." C'est aussi pour ça que je voulais aller tenter ma chance ailleurs car je savais que j'allais devenir un joueur étranger et que ça inverserait les choses. Qui dit étranger dit plus de responsabilités. En Grèce, ça ne s'est pas passé comme je l'aurais voulu mais je suis heureux ici, c'est ce qui compte le plus.

"Mes frères m'ont forcé à me mettre au basket"

Sentez-vous que le basket est vraiment un sport à part, quasi une institution, à Belgrade ?

Oui. Avant même ma signature, j'avais déjà un paquet de messages de bienvenue sur les réseaux sociaux. Ça m'a fait prendre conscience que le basket est carrément une religion ici. Les gens suivent plus le basket que le foot. C'est top.

Pouvez-vous marcher tranquille dans la rue ou est-ce que l'on vous arrête tout le temps pour prendre des photos, voire pour chambrer s'il s'agit d'un supporter de l'Étoile Rouge ?

(Il sourit) C'est marrant, c'est obligé que je croise des fans du Red Star en ville mais je n'ai jamais eu de remarque ou d'insulte. Après, bien sûr, les supporters du Partizan demandent des photos, etc. Mais ça ne me dérange pas du tout, ils viennent nous soutenir aux matchs donc c'est logique de leur donner quelque chose en retour.

Commençons par un petit retour en arrière : vous étiez à l'AEK Athènes en début de saison, l'aventure s'est terminée au milieu du mois de janvier. Que s'est-il passé là-bas ?

Cela se passait bien au début. Je suis arrivé en septembre, j'ai fait plusieurs rencontres où j'ai eu du temps de jeu. Puis, lors d'un match à l'Aris Salonique, je n'ai passé que huit minutes sur le parquet. Le coach (Sotiris Manopoulos) vient me voir à la fin du match pour me dire de ne pas m'inquiéter et pour me demander de lui décrire les systèmes que je connais en 3 et en 4. Je lui réponds que je connais les systèmes et que je serai patient. Ensuite, ça ne change pas, je devais avoir moins de dix minutes de moyenne (8 en BCL, 13 en ESAKE, ndlr). Je vais donc voir l'entraîneur pour savoir ce qu'il se passe et il me dit la même chose que la dernière fois, en plus qu'il aime bien la manière dont je travaille, etc. Je ne pourrais pas trop dire ce qu'il s'est passé mais le club s'est séparé du coach et m'a informé que j'allais devenir le septième étranger, soit le joueur surnuméraire, en championnat grec. Le nouveau coach (Dragan Sakota) arrive et m'explique que si je reste à Athènes, je ne jouerai que cinq ou six minutes en Ligue des Champions car il y a trop de joueurs. J'ai continué à m'entraîner avec le groupe pendant deux mois jusqu'à ce que je reçoive l'opportunité de partir et de me relancer dans un autre club.


Bandja Sy a disputé cinq matchs de BCL avec l'AEK Athènes, futur vainqueur de la compétition
(photo : FIBA)

Cela vous a aussi fait prendre conscience de l'autre facette du statut de joueur étranger ?

C'était ma première expérience à l'étranger. J'ai beaucoup communiqué avec Amara qui me disait qu'il ne fallait pas que j'oublie que j'étais le dernier arrivé. Après, je ne pense plus au passé, je me focalise sur le présent et le futur. Je n'ai aucun regret.

Qui supportiez-vous en finale de la Ligue des Champions du coup ? Vos anciens coéquipiers ou l'équipe de votre frère ?

La famille d'abord quand même ! (il rit) Cela dit, pour avoir joué à l'AEK, je peux vous garantir que ce n'était pas une saison facile pour le club, surtout en Ligue des Champions. La première phase était très compliquée, ils se sont qualifiés sur le dernier match, ça s'est joué à très peu. Puis il y a eu des changements, deux recrues et un nouvel entraîneur. Il a cherché à remobiliser le groupe, à miser sur les qualités de chacun et il a fait du très bon boulot puisqu'ils ont remporté la BCL. Cela n'était pas gagné dès le début et ça m'a fait plaisir pour eux. Individuellement, ce sont de bons gars. Il est évident que je supportais mon frère, je voulais le voir gagner un nouveau titre mais je connais aussi le chemin que mes anciens coéquipiers ont dû parcourir pour y arriver donc je suis content pour eux.

Quand on vient d'une famille comme la vôtre, était-ce possible d'échapper au basket ?

(Il sourit) Ah, je ne pense pas, non. Pourtant, j'étais plutôt foot moi à la base. J'accompagnais toujours mes frères quand ils allaient jouer mais j'étais juste en train de faire des jongles avec le ballon de basket (il rit). Ils m'ont un peu forcé à m'y mettre mais je me suis dit que le basket pouvait être une opportunité pour moi de quitter la banlieue parisienne. Je suis parti très tôt de chez moi, à 13 ou 14 ans, direction Besançon. Cela m'a aidé à grandir, à devenir un homme. C'était une très bonne expérience, je peux dire que je suis content qu'ils m'aient forcé à y aller. Mamadou m'accompagnait aux entraînements mais c'étaient surtout Amara et Mamoudou qui me motivaient à jouer. Ils me disaient : "Tu restes dans le corner, on te passe la balle, tu shootes." Sûrement qu'ils avaient vu quelque chose en moi.

"Les joueurs français n'ont pas assez leur chance en France"

Le basket n'était pas vraiment votre priorité non ?

Pour dire la vérité, je n'avais aucune priorité (il sourit). Tous mes amis jouaient au foot donc je faisais pareil. À l'école, je n'étais pas vraiment fan des cours (il rit). Mais j'ai fini par prendre conscience qu'il fallait bien que je fasse quelque chose, que je ne pouvais pas que jouer au foot, m'amuser et ne rien  faire à l'école. Donc pourquoi pas le basket vu que mes frères me motivaient et me poussaient à y aller ?

Après, votre formation fut assez atypique avec quelques passages à l'étranger...

J'ai commencé par trois ans à Besançon, deux premières années à l'internat puis une dernière en famille d'accueil où ça s'est vraiment bien passé. Ils m'ont traité comme leur fils. Ensuite, je suis allé en Espagne, à Gran Canaria, pour une saison. Ça reste la meilleure ville où je suis allé, au niveau du climat ou de l'ambiance. Joueurs et coachs, on vivait tous dans une grande maison, c'était vraiment sympa. On avait trois entraînements par jour donc je pense que c'était plus pratique pour les entraîneurs d'être directement sur place. Et enfin, les États-Unis, avec un an de prep school en Californie et l'université à New Mexico avant de revenir en France.

Tout ça pour devenir le quatrième basketteur pro de la famille... Vous réalisez que c'est exceptionnel ou est-ce que cela vous parait normal ?

Peut-être que l'on réalisera quand on aura fini nos carrières... Là, actuellement, je ne sais pas. Quand j'étais en France, on me posait beaucoup de questions sur le fait d'affronter Amara. Honnêtement, le premier match contre lui m'a fait bizarre et après, je me suis un peu habitué. Peut-être que plus tard, je réaliserais que c'est vraiment spécial d'avoir joué contre lui et d'avoir trois frères qui sont aussi devenus basketteur professionnel.


"Je n'essaye pas d'être meilleur qu'Amara, je suis fier de voir qu'il est autant respecté et aimé", dit Bandja
(photo : ASVEL Basket)

Quand vous êtes revenu en France après votre cursus universitaire, ils vous ont tous présenté comme le plus talentueux de la famille alors que vous restiez finalement assez méconnu. Du coup, cela a créé une certaine attente. Est-ce que cela ne vous a pas un peu desservi ?

(il hésite) Je ne peux pas trop dire mais je ne pense pas. Je suivais la Pro A car il y avait Amara, la Pro B car Mamadou et Mamoudou y jouaient. Mais voilà, je n'avais aucune idée des caractéristiques du championnat, du style de jeu, des invididualités. Je suis arrivé un peu dans l'inconnu. Je pensais que ça serait comme à l'université où les joueurs ont du temps de jeu en fonction de ce qu'ils prouvent. Si tu es bon et régulier aux entraînements, tu joueras. Là-bas, au fil des années, je jouais de plus en plus et lors de ma dernière saison, j'en suis arrivé à un point où le coach m'a dit que s'il fallait que je joue 40 minutes, il me laisserait 40 minutes sur le terrain. Je savais que c'était du basket professionnel en France, qu'il y avait donc plus de pression et d'enjeu, mais je me disais quand même que ce serait pareil, que j'allais prouver que je peux avoir ma place et donc que l'on me donnera un rôle. Ça ne s'est pas du tout passé comme ça à Pau. J'ai signé en tant que back-up et je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'avoir un vrai rôle. Dès que quelqu'un partait à mon poste, ils signaient un autre joueur : il y a eu successivement Mike Scott, Aaron Harper et D.J. Strawberry. Après, Pau reste une très bonne expérience : pour une saison rookie, j'ai quand même joué des matchs. Arrivé à Nancy, je pensais avoir plus de temps de jeu et des responsabilités plus importantes mais j'ai fini par avoir le même rôle qu'à Pau, pas vraiment ce que je recherchais. Puis je me suis blessé à l'épaule, j'ai été absent trois mois, je n'ai pu revenir que pour les deux matchs de playoffs. La deuxième saison au SLUC fut vraiment compliquée : je n'ai eu ma chance qu'à partir du mois de février. Avant cela, c'était extrêmement difficile. Il y avait toujours un joueur devant moi, quoiqu'il arrive. La qualité des entraînements n'avait aucune importance, certains joueurs jouaient alors qu'ils ne s'entraînaient pas de la semaine, je n'étais vraiment pas content. Le malheur des uns fait le bonheur des autres et j'ai finalement pu jouer grâce à certaines blessures. L'arrivée de Steed Tchicamboud m'a aussi fait du bien. C'est marrant car il voulait déjà me faire venir à Chalon. En arrivant à Nancy, il m'a dit : "Ça fait quelques temps que je voulais jouer avec toi. Je vais te donner tous les conseils que je peux te donner, sois juste un bon étudiant et écoute." Il m'a vraiment aidé, surtout à découvrir un aspect différent de mon jeu. Enfin, il y a eu le passage à l'ASVEL. J'y avais signé trois ans et j'avais une nouvelle fois décidé d'être back-up, de Charles (Kahudi) au poste 3 ainsi que de Nikola Dragovic et Amine Noua au poste 4. C'était un plan sur le long terme mais Charles s'est blessé et je me suis retrouvé titulaire à l'aile. Ça se passait très bien, je m'épanouissais. Puis il y a eu le retour de Charles, ainsi que les signatures de Casper Ware, Livio Jean-Charles et David Andersen. Cela a modifié la physionomie du coach, son approche du jeu. On a pratiqué un basket différent, small-ball, mais sans moi : je jouais quelques minutes au poste 3 et rien du tout en 4. Ce n'était pas du tout ce que l'on avait prévu. Encore une fois, j'étais déçu et c'est ce qui m'a donné ce déclic, cette envie d'aller voir ailleurs. Lors de mes saisons en France, je me suis vraiment rendu compte que les joueurs qui ont de vrais rôles sont les étrangers. Bien sûr, certains Français ont des responsabilités mais ils sont internationaux pour la plupart. Je me suis dit que ça allait vraiment être difficile de trouver un club ambitieux où je pourrais avoir des responsabilités. Jouer le maintien n'était pas vraiment ma priorité. D'où ce désir de partir à l'étranger. Je tiens à dire que Tony (Parker) m'avait promis qu'il ne me bloquerait pas si je voulais quitter Villeurbanne avant la fin de mon contrat. Il sait pourquoi je voulais m'en aller, il sait que c'était logique. Finalement, en voyant le recrutement de l'ASVEL l'été dernier, on peut dire que c'était un choix raisonnable (il sourit).

Pensez-vous que votre cas reflète celui d'une majorité de joueurs français en Jeep ÉLITE, des locaux à qui on ne donnerait pas assez leur chance ?

Il y a toujours cette polémique où les gens disent qu'il faut que les Français prouvent mais ils ne vivent pas l'expérience. Ils sont derrière l'ordinateur ou la télé, ils ne sont pas présents. Je respecte bien sûr leur point de vue mais pour moi, honnêtement, les joueurs français n'ont pas assez leur chance en France. Il y a les internationaux qui sont bien, avec un vrai rôle. Derrière, on ne va pas se mentir, il y en a certains qui ont prouvé et qui maintenant ont leur temps de jeu. Mais il y en a d'autres qui ont une étiquette : ils sont dans la rotation et cela ne changera jamais, quoiqu'ils fassent. Mais ça, tu peux le voir seulement quand tu es à l'intérieur du système.

"Ce sont les coachs qui font en sorte que les joueurs explosent"

Nous, de l'extérieur du système, on a l'impression que vous n'avez pas encore exprimé tout votre potentiel, que votre explosion est encore attendue. C'est votre sentiment aussi ?

J'ai le même ressenti, croyez-moi. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles je voulais partir à l'étranger. Ce n'est pas comparable car il n'y a pas la même pression mais je vais encore parler de l'université : en NCAA, je faisais énormément de choses sur le terrain. Je jouais des pick and rolls, j'avais le ballon au poste bas, tirs à trois points, à mi-distance, sortie d'écran, sortie stagger... Je m'attendais à avoir les mêmes choses en France, mais pas du tout. On me disait de shooter si j'étais ouvert, d'aller aux rebonds et de défendre. C'est pour ça que j'ai l'impression de ne pas avoir exprimé mon potentiel au maximum.

Du coup, où se situe votre marge de progression ?

Ce qui est bien ici, c'est qu'on a un bon coaching staff. Il y a un excellent entraîneur qui s'occupe du travail individuel, qui me fait bosser sur mon tir, mon jeu dos au panier ou la création en drive. Et ça paye ! Il y a des matchs où j'ai effectué pas mal de passes décisives alors que ce n'est pas vraiment une habitude pour moi. C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai prolongé car je sens que je peux passer un cap ici et enfin exprimer mon potentiel.


19 minutes de moyenne en 126 matchs de Pro A pour le Francilien
(photo : Sébastien Grasset)

Qu'est ce qu'il faut pour passer ce cap alors ? Un déclic mental, plus de temps de jeu ?

Bien évidemment qu'il faut avoir du temps de jeu. Mais le plus important est la confiance du coach. Tu as beau avoir une confiance illimitée en toi-même, si le coach ne croit pas en toi, tu te retrouveras sur le banc au bout de trois erreurs. Pour moi, ce sont les coachs qui font en sorte que les joueurs explosent. Personnellement, sans la confiance de l'entraîneur, je ne peux rien faire. Sans cela, même si tu es meilleur que ton concurrent direct, tu ne seras pas la priorité du coach...

Votre avenir se situe-t-il plus au poste 3 ou au poste 4 ?

Peu importe. Ici, ce qui est bien, c'est que je joue aux deux postes, de manière assez équilibrée. Je me suis adapté assez rapidement. Je fais beaucoup de post-up en 3 ou je joue loin du panier en 4. Je travaille beaucoup sur mon tir, je suis en confiance, je tourne aux alentours de 50% (57,6% dans le championnat serbe, ndlr) avec pas mal de tentatives par match. On travaille tous les jours et c'est vraiment intéressant. Au premier entraînement, on m'a dit de ne pas partir tant que je n'avais pas mis dix tirs d'affilée à trois points. Je les ai mis assez rapidement mais ça annonce un peu la couleur et la façon de travailler. Après chaque séance de musculation, il faut faire au moins 8/10 sur chaque spot. Tant que tu n'as pas réussi, tu restes bloqué. Cela m'a permis de travailler d'une différente manière, je suis plus concentré. Le shoot, c'est beaucoup de concentration. Avant, j'avais l'habitude de venir en avance et de rester shooter après l'entraînement, mais pas avec la même concentration que j'ai actuellement. Je pense que c'est ce qui fait la différence.

Alors ici, les entraînements peuvent s'éterniser pour certains joueurs ?

Ah, ça arrive d'en voir certains rester une heure ou deux oui. Moi, je prends mon temps. Je fais mes séances de muscu, je me repose, je suis toujours le dernier à sortir de la salle de muscu et derrière, j'enchaîne assez rapidement avec le shoot. Vu qu'on a souvent deux entraînements dans la journée, j'ai toujours ça en tête : "Ok, je finis rapidement, comme ça je rentre, je mange, je me repose et je reviens" (il rit).

À Belgrade,

01 juin 2018 à 08:15
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Shooteur d'élite à Marseille.
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