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JUSTIN ROBINSON, L'ARCHER CHALONNAIS

Crédit photo : Sébastien Grasset

Ses premiers pas en France ont illuminé le Colisée et refait de l'Élan Chalon une machine à gagner. Après une saison noire au poste 1 avant l'éclaircie Wolters, Jean-Denys Choulet a remis la main sur un meneur insaisissable (17,1 points à 44% et 8,8 passes décisives pour 21,2 d'évaluation). Partez à la découverte du nouveau phénomène de Jeep ÉLITE.

"Avant, je voulais montrer aux gens qu'ils avaient tort. Maintenant, je veux surtout me prouver à moi-même que j'ai raison." Toute sa vie, Justin DeVaughn Robinson (23 ans) a entendu qu'il n'y arriverait pas, que ses aspirations étaient au dessus de ses moyens. En cause ? Sa taille (1,73 m). Supposément beaucoup trop petite pour qu'il puisse se frayer un chemin jusqu'au haut niveau. Il clame qu'il veut devenir basketteur professionnel ? On lui répond qu'il n'est pas assez grand. Il refuse une offre d'un coach d'une université de NCAA III en disant qu'il veut évoluer en première division ? L'entraîneur concerné lui rit au nez. "On m'a dit tellement de fois que je ne pourrais pas le faire", se souvient-il, engoncé dans un fauteuil du Colisée en cette veille de derby bourguignon, pas forcément très à l'aise avec un micro allumé en face de lui. Tellement douté, tellement remis en cause, qu'il a su se construire une carapace et presque s'en faire une force. "Ça ne changera jamais, c'est quelque chose que j'entends encore aujourd'hui. Mais ça ne m'arrête pas, je continuerai à jouer comme je le fais." Au grand bonheur de l'Élan Chalon qui est parvenu à mettre la main sur l'un des tous meilleurs meneurs de Jeep ÉLITE, dont la célébration version simulation de tir d'une flèche à l'arc - un hommage à l'archère Katniss Everdeen de la série Hunger Games - est désormais anticipée et espérée par tous les habitués du Colisée.

Né avec une cheville cassée !

Pourtant, sur le chemin d'une carrière professionnelle, Justin Robinson partait avec des inconvénients bien plus sérieux que ses seuls 173 centimètres. Né à Kingston, "pas le meilleur endroit pour grandir mais pas le pire non plus", une petite ville de 25 000 habitants située deux heures au nord de New York City, il est venu au monde avec un pied talus valgus, plus simplement avec la cheville droite cassée.  Son pied était replié vers le haut. "Je suis sorti les pieds en premier au lieu de la tête", explique-t-il. "Mais cela n'a jamais vraiment été un problème pour moi, je me suis naturellement adapté." "Si lui était sûrement trop jeune pour en mesurer les conséquences éventuelles, ses parents ont eu très peur. "C'était terrible", se souvenait sa mère, Stephanie Blackmon-Miller, au micro de Bleacher Report en mars 2016. "Les médecins ne savaient pas s'il pourrait marcher normalement, s'il serait capable de courir. C'était presque un désastre." Le bébé Robinson doit grandir avec un plâtre et suivre des séances de physiothérapie afin de remettre son pied droit de manière normale. Les docteurs annoncent à sa mère qu'il  ne devrait pas pouvoir marcher avant 18 mois. Or, Justin y arrive dès son premier anniversaire. Déjà, il contredit toutes les prévisions à son égard. De nos jours, il ne lui reste plus de séquelles de cette époque, simplement un mollet droit atrophié, plus petit que celui de gauche.

Justin Robinson a toujours su maximiser toutes les opportunités qu'on lui a données. Au lycée, alors qu'il pratique en parallèle le football américain, il s'impose comme le meilleur passeur de l'histoire des Kingston Tigers. Pas suffisant pour que les recruteurs NCAA s'intéressent à lui. Jugé "talentueux mais trop petit", il ne reçoit qu'une seule offre, celle de Monmouth. En quatre ans dans le New Jersey, il justifie la confiance de l'entraîneur King Rice et devient le seul joueur de l'histoire des Hawks à récolter deux fois la mention honorable All-American. Surtout, contrairement à beaucoup de ses compatriotes qui ne jurent que par la NBA et qui tombent de haut en débarquant en Europe, lui s'attendait depuis longtemps à devoir partir monnayer son savoir-faire de l'autre côté de l'Alantique. "Cela fait depuis mes années de lycée que je pense au fait de jouer à l'étranger. Signer mon premier contrat professionnel avec Saratov fut un très grand accomplissement."


15,3 points et 3,8 passes décisives en 131 matchs universitaires pour Robinson
(photo : Monmouth Hawks)

Et l'étranger, après la Russie, c'est la France où, suite à l'échec Adam Smith, Jean-Denys Choulet est revenu à ses premiers amours en l'engageant. "En regardant ce qu'il a pu faire à Monmouth, c'est sûr que c'est le genre de joueur qui correspond à Jean-Denys", expose Crawford Palmer, le directeur sportif de l'Élan Chalon. "Après l'année dernière compliquée, le but était d'assurer et d'avoir un vrai meneur passeur qui peut faire jouer les autres et marquer des points. Justin sort d'une grosse saison dans un bon championnat (11,8 points à 43% et 7 passes décisives en VTB League, ndlr) donc ça nous donnait quelques garanties, c'était  moins risqué que d'aller chercher un vrai rookie."

Visiblement déçu (même s'il ne l'avoue pas ouvertement) de son expérience russe, Justin Robinson s'est longuement documenté avant d'accepter l'offre bourguignonne. Il s'est renseigné sur l'histoire du club où les noms de Thabo Sefolosha, Clint Capela ou John Roberson ont fortement résonné dans son esprit, en a discuté avec ses coéquipiers de Saratov connaissant Chalon (Branden Frazier et l'ancien orléanais Micah Downs) qui lui ont certifié qu'il s'agissait d'un bon endroit où aller puis a eu Jean-Denys Choulet au téléphone. Un coup de fil qui a scellé sa décision. "Il m'a convaincu de venir. Sa réputation parle pour lui. Regardez Terrell McIntyre, A.J. Slaughter, John Roberson, ce qu'ils sont devenus à ses côtés. Il est évident qu'il sait ce qu'il fait."

Frustré en Russie, épanoui avec Jean-Denys Choulet

Contrairement à la Russie où rien ne s'est déroulé conformément à ses attentes - "ce n'était vraiment pas ce que je pensais trouver" -, ce fan absolu d'Allen Iverson ne semble pas regretter d'avoir opté pour la Saône-et-Loire. "Il a l'air content d'être ici", acquiesce Crawford Palmer. "Et nous sommes aussi heureux de l'avoir !" L'Élan Chalon a de quoi avoir le sourire. Dans un style différent des autres pointures de Jeep ÉLITE que sont les Mantas Kalnietis, Roko-Leni Ukic, Zack Wright et autres David Holston, Justin Robinson s'est de suite comme une véritable référence à son poste dans le championnat de France. Dès son arrivée, Jean-Denys Choulet avait mis en avant ses qualités de passeur. Le résultat ne s'est pas fait attendre : 20 offrandes sur les deux premières sorties. "J'ai toujours été un très bon passeur", affirme le joueur. "Je suis certain que plus jeune, je n'avais pas la même vision du jeu mais chaque saison, j'avais des coéquipiers qui shootaient bien ou qui coupaient vers le panier. Cela a donc toujours été mon boulot d'être sûr qu'ils reçoivent le ballon." Au fil de la conversation, le bien-être de ses coéquipiers transparaît comme l'un des éléments essentiels de la philosophie de jeu du lutin bourguignon. "Il veut leur faire plaisir", confirme Crawford Palmer. "Il faut savoir garder ses coéquipiers impliqués et heureux sur le terrain afin que tout le monde soit productif", ajoute Robinson.

Simplement, au cours de ces deux fameux premiers matchs, le nouveau meneur de l'Élan peinait à trouver le chemin du cercle (7/25), ce qui empêchait d'entrevoir toute l'étendue de sa palette offensive. "Mais je faisais en sorte que l'on gagne les matchs", précise-t-il. "Je donnais beaucoup le ballon et je défendais très bien, je fais tout ce que mon équipe a besoin." Néanmoins, la France du basket n'a pas dû attendre longtemps avant de réaliser qu'elle comptait un nouveau phénomène dans ses rangs. La révélation est venue d'un match télévisé à Bourg-en-Bresse et Justin Robinson a ensuite enchaîné quatre sorties entre 18 et 32 points, toujours à 50% ou plus. De quoi lui permettre d'être élu MVP du mois d'octobre, des premiers pas fracassants en Jeep ÉLITE. "Je m'attendais un peu à ce départ, mais pas tant que ça non plus", savoure-t-il. "Je sais à quel point je travaille dur donc j'espère toujours récolter les fruits de ce travail. Seulement, parfois ça n'arrive pas. Et tu ne peux pas vraiment t'attendre à avoir autant de réussite immédiate en débarquant dans un nouvel endroit donc c'est très cool de voir ça." Surtout, l'ancien Hawk est d'ores et déjà devenu le chouchou du Colisée pour son côté clutch et son "énorme force mentale" selon les propres mots de Jean-Denys Choulet. L'A.S. Monaco en conserve encore quelques maux de têtes. "On a vu son caractère, il n'a pas peur de prendre les gros shoots", apprécie Crawford Palmer. "Il vit bien les moments chauds, les grosses ambiances. Ça a l'air de le porter plus que de ne l'écraser. De ce que j'ai vu sur les vidéos, la salle de Saratov avait l'air froide. Il est content du public qu'il a trouvé au Colisée, de ce qu'il a pu voir au Portel ou de ce qu'il verra à Limoges." Du haut de ses 23 ans, le jeune Américain a déjà enfilé un costume de leader. "Même s'il y a encore quelques ajustements à faire, c'est un patron sur le terrain", observe Crawford Palmer. "Il est aussi capable d'exploser l'entraînement quand son équipe ne fonctionne pas comme il veut, quand ça ne défend pas assez ou quand il y a trop de fautes. Il n'a pas peur de s'exprimer vis-à-vis des autres, et sur le jeu, il a la légitimité pour."


Le dépit de Skele en arrière-plan, symbole de nombre de défenseurs de Jeep ÉLITE devant Robinson
(photo : Sébastien Grasset)

Hormis la JDA Dijon qui a réussi à le limiter par l'intermédiaire de son alter-ego David Holston, personne en France n'avait encore trouvé la solution pour le mettre en cage. Si son vis-à-vis le colle de trop près, le Chalonnais fera parler sa vitesse puis sa qualité de passe pour trouver des décalages. S'il a un peu d'espace, son adresse fera la différence. Ou alors, il pourrait simplement décider de faire danser son opposant direct en un-contre-un. Bref, il n'y a que dans le secteur défensif où l'on peut émettre quelques observations négatives. Et encore... "Il doit s'adapter mais le collectif arrive à l'aider", tempère Crawford Palmer. "Il pose aussi quelques problèmes aux meneurs adverses plus grands par sa taille, sa rapidité et sa mobilité."

Bien installé à Chalon-sur-Saône où il apprécie "la tranquillité" et "la sympathie des gens", apprenant le Français par lui-même, étant décrit comme "une crème" et un "mec facile à vivre" par son directeur sportif, Justin Robinson avance une explication simple à son niveau de performance actuel : la confiance de son coach et de ses coéquipiers. "Ce ne serait pas possible d'avoir la même réussite sans eux. C'est une chose d'avoir du talent dans son équipe, ça en est une autre de savoir le coacher. Jean-Denys sait le faire. Il connait ses joueurs, il est à l'écoute, ce qui n'est pas forcément très courant. Il me laisse jouer mon jeu, ce que je ne pouvais pas faire l'an dernier en Russie. Mes coéquipiers m'encouragent aussi à garder mon style car cela leur donne confiance et leur permet de plus s'impliquer dans le match."

Chalon, la rampe de lancement ?

Si vous fréquentez le Colisée ou si vous êtes un assidu des retransmissions télévisées de RMC Sport, vous l'avez déjà compris : après une année où la réussite lui a tourné le dos, Jean-Denys Choulet a retrouvé son flair de recruteur. Déjà sacré champion de France à deux reprises avec un petit meneur (Marc-Antoine Pellin en 2007 et John Roberson en 2017), le technicien bisontin peut légitimement espérer vivre une nouvelle saison mémorable avec Robinson à la baguette. Offrir un troisième titre à l'Élan Chalon est d'ailleurs l'objectif avoué du joueur, pas vraiment obnubilé par la course à la succession de Zachery Peacock au trophée de MVP. Mais, dès le mois de novembre, qu'il y ait une récompense individuelle au bout ou non pour son joueur, le club bourguignon ne se fait déjà guère d'illusions sur ses chances de poursuivre l'aventure avec l'enfant de Lake Katrine. "On va profiter de lui le temps qu'on peut", indique, un brin fataliste, Crawford Palmer. "C'est tout ce que l'on peut essayer de faire lorsque l'on trouve une petite perle comme cela. C'est le genre de joueur que l'on a envie d'avoir et de garder mais on sait d'ores et déjà que ce sera très difficile de le retenir au vu de toute l'exposition qu'il va recevoir." Contrairement à John Roberson qui avait déjà pas mal de saisons professionnelles derrière lui dans des championnats mineurs (Slovénie, ABA, Suisse, Hongrie, Suède), Justin Robinson est encore tout nouveau sur le circuit européen et peut donc espérer une trajectoire exponentielle, pourquoi pas à la Malcolm Delaney, un autre ancien meneur de légende de l'Élan Chalon. "Il a tous les arguments pour faire une bonne carrière", avance prudemment Crawford Palmer. "En attendant, la Jeep ÉLITE lui correspond bien. Je trouve qu'il a beaucoup de potentiel. Il apprend encore le jeu, le fait d'être capable de trouver ses partenaires quand il y a la pression dans les moments chauds par exemple. On voit que c'est un jeune joueur mais il est intéressant. Quitte à pouvoir exister en EuroLeague ou en NBA ? On le saura quand il y sera confronté. Je pense qu'il ne serait pas ridicule. Mais de là à se retrouver face à des meneurs de 2,00 m qui sauraient alors beaucoup mieux exploiter sa taille, c'est une autre question..."

Les interrogations, Justin Robinson les a toutes méthodiquement effacées depuis le début de son parcours. Lui ne se formalise pas pour le moment sur son futur, préférant se concentrer sur sa saison chalonnaise. Mais déjà, l'ambition pointe. "Je prends ça au jour le jour mais si je continue à jouer que cela, il est évident que je vais être très sollicité. Aller en NBA serait cool mais je m'informe sur le basket du monde entier. Je regarde l'EuroLeague, l'EuroCup, j'ai aussi des amis en Chine... Il y a énormément de possibilités." De fait, le Colisée ferait bien de profiter de son archer. De nombreuses flèches vont encore traverser l'enceinte des bords de Saône pendant les prochains mois, mais il y a de fortes chances que les salves ne survivent pas à l'été.

19 novembre 2018 à 08:15
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