INTERVIEWS

LE BASKET FRANÇAIS A-T-IL ATTEINT SON PLAFOND DE LICENCIÉS ? JEAN-PIERRE SIUTAT NOUS RÉPOND

JeanPierre Siutat
Crédit photo : Sébastien Grasset

Le nombre de licenciés est en baisse en ce début de saison. Le président de la FFBB Jean-Pierre Siutat nous explique pourquoi et quels sont les challenges pour aller gagner de nouveaux marchés.

Après sept saisons de records successifs, la Fédération française de basketball affiche un léger recul en ce début d'exercice 2017/18 (de 4,4% au 6 novembre). Pour l'expliquer, nous sommes allés à la rencontre du président de la FFBB, Jean-Pierre Siutat.

Depuis votre prise de fonction en 2010, vous avez connu sept saisons record en nombre de licenciés. Comment expliquer qu'en ce début de saison il y ait partout une baisse de 4/5% par rapport à la saison passée ?

On a connu une progression de façon très, très sensible depuis 2010 en augmentant le nombre de licences de club - on est pas loin des 600 000 - et la création des licences contacts, comme le faisaient déjà beaucoup de fédérations. C'est une passerelle vers les clubs.
Mais on ne peut pas progresser tous les ans. Il y a trois conditions, trois leviers qui permettent à un club d'attirer des jeunes :
1) Il faut des créneaux dans les salles. Aujourd'hui il y a saturation. En 2015, après l'EuroBasket masculin, on a beaucoup progressé mais on a refusé 50 000 gamins. Ça veut dire qu'il n'y a plus de place. Beaucoup de clubs sont gavés dès début septembre.
2) C'est l'encadrement. La brutalité avec laquelle on a appris la suppression des emplois aidés... ça a été direct ! J'ai reçu des dizaines de courriers de clubs me disant qu'ils ne pouvaient pas faire sans eux.
3) C'est l'argent. Quand vous avez des joueurs, à un moment donné il faut qu'ils aillent en compétition. Pour la compétition, il vous faut les équiper, il faut des ballons, il y a des frais de déplacement. Quand il y a moins d'argent public, quand il y a moins de mécènes dans les clubs, c'est compliqué.
On s’aperçoit qu'on baisse sur le féminin - et on l'avait anticipé - parce qu'il y a une énorme progression du foot féminin. Ils sont passés de 70 000 licenciés il y a deux ans à 110 000 l'an dernier et ils sont déjà à 170 000 cette année. Le foot a énormément de moyens financiers, en plus ils sont aidés par les médias, par le gouvernement. On était en situation quasi de monopole pendant des années avec le handball et le volleyball, mais maintenant tous les sports collectifs hors des salles sont en train de progresser. Il ne faut pas rêver, il y a une concurrence supérieure. On n'est pas inquiet. A la sortie, on va perdre entre 2 et 3%. Il faut savoir qu'on fait nos budgets chaque année avec un correctif de 3%, donc il n'y aura pas d'impact financier.

Pensez-vous que le plafond de licenciés a été atteint par le basketball français ?

Je pense qu'on est au taquet. C'est pour ça qu'on fait tout un travail pour modifier l'offre fédérale. Aujourd'hui, le basket en France c'est à peu près 600 000 licenciés club, mais c'est 2,5 millions de pratiquants non licenciés, donc en plus. Comment peut-on organiser les choses pour que ces pratiquants deviennent de nouveaux licenciés ? On y travaille avec des prestataires. Il faut qu'on intègre la pratique du 3x3 (voir plus bas) et toute la pratique loisir. Les gens ont du mal à rentrer dans un club, être dans les contraintes du club, avec des créneaux d'entraînements imposés, des créneaux de matchs imposés avec de la pseudo-compétition. Ce qu'ils veulent, c'est se faire plaisir entre copains et copines sans trop de contraintes. Cette notion de loisir, elle se développe. A nous de l'intégrer. Ensuite, il y a l'offre Basket Santé que nous avons décliné et qui fonctionne très bien. On doit la développer maintenant, il y a une niche de licenciés à aller chercher. Enfin, il y a le basket en entreprise où on n'est pas très présent. Je ne parle pas de faire un championnat corpo, je parle de venir faire de l'animation en entreprise. On vient 2 heures, on fait du 3x3, on a la douche... des choses qui sont assez sympas à proposer. Tout ce travail de fond, on est en train de le mener. Je suis persuadé que le basketball de club que nous avons connu depuis des années, nous sommes quasiment au taquet (au plafond, NDLR). Au taquet parce qu'il ne se construit pas de salles polyvalentes de sport tous les jours. Quand il y a une nouvelle salle, automatiquement il y a beaucoup de sports qui sollicitent des créneaux.

Ne peut-on pas pousser pour que plus de salles soient construites, notamment grâce aux produits proposés par SMC2 qui construit des gymnases à moindre coût ?

Je l'ai présenté à l'Assemblée Générale à la Réunion et on a fait intervenir le responsable SMC2 pour qu'il présente à l'ensemble de nos structures (ligues et comités). À Voiron, on a un centre de basket avec le Pôle Espoirs des Alpes. Un gymnase traditionnel, tel que nous le préconisons, ça fait à peu près 3 millions d'euros. Avec la technique SMC2, une fois que le plan de calepinage est fait, en trois mois la salle est faite avec les normes de sécurité, d'isolation et les vestiaires. Ca a coûté 700 000 euros ! S'entraînent là les jeunes du Pôle Espoirs de Voiron, qui n'est pas l'outre-mer, c'est proche de la montagne. C'est une technique qui doit se développer. Mais aussi on doit se poser la question de réexploiter tous les terrains en plein air qui pourraient nous permettre d'avoir plus de licenciés. Y compris sur du 3x3. On peut imaginer que demain on puisse pousser à une pratique du 3x3 sur ces terrains urbains qui seraient reconditionnés.

Les clubs sont souvent bloqués par les collectivités locales pour avoir accès aux gymnases, qui sont très, très demandés car pas assez nombreux. A 700 000 euros, la clé ne serait-il pas de créer un système favorable pour que les clubs puissent auto-financer leur propre gymnase ?

Il faut dire à une association qui joue en région ou en bas de championnat de France qu'il va falloir investir sur une structure entre 1,5 million et 2 millions d'euros. Ce n'est pas simple, surtout que les dirigeants ne savent pas s'ils seront encore là dans dix ans. Par contre on est persuadé que c'est une piste importante qu'on doit gérer. J'ai réfléchi à une structure association avec une association d'intérêt général qui pourrait construire des terrains couverts grâce au mécénat. Aujourd'hui si vous avez l'entreprise du coin qui vous donne 10 000 euros, elle peut défiscaliser 60% de la somme. On peut imaginer à l'avenir de créer les conditions pour que le club en loca,l ou une structure portée par un département, un territoire puissent recevoir des financements pour effectivement construire à moindre coût ce type de projet. Après le problème c'est qu'il y a le terrain, l'exploitation du terrain, les problèmes de sécurité, le gardiennage... Ce n'est pas si simple. Il faut qu'on ait des pistes, on y travaille. Je pense que l'intégration du 3x3 va nous aider dans ce sens.

La pratique du 3x3 va se faire de plus en plus régulière. Ne craignez-vous pas une concurrence entre le 5x5 et le 3x3 ?

On est le seul pays dans le monde avec des fédérations qui ont un modèle économique basé sur l'obtention d'une licence moyennant finances (pour accéder à des services). Aujourd'hui, si le 3x3 s'organise de manière totalement anarchique, on peut imaginer qu'il y ait un transfert de licenciés de 5x5 vers le 3x3. On sait que beaucoup de joueurs de 5x5 jouent en 3x3. Mais aujourd'hui, ils le font en étant licenciés en 5x5. Si demain, l'offre de 3x3 se fait sans être régulée, on peut imaginer qu'une partie des joueurs de 5x5 aillent vers le 3x3. Faudra-t-il que l'offre de 3x3 rentre dans les gymnases et soit en concurrence avec le 5x5 ?
Il faut qu'il y ait un vrai attrait au 3x3. On y travaille, on doit rendre notre copie début décembre. On ne maîtrisera pas l'intégralité du 3x3 comme on ne maîtrise pas l'intégralité du 5x5. Mais l'idée c'est d'en organiser une partie tout simplement parce que derrière il y a les Jeux olympiques. On doit organiser les choses pour que le haut niveau permette à nos équipes de France de nous qualifier. On ne peut pas avoir une pyramide la plus haute possible si on n'a pas une base solide. On a un bureau fédéral ce samedi (4 novembre) sur ce sujet. C'est un challenge intéressant parce que quand on est au taquet de ce qu'on peut faire en 5x5 dans les clubs, on ne peut que regresser. Si on ne veut pas regresser, il faut trouver d'autres choses. En plus c'est un jeu qui plaît, on l'a testé un peu partout à tout niveau. Je pense qu'on peut aller beaucoup plus loin dans les universités, les lycées, dans le monde scolaire, en entreprise. On a des parts de marché très intéressantes.

Quand est-ce qu'on en saura plus sur la nouvelle organisation du 3x3 ?

A partir de décembre on développera un autre projet. Je rappelle qu'on a une équipe avec des salariés  et avec une présidente de commission, Nathalie Ledesma, qui est là pour assister tous les territoires et tous les promotteurs dans l'organisation du 3x3.

Il y aura des compétitions de 3x3 tout au long de la saison désormais ?

Oui. Il y aura un pic estival car beaucoup de joueurs sont pris par la saison de 5x5 (deux à quatre entraînements la semaine plus le match le week-end). Et puis l'été on peut jouer dehors. Mais c'est vrai qu'il y aura des compétitions tout au long de la saison. Il faut aller chercher des endroits inoccupés par le 5x5 ou d'autres sports pour pouvoir faire le 3x3. Il faut aller chercher des lieux emblématiques, parce qu'on est un sport urbain. Il ne faut pas aller chercher le gymnase traditionnel.

 

La deuxième partie sur l'équipe de France sera publiée ce mercredi.

07 novembre 2017 à 09:30
TAG
DID YOU LIKE IT ?
0 PARTAGE
Facebook share
0 COMMENTAIRE
QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
GABRIEL PANTEL-JOUVE
Tout ça pour mettre une balle dans un cercle.
Gabriel Pantel-jouve
VOUS EN PENSEZ QUOI ?
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
TOUTE L'ACTU
<
1
/
5
>
PROGRAMME TV
19 décembre - 00h45
NBA Extra
19 décembre - 01h30
Atlanta Hawks
Washington Wizards
19 décembre - 01h30
Brooklyn Nets
Los Angeles Lakers
19 décembre - 09h15
Atlanta Hawks
Washington Wizards
19 décembre - 09h45
Le Mans
Banvit
Coaching