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SAMIR MEKDAD, UN MENTAL À TOUTE ÉPREUVE

Crédit photo : Sébastien Grasset

Entre les blessures et les déceptions, la carrière de Samir Mekdad a été longue, sinueuse, semée d'embûches. Aujourd'hui, il a surmonté toutes les épreuves pour devenir plus fort mentalement et physiquement. Retour sur un parcours atypique.

"Je suis fier de mon parcours. Il aurait pu être plus simple, mais je n'ai aucun regret sur ma carrière. Ce n'est pas linéaire, mais c'est un parcours assez valeureux." Quand Samir Mekdad (1,91m, 31 ans) évoque les épreuves qu'il a traversées, c'est avec une grande lucidité. "Franchement, il a fallu faire preuve d'une grande force mentale. Il ne fallait jamais rien lâcher, car j'avais le rêve de devenir basketteur professionnel et mettre ma famille à l'abri." C'est d'ailleurs grâce à sa mère, ancienne joueuse, qu'il commence le basket à Torcy (Seine-et-Marne) et abandonne le football. Il découvre à l'époque un certain Shaquille O'Neal. "Franchement, pour moi, c'était le boss. Il dégageait tellement de puissance. Puis, je préférais aussi jouer au chaud l'hiver plutôt que de subir le froid sur un terrain de football", explique-t-il dans un sourire. Car ce qui caractérise la carrière de Samir Mekdad, c'est une certaine décompression, sans oublier le plus important : le travail. "Depuis que je suis tout petit, je rêve de devenir un joueur professionnel. Je me suis toujours entraîné dur." Le travail est récompensé lorsqu'il quitte l’Île-de-France en cadets deuxième année pour le centre de formation du STB Le Havre. "Un joueur de Torcy connaissait du monde au STB. J'ai rencontré Jean-Manuel Sousa et j'avais déjà joué contre eux en cadets. Mon intégration s'est super bien passée. J'ai pu m'entraîner avec les professionnels super vite, dès le mois de décembre de ma première année avec les Espoirs." Ces années-là resteront notamment gravées dans la mémoire du natif de Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Pour le meilleur, comme pour le début du pire.

Deux genoux, une même blessure

Avec son BEP en poche, il forme avec Fabien Causeur, Ian Mahinmi, Romain Duport, Pape Sy, Xavier Gaillou ou encore Mérédis Houmounou, "un groupe de gars supers. On avait une équipe au top. On était jeunes, on était insouciants, on jouait en lever de rideau des pros. Puis ensuite, on les regardait jouer avec une pizza ou un sandwich. C'étaient les meilleurs moments de ma carrière." Alors qu'il est en fin de contrat avec le STB, une première blessure le prive une première fois de son rêve. "Je m'entraînais tout le temps, je pense que je me suis blessé à cause de la fatigue. Pourtant, c'était sur une action assez anodine lors du Trophée du Futur à Roanne. Je veux jouer le passage en force et là, mon genou gauche craque." Le verdict est rapide : rupture d'un ligament croisé. "À l'époque, c'est un monde qui s'écroule. Je devais signer avec une équipe suisse qui participait à l'EuroCup. Tout s'effondre. Je pars pour huit mois de rééducation à Cap-Breton." Lors de son retour, Le Havre accepte qu'il reste dans l'appartement pour bénéficier des structures déjà présentes. Une fois guéri de sa blessure, il va effectuer des tests à Vichy, alors leader en Pro B. Le club auvergnat montera d'ailleurs en Jeep Élite lors de cette saison. "Mais lors d'un entraînement, alors que le contrat était sur la table, je me romps les ligaments croisés du genou droit. Et là, mentalement, c'est très dur. Je ne voulais pas recommencer le processus de guérison. Ma famille m'a soutenu à fond. J'ai beaucoup travaillé pour retrouver une stature de basketteur." Pour rependre du plaisir et retrouver des sensations, il signe à Limoges, en Pro B, pour la saison 2007-2008. Le poste 2 n'a pas joué depuis un an et demi. Il découvre Beaublanc et des structures de haut-niveau. De quoi le motiver. "Franchement, au début, ça se passait super bien. Le public était totalement dernière nous. Puis après, avec mon manque de compétition et d’entraînement, je commençais à sombrer physiquement. Les entraînements étaient très durs, presque militaires. Mais je n'ai aucun regret. La ferveur et l'enthousiasme autour de ce club, c'est juste incroyable." Si son expérience suivante à Brest est décevante (2 d'évaluation en 9 minutes de moyenne), Samir Mekdad ne lâche rien et c'est aux États-Unis qu'il va réellement toucher son rêve du doigt.

"Là, je voulais vraiment arrêter le basket"

"Têtu et persévérant” selon ses propres mots, l'arrière normand souhaite absolument jouer en Pro B. Pourtant, les offres n'arrivent pas. C'est son ami, Ian Mahinmi, qui lui propose de faire des essais en D-League, pour l'équipe des San Antonio Spurs. "Quel souvenir, j'étais comme un gamin", se souvient le Franco-Algérien. "J'avais des étoiles plein les yeux, les installations étaient magnifiques. On s'entraînait tout le temps, on était vraiment à fond dans le basket. Bon, par contre, il fallait oublier les passes quand on était en opposition. Lors des détections, j'étais à 150%, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Il y a 90 joueurs qui courent dans tous les sens." Samir Mekdad est intégré à l'effectif pour participer au traning camp et c'est là, lors d'un match d'entraînement, qu'il va subir un nouveau coup du sort. "Je me fais une rupture du tendon d’Achille au pied droit. Là, je voulais vraiment arrêter le basket. Je voulais tout quitter, rentrer en France et me faire opérer. Mentalement, c’était trop dur, car je me disais que j'étais proche d'un truc extraordinaire." Après sa troisième grave blessure, il trouve tout de même le courage et la force mentale de revenir grâce à sa femme, sa mère, son beau-père, sa famille et ses amis. Le Bombardier décide alors de descendre d'un échelon et de signer en Nationale Masculine 1, à Sorgues, en 2010. S'ensuit alors six années en NM1 entre Sorgues, Challans, La Rochelle, Rueil et Berck. En 133 rencontres, il tourne à 9,5 d'évaluation dans cette division. Une division qu'il abandonne durant la saison 2014-2015 le temps de jouer à Sétif, en Algérie.

“J'étais comme LeBron James en Algérie”

"Je n'avais pas de club en France. J'étais papa depuis 2013, je ne gagnais pas d'argent, donc l'opportunité de jouer en Algérie est bien tombée. Ça a été le feu durant les 2-3 mois que j'ai fait." Il termine MVP des playoffs 2015 de Nationale 1A et finaliste de ces playoffs. "J'étais le joueur le plus payé du championnat, je devais gagner 2500€/mois, ce qui est énorme là-bas. Le club a vraiment cassé sa tirelire pour que je vienne. Vraiment, j'étais comme LeBron James, j'avais tous les ballons. En plus, je ne payais jamais rien, les gars étaient tellement gentils, bienveillants. Ils voulaient que je sois le mieux possible. On jouait souvent à 17h, donc on partait le matin, on s'arrêtait prendre un casse-croûte." Un rituel dans chaque pays ? "Oui, mais là-bas, quatre heures avant le match, on mangeait des frites, des merguez, des côtelettes. En France, c'est plutôt une assiette de pâtes", se remémore Samir Mekdad. "J'ai vu des choses incroyables. Parfois, les arbitres faisaient des têtes contre tête avec les coachs. Un jour, un entraîneur s'est fait éjecter du terrain. Au lieu de rentrer au vestiaire, il est monté dans les tribunes et il a envoyé des billets sur l'arbitre qui l'avait expulsé. Je me suis demandé ce que je faisais-là, c'était un spectacle. Il y avait des fumigènes, des pétards, c'était vraiment une belle expérience." Une expérience qui lui permettra de participer à l'Afrobasket 2015 avec l'Algérie et d'obtenir une honnête sixième place. "J'avais déjà joué avec l'équipe nationale plus jeune, mais là, jouer cette compétition, c'était vraiment une fierté. Pour ma famille, pour ma belle-famille, porter le maillot algérien, ça restera un grand bonheur."

"Laurent Sciarra a eu assez de courage pour me prendre en Pro B"

Après sa dernière expérience à Berck en NM1 (10,3 d’évaluation en 32 matchs), le combo-guard est contacté par Laurent Sciarra pour évoluer à Évreux, en Pro B. Une forme de récompense après la réticence des entraîneurs à l'engager pour évoluer en LNB. "Il y a des choses incontrôlables. Je peux comprendre certains coachs qui avaient peur de me signer au vu de mon passé. C'était difficile de demander et de quémander un contrat. Je me suis concentré sur ce que je pouvais faire, je me suis entraîné et je n'ai jamais douté de moi. Je voudrais vraiment remercier Laurent Sciarra qui a eu le courage de me prendre en Pro B. Sans lui, je n'aurais peut-être jamais bougé de la NM1." Son passage dans l'Eure est remarqué (6,1 d’évaluation en 20 minutes et 32 rencontres disputées). Ce qui lui ouvre les portes d'un retour au Havre pour deux saisons à partir de l'exercice 2017-2018. Si collectivement, l'année est un échec avec une descente en NM1 (17e avec 10 victoires pour 24 défaites), la saison personnelle de Samir Mekdad est une réussite (8,4 points à 39,3% de réussite aux tirs, 4,4 rebonds, 4,1 passes décisives et 2,4 balles perdues pour 10,2 d’évaluation en 29 minutes et 33 matchs). Une belle façon de boucler la boucle ? "Non, je ne vois pas ce retour au Havre comme la dernière étape. C'est juste que j'ai toujours voulu être professionnel pour ce club et il y avait quelque chose d'inachevé avec ma première blessure (...) C’est vrai que j'ai signé pour deux ans ici. Hervé Coudray voudrait me garder. Je ne suis pas contre le fait de rester, mais j’aurais bien aimé continuer à jouer en Pro B. On est en discussions. Je n'oublie pas que le STB est, et restera mon club de cœur.” Du cœur et du mental : voilà les deux ingrédients qui n'ont encore jamais lâchés Samir Mekdad dans sa carrière.

04 juillet 2018 à 10:47
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