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STEED TCHICAMBOUD, DES TITRES ET DES POLÉMIQUES : "TOUT CE QUI RESTE MAINTENANT, C'EST L'HISTOIRE" (1/2)

Crédit photo : Claire et JeanMarc Lequime

Il fut l'un des acteurs majeurs de la Pro A entre 2006 et 2016. Un personnage haut en couleurs, souvent au cœur de l'actualité, que ce soit pour les trophées remportés ou les controverses suscitées. Ou même les deux simultanément ! Presque cinq ans après son dernier match, plongez dans le grand livre des souvenirs de Steed Tchicamboud.

Il était "L'Escroc", celui qui avait réussi en 2011 à zapper les interminables tours de piste de l'infernal stage de l'Élan Chalon à Thonon-les-Bains pour débarquer à la dernière minute chez les Bleus et repartir avec une médaille d'argent autour du cou sans avoir pris part, là non plus, à la préparation.

Ainsi était surnommé Steed Tchicamboud (39 ans), supposément spécialisé dans le larcin. Mais dans sa carrière, le meneur francilien n'a pas volé grand chose, de ses débuts sur le bitume de Corbeil-Essonnes jusqu'à sa dernière sortie flamboyante contre Nanterre en mai 2016 (23 points, 4 rebonds et 10 passes décisives). Vraiment pas destiné à connaître le succès lorsqu'il cravachait sous les couleurs du CS Autun en Nationale 1 en 2002/03, il a pourtant su se construire au fil des années un palmarès extrêmement respectable : double vainqueur de la Semaine des As (2008 et 2012), vainqueur du Match des Champions en 2008, double vainqueur de la Coupe de France (2011 et 2012), champion de France en 2012, quadruple All-Star de Pro A (2007, 2009, 2010 et 2012), MVP du All-Star Game en 2009 et international français (32 sélections, pour un statut de vice-champion d'Europe 2011).

Son mérite aura été d'avoir considérablement su faire évoluer son jeu, au point de se retrouver aux commandes de l'une des plus grosses cylindrées de l'histoire du championnat : l'Élan Chalon version 2011/12, qui a raflé tous les trophées possibles, hormis l'EuroChallenge (défaite 86-91 en finale contre le Besiktas Istanbul). Pendant longtemps, Steed Tchicamboud fut un formidable puncheur, au jeu basé sur l'agressivité de sa main droite, mais sans aucune capacité organisationnelle. Il a fallu de longs cours magistraux, administrés dans le bureau de Gregor Beugnot, pour que l'actuel entraîneur de Sorgues entame sa transition vers un rôle de gestionnaire et enfile le costume d'un véritable meneur de jeu, son habit de gala pour les « meilleures saisons de basket de [sa] vie », ses années bourguignonnes qui ont accroché son nom à la postérité de la Pro A. Il restera un leader, aussi bien capable d'aller dire ses vérités au patron Tony Parker, tout 12e homme qu'il était, que de driver l'Élan vers son triplé de 2012.

Mais outre ces considérations purement basketballistiques, Steed Tchicamboud, ce fut aussi une personnalité tonitruante, un caractère entier, une foi inébranlable en ses capacités. À l'automne 2008, un enchaînement symbolise parfaitement l'état d'esprit de l'international : sa première sortie en EuroLeague se solde par une déroute contre le FC Barcelone (54-82, 1 d'évaluation en 18 minutes). Dominé par Jaka Lakovic, il déclare pourtant qu'il n'a « rien à lui envier ». Rires dans la salle, et moqueries en chaîne dans le microcosme du basket tricolore. Deux semaines plus tard, il gratifie le public nancéien de l'une de ses prestations références sur la scène continentale : 25 d'évaluation face au Panathinaïkos Athènes, du maître défenseur Diamantidis. Ainsi fonctionnait Steed Tchicamboud, jamais aussi performant que dans le défi.

Sa réputation sulfureuse fut également nourrie par nombre d'autres petites controverses : son refus de jouer contre Nanterre lors de la saison du triplé en 2012, les clashs avec Joffrey Lauvergne et Malcolm Delaney, son départ fracassant de l'Élan Chalon en 2014 et les chaudes retrouvailles avec Jean-Denys Choulet deux semaines plus tard à Beaublanc où il y était allé de son petit tacle à l'encontre des compétences de son ex-entraîneur. Bref, quelqu'un qui ne laissait personne indifférent mais autant de petits évènements qui semblent aujourd'hui dérisoires à côté de l'empreinte laissé par une carrière inattendue et une carte de visite bien plus étoffée que la moyenne. Cinq ans après avoir raccroché les baskets, Steed Tchicamboud nous a ouvert les portes de sa maison et a retracé en notre compagnie le fil de son parcours, avec la franchise qui le caractérise.

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Steed Tchicamboud, le récit d'une carrière qui l'a emmené de la Nationale 1 à une finale d'EuroBasket
(photo : FFBB)

Steed, lorsque l’on se rappelle où tu as lancé ta carrière, à Autun en Nationale 1 puis pendant trois saisons en Pro B, on se rend compte que tu n’étais pas forcément destiné à connaitre ensuite un tel parcours…

C’est sûr que je suis parti de loin. Ce sont les années un peu galère. L’été où je descends en Nationale 1, j’étais à Atlanta avec Mathieu Bisseni et Sacha Giffa et je leur avais dit : « Vous verrez, un jour je serai en équipe de France ». Ils me chambraient parce que j’étais le seul mec de ma génération à ne pas être en Pro A et je leur avais sorti ça. Ça les avait bien fait rire sur le coup. Mais tout ce que j’ai dit, je l’ai fait.

Être obligé de s’exiler à Autun en 2002 alors que tu avais signé ton premier contrat professionnel avec l’Élan Chalon, tu l’avais pris comme une punition à l’époque ?

Bien sûr ! En plus, Jayson (son fils, joueur de Strasbourg, ndlr) était déjà né et je me disais : « Ouch, lui, il va manger du Ed ou du Leader Price… » C’est aussi pour cela que j’en voulais beaucoup à Manu Schmitt de ne pas m’avoir fait jouer en Pro A à Chalon. Je ne dis pas qu’on ne gagne pas bien sa vie en NM1 ou en Pro B mais je voulais vraiment qu’il soit à l’aise. Ça m’a énormément motivé lors des premières saisons.

Le premier tournant positif de ta carrière, c’est cette saison 2005/06 avec l’ESPE Châlons-en-Champagne, en Pro B, sous les ordres de François Peronnet ?

C’est bizarre d’ailleurs car il était coach des cadets lorsque j’étais à Chalon et il avait voulu me virer du centre de formation (il rit). C’est le président Juillot qui avait dit qu’on ne touche pas à Steed Tchicamboud. Puis il m’a rappelé quelques années plus tard pour aller à Châlons-en-Champagne et c’est simple : je n’ai jamais connu une aussi grosse cohésion d’équipe que lors de cette saison-là. On venait tous du même milieu. C’est une saison inoubliable, qui restera gravée. On s’entendait tous bien et ça s’est ressenti sur le terrain puisque l’on a atteint la finale de Pro B contre Orléans.

itw-steed-tchicamboud1617646274.jpegEn 2004, lors de son passage à Saint-Quentin, notamment marqué par une rupture des ligaments croisés
(photo : SQBB)

Et si l’on parle de tournant positif : logiquement, tu lorgnes sur la Pro A et tu es sur le point de signer à Bourg-en-Bresse en 2006. Or, la JL sera reléguée à l’issue de la saison. Si tu avais vécu une telle saison, cela aurait peut-être pu tout compliquer pour toi, au point de retarder ton implantation dans l’élite ?

Si j’allais à Bourg, c’était pour suivre François Peronnet. Il était devenu une sorte de guide ou de mentor pour moi. Ce qui a fait que je n’ai finalement pas signé là-bas, c’est que le club me proposait un contrat où j’aurais touché une somme différente par mois et il n’en était pas question. Peut-être que j’aurais pu aider François, qui sait ce qui se serait passé si j'avais été dans ce groupe ? Il a eu problème avec un Serbe qui était une icône là-bas (Branko Sindjelic, ndlr) donc ils ont tranché en sa faveur. Alors ce fut Cholet à la place.

Un bon choix, surtout à partir du moment où Erman Kunter débarque sur le banc…

Oui car je ne comprenais pas trop ce qui se passait avant. Tyson Wheeler était le premier meneur et il sortait d’une blessure au tendon d’Achille. Dans ma tête, c’était ma chance, il fallait que je l’agresse direct. Ils l’ont coupé et ils ont ramené un autre meneur à sa place. Mais celui qui m’a étonné, c’est Nando De Colo. Je ne le connaissais pas mais qu’est-ce qu’il mettait la misère aux Ricains à l’entraînement… Je me disais « Mais c’est qui lui ?! » et Ruddy (Nelhomme) ne le faisait pas jouer du tout. Moi, je plafonnais à dix minutes. Et véridique, quand Erman Kunter est arrivé, il a dit : « Moi, je ne suis pas Américain, pas Français, pas Italien, je suis Turc. Avec moi, ce sera au mérite ». Et il a montré Kévin Séraphin du doigt, qui était alors en Cadets 2, pour dire que s’il est capable de venir s’entraîner avec nous, il jouera. Là, on se dit que c’est notre chance et c’est parti comme ça. Un autre truc qui m’a étonné avec Erman, c’est le moment de la trêve de Noël. On jouait notre dernier match à Paris donc on dépose directement les Ricains à Roissy. Et il leur dit : « J’appellerai chacun de vous pour savoir qui reviendra en janvier ». Il n’y a que Norman Richardson qui est revenu pour se faire couper un ou deux mois après. C’était un personnage, Erman !

« Même ma femme me disait qu'elle aimait trop le jeu de Nando De Colo »

C’est lui qui t’a appris le professionnalisme et l’exigence non ?

Ça s’est tout de suite bien passé avec lui car il fonctionne au mérite. Là où il m’a marqué, c’est qu’il te met une énorme pression : si t’es pas bon, directement il ramène un autre joueur derrière. Des fois, à l’entraînement, je n’étais pas dans l’intensité nécessaire et il me lâchait : « Quelqu’un va courir après… » Et du coup, je faisais des suicides jusqu’à ce que je comprenne. Un jour, il en avait marre, il a fait venir un meneur Ricain. Il te le balance comme ça à l’entraînement, il ne le présente même pas. Mais effectivement, c’est lui qui m’a appris le professionnalisme, c’est là où j’ai compris que j’étais payé pour jouer au basket.

Et c’est aussi avec lui que tu remportes ton premier trophée professionnel…

Semaine des As, Toulon, Nando De Colo… (il souffle) Nando, c’était quelque chose quand même. Même ma femme me disait qu’elle aimait trop le jeu de Nando De Colo. Je ne pensais pas qu’il irait aussi loin mais techniquement, il avait quelque chose, et surtout, il était impressionnant dans la dureté. Excusez-moi du terme mais c’était rare à l’époque de voir un Blanc jouer aussi dur. Ça a joué en sa faveur. Cette Semaine des As, ça reste un beau souvenir.

Ensuite, tu pars à Nancy où tu découvres l’EuroLeague. Deux ans après la Pro B, c’est déjà une belle ascension ?

C’est sûr ! C’était le bon moment pour partir de Cholet car je sentais que Rodrigue Beaubois commençait à prendre de la place. Au début, il était frêle alors je le jouais physiquement. Mais quand il a compris comment m’arrêter physiquement par rapport à lui, ça commençait à devenir compliqué à l’entraînement… J’avais dit que je jouerais en EuroLeague et j’ai pu le faire à Nancy. Ça s’est bien passé, c’est une très bonne expérience même si on a fait comme toutes les équipes françaises, un presque Top 16 (il rit).

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Aperçu pour la première fois en pro le 4 janvier 2000 lors d'un Chalon - Gravelines,
Tchicamboud a disputé 318 matchs de Pro A et 24 d'EuroLeague
(photo : Olivier Fusy)

Mais voilà, quand on pense à ta carrière, ce n’est pas ça qui revient à l’esprit mais toutes les années passées ensuite avec l’Élan Chalon, ton club formateur. C’était important pour toi d’y jouer en pro ?

L’Élan a toujours été mon club de cœur mais ça n’a jamais été un objectif d’y revenir. Sauf que j’ai toujours eu une relation particulière avec le président Juillot et il m’appelle lors de l’été 2010 alors que le club avait failli descendre en Pro B : « Steed, est-ce que tu veux venir au club ? On veut te rapatrier. » Ça s’est fait ensuite facilement et je me rappelle de ma toute première interview en tant que joueur de l’Élan Chalon. Je dis que je viens pour remporter des titres alors que le club n’avait jamais rien gagné. Mais le pire, c’est lors de ma fin de saison avec Nancy, je savais déjà que je quittais le SLUC et le président Juillot m’emmène voir un match entre Chalon et Dijon. Il me montre un gars sur le terrain et me dit : « Tu joueras avec lui la saison prochaine, on va garder Blake Schilb. » Et je vous jure, je ne savais pas qui était Blake Schilb. Vu que c’était du bas de tableau, je n’avais aucune idée de qui il était. Ça ne m’évoquait rien du tout le nom de Blake Schilb. Pour moi, c’était juste un Ricain de base (il rit).

Tu évoques beaucoup Dominique Juillot. Tu as vécu chez lui quand tu étais jeune et sans faire dans les différents clichés, ça devait vraiment être la rencontre entre deux mondes, entre le gamin de banlieue parisienne et le futur député de droite…

Exactement ! Quand tu sors de la banlieue parisienne et que tu arrives à Chalon-sur-Saône, bon voilà… (il sourit) Ce fut une superbe rencontre avec le président, j’ai passé deux ou trois ans chez lui et il m’a beaucoup appris. Quand tu sors du 91, tu as pas mal de trucs qui vont avec comme l’arrogance et par rapport à ça, le président m’a donné beaucoup d’astuces pour m’épanouir dans la vie chalonnaise.

« Il y a le fond et la forme mais tout ce que j'ai fait,
c'était dans l'intérêt de l'Élan »

Cette période entre 2010 et 2012, on t’a senti investi d’une mission. Ce sont les saisons qui ont marqué ta carrière…

Très clairement. Les trois premiers mois ont été difficiles. En fait, j’étais quasiment toutes les semaines dans le bureau de Greg (Beugnot) car j’étais un meneur scoreur, pas gestionnaire. Avant, je faisais mes statistiques pour avoir le meilleur contrat possible ensuite mais je ne connaissais pas la manière de gagner. Et c’est Greg qui m’a fait comprendre que j’étais venu pour encadrer tout le monde. Sa phrase, c’était : « T’inquiète pas que quand tu mettras tous tes coéquipiers bien, ils viendront tous te manger dans la main comme des petits oiseaux. » Mais au début, je ne voulais pas, je ne comprenais pas. Le président Juillot avait énormément parlé de moi en bien dans la presse, disant que c’était mon grand retour, que je serai capitaine. Alors moi, je ne voulais pas décevoir et dans ma tête, je pensais que si j’arrivais à faire mes stats, je n’aurais pas de problème. Bon, ce n’était pas du tout ce que Dominique Juillot m’avait demandé hein ! Alors je me retrouvais en permanence convoqué chez Greg, je rentrais chez moi et je pleurais. Vraiment ! Et un jour, je me suis dit que j’allais l’écouter et ce fut les meilleures années de ma vie.

Juste ça ? Tu t’es juste dit que tu allais faire ce qu’il te demandait ?

Oui ! Toutes les semaines, il me parlait tellement que je me suis dit « Vas-y, je vais l’écouter ». Franchement, ce fut les meilleures saisons basket de ma vie. Marquer ne m’intéressait plus. Ce qui m’intéressait, c'était de faire jouer l’équipe pour qu’on puisse gagner. Cela doit faire partie des statistiques les plus basses de ma carrière mais on gagnait. Pour moi, c’était un plaisir !

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La Semaine des As 2012, l'un des quatre trophées soulevés en tant que capitane de l'Élan par Tchicamboud
(photo : Olivier Fusy)

Avec toi, à Chalon, on a toujours dit qu’il y avait eu le fond et la forme dans ton management. Tu as été le capitaine d’une équipe qui a tout gagné mais ta manière de gérer le groupe n’a jamais fait l’unanimité, loin de là.

Je ne me prends pas pour Michael Jordan, je le dis haut et fort. Mais regardez dans « The Last Dance » comment Jordan parle à ses coéquipiers… Il ne prenait pas des pincettes, il voulait juste gagner. Sincèrement, aujourd’hui, il y en a peu qui accepteraient d’être traité comme ça. Mais moi, je suis vrai, je vais venir te dire les choses en face. Peut-être que la manière n’est pas bonne mais j’étais à Chalon pour gagner, pas pour mettre mon intérêt personnel au-dessus. Ma philosophie, c’était de rendre au club tout ce qu’il m’avait donné. On m’a effectivement toujours reproché certaines choses sur la forme mais aujourd’hui, tout le monde me dit que j’avais raison sur le fond. Les résultats sont là. Par exemple, l’histoire de Malcolm Delaney qui a été choqué par ce que j’ai fait au début de la saison… Vis-à-vis de Blake, je sentais dans son jeu que s’il prenait le leadership, on n’irait nulle part. Il était le seul nouveau dans une équipe qui fonctionnait déjà, il ne fallait pas tout changer. Le reste, il l’a bien dit, il y a une hiérarchie et oui, Blake Schilb était notre Michael Jordan. Le mec était bon en attaque, il servait tout le monde et dans les moments chauds, il marquait. Qu’est-ce que tu veux d’autre ? Comme disait Greg, il y avait le chef des Indiens et les petits Indiens. Nous, on était les petits Indiens et tout le monde ne peut pas avoir la gloire dans une équipe. Après, je comprends les Nicolas Lang ou Joffrey Lauvergne qui débutaient. Ils voulaient montrer leurs capacités et c’est normal. Sauf que ce n’était pas la bonne époque pour le faire car on gagnait les matchs et hiérarchiquement, ça ne devait pas bouger. Personnellement, mon gros travail était de maintenir cette hiérarchie. C’est sûr que les joueurs majeurs le comprenaient, les jeunes du banc un peu moins forcément. Peut-être que je ne m’en suis pas expliqué mais Ilian Evtimov le faisait à ma place. Le coach pouvait aussi le faire mais lui, au final, il n’est pas dans les vestiaires.

Mais quand un ex-coéquipier comme Joffrey Lauvergne dit publiquement dans la presse qu’il te déteste, ça ne te touche pas ?

Non car je pense qu’il l’a dit sous le coup de l’énervement. Bien sûr, on n’a pas de lien ensemble. On s’est simplement revu en Coupe d’Europe, on s’est salué et c’est tout. Et pour ce qui s’est réellement passé, ça restera dans le vestiaire. Personnellement, je n’en veux pas à Joffrey. À l’époque, je ne comprenais pas tout ce qu’il y avait en jeu pour lui : c’était son année de dDraft, il devait se montrer. Maintenant, je comprends, surtout quand je vois mon fils. Mais là, ce n’était juste pas le bon moment pour qu’un jeune joueur prouve sa valeur.

« Toute la série, Blake s'est fait éteindre par Amara
et il veut quand même aller le jouer en un-contre-un... »

Il y a aussi un épisode controversé lors de la saison du triplé : au printemps, tu refuses de revenir sur le terrain contre Nanterre et ça créé tout un mélodrame pendant le week-end, à tel point que tu annonces sur Twitter que ton aventure chalonnaise est terminée…

Ah, pourquoi je refuse de jouer ? Personne ne le sait ça. J’étais au milieu de l’équipe, je m’entendais bien avec les Français et les Ricains. Et à un moment dans la saison, les Français viennent me dire : « Steed, il y a un problème, les Ricains pensent qu’ils n’ont pas besoin de nous pour gagner les matchs. » Certains se sentaient lésés. Donc je vais voir Greg, je lui en parle, il me dissuade d’aborder le sujet devant tout le monde. Mais malheureusement, pendant le match, Blake me fait une longue passe, je sprinte mais je n’arrive pas à avoir le ballon et il s’énerve pendant le temps-mort : « J’en ai marre, Steed ne court pas, Alade ne saute pas ». Je me dis : « Mais il est fou lui ou quoi ? » On retourne sur le terrain et ça commence à partir en couilles. Donc je demande à Greg de me faire sortir et je dis que je ne jouerais plus du match. Ça commence à prendre des proportions incroyables : le soir, on me dit que je ne suis plus dans l’équipe alors je le tweete. Mon agent me dit quand même de me présenter à l’entraînement pour éviter la faute grave. Greg me demande si je veux m’expliquer. Et devant toute l’équipe, je dis : « Je n’ai qu’une chose à dire. Le problème est que l’équipe est divisée et que les Français pensent que les Ricains les prennent pour des idiots. » Greg demande aux gars si c’est vrai et là, il y a un silence… (il souffle) Et c’est Joffrey Lauvergne qui vient confirmer mes propos. Alors in fine, le président a convenu que j’avais raison sur le fond mais tort sur la forme. C’est vrai mais j’ai tout fait dans l’intérêt de l’équipe.

Ça n’avait pas l’air d’être la fête tous les jours au sein de l’équipe. Et pourtant, vous avez quand même réussi à maintenir un certain équilibre jusqu’au bout pour réaliser le triplé, alors que la concurrence était assez démentielle avec Gravelines-Dunkerque ou Orléans…

En fait, avec la Coupe de France 2011 puis la Semaine des As 2012, on avait déjà gagné deux titres. Il ne fallait surtout pas prendre la grosse tête. Mais certains égos ont commencé à flamber, à se dire que l’équipe ne pouvait pas gagner sans tel ou tel joueur. Il a fallu vite dégonfler cela pour faire repartir la machine. Mais en soi, ce n’était pas un gros problème, c’était juste que certains Français se sentaient lésés parce qu’on était juste là pour escorter le chef des Indiens, Blake. Sincèrement, c’est dur d’avoir ce rôle-là dans une équipe qui gagne. Mais j’ai fait ce que j’ai fait afin de ne pas se retrouver avec une équipe totalement fracturée. On aurait fait comment avec les Français d’un côté et les Ricains de l’autre ? Sauf qu’au final, notre cohésion sur le terrain était hors du commun. C’était abusé. Dès qu’on arrivait sur le parquet, tout était oublié. Tout ce qui reste de tout ça maintenant, c’est l’histoire.

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16 juin 2012 : la consécration, l'Élan est sacré champion de France.
L'Escroc peut lancer le ban bourguignon à Bercy
(photo : Sébastien Grasset)

Il y a une rencontre qui reste dans toutes les mémoires, la belle en demi-finale contre Orléans. C’est l’un des matchs les plus mythiques de la décennie…

(il coupe) Ah ouais… On en parle encore avec Amara (Sy), Georgi (Joseph) et tous les acteurs.

Alors, huit ans après, tu peux dire la vérité : est-ce que c’était un braquage en règle ou un braquage aidé ?

Écoutez, on a un groupe WhatsApp avec beaucoup d’anciens joueurs et dès que quelqu’un lance une étincelle, sur Twitter ou ailleurs, ça repart direct. Pour moi, c’était un braquage réglo. Ils sont venus avec une défense que l’on n’avait pas vu des deux années passées ensemble : ils switchaient sur tout et Amara défendait bien sur Blake toute la série. Heureusement qu’on avait des bons joueurs de un contre un comme Malcolm ou moi, Ilian qui artillait… Sinon, on ne passait pas. Quand Greg prend son temps-mort à -16 à 8 minutes, je lui dis que c’est mort. Lui, il nous dit de continuer à nous battre et sort une zone-press alors qu’on ne l’avait jamais travaillé. Et là, c’est Orléans qui commence à bégayer face à cette défense, à perdre des ballons… Nous, on est dans l’euphorie, on est chez nous, le public pousse et on connait la suite… On dit souvent que les arbitres vont dans le sens du match. Or, c’est nous qui mettons la pression, nous qui avons la dynamique. Alors, marcher ou pas marcher, faute ou pas faute… (il souffle). Le dernier temps-mort, c’est abusé. Blake sort : « Je veux jouer Amara en un-contre-un ». On se regarde tous, interloqués. Toute la série, il s’est fait éteindre par Amara mais il veut quand même aller le jouer. Eh ben vas-y… C’est Michael Jordan, qu’est-ce que tu veux lui dire ? Et il le marque. Tout le monde avait confiance en lui, c’est ça la hiérarchie.

« Premier meneur de mon club formateur en EuroLeague, 
c'était un rêve »

Et la saison suivante, jouer l’EuroLeague avec ton club formateur, c’était comment ?

Ah, c’était un rêve ! J’avais connu la finale de la Coupe Saporta quand j’étais Espoir et là, amener l’EuroLeague à Chalon (il rigole). Devotion, quoi ! Et vous voyez, avec ça, je n’étais pas prêt à défendre ma place en équipe de France lors de l’été aux Jeux olympiques. J’y suis allé parce qu’on m’a appelé mais sans la ferme intention de décrocher mon ticket pour Londres. J’étais mentalement épuisé donc je voulais du repos. Mais surtout, j’étais focalisé sur l’EuroLeague ! Si j’avais été un joueur majeur, bien sûr que j’y serai allé. Mais bon, quand t’es derrière Tony Parker (il sourit)… À un moment, tu réfléchis : « Qui me paye ? Chalon. Je suis le seul meneur de Chalon, qu’est ce qui se passe en EuroLeague si je me blesse avec les Bleus ? » Je respecte énormément le drapeau mais j’avais toujours rêvé de disputer l’EuroLeague avec Chalon. Premier meneur de mon club formateur en EuroLeague plutôt que me battre pour 5 minutes aux JO, il n’y avait pas photo pour moi. Maintenant, je ne sais pas si je regrette car il parait que c’est quand même quelque chose les JO.

Ton époque à Chalon, c’est beaucoup de titres mais aussi tout le négatif qui est arrivé après, notamment l'incompréhension profonde avec Jean-Denys Choulet... À la suite du départ de Greg Beugnot, ta situation est vite devenue inconfortable ?

L’histoire avec Jean-Denys (Choulet) remonte à longtemps. Il y avait eu une embrouille lors d’un déplacement de Roanne à Cholet en playoffs, pendant la conférence de presse. Le journaliste veut me faire parler avant, ça l’énerve alors qu’il était en train de regarder les résultats sur son téléphone. Et il me sort : « T’es sur le terrain comme t’étais dans ta rue dans le 91 ». Je prends une canette et je lui lance dans la tête (il rit). Et il me dit : « À Roanne, t’es mort ! » Donc on y retourne deux jours après. Entre-temps, il y a eu des articles dans le journal et tout, la salle me hue, on se fait éliminer et il vient me voir après le buzzer final : « On ne joue pas avec Jean-Denys Choulet ». Sauf que je vais vous dire la vérité : si on avait été en dehors du basket, je me serais parfaitement entendu avec ce mec-là, vu son caractère et son humour. Il n’y a même pas photo. Mais lui et moi, on ne peut juste pas parler basket, on a deux visions totalement différentes. Alors quand il arrive à Chalon, il me dit directement qu’on oublie ce qui s’est passé à Cholet et qu’on s’unit pour sauver le club. Ça se passe pas trop mal la première année et c’est après qu’il commence à faire des trucs bizarres. Personnellement, je vais toujours dans l’intérêt du club : j’avais cinq ans de contrat, plus la reconversion, qu’est-ce que je vais aller m’amuser à faire le con ? C’est le match à Villeurbanne qui déclenche tout. Pendant la rencontre des Espoirs, Jean-Denys va voir mon agent et lui annonce que ce n’est plus possible avec moi, que je dois partir. Puis il ne me fait pas jouer avant le quatrième quart-temps, quand le match est chaud. J’étais en mission, je mets 10 points en 10 minutes et on gagne le match. Après coup, les journalistes me demandent ce qui se passe et je réponds ceci : « Je suis un professionnel. Si on me fait jouer 5 ou 10 minutes, il n’y a pas de problème. Mais s’il veut que je parte, je partirai. » Là, ça a tout déclenché. Le président Juillot me reproche d’avoir lâché ça dans la presse. Je me retrouve encore dans une logique de défi. C’est une année sombre de Chalon mais les gens ne savent pas ce qui s’est passé à l’intérieur. De l’extérieur, les gens croient que j’ai foutu le bordel mais j’ai toujours agi pour le bien du club.

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De profonds désaccords avec JDC ont poussé Tchicamboud vers la sortie
(photo : Jean-Marc Lequime)

De l’extérieur, on a aussi pu penser que ton management s’est essoufflé, notamment quand on t’a retiré le capitanat…

Non non, c’est moi qui ai abandonné le rôle de capitaine. Ils m’avaient demandé de me calmer alors j’ai rendu le capitanat. Je me suis mis dans mon coin, je n’ai parlé à personne, je faisais correctement les entraînements et les matchs mais je n’étais plus le Steed qui s’amusait avec tout le monde. Avant, j’étais le lien entre les joueurs, je coordonnais les soirées et tout. Là, je ne faisais plus rien, je ne me lavais même plus à la salle après les entraînements… Peut-être que j’avais encore tort sur la forme mais regardez ce qui s’est passé après !

Tu étais censé démarrer ton après-carrière à Chalon et au final, tu es parti par la petite porte. Est-ce que ça ne te laisse pas un peu d’amertume ?

Je n’avais pas trop le choix. J’aurais pu rester et prendre en charge le centre de formation, comme c’était prévu. Mais je n’aurais pas été en adéquation avec le coach pro, quoiqu’il arrive. Donc ça ne servait à rien de rester. Ça s’est déchiré comme cela, avec des regrets bien sûr.

« Arrêter à 15 points de moyenne, je fais taire tout le monde »

Est-ce que tout ce qui s’est passé n’a pas ensuite altéré la perception que les gens ont eu de ton importance dans le triplé de 2012 ? Quand tu es revenu avec Nancy, tu as été accueilli par le Colisée dans l’indifférence générale...

Ah mais bien sûr ! Je n’en veux pas au public car les gens ne savent pas ce qui s’est réellement passé. Tout ce que j’ai fait, c’était en mettant l’intérêt de l’Élan en priorité. J’ai reparlé pour la première fois avec le président Juillot trois ans après. Il y avait une vraie rupture. Après, mon image auprès du grand public, je m’en fous. Car les gens qui me connaissent vraiment savent qui je suis : un mec entier, qui n’est pas là à faire des coups dans le dos. Et partout où je suis allé ensuite, je n’ai pas eu de problème.

Tu as bourlingué un peu partout pour ta fin de carrière, en passant par l'EuroLeague à Limoges, la Pro B à Roanne, des piges au Paris-Levallois et à Nancy. Après tout ce que tu as connu à Chalon, est-ce que ce n’était pas un peu fade ?

En sortant de Chalon, je ne pouvais pas refuser l’EuroLeague à Limoges… Je ne signe qu’un mois et je ne peux plus retourner en Pro A pour le reste de la saison. Je décide d’aller aider Roanne en Pro B et on ne fait rien. Mais oui, sur le terrain, je ne jouais plus à l’instinct, quelque chose s’était cassé. J’étais fatigué d’aller dans des équipes où les coachs ne comprenaient pas le même basket que moi. J’ai connu le basket où tout était tellement facile et je ne voulais pas revenir en arrière. C’est pour ça que j’ai décidé d’arrêter, à 15 points de moyenne en plus, comme ça je fais taire tout le monde.

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Après Chalon, une fin de carrière difficile à suivre entre Limoges, Roanne, le Paris-Levallois et Nancy
(photo : Sébastien Grasset)

Oui, ta dernière saison est incompréhensible : tu es transparent avec le Paris-Levallois puis tu termines avec tes meilleures statistiques en carrière…

Tout le monde me disait : « 15 points de moyenne, tu ne peux pas arrêter là-dessus ! » Mais je n’avais pas anticipé ma fin, j’imaginais juste terminer à Chalon après mon contrat de cinq ans. Mais bien sûr que c’est une fierté d’arrêter sur de telles statistiques, de faire fermer la gueule de tous les journalistes et autres. Lors de ma dernière saison, j’entends partout que je suis fini après mon passage au Paris-Levallois. Moi, fini ?! À Nancy, c’était peut-être un basket que je ne voulais plus jouer mais je voulais montrer que si je veux scorer, je vais scorer. Tu dis des trucs sur moi, je vais te prouver l’inverse : j’ai toujours fonctionné comme cela, c’est mon carburant. En décembre, on me dit que je ne peux plus jouer au basket, je termine deuxième meilleur scoreur français en mai.

Tu as aussi une petite histoire avec l’équipe de France, deux étés en Bleus diamétralement opposés. Tu as fait partie à la fois de l’équipe de la France la plus faible du siècle, en 2008, et vraisemblablement de la plus forte, en 2011…

En 2008, je me retrouve premier meneur. Aux commandes de l’équipe de France en sortant de Cholet, j’étais bien hein ! Et là, à moins d’une semaine du début, on nous dit que Tony Parker débarque. Bon… Je ne le connaissais pas moi. La première fois qu’on se parle, il vient me voir : « Steed, on m’a dit que t’avais une grande gueule et la grosse tête. » Je lui réponds qu’on m’a dit pareil à son sujet. Et il lance : « Bon d’accord, on va se mettre en chambre alors ! » C’est comme ça qu’est née mon amitié avec Tony ! Et vous vous souvenez du premier match officiel en 2008 à Nancy contre la Belgique ? (il rit) Michel Gomez laisse Tony sur le banc et me met dans le cinq avec William Gradit, Tariq Kirksay, Williams Soliman et Ronny Turiaf. Je fais jouer qui là-dedans ? Et là, on se mange un 12-0 (11-1, ndlr) et il lance Tony, avec Nando. Cette campagne-là était marrante.

En 2011, j’ai beaucoup aimé. Je connaissais très bien mon rôle, c’est là où je me suis rendu compte de l’importance d’une hiérarchie. J’ai réalisé qu’il nous fallait la même chose qu’à Chalon. On était dans le vrai, on savait sur qui s’appuyer. Lors de l’Euro, Tony venait dans ma chambre tous les soirs : « Steed, c’est notre année, etc ! » Il vient tout le temps parler et lorsqu’on joue contre la Grèce en quart de finale, il est nul. « Franchement, Tony, t’es relou. Tu viens me faire chier dans ma chambre à 1h du matin pour nous faire de la merde comme ça ?! Tu as vu le bordel que tu nous fais ? ». Je ne vais pas dire que c’est grâce à moi mais il a tout défoncé ensuite. Moi, j’étais là pour gagner. Tony Parker ou pas, je te dis tes vérités. Après, s’il ne venait pas me voir en permanence, je serais resté à ma place, je ne lui aurais rien dit. Mais il me cassait tellement les couilles que je lui ai dit les choses telles qu’elles étaient et il a reconnu que c’était vrai. C’est un compétiteur, c’est normal !

QUESTIONS CHRONO...

Le coéquipier qui t’a le plus marqué ?

Je suis obligé d’en donner deux : Blake Schilb et Nando De Colo. Je me rappelle d’un match de Coupe d’Europe où Nando est complètement on fire (37 points contre les Lettons de Barons, le 29 janvier 2008, ndlr). À un moment, il met un 3-points et il fait la mimique de Jordan en revenant le banc. J’ai compris que c’était un fou à ce moment-là. Et puis Blake Schilb, quand il met le panier sur Amara, c’est une délivrance incroyable !

Ton coéquipier préféré ?

Franchement, celui avec lequel j’ai le plus rigolé, c’est Stephen Brun ! On était ensemble à Nancy. Stephen Brun, c’est quelque chose (il rit) Mais il y en a tellement, comme Sacha Giffa, à mes débuts, qui est devenu mon meilleur ami, ou toute l’équipe de Châlons-en-Champagne. Les Samba Dia, Rochel Chery, Zach Moss… C’était vraiment bien !

Le joueur le plus fort avec qui tu as joué ?

Bien sûr, c’est Tony Parker mais Blake nous a sortis tellement de fois de la merde que je ne peux pas ne pas le citer.

Le joueur le plus pro ?

Ben je vais encore dire Blake hein ! Il y a une anecdote qui m’a marqué avec lui : quand t’arrivais dans les vestiaires, tu posais tes affaires un peu n’importe comment et lui, il pliait ses affaires et les rangeait parfaitement dans son casier (il rit). Et aussi, à chaque fois qu’il faisait un mauvais match le samedi, laisse tomber le lundi quand il revenait à la salle… Jordan Aboudou, il en a fait des cauchemars !

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Blake Schilb, le "Michael Jordan chalonnais"
(photo : Charlotte Geoffray)

Le coéquipier qui a eu le plus d’influence sur toi ?

Sacha Giffa. Il m’a inculqué l’intensité qu’il fallait que je mette à l’entraînement pour pouvoir gagner ma place et pour ça, je l’en remercie. Il me disait de rentrer dans Stanley Jackson ! Il a été comme un grand frère pour moi quand j’étais Espoir à Chalon.

Le coéquipier le plus fou ?

Stephen Brun ! Pas dans le sens péjoratif du terme, mais à te faire des conneries incroyables. Un jour, on était à Paris, Ricardo Greer entre dans notre chambre et renverse de l’eau sur le lit de Stephen. Alors Stephen s’énerve, il court dans la chambre de Ricardo, il prend son drap et le frotte entre ses jambes (il rit). Il n’avait pas de caleçon hein ! Je vous épargne la description de la trace sur le drap (il rit). Ricardo est devenu dingue ! Franchement, Stephen, c’était quelque chose. Je me rappelle d’un autre jour à l’entraînement où il avait déchiré son maillot après un 0/2 aux lancers-francs.

L’adversaire le plus compliqué à défendre ?

Tony Parker, à l’entraînement en équipe de France. On faisait les systèmes des Spurs et il connaissait évidemment absolument tout. C’était abusé. On me disait qu’il était beaucoup trop rapide, je n’y croyais pas. J’ai commencé à comprendre quand j’ai dû défendre sur lui. Et quand je l’ai vu en œuvre, surtout contre l’équipe espagnole, c’était impressionnant… Les Gasol, il les passait comme des plots !

Le plus compliqué à attaquer ?

Ah, j’avais une bonne rivalité avec John Linehan ! Si j’avais pu lui mettre un coup de coude, je l’aurais fait. Défensivement, c’était quelqu'un lui.

Un joueur perdu de vue que tu aimerais revoir ?

MarQuez Haynes. L’année dernière, il jouait à Paris et il a vu Jayson dans les tribunes pendant un match, il l’a reconnu. Ça m’a fait plaisir.

« On voit des larmes chez Bryant Smith
puis tout le monde se met à crier sa rage »

Ton meilleur souvenir ?

Franchement, c’est le lay-up de Blake contre Orléans en demi-finale en 2012. Les gens pouvaient dire ce qu’ils voulaient, on savait qu’on allait être champions ensuite. On avait surmonté la montagne orléanaise, on savait que c’était gagné. Pourtant, six minutes avant, c’était mort, nos femmes pleuraient dans les tribunes. Alors quand il met ce lay-up, c’était fou ! Mon meilleur souvenir, ce n’est même pas le titre hein, c’est juste ce lay-up.

Et le pire ?

Les blessures, notamment les ligaments croisés à Saint-Quentin. Et quand même la finale d’EuroChallenge perdue contre le Besiktas en 2012. Tout le monde l’a un peu oublié mais on aurait pu faire un quadruplé !

La meilleure ambiance vue dans ta carrière ?

Il y a une salle qui m’a marqué, c’est quand on est allé jouer avec l’équipe de France en Turquie, à Istanbul, en 2008 (l’Abdi Ipekçi, ndlr). C’était impressionnant de fou. Le monde qu’il y avait 2 heures avant le match, ça m’a choqué. Mais ma salle préférée reste le Colisée évidemment.

La plus grosse soirée de ta carrière ?

Après la finale perdue de la Semaine des As 2011 contre Gravelines à Pau. Ça a été dur. Alors que quand on gagne le championnat à Bercy, on n’a pas fêté ça comme si c’était un truc de ouf. On est rentré à Chalon, on a fait une petite soirée et chacun est rentré chez soi.

Une anecdote qui t'a marqué ?

Un jour, au cours de la saison du triplé, on est tous dans le vestiaire dans la semaine précédant la finale de la Coupe de France. Greg arrive et nous dit : « Les gars, je veux que vous criez tous un par un la haine que vous avez par rapport à la saison dernière, à l’arbitrage, etc ». Entre nous, on se regarde un peu bizarrement, on rigole. Puis Bryant Smith commence à crier, on voit des larmes qui tombent chez lui puis tout le monde se met à crier sa rage. Je ne sais pas pourquoi, j’ai aussi des larmes qui tombent. Je ne sais pas où il voulait en venir mais cette scène était incroyable. Il a aussi poussé Blake à crier sa haine, ses yeux sont devenus humides. Quand on est arrivé sur le terrain, on aurait pu étrangler quelqu’un. Cette séance là m’a marqué à vie. Greg était en avance là-dessus, je ne me verrais pas faire ça avec mes joueurs, je ne saurais pas comment faire. Il était fort hein ! On faisait tout ce qu’il nous disait.

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Greg Beugnot et Steed Tchicamboud, des premiers pas difficiles mais une conclusion historique à Bercy
(photo : Sébastien Grasset)

Ton cinq idéal ?

Sportivement : Tony Parker - Nando De Colo - Blake Schilb - Ilian Evtimov – joker sur le 5 entre Marcus Slaughter, Alade Aminu, JBAM, Akin Akingbala.  

Mon cinq de potes : Rochel Chery – Amara Sy– Samba Dia - Sacha Giffa. Et du coup, je me mets à la mène (il rit) !

Prochainement sur BeBasket :
La partie 2 de cet entretien, le coach Steed Tchicamboud

07 avril 2021 à 19:00
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