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"JE NE SUIS PAS RESPONSABLE DE CETTE DÉCISION MAIS ELLE ME COÛTE MA PLACE" : TONY WROTEN À PAU, DÉJÀ UN FIASCO ?

Crédit photo : FIBA

Presque espéré comme l'homme providentiel lors de sa signature fin février, Tony Wroten ne cesse de décevoir depuis son arrivée à l'Élan Béarnais et a atteint des sommets de médiocrité mardi à Bourg-en-Bresse. De quoi renforcer l'amerture de son ex-entraîneur Laurent Vila, qui ne souhaitait pas le faire venir à Pau.

Assis seul dans un coin d'Ékinox, Frédéric Sarre avait de quoi être soulagé en observant la prestation de Tony Wroten mardi soir. Soulagé de ne pas s'être penché concrètement sur ce dossier puisqu'il se murmurait, début janvier, au moment du départ de Kadeem Allen, que le manager de la JL Bourg appréciait le profil du meneur originaire de Seattle. Et il n'était pas le seul, loin de là.

Il fut un temps, pas si lointain, où Tony Wroten (1,98 m, 27 ans) était le chouchou du Wells Fargo Center (la salle de Philadelphie), l'une des rares raisons de s'enthousiasmer devant des Sixers alors en pleine déliquescence. Il était le seul à pouvoir allumer l'étincelle, le joueur spectaculaire, le leader de l'équipe de Brett Brown, l'incarnation du célèbre « Trust the Process », le mantra des 76ers : perdre maintenant, oui, mais pour mieux gagner plus tard. Quelqu'un capable de cumuler un triple-double (18 points, 10 rebonds et 11 passes décisives contre Houston le 14 novembre 2013) ou d'atteindre la barre des 30 points à deux reprises. Bref, quelqu'un de promis à un bel avenir en NBA. Sauf que tout s'est écroulé en janvier 2015 quand  il s'est rompu les ligaments croisés en marge d'un match face à la Nouvelle-Orléans, alors qu'il tutoyait la barre des 17 points sur la saison.

Depuis, plus de NBA, ou presque (8 apparitions en décembre 2015), mais tout de même de quoi commencer à se forger un joli petit pedigree en Europe. 16 points de moyenne en VTB League en 2019, cinquième meilleur marqueur de la Champions League la saison dernière, un court passage remarqué à Badalone... Cela pouvait s'avérer prometteur. À tel point que l'ancien premier tour de draft a cru bon de se lancer dans une campagne médiatique l'été dernier afin de plaider pour un retour en NBA. « C'est un jeu totalement différent en Europe, c'est beaucoup plus difficile de jouer ici, de scorer », expliquait-il à Philly Sports Network. « Vous pouvez vous en rendre compte quand des gars comme Luka Doncic cartonnent dès leur arrivée. J'ai l'impression d'être en mesure de faire la même chose : venir en Europe m'a ouvert l'esprit et m'a transformé en un monstre sur le terrain. Je suis impatient de montrer à mes pairs en NBA que je suis dix fois meilleur qu'avant. »

Son dernier quart-temps à Bourg :
trois possessions pour trois balles perdues et une faute antisportive

Mais le souci, c'est qu'aucune franchise NBA n'a appelé entre-temps, que son état de forme lui a coûté des émoluments infiniment supérieurs en Chine et que Tony Wroten est surtout en train de montrer qu'il n'est actuellement pas apte à jouer au basket. Ses 7 minutes et 38 secondes de jeu à Bourg-en-Bresse mardi (58-88) furent d'un niveau absolument catastrophique, rarement entrevu en Jeep ÉLITE pour un joueur aussi réputé. On sauvera simplement deux offrandes à destination de Ousmane Dramé, l'une après un pick and roll bien maîtrisé en première période puis une passe laser dans le troisième quart-temps. Autrement, ce fut dramatique : un manque criant de volonté, si peu d'intensité défensive, aucune densité physique, une gestion épouvantable du ballon... À ce titre, ses 70 secondes passées sur le parquet dans le quatrième acte furent déshonorantes : une balle perdue sur une prise à deux suivie d'une faute antisportive terriblement stupide (vidéo) en poussant Hugo Benitez dans le dos, hors action, sur la contre-attaque burgienne, un ballon abandonné dans les bras tentaculaires de son ex-coéquipier Alen Omic (à Badalone) et deux mauvaises passes sur la dernière possession, avant que Laurent Vila ne décide d'arrêter les frais. Sans avoir droit, cette fois, à l'énervement ostensible de son joueur et à un juron lors de son retour sur le banc, contrairement à la première mi-temps.

« Vous avez vu son niveau... », soufflait Laurent Vila en conférence de presse, avant de tenir des propos forts. « Il faut tenter de le mettre sur le terrain pour voir ce qu'il est capable de faire mais il n'est clairement pas prêt physiquement. Il est déprogrammé dans le jeu. Au départ, c'est un joueur qui a un gros CV sauf que malheureusement, je pense qu'il n'a pas fait grand chose depuis Badalone. Je ne vais pas l'accabler mais maintenant, le club doit faire avec... Force est de constater que le choix n'a pas été judicieux. Malheureussement, il y a des décisions qui ont été prises qui n'ont pas été les bonnes et celle-ci en fait partie. Personnellement, je suis responsable de ce qui se passe sur le parquet mais pas de cette décision. Et pourtant, elle me coûte certainement ma place. C'est ce genre de choses qui font mal, au niveau du club, mais c'est comme ça. »

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Avec un nouvel entraîneur, Tony Wroten saura-t-il relever la tête ?

Car effectivement, Laurent Vila n'était absolument pas enclin à le faire venir et a tenté de freiner autant que possible la volonté des dirigeants. Le désormais ex-entraîneur de l'Élan Béarnais avait eu vent de la réputation sulfureuse de Tony Wroten : une altercation physique avec son coach en Estonie, une étiquette de partisan du moindre-effort en Pologne, des agents qui renoncent à le représenter... De quoi le pousser à préférer d'autres pistes explorées par le club, comme celle de Skyler Bowlin, qui a finalement atterri à Zielona Gora. Mais il n'a pas été écouté. « Et maintenant, il est là... », soupire le Catalan. Contrairement à lui, qui va désormais laisser le soin à Éric Bartecheky de prendre cette affaire en main.

Au-delà de son impact sportif insignifiant, c'est l'attitude de Tony Wroten qui semble aussi (déjà) lasser au sein de l'équipe. Plusieurs joueurs, Français surtout, n'ont pas caché leur agacement à l'encontre de leur coéquipier. Jérémy Leloup s'est ému de la « condition physique un peu douteuse » des recrues, tacle à peine dissimulé au champion du monde juniors 2010, même si C.J. Williams ne s'est également pas vraiment distingué non plus à Ékinox (0 point à 0/7). Simplement, il a déjà réussi à afficher un niveau de jeu intéressant depuis son arrivée, notamment à Monaco, et semble faire preuve d'une vraie implication. Visiblement à l'inverse de son compatriote qui était renfrogné sur le banc, presque désintéressé des évènements sur le terrain, comme s'il était ailleurs. Un sacré contraste aussi avec un Hamady Ndiaye, par exemple, qui, même à -30, n'avait de cesse de donner de la voix pour pousser les siens. Toutefois, après la rencontre, un Palois a nié cette impression en nous disant que Wroten était « un bon gars », que cela avait été « très fun » avec lui depuis son arrivée et qu'il lui fallait juste un peu de temps pour retrouver ses jambes.

Pau a trop investi sur lui pour se contenter de ça...

Justement, du temps, lesté de ses dix défaites de rang et de son statut de relégable, l'Élan Béarnais n'en a plus. Or, l'argument de son état de forme n'explique pas tout. On peut très bien être hors de rythme et quand même éviter de signer sa première minute en Jeep ÉLITE par deux airballs d'affilée aux lancers-francs, comme il l'avait fait le 6 mars à Monaco. Même à court de rythme, ce qui a été proposé mardi dans l'Ain était indigne d'un joueur professionnel. Mais Tony Wroten n'a en effet actuellement pas le coffre pour résister aux contacts, surtout dans un championnat aussi athlétique que la Jeep ÉLITE, ce qui entraîne une avalanche de pertes de balle : 11 (ou, plus précisément, 10 car la table de marque de Bourg semble lui en avoir accordé une de trop) en 19 minutes depuis samedi.

Un ratio incroyable, pour des statistiques faméliques (0,7 point à 33%, 3 passe décisive et 3,3 balles perdues en 7 minutes de moyenne) qui ne justifient absolument pas l'investissement consenti pour le faire venir (plus haut salaire de l'effectif), ni l'énergie déployée par le club pour qu'il puisse quitter les États-Unis (où François Bayrou est intervenu pour lui obtenir un visa). Pas forcément réputé pour sa poigne avec les gros caractères mais capable de laisser les joueurs pleinement s'exprimer, Éric Bartecheky va hériter d'un dossier explosif. Celui de l'homme providentiel, déjà devenu encombrant. Il ne reste plus que deux solutions : ou l'Élan Béarnais prie pour le retour imminent de Justin Bibbins, ou Tony Wroten décide d'assumer ses responsabilités. Il est impossible qu'un tel talent, qu'un joueur de son envergure, compose durablement des partitions comme celle de Bourg-en-Bresse. Mais il y a, au moins, une bonne nouvelle : il pourra difficilement faire pire.

À Bourg-en-Bresse,

17 mars 2021 à 21:10
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