JEEP ÉLITE

ITW BENOIT MBALA : "JE VEUX M’AMÉLIORER POUR DEVENIR UN JOUEUR MAJEUR AU CSP"

Benoit Mbala Limoges CSP 201920 Jules Roche
Crédit photo : Jules Roche

Connu depuis peu du public français, Benoit Mbala n’a pas eu un parcours classique. Il revient avec nous sur son parcours et sa force de travail qui lui a permis d’arriver jusqu’au parquet de Beaublanc.

A l’inverse de bon nombre de ses coéquipiers du Limoges CSP, Benoit Mbala revient de loin. Pour lui, sa carrière ne rime pas avec parcours classique. Après sa première saison dans le club de Haute-Vienne, il nous raconte comment il a réussi à parvenir jusqu'à la première division française.

Né à Yaoundé au Cameroun, peu de choses prédestinaient le jeune Benoit Mbala (2,00 m, 24 ans) au basket, mise à part sa grande taille. Alors que le football était partout autour de lui, c’est suite au conseil de son frère qu’il a commencé le basket à l’âge de 13 ans : « Dans ma famille et plus généralement au Cameroun c’était le foot qui était présent, mais mon grand frère m’a clairement expliqué que le football ce n’était pas fait pour moi et qu’avec ma grande taille je devais plutôt faire du basket. Donc je suis allé voir dans l’équipe municipale à côté de chez moi et c’est là que j’ai commencé le basket vers mes 13 ans. » Au Cameroun, là où le basket était encore peu populaire, il était compliqué de se montrer et se faire recruter. Mais habitué des camps de Luc Mbah a Moute, joueur camerounais évoluant en NBA, Benoit a su se faire repérer par des programmes universitaires américains. Malheureusement, le visa étant hors de ses moyens il ne pouvait pas se permettre de s’envoler outre-Atlantique : « J’ai été repéré lors de ces camps pour ensuite jouer dans des universités américaines, mais le visa était trop cher pour moi donc je n’ai pas pu y aller. A ce moment là, j’avais 18 ans et j’avais envie de faire du basket quoi qu’il arrive. Donc j’avais des amis qui étaient aux Philippines, et j’ai décidé de les suivre. Le système éducatif est le même qu’aux Etats-Unis, donc ça me permettait de faire du basket tout en étudiant à l’université. » Le Camerounais a donc continué sa formation aux Philippines, à la Southwestern University PHINMA. Deux ans plus tard, à 20 ans,  toujours dans ses années universitaires, il a participé à la Coupe d’Afrique des Nations avec la sélection nationale du Cameroun. Une première opportunité qui lui a permis de se montrer davantage : « Quand j’ai été sélectionné avec le Cameroun, j’avais 20 ans et il me restait encore une dernière année d’université, mais grâce à ce rassemblement je me suis fait connaitre encore plus. Je dirais que c’est à partir de là que ma carrière a commencé. » A la sortie de l’université, il a entamé sa carrière professionnelle aux Philippines, avant de se diriger au Mexique puis en Corée du Sud.

Ces passages exotiques seront accompagnés par deux fois d’un retour en France pour finir la saison : « Au Mexique et en Corée du Sud je n’ai pas fini les saisons car c’était compliqué pour un rookie comme moi. Là-bas tout est basé sur les statistiques et en tant que jeune je devais connaitre un meilleur encadrement. » Après son aventure mexicaine, il a fini la saison 2017/18 à Roanne en Pro B et ensuite la saison suivante à Aix-Maurienne où il a explosé puisqu’il tournait à 15,2 points et 7,2 rebonds pour une évaluation de 16,6 en 24 minutes. Toutefois, il retient un meilleur souvenir de son passage à Roanne : « A Aix Maurienne, j’avais de superbes statistiques mais on était pratiquement relégables, alors qu’avec Roanne toute l’équipe tournait bien. On était une vraie équipe, tous les joueurs marquaient environ 10 points de moyenne, donc j’ai appris plus de choses là-bas. Même si je n’enlève rien à Aix-Maurienne parce que j’ai pu me montrer encore plus et prouver que je confirmais en Pro B. »

Pour autant, ses belles prestations ont su attirer le club mythique du Limoges CSP, et cela depuis un moment puisque dès son passage dans le club de la Loire, Benoit était dans le viseur des dirigeants du CSP : « Quand j’ai signé à Roanne, le club était déjà venu me proposer un premier projet, mais à l’époque mon agent m’avait dit de ne pas y aller, et vu que je suis un joueur qui écoute beaucoup son agent, j’ai décidé de le suivre. Mais après Aix-Maurienne, cette fois-ci avec un autre agent, le club est revenu à la charge. Connaissant le club et vu qu’il participait à l’EuroCup, je ne pouvais pas dire non une deuxième fois. » C’est alors avec peu de références, malgré ses bonnes performances en Pro B et son gros match contre le Nigéria à l’AfroBasket 2017 (32 points avec 10 rebonds, 1 passe et 3 interceptions pour 31 d’évaluation), que Benoit Mbala a atterri dans l’antre de Beaublanc. Un pari pour le club limougeaud qui pourtant n'a pas manqué de lui faire confiance en lui proposant un contrat de 3 ans : « Ils m’ont donné de la visibilité sur les trois prochaines années en m’expliquant qu’ils voulaient que je fasse partie du projet de reconstruction du club. Le CSP, malgré le fait que ça soit un club actuellement en reconstruction, reste un des plus grands clubs français et qui joue l’EuroCup chaque année, donc c’était une chance pour moi. Ils voulaient que je progresse, et puis je connaissais déjà des membres du staff, donc j’ai dit oui. » Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme prévu pour Benoit. L début de saison avec les Vert a été difficile à gérer pour lui.

Une arrivée compliquée

En arrivant à Limoges, plein d’ambition, Benoit ne s’imaginait pas que son début de saison allait être aussi compliqué, et lorsqu’il fait le bilan beaucoup de choses négatives ressortent de cette première saison. Son adaptation n’a pas toujours été facile, et l’entraîneur Alfred Julbe y est pour quelque chose « Honnêtement, je dirais que je ne suis pas satisfait car l’adaptation fut très compliquée. J’ai eu beaucoup de mal avec Alfred Julbe car il voulait absolument que je joue en poste 3. Il était très strict avec moi sur des choses que je n’avais jamais faites de ma vie. Jouer au poste 3 est une bonne chose pour moi, pour ma progression, mais je ne pouvais pas être pareil qu’un mec qui a joué toute sa vie à ce poste. En plus de ça, le vrai problème, c’est qu’il ne communiquait pas avec moi et pas seulement avec moi, mais avec beaucoup de gars de l’équipe. J’étais sur le côté et il ne me parlait pas. Moi je n’ai rien contre les coachs qui te crient dessus, au contraire, mais il faut m’expliquer clairement pourquoi, sinon ça ne marche pas. Dans ma vision du basket, le coach doit être comme un père. Donc en tant que compétiteur de basket et joueur ça m’a tué. Dans ma situation, faire presque neuf heures de route pour ne pas jouer c’était lourd émotionnellement. » Avant d’ajouter : « J’ai eu du mal à cause de tout ça mais en aucun cas je ne prends ça pour une excuse car j’aurais pu m’adapter. J’avais le moral un peu bas mais les supporters ont toujours été là pour moi, puis je savais que c’était la première année donc j’étais conscient que l’adaptation allait être dure. »

Plus souvent sur le bord du terrain ou carrément même pas en tenue les jours de match, cette période a été un moment compliqué de la jeune carrière de Benoit. Mais avec l’arrivée du nouveau coach Mehdy Mary à la tête du CSP, les cartes ont été redistribuées et les choses ont bougé pour lui : « Quand Mehdy Mary est arrivé, il a directement discuté avec moi et il m’a dit ce qu’il attendait de moi. Il était très vocal, c’est tout l’inverse de Julbe. Lui il m’a dit que j’avais du potentiel et que s’il me criait dessus c’est qu’il attendait beaucoup de moi et qu’il croyait en moi. Donc ça m‘a remotivé. »

Une amélioration individuelle suivie de celle collective

Outre son faux départ au CSP, c’est toute l’équipe qui a eu du mal à démarrer la saison. Benoit en est conscient et pense savoir pourquoi : « Je ne veux pas qu’on se cache derrière ça parce qu’en tant qu’équipe professionnelle on ne le peut pas, mais dès le début de saison il y a eu beaucoup de blessures dans l’équipe donc au niveau de la cohésion c’était compliqué. Et une fois que les blessés sont revenus, ça a mis du temps pour retrouver une alchimie. Je pense que c’est pour ça que c’était les montagnes russes cette saison. » Un effectif redoré, un nouveau coach en place, et des sensations retrouvées pour Benoit qui font le plus grand plaisir des fans du CSP puisque sur la fin de saison Limoges commençait à aligner de bien meilleurs résultats, pour ainsi se trouver 8e, place synonyme de playoffs, avant la fin de saison prématurée. Une fin qui vient couper les efforts du Camerounais (15 points, 7 rebonds et 5 fautes provoquées en 16 minutes pour son avant-dernier match contre Châlons-Reims) et de ses coéquipiers : « Sur la fin de saison, c’était beaucoup mieux je trouve. On a vu du positif et c’est ça le plus important. La coupure arrive au pire des moments, elle nous coupe dans notre élan et moi personnellement ça me coupe car je retrouvais mon rythme. Donc forcément je suis déçu… ce retour à un bon niveau était le fruit de beaucoup de patience. » Mais doté d’une force de travail et d’une persévérance à toute épreuve, le Limougeaud sait que l’avenir ne sera couronné de réussite qu’une fois le travail accompli.

« Pour être compétitif, il faut être complet »

En difficulté en début de saison sur l’apprentissage du poste 3, Benoit s’est rendu compte de ses lacunes et travaille dur depuis pour y remédier. Pour lui sa réussite en Europe passera par une polyvalence sur les terrains, et du coup, il travaille dans ce sens : « Le poste 4/5 me convient, mais je voudrais être capable de jouer sur le poste 3. Je pense que pour être compétitif il faut être complet. Donc pour être compétitif en EuroCup il faut je sois capable de jouer poste 3, 4 et même 5. La défense encore ça va, mais ça serait plus sur l’attaque (que je dois progresser). » Avant de rebondir : « Je veux m’améliorer pour devenir un joueur majeur au CSP comme en Jeep ELITE, car en Pro B je me suis déjà imposé donc la prochaine étape c’est à dire la Jeep ELITE. »

L’avenir de Benoit sera aussi sans aucun doute sous les couleurs camerounaises, puisqu’après le revers à la qualification de la Coupe du Monde, l'intérieur ne compte pas s’arrêter là. Ne pas connaitre la Coupe du Monde 2019 en Chine est plus qu’une déception pour lui, surtout dans les conditions dans lesquelles se sont réalisées l’élimination : « Je suis dégouté… on était normalement qualifiés. Il fallait un cumul de 66 points d’écart sur les matchs ( Nigéria, Mali et Centrafrique ) pour que la Côte d’Ivoire se qualifie à la Coupe du Monde. Gagner contre le Mali et la Centre-Afrique je trouve que c’est normal, et encore même il aurait pu gagner contre le Nigéria, mais gagner d’autant c’est très louche. Le Nigéria est sans aucun doute la meilleure équipe africaine du moment donc gagner de 30 points c’est très louche. A la mi-temps le Nigéria avait carrément marqué moins de 20 points, donc moi je dis que si vous êtes meilleurs que nous je respecte, mais de là à se qualifier comme ça j’ai des doutes… » Une déception au goût amer pour le lion indomptable, qui rêvait de participer à ce genre de compétition avec son pays : « C’est une grosse déception car la Coupe du Monde c’est une expérience qui rentre dans ton CV, et je trouve que c’est triste de ne pas y aller pour ça. Mais aussi déçu, parce que nous les Camerounais on aime représenter le bled pour démontrer qu’on est capables de jouer au basket. » Mais Benoit se sert de cet échec pour travailler davantage et ainsi revenir plus fort afin de connaître des moments de bonheur avec son pays.

Le travail comme base de réussite

Des objectifs, ce n’est pas ce qui manquent pour le joueur du CSP, mais ces derniers devront passer par un travail de longue haleine avant d’être réalisés. Actuellement, il se sert de cette période de confinement pour faire des choses qu’il n’a pas généralement le temps de faire : « Du lundi au samedi je travaille sur mon drible, et je vois déjà une évolution puisque je fais des choses que je ne savais pas faire avant. Je bosse aussi sur mon tir, car même si mon drible s’améliore je n’aurais pas toujours le ballon, et il faut que je sois capable d’espacer le jeu, comme ça les défenses pourront sortir et je pourrais driver. Donc faut que je continue de bosser, de toute façon c’est ça le plus important. »

En somme, vous l’avez compris, la charge de travail est revenue plusieurs fois au cours de notre entretien. Au son de sa voix nous avons pu comprendre que Benoit Mbala a dû cravacher pour en arriver là, et que, s’il veut s’imposer au meilleur niveau français il faudra continuer dans la même lancée, puisque pour lui : « tout commence à l’entrainement, c’est là qu’on gagne des minutes de temps de jeu. »

07 mai 2020 à 16:45
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