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ITW DOMINIQUE JUILLOT (PARTIE 1) : "NOS VALEURS ET NOTRE ÂME NE SONT PLUS PRÉSENTES"

Crédit photo : Sébastien Grasset

Président emblématique de l'Élan Chalon depuis 1993, Dominique Juillot a décidé de laisser sa place vacante. Eprouvé par une saison ratée, soldée par une relégation en Pro B, le Bourguignon regrette l'absence d'investissement de certains joueurs et fait son mea culpa. Il explique également ne plus ''se sentir en phase avec le basket actuel''. 

Dominique Juillot (67 ans) a quitté la présidence de Chalon-sur-Saône, relégué en Pro B. En 28 ans de présidence, il a bâti l'un des clubs les plus respectés du basket français. Un édifice érigé sur les plus hautes cimes de l'élite, avec deux titres de champion de France (2012 et 2017), deux Coupes de France (2011 et 2012), et une Semaine des As (2012). Lui-même ancien joueur de Chalon dans les années 70 (champion de France de la 3e division en 1978) et au début des années 80, il représente l'une des plus éminentes figures du basket français de club. Et d'un certain modèle, basé sur les soutiens conjoints des entreprises du territoire environnant et des collectivités publiques.

Proche du maire de Chalon, Dominique Perben, sa prise de pouvoir a lieu en 1993. En quatre ans, le club passe de la troisième division française (N2) à la Pro A. Le président met à profit ses affinités politiques pour obtenir l'autorisation de construire une nouvelle salle, en lieu et place de la Maison des Sports. Ce sera le Colisée, un nom évocateur. Cet écrin de 4 000 places installe l'Elan parmi les clubs les mieux équipés du championnat de France. En 2012, des travaux d'agrandissement permettront à l'antre de contenir 5 000 personnes. La décennie 2010 est une dialectique des sentiments pour Chalon. Le bonheur éprouvé lors des deux sacres, l'EuroLeague et sa constellation de stars, mêlé à la tristesse des années post-titre 2017. Tout cela tisse le récit personnel de Dominique Juillot à la tête de son club. Au crépuscule de son règne, il se confie sans filtre sur les difficultés rencontrées cette saison et ses "erreurs'' de gestion. 

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Entretien avec Dominique Juillot à lire en deux volets sur BeBasket
(photo : Sébastien Grasset)

Il y a un mois et demi, vous avez officialisé votre départ de la présidence de l’Elan Chalonnais. Avez-vous prendre du repos après une année si particulière ?

Pas vraiment parce qu’il ne faut pas croire qu’une fois qu’on a dit qu’on a arrêté, les choses s’arrêtent. C’est le fruit d’une réflexion beaucoup plus longue. On peut considérer que ce n’était pas dans le bon timing. Mais il n’y a jamais de bon timing pour ça. En ce moment, je suis en train de chercher quelqu’un pour me succéder. C’est plus long que je l’imaginais. Ça fait peur de passer derrière une personne qui était là depuis presque 30 ans. Il ne faut pas faire du Juillot sans Juillot. Pour le moment, je n’ai pas trouvé la personne qui veut s’engager véritablement. On prend le temps. Le club a des bonnes structures, il est solide. Il y a des salariés qui savent ce qu’il faut faire. On gère les affaires courantes.

Depuis quatre ans, Chalon peine à obtenir de bons résultats sportifs. Pourquoi avoir choisi de quitter le club cette année ?

Je voulais déjà partir après le titre en 2017. J’ai eu un problème avec un arbitre dans le quatrième match à Strasbourg. On m’avait accusé d’avoir fait un croche-pied à un arbitre. Ce qui était complètement faux. Ça m’a gâché ma finale. Il a fallu que je me défende. L’arbitre, Medhi Difallah, a été intelligent et accepte que ce n’était pas possible que je puisse faire un croche-pied à un arbitre dans un tunnel. Ça a duré deux mois. Je n’avais pas eu beaucoup de soutien de la part de la Ligue Nationale de Basket. Au contraire de la Fédération. Une fois que les choses se sont apaisées, les conditions n’étaient pas réunies pour que j’arrête. Ça ne me plaisait pas. J’ai eu quelques différends avec l’entraîneur de l’époque (Jean-Denys Choulet) J’ai senti que le club pouvait se retrouver en danger. C’est pour ça que j’ai décidé de continuer.

A plusieurs reprises, vous avez souligné le manque d’investissement de certains joueurs dans le club. Qu’est-ce qui a dysfonctionné cette année pour en arriver à de tels résultats ?

Depuis quatre ans, on ne fait pas tout ce qu’il faut sur le plan sportif. Ça a commencé l’année après le titre. On se sauve par miracle. L’année d’après, ça s’est extrêmement mal passé. L’arrivée de Philippe Hervé a été un échec. Certains ont expliqué que c’était prévu. Moi, j’ai toujours du mal à comprendre ce qui est arrivé. En janvier 2020 on a embauché Julien Espinosa à la place de Philippe Hervé. Au début, ça a bien fonctionné, puisqu’on gagne quatre fois d’affilée. Je me souviens avoir mis en garde tout le monde. On avait gagné trois matchs par miracle. Malheureusement cette année, j’ai rapidement constaté que le recrutement n’était pas à la hauteur de ce qu’on imaginait. On a beaucoup tergiversé. Je ne sentais pas cette équipe concernée. Le Covid était un danger supplémentaire. Jouer au Colisée sans supporters, sans guerriers dans le groupe, c’était compliqué. A Noël, il aurait fallu prendre des décisions. Alors que je les avais toujours assumées jusque-là, cette fois-ci je ne l’ai pas fait. On a pensé, avec une certaine suffisance, qu’on pouvait éviter de remplacer Camara. Mon regret aujourd’hui, c’est de ne pas avoir fait comme d’habitude, c’est-à-dire changer des joueurs.

"Je pourrais venir au Colisée décontracté, sans me torturer l'esprit"

Vous avez indiqué dans le Journal de Saône-et-Loire être à disposition du club. Est-ce que vous pouvez nous assurer que n’aurez aucun rôle à l’Elan Chalonnais ?

Non, j’aurais un rôle de conseiller si on me le demande. Je vais déjà essayer de transmettre mon entreprise. J’ai des affaires. Je vais accompagner, expliquer et mettre en garde sur les erreurs qu’on a soi-même commises. Je n’étais pas obligé de le faire. Mon intention, ce n’est pas de tirer des ficelles. Si j’ai arrêté, c’est parce que j’étais fatigué. Je n’étais plus en phase avec la ligne du basket actuelle . Je viendrai toujours au Colisée. Je ferai comme mon ami Pierre Seillant. Il m’a appelé et m’a dit "tu t’arrêtes au même âge que moi. Tu éprouves les mêmes sentiments que moi." Il est resté en auditeur libre à Pau.

J’ai la sensation que les dernières décisions sportives sont bonnes. Les choses devraient bien se passer. Je pourrais venir au Colisée décontracté, en pouvant dormir tranquille, sans me torturer l’esprit. C’est la pression qui est épuisante. A un certain âge, on résiste moins.

Léo de Rycke arrive au poste de directeur sportif. Qu’est-ce qui vous a convaincu de le prendre ?

Par son vécu, sa capacité à s’occuper de cultures différentes, pas simplement franco-françaises, il marque une rupture par rapport à ce qu’on a vécu jusqu’à maintenant. C’était nécessaire. Donner les clés de la maison sportive à quelqu’un dont c’est le métier. Ce qu’on avait pas fait jusqu’à maintenant parce qu’on était dans un certain confort. C’est un travailleur, il a une très bonne connaissance du basket européen et français, en particulier. Il fait les choses de manière pragmatique. Il y a une ligne de conduite. Chacun est à sa place. Le commercial s’occupe du commercial, le sportif du sportif et le comptable de la comptabilité.

Arrivera-t-il à fédérer autour de lui ?

Je le crois. Il n’y a pas d’affolement. Maintenant, j’ai bien conscience que la Pro B s’annonce délicate. On n'a fait que deux ans en Pro B. C’était il y a 25 ans. C’est un championnat qui est difficile. Je ne suis pas sur que l’équipe de l’an dernier remontait. L’inverse d’une personne comme Antoine Eïto, qui m’a demandé si je restais. Je lui ai dit que j’étais garant de certaines choses. Si on avait eu ce garçon, je pense qu’on se serait maintenus. Ce n’est pas qu’un problème de qualité, mais de mentalité.

Des débuts en Nationale 2 (3e division) aux titres de champion de France, quelles ont été les étapes de la structuration du club ?

Quand j’ai pris l’équipe en main, elle était en difficulté. Il y avait un président historique, qui m’avait permis de jouer à un bon niveau, l’équivalent de la Pro B. Si j’avais vécu ces bons moments, c’est parce que d’autres s’en étaient occupés. Je me suis dans l’obligation morale ne pas laisser tomber le club. Je suis allé voir Dominique Perben, le député-maire de Chalon, pour lui demander qu’on monte un club de basket. Il y avait un déficit important. On s’est tapé dans la main. Les choses ont démarré comme ça. Il m’a dit ‘’ quand tu trouveras un franc, j’en mettrais deux. Avec le temps, c’était plus un pour un et puis deux pour un. C’était la suite logique. Quand on est monté en en Pro B, j’ai pris un directeur sportif. On a essayé de se structurer le mieux possible. Avec Philippe Hervé (1990-2002), on est arrivé en Pro A sans être épuisés mentalement et physiquement. Le Colisée a été construit par la suite. C’est une belle réussite. J’aurais aimé qu’il soit plus grand à l’époque. Je n’ai pas réussi à convaincre le maire. On l’a agrandi pour jouer en EuroLeague (2012-2013). On a un bel outil de travail, avec des salles de réception. C’est une structuration qui s’est faite au fil du temps, avec des coachs qui sont restés longtemps comme Philippe Hervé et Grégor Beugnot (2003-2013). On a su s’appuyer sur des hommes pour créer un état d’esprit.

"On a perdu l'institution depuis 2017"

C’est ce dont vous êtes le plus fier, au-delà des résultats sportifs ?

Clairement. Quand on venait à Chalon, on respectait les choses. Les joueurs qui venaient ici ne débarquaient pas en Bourgogne la fleur au fusil. Ils avaient une institution. Or, on l’a perdue depuis 2017. Nos valeurs et nôtre âme ne sont plus présentes. C’est un de mes échecs, parce que j’en suis dépositaire. On est dans une période difficile. Mais la période actuelle doit permettre aux nouveaux acteurs de s’affranchir du passé – en respectant l’histoire – pour réécrire une autre histoire. C’est la beauté du sport. Ma fierté, c’est d’avoir une association avec 500 gamins, où il n’y a jamais eu le moindre problème entre les professionnels et les amateurs. J’ai reçu des centaines de lettres avec des mots gentils. Evidemment, j’ai été vilipendé sur les réseaux sociaux. Je n’y vais jamais. 

Quels joueurs ont incarné le mieux cette identité chalonnaise ?

Stanley Jackson, Ilian Evtimov, Blake Schilb. Et puis d’autres joueurs de grands talents comme Charles Pittman quand on est arrivé en Pro B. J’avais réussi à attirer Rimas Kurtinaitis, un immense joueur lituanien, avec un superbe shoot. Je l’avais coupé à Noël. Je l’avais revu lorsqu’il était ministre, on en avait rigolé. Je suis aussi fier de cette pépinière de jeunes. Toute la bande des Lang, Bouteille, Lessort, Ouattara et Michineau, m’a envoyé un message des vestiaires de l’équipe de France. Il y a rien qui fasse plus plaisir. J’ai oublié Steed Tchicamboud, que j’ai hébergé chez moi durant de nombreuses années. Il a été dépositaire de l’ADN du club. Quand je regarde certains matchs, je m’amuse à entendre les commentateurs énumérer les anciens joueurs de l’Elan. C’est qu’on a certainement marqué le basket français.

10 juillet 2021 à 12:30
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