JEEP ÉLITE
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ITW MARTIN HERMANNSSON, PARÉ AU DÉCOLLAGE

Crédit photo : Sébastien Grasset

Il vient de boucler une première saison réussie en Jeep ÉLITE. Vendredi, à l'aube du dernier déplacement de la saison de Châlons-Reims, Martin Hermannsson s'est posé avec nous afin de faire le point sur son évolution et ses (brillantes) perspectives d'avenir, lui qui ambitionne de terminer aux manettes d'une équipe du Final Four de l'EuroLeague.

Parfois, il y a des joueurs que l'on observe en Jeep ÉLITE en étant convaincu que leur passage dans nos contrées ne sera qu'une étape intermédiaire pour eux avant de rejoindre de plus hautes sphères. Martin Hermannsson (1,90 m) fait entièrement partie de cette catégorie. À 23 ans, l'Islandais est promis à une trajectoire météorique, lui dont le début de carrière revêt les allures d'une success story sans accroc : MVP et champion d'Islande à 19 ans alors qu'il n'avait même pas encore paraphé de contrat professionnel, un cursus universitaire express à Brooklyn bouclé avec une place dans le meilleur cinq de sa conférence, une saison rookie remarquable à Charleville-Mézières marquée par le trophée de meilleur meneur de Pro B (17,2 points à 47%, 3,7 rebonds et 5,7 passes décisives) et une découverte extrêmement convaincante de l'étage supérieur sous les couleurs de Châlons-Reims (14 points à 45%, 2,7 rebonds et 5,6 passes décisives). Comme si tout voulait lui sourire.

Fort joueur offensif qui aime tenir le ballon, l'international islandais (61 sélections) excelle dans l'art du pick and roll. Après Mohamed Koné l'année dernière en Pro B, les intérieurs du CCRB se sont régalés de son sens de la passe tout au long de la saison. Mais le natif de Reykjavik est surtout un scoreur d'exception. Doté d'un vrai sens du panier et d'un tir redoutable, il a tourneboulé moult défenses de LNB avec sa vitesse, ses changements de rythme et son arsenal offensif complet.

Désormais, Martin Hermannsson est à la croisée des chemins. Alors qu'il n'a jamais caché son ambition de rejoindre à terme un grand club espagnol - Valence si possible -, le protégé de Cédric Heitz a attiré l'attention d'équipes renommées à travers le continent cette saison, à commencer par Avellino qui, avant de recruter Alex Renfroe, souhaitait l'embaucher pour les playoffs. Même si le CCRB est décidé à mettre le paquet afin de le conserver en Champagne, il semble acquis qu'il ne sera plus à Châlons-Reims à la rentrée. Dans les petits papiers de plusieurs club de Jeep ÉLITE (Levallois, Strasbourg...), l'ancien Carolomacérien souhaite surtout franchir une étape supplémentaire, celle consistant à rejoindre une équipe européenne habituée à se mêler à la course aux trophées. En attendant, Martin Hermannsson a une dernière représentation mardi à domicile contre Pau-Lacq-Orthez. Et après, il sera l'heure du décollage... Où il n'est pas exclu que son plan de vol, tel celui d'un Bobby Dixon qui a démarré sa carrière professionnelle en Pro B avec Saint-Étienne avant de s'épanouir au Fenerbahçe Istanbul, ne l'emmène vers les hautes cimes du basket européen d'ici quelques années...

Martin,  c'est un peu paradoxal. Votre équipe fut la plus sous-médiatisée de la saison en Jeep ÉLITE mais pourtant, votre nom revient dans toutes les conversations actuellement...

Oui, c'est bizarre. Nous n'avons disputé qu'un seul match télévisé cette saison. Notre équipe n'a pas fait parler d'elle. Peut-être que l'on aurait dû recevoir plus d'attention, en particulièrement après avoir battu Strasbourg et être passé tout près d'en faire de même avec Le Mans. Je n'ai pas l'impression qu'on ait reçu le respect que l'on méritait. Après, en ce qui me concerne, j'ai toujours été sollicité par les médias, surtout islandais. Je m'y habitue peu à peu.

Pourquoi pensez-vous que Châlons-Reims n'a pas reçu d'attention médiatique cette saison ?

(Il soupire) C'est une bonne question... Nous n'avons pas une grande histoire dans ce championnat. Aussi, le club n'a ni le plus gros budget, ni la plus grosse salle, ni les meilleurs supporters de Jeep ÉLITE. Donc peut-être qu'il n'y a pas grand chose à dire à propos de ce club. Je ne sais pas, c'est dur à dire. Peut-être que les Français n'aiment pas Châlons-Reims (il rit). Non, en vrai, je ne sais pas vraiment quoi répondre.

N'est-ce pas trop dur de rester pleinement concentré sur vos deux derniers matchs (entretien réalisé vendredi, à la veille du déplacement à Bourg-en-Bresse, ndlr), alors même que le CCRB est sauvé de la relégation et que vous avez fait l'objet de sollicitations externes pour les playoffs ?

Je suis toujours jeune, j'apprends encore beaucoup. Ce n'est que ma deuxième saison professionelle, je ne connais pas tous les aspects du monde du basket pro. Lorsqu'il y a toutes ces rumeurs, lorsque tout le monde vient vous poser des questions, bien sûr qu'il est difficile de rester concentré uniquement sur le basket. Cela dit, je m'améliore dans ce domaine. Honnêtement, c'est rentré dans ma tête au début mais je suis en train de me vider l'esprit. Après, ce n'est pas quelque chose qui me tue ou qui m'empêche de dormir. Je vais bien.

"Je ne remercierais jamais assez Cédric Heitz"

Dans l'ensemble, la saison est plutôt réussie non ? La pérennité de Châlons-Reims en première division est assurée et vous avez montré que vous faites partie des meilleurs meneurs du championnat...

D'un point de vue individuel, je pense avoir fait le boulot, j'ai répondu à mes attentes. Collectivement, nous sommes un peu déçus car nous voulions vraiment faire les playoffs. Bien sûr que je suis heureux que Châlons-Reims puisse rester en Jeep ÉLITE mais le Top 8 était notre objectif. Je crois beaucoup en Cédric Heitz, j'ai la conviction qu'il peut amener le CCRB à un plus haut niveau dès la saison prochaine. Ce championnat est extrêmement difficile. Il est incroyable aussi : tout le monde peut battre tout le monde, c'est unique au monde. Si nous avions battu Nanterre ou Le Mans, ces deux matchs perdus au buzzer, cette fin de saison aurait peut-être été une différente histoire. On aurait eu plus de victoires, un meilleur classement et plus de confiance pour aborder le sprint final... Dans ce championnat, la frontière entre la victoire et la défaite est vraiment infime. L'essentiel est assuré mais nous avions à cœur d'aller en playoffs. Je suis déçu.

Vous pensez qu'il vous a manqué quelques fins de matchs mieux gérés pour pouvoir prétendre au Top 8 ?

Les défaites au buzzer nous ont vraiment fait mal en effet, la différence est énorme au final. Nous avons également connu quelques changements d'effectif, des gars qui étaient censés être les leaders offensifs de l'équipe (Paul Carter et surtout Ben Bentil, ndlr) mais qui n'ont pas répondu aux attentes du coach. Il a fallu intégrer de nouveaux joueurs. Nous n'avons jamais vraiment pu trouver le rythme que nous voulions et enchaîner les victoires. Parfois, c'est comme ça...

Individuellement, le changement entre la Pro B et la Jeep ÉLITE n'a pas semblé vous perturber outre-mesure. Est-ce que cela a quand même été un peu difficile de s'adapter ou pas du tout ?

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en arrivant en Pro A. Vous savez, en Pro B, les joueurs disent tous que l'on peut facilement jouer en Pro A, que c'est exactement la même chose, etc. Alors je suis arrivé avec beaucoup de confiance, encore plus après avoir affronté certains des meilleurs joueurs du monde à l'EuroBasket. J'avais le sentiment que si je pouvais rivaliser là-bas, je pouvais jouer n'importe où. Je voulais montrer à tout le monde que je pouvais bien m'en tirer en Pro A, je pense avoir réussi.


Pour sa première saison en Jeep ÉLITE, Hermannsson a démontré de remarquables qualités offensives
(photo : David Billy)

Avez-vous vu des différences notables entre les deux championnats ?

Il y a bien sûr plus de bons joueurs en Jeep ÉLITE, plus d'Américains. C'est plus physique, plus athlétique. En Pro B, tu peux peut-être te concentrer principalement sur un ou deux joueurs mais ici, il y a tellement de gars qui peuvent scorer ou être performants. Il faut stopper plus de joueurs.

C'était plus confortable de découvrir l'élite avec Cédric Heitz, votre entraîneur de la saison dernière à Charleville-Mézières ?

Il est la raison de ma signature ici, sa présence m'amenait un peu plus de certitudes. À cause de l'EuroBasket, j'ai raté une grande partie de la présaison donc c'était plus confortable de le rejoindre. Je le connais lui, ses systèmes, sa philosophie de jeu. Et j'étais excité à l'idée de refaire la même chose à l'étage supérieur, à savoir beaucoup tenir la balle et jouer un maximum de pick and rolls. C'était la situation parfaite pour moi. Châlons-Reims était une bonne étape dans ma carrière, plutôt que d'essayer de viser plus haut et d'être possiblement scotché au banc après un ou deux mauvais matchs. Je voulais vraiment prouver ma valeur dans un championnat de premier plan.

"J'ai le sentiment que ma période d'apprentissage est terminée"

Était-il le même durant ces deux saisons ?

Je pense qu'il était un peu plus relax en Pro B. C'est normal, il connaissait tout dans ce championnat. J'avais le sentiment qu'il était un peu plus tendu cette saison, que tout devait être parfait. Je le conçois parfaitement car il arrivait dans un nouvel environnement où les gens attendaient beaucoup de lui. Il a encore fait du bon boulot cette année.

Il y a deux ans, peu de personnes connaissaient votre nom. C'est lui qui a eu le culot de recruter un meneur rookie venu d'Islande...

Oui (il sourit). Un rookie islandais, peu d'entraîneurs auraient misé dessus. Même si cela grandit, nous ne sommes pas un grand pays de basket. J'espère que suite à mes performances, le basket français sera plus enclin à faire confiance à des joueurs islandais. Je serais toujours reconnaissant à Cédric de m'avoir donné cette opportunité. Il a vu quelque chose en moi, il a eu le cran de me signer, je ne le remercierais jamais assez.

 Dans quels domaines avez-vous progressé cette saison ?

Déjà, j'ai perdu moins de ballons que la saison dernière en Pro B (2,8 contre 4, ndlr). C'était mon objectif premier. Même si je suis encore jeune, je voulais m'imposer un peu plus comme un leader. Je pense avoir grandi dans ce secteur. Après, j'ai toujours pu marquer ou distribuer le ballon. Défensivement, il a fallu essayer de contenir tous ces meneurs ultra-rapides, je pense m'être débrouillé correctement.


Un vrai défaut corrigé par rapport à sa saison rookie à Charleville : Hermannsson est beaucoup moins dispendieux
(photo : David Henrot)

Le principal chantier pour vous reste défensif néanmoins ?

Bien sûr. Je pense avoir tout en magasin en attaque. Il faut que je me tourne davantage vers la défense. Je suis convaincu de pouvoir être un très bon défenseur mais j'imagine qu'il faut que je le montre plus que cela...

Avez-vous été impressionné par quelques joueurs en particulier cette saison ?

(il réfléchit) Plus que des joueurs individuellement, j'aime vraiment bien l'équipe de Monaco. Ils ont un bon groupe. Robinson est très performant offensivement, Craft est un super défenseur, probablement l'un des meilleurs que je n'ai jamais affronté. Le Mans a une belle équipe aussi. Je ne peux pas ressortir le nom d'un joueur que j'aurais trouvé particulièrement brillant dans ce championnat mais il y en a beaucoup qui peuvent prétendre à un bel avenir.

Avez-vous un plan de carrière bien défini ? Pour l'instant, cela ressemble à une affaire rondement menée : champion d'Islande et MVP du championnat à même pas 20 ans, deux saisons universitaires à Brooklyn, une progression linéaire entre Charleville-Mézières et Châlons-Reims... Où-est ce que cela est censé vous mener ?

Je procède étape par étape. Jusque-là, je ne cherchais pas à aller dans les plus grosses équipes ou les meilleurs championnats. Mais c'est clairement là où je veux être. Je veux disputer l'EuroLeague, me battre pour des titres. J'ai le sentiment que ma période d'apprentissage est terminée. Maintenant, je veux franchir une étape plus importante. J'aimerais rejoindre un meilleur championnat, ou un plus gros club. Je voudrais avoir plus de pression, que l'on me dise qu'il faut absolument faire les playoffs ou remporter un trophée. Dès la saison prochaine, je veux aller plus haut.

"Je veux jouer le Final Four de l'EuroLeague"

Et dans cinq ans, lorsque vous serez vraisemblablement au meilleur de votre carrière, où vous voyez-vous ?

Je veux jouer le Final Four de l'EuroLeague. Après, bien sûr, pour n'importe quel basketteur, le rêve est toujours la NBA. Je ne cracherais pas sur un workout ou sur une place en Summer League. Mais oui, je pense à l'EuroLeague, à décrocher des titres. Dans cinq ans, je veux être un joueur qui participe au Final Four.

Regardiez-vous la NBA ou l'EuroLeague lorsque vous étiez enfant ?

Pas l'EuroLeague, non. Je ne connaissais rien de l'EuroLeague plus jeune. Avant cette saison, les médias islandais ne diffusaient pas l'EuroLeague. C'est la première fois que cela passe à la télévision car le basket grandit dans notre pays. Tout ce que je voyais, enfant, était la NBA. Je regardais les matchs américains, je suivais mes joueurs préférés.

Lesquels ?

Mon joueur favori a toujours été Manu Ginobili. Et Tony Parker. J'essaye de m'identifier à des joueurs qui me sont un peu similaires, pas les plus physiques mais qui excellent dans le fait de trouver des ouvertures face à des mecs beaucoup plus athlétiques. Ce qu'a toujours fait Tony Parker.

Donc si vous recevez un coup de téléphone de Tony Parker afin de rejoindre l'ASVEL cet été ?

Je ferais n'importe quoi pour Tony Parker (il rit).


Plus facile de dire oui à l'offre d'une équipe dont le président s'appelle Tony Parker !
(photo : David Billy)

Parlons de l'Islande. Depuis quelques années, on a l'impression que votre pays s'installe progressivement sur la carte du basket européen...

Oui ! Maintenant, nous avons beaucoup de jeunes qui partent se former aux États-Unis et qui y jouent très bien. L'équipe U20 a fait du très bon boulot l'été dernier (huitième du championnat d'Europe, ndlr). Nous sommes vraiment en train d'acquérir le respect, j'espère que cela ne fera que continuer dans ce sens et que les gens commenceront à regarder un peu de basket islandais. Il y a beaucoup de talent et de joueurs qui pourraient aller loin.

Ce n'est certes pas du basket mais pensez-vous que le parcours de l'Islande lors de l'Euro 2016 de football a pu aider le sport islandais dans son ensemble ?

Il y a eu un boom médiatique à propos de l'Islande après l'Euro en effet. D'un coup, tout le monde s'est mis à parler de nous. Avant, les gens ne savaient pas ce qu'était l'Islande, ils ne savaient sûrement même pas que c'était un pays. Maintenant, où que j'aille, les gens font le clapping, le "Hú". Les footballeurs ont placé l'Islande sur la carte. Je ne sais pas s'ils ont aidé le basket islandais mais au moins, les gens savent ce qu'est l'Islande maintenant.

C'est la première saison où vous devez disputer des matchs internationaux au beau milieu de l'année. Ce système de qualification n'est pas très populaire en France mais il y a des chances pour qu'il le soit un peu plus en Islande non ?

(il sourit) C'est parfait pour nous. Nous n'avons qu'un seul joueur en EuroLeague (Trygvi Hlinason, à Valence, ndlr) donc nous pouvons aligner notre meilleure équipe, au contraire de la plupart des autres nations. Pour l'instant, c'est parfait mais ce n'est peut-être qu'éphémère. À voir quand plus de joueurs rejoindront les gros championnats. Nous sommes un petit pays, nous n'avons pas une grosse réserve de joueurs, nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir beaucoup d'absents... Mais cette saison, j'ai vraiment aimé, j'ai pris beaucoup de plaisir lors de ces matchs.

"À six ans, je donnais les bouteilles d'eau sur le banc à Stefánsson"

Lors de l'EuroBasket l'été dernier, votre dernier match contre la Finlande a marqué toutes les personnes présentes à Helsinki. Vous auriez pu, peut-être dû, le gagner (défaite 79-83). Vous étiez tous très touchés après le buzzer final. Huit mois après, est-ce qu'il reste encore des regrets ?

Évidemment... C'est vraiment dur de participer à deux championnats d'Europe et de ne pas gagner un seul match. Contre la Finlande, nous avons eu notre chance mais parfois, c'est comme ça. Nous étions devants puis on a pris une faute technique : ils ont marqué les lancers-francs, un panier à trois points, ce qui fait un différentiel de six ou sept points. Bien sûr que ça fait mal. Mais la vie continue.

Votre prochain objectif est donc de gagner un match sur la grande scène ?

C'est sûr, oui ! Ce sera compliqué d'y retourner mais on l'a déjà fait deux fois, j'imagine que ce n'est plus de la chance maintenant. On va continuer à se qualifier et je gagnerai un match lors d'un EuroBasket avant de prendre ma retraite.

Qu'est ce que cela représente de jouer pour votre pays ?

Tout. C'est vraiment un sentiment différent de jouer pour son pays que pour son club. C'est la fierté qui prime, tu joues pour l'Islande, nous sommes douze gars qui représentent une nation entière. Il y a un peu plus d'énergie, un peu plus de trac aussi.


L'EuroBasket face à certains des meilleurs joueurs du monde, Hermannsson en apprentissage accéléré
(photo : FIBA)

Parmi vos coéquipiers de la sélection, Haukur Palsson joue aussi en France, à Rouen la saison dernière puis à Cholet en ce moment. Que pensez-vous de son parcours ici ?

C'est un très bon joueur. Quand il a quitté l'Islande, tout le monde pensait qu'il allait devenir le meilleur de l'histoire. Il a rejoint le meilleur lycée des États-Unis (Montverde Academy, ndlr), est passé par Maryland University, puis a signé un contrat de cinq ans en Espagne avec Manresa. Tout le monde s'attendait à ce qu'il fasse de grandes choses. Parfois, tout ne se déroule pas comme prévu mais je pense qu'il fait du très bon boulot en France. Il s'est parfaitement débrouillé en Pro B et en fait de même en Jeep ÉLITE. Je sais que Cédric Heitz l'aime beaucoup. Il voulait le recruter l'été dernier, il m'a demandé si ça me plairait de jouer à ses côtés. Malheureusement, cela n'a pas pu se faire. Mais nous sommes de très bons amis, on s'appelle quasiment toutes les semaines. On discute de nos matchs et on se fait nos propres scouting reports : si je m'apprête à affronter une équipe qu'il a déjà joué, il me donne ses impressions, et inversement.

Êtes-vous une personne célèbre en Islande dorénavant ? Est-ce que les gens vous reconnaissent dans la rue ou suivent ce que vous faites en France ?

Oui, surtout depuis deux ou trois ans. Après notre première qualification pour l'EuroBasket en 2015, j'ai commencé à recevoir plus d'attention. J'ai un petit frère de 19 ans (Arnor Hermannsson, tout juste sacré champion national avec le KR Reykjavik, ndlr) qui déteste sortir en Islande (il sourit). On se ressemble et tout le monde va le voir pour lui dire : "Martin, on peut prendre une photo ? Martin, je peux avoir un autographe ?" Il déteste ça mais c'est marrant. Je ne suis à la maison que durant l'été mais j'ai le sentiment que de plus en plus de gens me reconnaissent.

Devenir le meilleur joueur de l'histoire du basket islandais, est-ce quelque chose qui vous motive particulièrement ?

Bien sûr, bien sûr... Mon idole était Jón Arnór Stefánsson, le meilleur joueur de l'histoire en Islande. Il a joué l'EuroLeague (41 matchs avec Rome et Malaga, ndlr). Il est mon oncle et nous avons toujours eu une bonne relation. Quand il était à Valence en 2006/07, je suis allé le voir jouer. J'avais douze ans à l'époque et quand je l'ai vu, je me suis dit : "Ok, c'est ça que je veux faire plus tard, je veux jouer à Valence un jour." Il est évident que je veux devenir meilleur que lui. Après, ce n'est pas quelque chose qui obsède mes pensées chaque jour. Je veux simplement aller le plus loin possible et on verra où cela me mènera.

"Après le foot dans la neige, j'allais à l'entraînement de basket,
les mains et les pieds complètement gelés"

Pouvoir être son coéquipier en équipe nationale est quelque chose de particulier alors ?

Oui, surtout que j'étais le porteur d'eau de son équipe lorsqu'il jouait encore en Islande. Quand il a été champion avec le KR Reykjavik en 2000, j'étais assis sur le banc à six ans et je lui donnais les bouteilles. Il était encore jeune mais tout le monde parlait déjà de lui à l'époque, on savait qu'il allait partir faire carrière à l'étranger. Donc c'est vraiment marrant, après cela, d'avoir pu jouer à ses côtés pendant cinq ans en équipe nationale, que l'on s'appelle une à deux fois par semaine afin de discuter de mes derniers matchs ou de mon futur. Nous sommes de bons amis maintenant.

Et votre père, Hermann Hauksson, a joué aussi...

Exact, et il a même été joueur de l'année en Islande en 1997 ! Il est parti en Belgique pendant une saison mais c'était différent de son temps, peu d'Islandais pouvaient devenir professionnels à l'étranger, il fut l'un des pionniers. Nous sommes très proches avec mon père mais c'est drôle car tout ce qu'il a accompli dans sa carrière, je l'ai déjà fait aussi. Le seul truc qu'il a encore en plus sur moi, c'est le nombre de sélections. Mais j'en suis à 61 et il ne m'en manque plus que 4 ou 5 pour le dépasser. Alors peut-être que dès cet été, il n'aura plus rien sur moi (il rit).

61 sélections à 23 ans... Et vous affrontiez Pau Gasol et Dirk Nowitzki à 20 ans. Est-ce que vous vous rendez compte que c'est hors du commun ?

Pour moi, c'est normal, dans la suite logique des choses. Mais je pense que quand je vieillirai et que je regarderai en arrière, je réaliserai à quel point c'est particulier. Être devenu international à 18 ans, avoir pu aller si jeune à un EuroBasket, j'en suis fier.


Le duo Stefánsson - Hermannsson a mené l'Islande vers deux victoires d'affilée en février
(photo
: Bára Dröfn / www.karfan.is)

Sachant que vous avez grandi dans une telle famille basket, c'était un peu votre destin que de devenir professionnel à votre tour...

Pas que basket, ma mère était handballeuse ! Petit, j'ai tout essayé : j'ai fait du hand, du golf, du foot, du basket... J'allais même à des séances de gymnastique. J'étais l'un de ces enfants qui adorait le sport et qui voulait tout faire. Mais dans ma tête, j'étais parti pour devenir footballeur, ce n'est qu'à seize ans que j'ai vraiment opté pour le basket. Mais jusqu'à cet âge-là, je cumulais les deux sports. Je commençais par le foot, dehors, dans la neige, puis je rentrais pour l'entraînement de basket, complètement frigorifié, avec les mains et les pieds gelés. Je partais de la maison à 16h, je rentrais à 22h.

Pour finir, est-ce que la réception de l'Élan Béarnais mardi marquera votre dernière apparition en France ?

Je ne sais pas, je garde toutes les cartes en main. J'ai déjà certaines équipes françaises qui m'ont appelé. Il y a de l'intérêt, la possibilité de revenir en France n'est pas écartée. Je ne veux me fermer aucune porte. Après, comme je vous l'ai dit, j'ai toujours voulu aller en Espagne. On va voir s'il y a quelque chose d'intéressant qui se profile. Cela dit, j'aime la France, j'aime la culture ici. J'apprécie aussi le championnat donc on ne sait jamais.

Châlons-Reims, tout pour Hermannsson :
"La plus grosse proposition de l'histoire du CCRB"

L'avis de son entraîneur, Cédric Heitz : "Martin franchit les étapes les unes après les autres. J'ai toujours à l'esprit ce commentaire d'un agent, bien connu dans le milieu et très compétent, qui m'avait dit la saison dernière, après notre premier match amical à Denain, qu'il fallait que mon petit meneur se calme car ça ne passera pas en Pro B. Moi, je savais déjà où il irait (en octobre 2016, Cédric Heitz disait que l'avenir d'Hermannsson était "au-delà de la Pro A", ndlr) et je suis très heureux pour lui. C'est loin d'être facile car il n'a que 23 ans et il mène une équipe de Pro A. Il le fait de belle manière. Je sais qu'il va continuer à progresser étape par étape et je ne serais pas surpris de voir quel genre d'équipe viendra faire appel à ses services.

De notre côté, nous allons lui faire une offre. On va lui donner le double de ce qu'il avait cette saison. On va faire le maximum pour ce joueur, la plus grosse proposition de l'histoire du CCRB. Ce n'est pas du tout notre philosophie car on veut justement faire l'inverse l'année prochaine mais pour lui, on fera cet effort, on adaptera l'ensemble des salaires des autres joueurs en fonction de son accord ou non. Sinon, on restera sur ce que l'on a dit : on ne fera plus le grand écart que l'on a pu faire cette année, avec notamment un joueur qui était bien mieux payé que les autres. Mais pour Martin, on fera cet effort."


Cédric Heitz - Martin Hermannsson, un duo qui marche ! Et que l'entraîneur alsacien aimerait reconduire
(photo : David Billy)

 À Bourg-en-Bresse,

14 mai 2018 à 09:20
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Résultats
Classement
34ème journée
15 mai
Monaco
83
-
77
Bourg-en-Bresse
Boulazac
96
-
86
Chalon-sur-Saône
Châlons-Reims
102
-
94
Pau-Lacq-Orthez
Cholet
81
-
80
Le Mans
Gravelines-Dunkerque
79
-
63
Hyères-Toulon
Le Portel
77
-
74
Lyon-Villeurbanne
Limoges
82
-
80
Nanterre
Levallois Metropolitans
78
-
86
Antibes
Strasbourg
93
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