JEEP ÉLITE

LEURS DÉBUTS EN MARTINIQUE, LEUR UNION FRATERNELLE : MATHIAS ET GRÉGORY LESSORT SE RACONTENT

Lessort Mathias et Grégory
Crédit photo : Tanguy Bazanté

Les frères Lessort, Grégory et Mathias, se sont retrouvés à la Meilleraie à l'occasion de la venue de Monaco à Cholet, ce samedi 20 mars 2021. Entretien croisé.

Réunis pour la première fois depuis longtemps à la Meilleraie, les frères Mathias et Grégory Lessort originaires du Morne-Vert en Martinique ont ouvert leur boîte à souvenirs. "Il n’y avait aucune chance qu'on devienne basketteur professionnel car on vient d'un village où il y a 1 000 habitants en comptant les chats", explique l'intérieur sablais.  

On imagine que c’est un plaisir pour vous de se retrouver, ici, à la Meilleraie ?

Mathias Lessort : Non. Je n’avais pas envie qu’il vienne, je ne sais pas pourquoi il est venu (rire).

Grégory Lessort : C’est la première fois que je viens dans cette salle-là donc c’était l’occasion de voir le petit évoluer.

M.L. : Plus sérieusement, ça m’a fait plaisir de le voir dans les tribunes, ça fait longtemps que nous n’avons pas eu de fans et encore plus longtemps que je n’avais pas eu de membre de ma famille dans les tribunes. Quand il m’a dit qu’il avait la possibilité de venir, j’étais vraiment content.

Mathias, Grégory est-il votre fan numéro 1?

M.L. : C’est vice versa, je pense.

G.L. : Je ne dirai pas que je suis son fan numéro 1 mais je suis attentif à son évolution car je lui ai mis le pied à l’étrier. Et donc de voir comment il évolue est une grande fierté. Ses débuts au basket ont été compliqués : c’était un foufou, il courrait dans tous les sens, il shootait dans le ballon. Mais petit à petit, il a compris qu’il fallait qu’il s’y mette sérieusement.

Grégory, qu'avez-vous pensé du match de Mathias à Cholet (12 points à 4/7 aux tirs, 9 rebonds et 3 passes décisives pour 20 d'évaluation) ?

G.L. : Au-delà des points et des rebonds, j’aime avant tout sa science du jeu. C’est encore un jeune intérieur qui comprend déjà bien mieux le jeu que certains à son âge. En EuroCup, il faut qu’ils aillent au bout et pareil en Jeep ÉLITE, c’est pour cela qu’il a rejoint un prétendant au titre. Je lui souhaite d’aller au bout sur les deux tableaux. 

M.L. : En EuroCup, on veut prendre les matches les uns après les autres. On a un gros match mardi face au Buducnost Podgorica, on a acquis l’avantage du terrain au tour précédent. On est favoris, c’est donc à nous d’assumer ce rôle-là et de jouer simplement au basket. Il faudra prendre le match par le bon bout. On a l’opportunité de faire quelque chose de bien.

les-debuts-en-martinique--leur-union-fraternelle---mathias-et-gregory-lessort-se-racontent1616498894.jpegÀ 36 ans, Grégory Lessort fait toujours les beaux jours des Sables Vendée Basket, en Nationale 1                    (photo : Simon Godet)

Mathias, suivez-vous la saison de votre frère aux Sables Vendée Basket en NM1?

M.L. : Dès que je peux regarder les matches sur Facebook, je le fais. Avec Les Sables, Greg a eu des moments difficiles avec des hauts et des bas mais en ce moment, ils jouent beaucoup mieux et ils gagnent des matches (6 victoires en 19 rencontres). La NM1 est un niveau qu'il connaît bien car il y a déjà joué. Il est arrivé en Nationale 2 aux Sables et ils sont montés l’an dernier donc ils le méritent. C’est probablement le joueur le plus expérimenté de l’équipe car il a aussi joué en Nationale 1. Il a un statut à assumer, c’est le capitaine de l’équipe et le leader.

D’ailleurs, de quelle nature est votre relation fraternelle ? 

G.L. : C’est compliqué à expliquer. On est lié, on se parle de tout. Si on doit se juger dans le basket, on se juge mais on ne va pas se caresser dans le sens du poil. S’il n’a pas été bon, je vais lui dire. Pareil de son côté, s’il doit me dire des choses que je ne vois pas moi et que lui voit avec le recul, il va me le dire. Ça me permet aussi de travailler les différents axes.

"Avant de signer à Monaco, j’ai passé une heure au téléphone avec Greg pour savoir ce qu’il en pensait"

Et quelle place a votre autre frère, Garry Lessort ?

M.L. : J’ai grandi plus longtemps avec lui car Greg est parti en métropole pour le basket. On est tous les trois pareils, on a le même amour l’un pour l’autre. On est un groupe de trois et toutes mes décisions basket... 

G.L. : Sauf un jour ! 

M.L. : À la Draft, mon agent m’appelle pour me dire que deux équipes veulent me prendre et j’ai refusé sans leur demander leurs avis. À vrai dire, c’était une erreur. C’était un moment avec beaucoup de tensions et d’émotions, il y a beaucoup de choses qui se passaient en même temps. C’est la première fois que je prenais une décision sans consulter mes frères. Mis à part ça, quand j’ai des touches pour des clubs je l’appelle. Avant de signer à Monaco, j’ai passé une heure au téléphone avec Greg pour savoir ce qu’il en pensait. Avec mes frères, on est vraiment proches. Ils sont les premiers à être au courant de ce qu’il se passe dans ma vie.

G.L : C’est l’avantage aussi d’avoir un grand frère qui n’est pas du milieu aussi, même si c’est un basketteur. Il a un avis différent du nôtre donc c’est vachement intéressant à écouter. Garry est coach sportif en Martinique, il a accessoirement été Mister Martinique (2017). Ça lui tient à cœur.

M.L : C’est un influenceur (rires).

G.L. : Le fait que Mathias soit à très haut niveau, ça lui permet de mieux se vendre. Ça va dans les deux sens car quand Mathias fait une bonne saison c’est aussi parce qu’il rentre en Martinique l’été pour bosser avec Garry.   

Mathias, vous passerez donc un coup de fil à Grégory avant de signer dans un club d’EuroLeague ?

M.L. : (Rires). J’espère que ma saison avec Monaco va m’ouvrir des portes.

G.L. : Il n’en aura pas besoin car il va gagner l’EuroCup avec Monaco. 

M.L. : Blague à part, peu importe la décision que je vais prendre, il aura son mot à dire. Je vais l’écouter, c’est mon grand frère. Tout ce que je vis, il l’a déjà vécu. Ça fait dix ans qu’il est professionnel, il a de l’expérience.

G.L. : Il nous demande notre avis mais c’est lui qui prend les décisions. On ne décide pas à sa place car cela n’aurait pas de sens. On prend le temps de se poser. Il a encore la tête sur les épaules, il n’est pas déconnecté comme certains pourraient l’être parce qu’il a toujours besoin des avis de ses proches.

Passez-vous tous vos étés en Martinique ?

M.L. : Oui, j’y passe tous mes étés avec mon autre frère. 

G.L. : Mais t'es quand même souvent saisonnier avec l’équipe de France !

M.L. : Oui, en 2019, j’ai eu la chance d’être sélectionné en équipe de France (pour le Mondial, médaille de bronze en Chine). Mais en 2020, les Jeux olympiques ont été reportés. Je suis donc rentré en Martinique pour m’entraîner avec mon autre frère. Grégory ne peut pas rentrer souvent mais quand il va revenir, ça va être spécial. 

G.L. : Ça fait huit ans que je ne suis pas retourné en Martinique. Je m’occupe de ma famille pendant les grandes vacances car mes quatre enfants sont ma priorité. Mais bien sûr que j’y retournerai et mes enfants commencent à le réclamer. 

Que pouvez-vous vous souhaiter mutuellement pour votre fin de saison ?

G.L : Je lui souhaite de continuer à jouer pour gagner des titres car il n’y a que ça de vrai. Ça crée de beaux souvenirs et c’est ce qu’il fait que tu inscris ton nom dans le palmarès du club. Il faut qu’il continue de s’amuser comme il le fait sur un terrain de basket. Il a la patate, il a la banane. Il sait le privilège qu’il a d’être ici car de là où on vient, il n’y avait aucune chance qu’on y soit. Il faut donc qu’il profite de chacun instant, de chaque seconde.

les-debuts-en-martinique--leur-union-fraternelle---mathias-et-gregory-lessort-se-racontent1616499056.jpegArrivé cet été en Principauté, Mathias Lessort pourrait disputer l'EuroLeague l'année prochaine.                      (photo : Sébastien Grasset)

M.L : Compte tenu des décisions prises par la FFBB, ils sont sûrs de se maintenir. Je lui souhaite de gagner le plus de matches possible avec Les Sables, de finir la saison de la meilleure des manières et de profiter. Il lui reste encore quelques années… Ça fait un petit moment qu’il est là et c’est pour cela aussi que je profite car je vois que sa carrière est vite passée. Je me souviens encore des premiers étés en Martinique où il rentrait sans tresse et sans barbe et maintenant, ça fait belle lurette donc je sais que ça va passer vite pour moi. Il faut qu’il croque à fond. Il a un de ses petits qui suit ses traces donc j’espère qu’il va lui montrer le bon exemple et que l’avenir sera radieux.

"À Morne-Vert d'où on vient, il y a 1000 habitants en comptant les chats"

Grégory, pourquoi n’aviez-vous aucune chance de devenir basketteur professionnel ?

G.L. : C’est long à expliquer. On vient d’un village où il n’y avait pas de club de basket structuré.

M.L. : (Il coupe). On vient du Morne-Vert et il y a des gens en Martinique qui ne savent même pas où c’est.

G.L. : Oui, c’est ça. Il y a 1 000 habitants en comptant les chats. C’est un village en Martinique où la route nationale fait le tour de l’île. Si tu veux aller au Morne-Vert, c’est parce que tu voulais y aller car tu ne tombes pas dessus par hasard. Il y a beaucoup de personnes qui n’ont rien à faire là-bas donc qui n’y vont pas. C’est notre paradis caché.

M.L. : On a eu des parcours différents. Personnellement, j’ai eu la chance d’aller au Pôle Espoirs de Martinique alors que mon frère n’y est pas allé. Quand j’étais jeune, j’étais un peu turbulent (rires de Grégory) donc je me suis fait renvoyer du Pôle au bout de ma première année. J’ai aussi fait trois collèges différents. Greg est allé chercher tout ce qu’il a, il n’est pas passé par le Pôle, il est arrivé directement en Espoirs à Antibes. C’est vraiment atypique.

G.L. : Ce ne sont pas un parcours tout lisse. Je suis arrivé le 24 septembre et à Noël, le coach me dit que je ne pars en vacances car il faut que j’aille m’entraîner avec les pros. Quelques mois après avoir quitté la Martinique, je m’entraîne avec David Rivers (MVP étranger de Pro A en 1994-1995). C’était fou.

Question bonus : avez-vous une question que vous avez toujours rêvé de poser à votre frère ? 

M.L.. : Est-ce qu’il pense qu’il peut me battre en un contre un ? (rires) 

G.B. : Il joue sur le fait que l’on se croise moins et qu’avec le poids des années, il prendra à un moment où un autre, l’avantage sur moi. (Il s’adresse à son frère qui manifeste son désaccord). Plus les années passent, plus tu as de chance de me battre.  

les-debuts-en-martinique--leur-union-fraternelle---mathias-et-gregory-lessort-se-racontent1616499139.jpeg             Fort de caractère, l'international français de 25 ans a une joie de vivre communicative                       (photo : Sébastien Grasset)

M.L. : Réponds “oui” ou “non”, tout simplement. Sans parler du poids des années.

G.B. : Bien sûr, je te bats. Il n’y a pas un move que tu fais que je ne t’ai pas appris. Enfin si, tu en as appris un peu mais je t’en ai appris beaucoup !

M.L. : C’est noté (il checke son frère). Il va venir à Monaco, je vais venir aux Sables et on va régler ça.

G.B. : À mon tour, de te poser une question : "penses-tu que tu peux me battre" ?

M.L. : Non, je ne pense pas. Tu me bats. Je te laisse gagner… Il faut respecter les grands.

Recueilli à la Meilleraie (Cholet),

23 mars 2021 à 12:45
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