JEEP ÉLITE

MAM' JAITEH FACE AU TOURNANT DE SA CARRIÈRE

Mouhammadou Jaiteh Limoges CSP 201819 Sébastien Grasset 2
Crédit photo : Sébastien Grasset

Depuis sa formidable saison 2012/13 à Boulogne-sur-Mer en Pro B, Mouhammadou Jaiteh est très attendu. Mais le jeune intérieur n'a jamais réellement confirmé. Peut-il encore le faire ?

A 18 ans, il marchait sur la Pro B. Jonathan Rousselle se souvient. En 2012/13, le meneur nordiste portait le maillot de Boulogne-sur-Mer, club alors pensionnaire de Pro B. Dans son équipe se trouvait le jeune Mouhammadou Jaiteh, qui attirait toute l'attention. Quatre ans seulement après avoir commencé le basketball, ce dernier explosait tout pour son arrivée dans le circuit professionnel. 16,2 points à 64,7% de réussite aux tirs, 9,9 rebonds, 0,9 contre et 4 fautes provoquées pour 21,7 d'évaluation en 28 minutes en Pro B, une ligue peu évidente pour les jeunes intérieurs, surtout ceux d'assez grande taille comme lui (2,08 m). De quoi finir MVP français de la division et filer chez le champion de France en titre, Nanterre.

Cette saison 2012/13 a été celle de la révélation pour Mam' Jaiteh. Celui qui a découvert la balle orange grâce à un surveillant de son collège - Harold Daclinat, qui l'a lancé à 13 ans dans son club de Malakoff -  avait réalisé une dernière saison au Centre Fédéral intéressante. Mais pas au point qu'on l'imagine réaliser de telles performances de suite, ni être un prospect de premier plan.


Mam' Jaiteh lors de son tout premier match professionnel à Bourg en septembre 2012
(photo : Vincent Janiaud)

Cinq ans après cette saison exceptionnelle dans tous les sens du terme, Mam' Jaiteh vit une période compliquée dans sa carrière, déjà riche (une Coupe de France, une EuroChallenge, une campagne EuroLeague, 4 participations en playoffs de Pro A / Jeep ELITE). Pour sa 2e saison à Limoges, le Francilien n'entre plus en jeu et tout simplement plus dans les plans du Limoges CSP, qu'il devrait quitter à terme.

Pas de Draft mais un EuroBasket à 20 ans

Après sa formidable année au SOMB, Mouhammadou Jaiteh est donc rentré chez lui, dans les Hauts-de-Seine, rejoignant Nanterre, alors champion en titre. Là-bas, dès la présaison, une séquence vidéo captée par Intérieur Sport a fait le tour de la toile : l'entraîneur Pascal Donnadieu le tançait dans les vestiaires après un un match amical à Mulhouse où, peu utilisé en raison de ses performances, il semblait faire la tête. Un avertissement pour le jeune joueur : non, ça n'allait être toujours aussi facile qu'à Boulogne pour lui. Malgré une progression continue à Nanterre, Jaiteh n'y a pas réellement explosé comme espéré. Le véritable coup d'arrêt a lieu en juin 2015 : malgré de vraies performances au niveau professionnel - au contraire d'autres prospects régulièrement choisis par une franchise NBA -, Jaiteh n'a pas été retenu à la Draft. Pas même en fin de 2e tour. Les scouts NBA, certes intrigués par ses performances à ses débuts, n'ont pas longtemps cru en son potentiel.

"Ca n’a pas été évident, reconnaissait-t-il quelques mois plus tard dans une entrevue publiée sur le site Internet de la LNB. Très difficile même, sur le coup. Parce que c’était l’une des premières grosses claques de ma jeune carrière. [...] Ca fait mal sur le coup de ne pas être drafté, mais je suis sûr qu’au final, c’est quelque chose qui me rendra plus fort. C’est juste une porte qui claque devant vous, ça agace mais ça ne doit pas vous dissuader de la rouvrir derrière... Et puis, une fois la nouvelle digérée, j’ai de suite basculé vers un seul objectif : bosser comme un fou pour progresser énormément et être en mesure de prouver que ma non-draft était une erreur."

Cet échec a entraîné son premier changement d'agent. Mais si la NBA ne croyait plus en lui, la Fédération française de basketball ne l'a pas abandonné. A 20 ans, il fait partie du groupe qui prépare l'EuroBasket 2015 qui aura lieu en grande partie en France. Suite au forfait d'Alexis Ajinça, il finit même dans les 12 qui prennent part à la compétition. 


Mam' Jaiteh, 23 ans et 24 sélections avec les Bleus
(photo : Sébastien Grasset)

À 20 ans, cette aventure doit lui servir d'expérience pour la suite d'une carrière en Bleu que l'on pensait alors prometteuse. Si son rôle a été dérisoire à Montpellier pour les poules, inexistant à Lille sur les matchs couperets - au point que l'on se demande toujours ce qu'il se serait passé si les Bleus avaient eu un troisième pivot capable de s'opposer quelques minutes (et donner quelques fautes) à Pau Gasol en demi-finale -, Jaiteh a, grâce à cette sélection, pu rebondir après l'échec de la Draft. Malgré des hauts et des bas (un retour sur le banc notamment), il a réalisé en 2015/16 sa meilleure saison en Pro A, finissant l'exercice avec la 9e meilleure évaluation du championnat (16, en 26 minutes).

"Je suis plutôt un battant. Quelqu’un qui n’abandonne pas facilement. J’ai donc continué à m’accrocher, à me battre au quotidien. [...] Rester en situation d’échec et ne pas trouver de solution, c’est vraiment quelque chose qui ne me ressemble pas."

Est-il capable de se transcander sur un parquet ?

Ce côté battant, qu'il affirme haut et fort, est celui qui fait débat. Grand (2,08 m), large d'épaule, Jaiteh semble avoir des difficultésà se faire mal. Combien de fois a-t-on vu un petit arrière venir lui chiper dans les mains ? Combien de fois, dans un duel intérieur, a-t-il préféré finir par s'écarter plutôt que d'enfoncer son adversaire et marquer dans la raquette ? Pour lui, pas de doute, il est bel et bien "dur". Et il n'apprécie pas qu'on dise le contraire.

"Ça m'agace parce que je sais que ce n'est pas le cas, affirmait-il avant la Leaders Cup 2018, dans CSP Time. Je ne suis pas quelqu'un de soft. Je suis quelqu'un qui est dur, je le sais. C'est vrai qu'avec tout ce qui gravite autour et le fait de l'entendre, l'entendre, il y a ce doute qui se crée. Cumulé avec une saison difficile à Strasbourg, il y a forcément un doute."

Ce tempérament de battant, dont il parle régulièrement (voir plus haut), il l'a acquis sur les terrains de basket à ses débuts.

"Depuis que j'ai commencé le basket, j'ai changé en tant qu'homme, avoue l'aîné d'une fratrie de trois garçons, expliquait-il au Parisien en 2013. Pendant longtemps on se moquait de moi parce que j'étais grand, j'étais une longue tige. Je bégayais et je n'osais pas m'exprimer. J'ai joué au foot pour ne pas être différent des autres… Avec le basket, je suis devenu fier de ma taille, je l'assumais. Ce n'était plus un problème mais une chance. J'osais enfin faire des choses."

À son arrivée à Nanterre, Pascal Donnadieu avait remarqué ce défaut dans l'engagement, en partie du à un manque de tonicité. Quoi de plus normal pour un grand gabarit de 18 ans, se disait-on.

"Ce qui nous avait choqués quand il est arrivé, c’est qu’on trouvait qu’il manquait de tonicité, cette faculté à être dans l’agressivité, aller vite, décider vite, expliquait-il en 2014 sur le site Internet de la LNB. Il n’était pas très tonique, ne se servait pas trop de son gabarit. Il se faisait bousculer sur les rebonds et les situations de post-up, où il perdait facilement l’équilibre.


Ici avec l'équipe de Nanterre qui a remporté l'EuroChallenge 2015,  Jaiteh possède un vrai palmarès
(photo : Olivier Fusy)

Mais à presque 24 ans, après avoir pris du muscle, Mam' Jaiteh n'a toujours pas la dureté nécessaire actuellement pour s'imposer au très haut-niveau. Après ses années nanterriennes, le natif de Pantin a voulu découvrir un autre basket mais n'a pas trouvé d'offre suffisamment intéressante, bien qu'il était alors représenté par BeoBasket, plus grosse agence de joueurs européenne qui a placé nombre de jeunes joueurs français dans des championnats autrefois inaccessibles pour les Français (Westermann, Lauvergne et Dallo au Partizan, Luwawu-Cabarrot, Kaba et Mokoka à Mega Leks, Heurtel à l'Anadolu Efes Istanbul etc.). Il a finalement rejoint Strasbourg, où il a signé un gros contrat. Sous les ordres de Vincent Collet, qui fait souvent briller les intérieurs (d'Alain Koffi à Youssoupha Fall en passant par Alexis Ajinça ou Louis Labeyrie), il n'a pas eu l'impact espéré. Ses 11,5 d'évaluation en 21 minutes en saison régulière se sont transformées en un petit 7,5 d'évaluation en 15 minutes en playoffs. On se souvient qu'au match 5 des finales de playoffs de Pro A 2017, au Colisée, il n'a pas réussi à perturber Moustapha Fall alors que la SIG avait besoin de lui en l'absence d'Erik Murphy et qu'il fallait tout donner pour le dernier match de la saison.

Se frotter aux raquettes grecques, est-ce la bonne idée ?

Logiquement non conservé par Strasbourg, Mam' Jaiteh a rejoint un autre gros club du championnat de France : Limoges. Là-bas, il a retrouvé Olivier Bourgain, nommé directeur sportif, un poste qu'il occupait au SOMB lorsque Jaiteh était au SOMB. Lors de sa signature, surprise, alors que le club cherchait plutôt un poste 5 étranger, le joueur semblait déjà en perte de vitesse et on s'attendait à l'arrivée d'un intérieur plus tonique et scoreur. Un profil à la Samardo Samuels. Une surprise que l'on n'avait pas caché sur Twitter, à l'époque.

Une interrogation remettant ouvertement en cause les capacités à de Jaiteh à tenir le rôle de poste 5 titulaire qui n'a pas plu à l'intéressé. Après avoir "aimé" (ou "liké", au choix) ce tweet et le suivant, il s'est désabonné de nos comptes Twitter. Plus tard dans la saison, il a refusé notre demande d'interview (sans donner de justification cependant), alors qu'il revenait à Nanterre. Une petite anecdote classique dans le monde du sport mais qui interroge sur sa capacité à faire face aux critiques à son égard, alors que lui même affirmait toujours sur le site de la LNB qu'elles faisaient partie du sport de haut-niveau.

"Vous savez, je ne pense pas que les jugements soient durs ou quoi que ce soit. Quand on est un sportif professionnel, voir les autres juger, commenter vos performances ou avoir un avis sur vous, c’est le jeu. Mais si je me concentrais sur les critiques des uns ou des autres, je ne m’en sortirais pas. Donc j’essaie juste de rester focus, dans ma bulle. Le seul bémol que je vois, ce que je trouve dommage, c’est que dans notre culture française, à chaque fois qu’il y a un jeune en train de percer et qui se déclare ambitieux, au lieu de le pousser et de l’encourager, on aura plutôt tendance à lister ses défauts et le rabaisser… Et ça, c’est très français et… un peu dommage !"

Rapidement en 2017/18, Limoges s'est mis à la recherche d'un autre pivot pour épauler Jaiteh. Ce dernier a réalisé une saison identique à celle de la SIG (11,8 d'évaluation en 23 minutes en saison régulière, 9,2 d'évaluation en 20 minutes en playoffs) et finalement été resigné pour tenir un rôle identique aux côtés d'un poste 5 et d'un autre intérieur que l'on pensait alors 4/5 (à la Kevin Jones ou Demetrius Treadwell). Mais la présence d'un vrai pivot, plus impactant offensivement, Samardo Samuels, et d'un autre plus fort dans le combat et plus globalement défensivement, Jerry Boutsiele, a fini par le faire passer 3e pivot. Le manque de polyvalence des trois postes 5 de l'équipe et de savoir-faire du staff pour impliquer les trois joueurs en même temps l'a complètement écarté de la rotation. Depuis trois matchs, il ne joue plus et son départ est annoncé. Récemment, des contacts ont été noués en Italie (Brescia) et en Grèce (Patras), sans que cela n'aboutisse pour le moment. Le jeu grec est notamment réputé pour sa rugosité et ses supporters pour leur passion. Un contexte qui a été favorable par le passé pour le développement de joueurs français, comme Amara Sy avec l'AEK Athènes en 2007/08. Quel pourrait être l'impact sur Jaiteh s'il évoluait dans un tel championnat ? Arriverait-il à s'exprimer sur place, au point de passer ce cap qu'il semble ne plus pouvoir atteindre en France, ou au contraire aurait-il trop de mal à pouvoir y faire quelque chose ? L'avenir nous le dira, s'il emprunte cette voie.

Un joueur d'avenir, encore ?

Ne vous y trompez pas : Mam' Jaiteh a bien des qualités. Son gabarit déjà. Son touché de balle, aussi. Son tir à 3/4 mètres du cercle, surtout ligne de fond. C'est un garçon reconnu pour sa gentillesse, sa simplicité. Il n'est cependant pas le premier joueur à sembler avoir du mal à "se faire mal", dégageant ce qui apparaît comme de la nonchalance. On se souvient de Johan Petro, pour le coup encore plus grand (2,14 m), massif et bien plus athlétique. Ce dernier, hormis lors du 1/4 de finale de l'EuroBasket 2013, n'a jamais semblé forcé sa nature. Le voir jouer, au vu de son potentiel, a toujours été une véritable frustration. Même à Limoges, en 2014, alors qu'il avait également Beaublanc derrière lui et une bonne image suite au titre de champion d'Europe ramené de ce même EuroBasket. Jaiteh doit renforcer son bas du corps, être plus fléchi et tout simplement prendre conscience qu'il doit faire plus en matière de lutte. Car le basketball est un sport où le combat physique a une part indispensable dans le succès, collectif et individuel. Mais pour avancer sur ces points, encore faut-il en avoir conscience, l'accepter.


Un sourire que l'on voit depuis très longtemps sur les parquets mais Mam' Jaiteh est encore très jeune
(photo : Vincent Janiaud)

Les attentes placées très tôt - et trop hautes ? - en lui, par les médias comme les clubs - à l'image de cet échange musclé entre le Limoges CSP et Nanterre (lire : "Donnadieu répond à la polémique sur Jaiteh", du Parisien) - ne l'ont certainement pas aidé. N'oublions pas que s'il avait fait le choix d'aller en NCAA - il a visité plusieurs campus lorsqu'il était au Centre Fédéral - il ne serait qu'un tout jeune joueur professionnel. Celui qui est encore son coéquipier, London Perrantes, qui a son âge à un mois et demi près, vit sa première saison européenne et seulement sa deuxième professionnelle. À Jaiteh de faire table rase du passé et se concentrer sur ce qu'il contrôle vraiment, afin de remettre la marche avant.

06 novembre 2018 à 13:00
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QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
GABRIEL PANTEL-JOUVE
Tout ça pour mettre une balle dans un cercle.
Gabriel Pantel-jouve
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