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MAX KOUGUERE : LA VIE N’EST PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

Max Kouguères Antibes
Crédit photo : Sébastien Grasset

Il a connu de nombreuses épreuves. Des difficiles, des plus joyeuses aussi. À 30 ans, Max Kouguere est l’un des joueurs les plus expérimentés dans le basket français. Portrait de ce joueur aussi discret qu’indispensable dans une équipe.

« J’arrêterais quand les jeunes me mettront des dunks sur la tête. » Dans un grand sourire, Max Kouguere (1,98 m, 30 ans) explique avoir encore de la réserve. « Je pense à mon après-carrière, j’ai pas mal d’idées, mais tant que mon corps suit, je continue. Je prends beaucoup de plaisir aujourd’hui. » Sa ligne de statistique en 2016/17 avec Antibes en témoigne. L’international centrafricain a tourné à 7,9 points à 42% de réussite aux tirs (dont 39,4% à 3 points), 4,6 rebonds, 1,3 passe décisive et 1,1 balle perdue pour 9,5 d’évaluation en 28 minutes et 28 rencontres disputées. Tout simplement sa deuxième meilleure saison en carrière. Une carrière qui aurait pu ne jamais commencer à cause de la géopolitique africaine.

Le basket pour oublier

En 2001, il a quitté Bangui (République centrafricaine) pour se réfugier au Congo. Ses trois frères et lui appartiennent  aux « Yakoma », une ethnie alors pourchassée par le pouvoir en place. Cinq jours plus tard et après une descente en pirogue le long du fleuve Oubangui, ils rejoignent Brazzaville pour fuir la violence et les conflits. « Ce sont des souvenirs douloureux, j’essaye de ne pas vivre dans le passé, car c’est compliqué d’en parler. » Max connaît déjà son nouveau pays. « Ma sœur habitait là-bas. J’ai toujours joué au basket avec mes grands frères. C’est avec le basket que j’ai tenté d’oublier la situation. La première chose que j’ai demandé en arrivant, c’était une balle pour jouer au basket. » Un vœu exaucé qui lui permet de continuer l’entraînement commencé avec son frère Anicet sur les terrains extérieurs de Bangui. À Brazzaville, Max continue ses exercices jusqu’à ce que deux de ses amis filment ses performances et envoient les cassettes à des clubs français. « Je jouais tout le temps. Bien sûr, j’allais à l’école, mais dès que j’avais du temps libre, je prenais mon ballon et j’allais m’entrainer. » Deux ans plus tard, le BCM Gravelines-Dunkerque le contacte. Le début d’une nouvelle aventure.

Une arrivée dans le Nord remarquée

« Au début, quand je suis arrivé à Gravelines, pouvoir continuer mes études et jouer au basket était la chose la plus importante pour moi. » Baccalauréat scientifique en poche, celui qui a pour modèle Ray Allen vit une année de rêve. Il termine meilleur marqueur du championnat Espoirs en 2007/08 (19,2 points), il est élu dans le 5 majeur de la saison et remporte le concours de dunks face au grand favori, Guy Dupuy. « Ça a été une année de rêve. Après, le club m’a dit qu’il fallait que je fasse un choix entre les études et le sport. J’avais du potentiel, donc j’ai continué au BCM. Ma famille m’a toujours soutenu, ma mère habitait à Paris, donc parfois, j’allais la voir. » Cet amoureux de la balle orange a continué de travailler avec passion pour s’améliorer. « J’étais tout seul dans le Nord, mais je suis tombé dans une équipe avec des coachs et des coéquipiers supers. J’ai tout oublié grâce à eux. Parfois, Laurent Villa et Fred Sarre me prenaient en séance individuelle le dimanche matin, donc je les remercie. J’ai beaucoup progressé dans le Nord et les professionnels de l’époque, Steeve Essart, Paccelis Morlende ou Stephen Brun m’ont beaucoup aidé. » Alors directeur du centre de formation de Gravelines, Christophe Millois, a beaucoup accompagné le jeune homme dans sa découverte du monde professionnel. « C’est une sorte de deuxième père pour moi. »

La Suisse pour confirmer

En juillet 2008, il signe son premier contrat professionnel de trois ans avec le BCM. Mais il lance véritablement sa carrière en Pro B, à Antibes, en 2009/10. « Je ne jouais pas beaucoup au BCM. J’ai décidé de partir dans la division inférieure pour gagner en temps de jeu et en responsabilités. J’étais encore jeune, on m’a fait confiance et j’ai pris beaucoup de plaisir. Le plaisir, c’est ce qui est le plus important sur le terrain. » Avec 10,6 points et 9,6 d’évaluation cette année-là, le jeune ailier se fait remarquer du côté de la Suisse et des Lions de Genève. « C’est vrai que ce n’est pas le championnat le plus réputé, mais à l’époque, il me manquait une année pour obtenir le statut de JFL. J’avais une connaissance qui coachait là-bas et je suis parti en Suisse. En cours d’année, j’ai eu le statut de JFL et certains clubs de Pro B m’ont contacté, mais je me sentais bien, donc j’ai terminé la saison en Suisse. » Max confirme dans son nouveau club avec 14,2 points, 4,4 rebonds et 1,8 passe décisive par match.

Une ambition pas si intime

Les deux saisons suivantes sont très différentes. Au Mans, il tourne à 3,7 points et 3,5 d’évaluation en 13 minutes. L’année suivante, au Havre, ses moyennes passent à 11,5 points et 11,2 d’évaluation en 27 minutes. « Au Mans, il y avait beaucoup de joueurs référencés comme Charles Kahudi ou Alex Acker. J’étais le back-up de ces deux joueurs. Mais malgré la saison européenne et notre finale des playoffs, on a rompu le contrat de deux ans et j’ai signé au Havre pour gagner en maturité. Éric Bartecheky m’a fait confiance et j’ai tout donné pour l’équipe. » Ambitieux, Max part ensuite à la Bruixa d’Or Manresa où il compile 7,1 points et 4,1 rebonds. « Bien sûr que c’est encore le meilleur championnat d’Europe. Si j’ai une chance d’y retourner, j’irai sans me poser de questions. Des clubs comme Malaga, Barcelone ou le Real Madrid font rêver. Individuellement, les joueurs sont hors-norme. Ce sont presque tous des joueurs qui peuvent aller en NBA. Puis les budgets sont justes énormes là-bas. » Malgré sa saison correcte, il revient en France, à Orléans (4,1 points et 4,8 d’évluation en 14 minutes) après sa blessure au genou. « Ça a été une saison de transition, une saison un peu galère. Je ne jouais pas beaucoup, j’étais beaucoup sur le banc. Mais l’arrivée de Pierre Vincent m’a fait du bien. »

« Antibes peut viser les playoffs l’an prochain »

À Pau-Lacq-Orthez, lors de la saison 2015/16, il retrouve Éric Bartecheky. « Je n’ai pas hésité une seconde, j’ai de très bonnes relations avec lui. Et c’est sous ses ordres que j’avais fait ma meilleure saison en Pro A. » Il participe à l’année exceptionnelle du club béarnais  (6,4 points et 2,4 rebonds) avant de rejoindre le club où tout a commencé, Antibes. 14e de Pro A avec 12 victoires pour 22 défaites, les Sharks ont acquis un maintien confortable. Mais toujours avec calme et sérénité, Max voit plus loin. « Le club est dans un processus à long terme. Oui, on peut viser les playoffs l’année prochaine. On garde Tim Blue, et Jerrel Blassingame qui nous a fait beaucoup de bien en fin de saison. C’est un cocktail intéressant. » Et Max Kouguere voit loin, lui qui a prolongé son bail jusqu’en 2019 avec Antibes. « Je suis heureux avec ma famille et ma fille. Je suis comme à la maison. Bien sûr que cette année, ça a été dur de couper et de revenir entre deux piges. Ce n’était pas évident, il y a eu des hauts et des bas, mais je n’ai pas baissé les bras et à la fin, je commençais vraiment à trouver mon rythme. »  

Ne jamais oublier d’où on vient

Le club perd néanmoins Will Solomon, Chris Otule et Frédéric Bourdillon. Au plus grand regret de Max. « Fred ? Oui, c’est un mauvais perdant. À tous les concours ou les jeux, il n’aime pas du tout perdre », explique-t-il en rigolant. Son rôle de grand frère lui va à merveille dans un effectif qui va allier stabilité et jeunesse. « Ils me font confiance pour ça. Parfois, il y a des moments difficiles dans une saison. Tim est notre capitaine, mais il ne parle pas beaucoup. Donc j’essaye de faire le relai entre le coach, les joueurs américains et français. » 

Celui qui « a du mal à couper plus d’une semaine le basket sans que l’on pense qu’il va tomber malade » sera servi cette année avec l’AfroBasket 2017 (du 8 au 16 septembre en Tunisie et au Sénégal), son cinquième championnat d’Afrique. En tant que capitaine de sa sélection, il sera ambitieux mais réaliste car « on attend de voir le visage de notre équipe. Tout le monde n’a pas encore confirmé sa présence. » Il pourra peut-être faire coup double en recueillant des informations lors de cette compétition, lui qui veut « développer le basket africain et les joueurs après sa carrière. » Histoire de ne jamais oublier.

27 juillet 2017 à 16:17
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