JEEP ÉLITE

RECRUTEMENT, PROJET PALOIS, RIVALITÉ : GRAND ENTRETIEN AVEC DIDIER GADOU

Crédit photo : Guillaume Poumarede

Le directeur exécutif de Pau-Lacq-Orthez nous a ouvert la porte de son bureau pour une interview exclusive. Les regrets Bartecheky et Cooper, les espoirs Okobo et Cavalière, les ambitions de l'Élan : l'ancien joueur livre ses confidences sans langue de bois. Un entretien sauce béarnaise.

Deux matchs et deux victoires pour l'Elan Béarnais en ce début de saison. On sent que ce groupe vit bien et qu'il y a des sourires au Palais des Sports de Pau.

Quand les résultats sont bons, il y a des sourires. On a vécu une fin de saison dernière très complexe dans le sens où on avait construit un projet sur la durée avec des contrats sur plusieurs années pour le coach et des joueurs. Mais il a fallu tout reconstruire, car il y a des gens qui ont pris la décision de partir alors qu'ils étaient encore sous contrat. Donc on a dû aller chercher un coach comme Serge Crevecoeur, qui devait être en mesure de convaincre assez rapidement une équipe déjà en place (5 joueurs sous contrat). Je pense qu'aujourd'hui le constat est très bon. Il a réussi à convaincre son monde. Le travail qui est fait est bon donc il est logique d'avoir de bons résultats. Cela ne veut pas dire que nous sommes meilleurs que les autres, mais nous mettons tout en oeuvre pour réussir. Donc oui, il y a des sourires au Palais des Sports. 

En France, nous sommes assez conservateurs au niveau du coaching. Quand la candidature de Serge Crevecoeur est arrivée sur votre bureau, avez-vous hésité du fait qu'il ne soit pas un coach français  ? 

Je n'ai pas reçu la candidature de Serge Crevecoeur sur mon bureau. Après le départ d'Eric Bartecheky nous avons établi un profil de coach que l'on souhaitait. Donc c'est une démarche du club vers Serge et non l'inverse. Quand nous sommes rentrés en contact avec lui, Serge était encore le coach de Bruxelles. Il correspondait au profil que nous recherchions. Aujourd'hui je crois qu'il faut arrêter. Le basket est mondial. Si on raisonne avec un esprit français, béarnais, ce n'est pas la bonne méthode. L'entraîneur français doit aussi se donner les moyens de s'exporter. Je pense que c'est ça aussi ça le sujet, le problème. Dans le profil que j'ai dressé, le coach devait parler français. Ça tombe bien, Serge parle cinq langues. C'est quelqu'un qui connaît bien le basket français et l'Elan Béarnais. Il a surtout les capacités pour manager et faire progresser une équipe et notre projet. Nous en avions besoin. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve, on a souvent l'habitude de voir des gens qui se servent des clubs pour grandir et qui ont tendance à sauter du bateau à la première opportunité. J'espère que ce ne sera pas le cas avec Serge Crevecoeur. Il a prouvé par ses expériences passées qu'il était plutôt fidèle.

"J'ai refusé qu'Eric Barthecheky parte du club..."

Etes-vous tombé des nues quand Eric Barthecheky vous a annoncé qu'il souhaitait être libéré de sa dernière année de contrat ? 

Quant à la fin du championnat et avant le début de la série de playoffs face à Strasbourg, il vient vous voir pour vous dire qu'il souhaite partir de l'Elan, bien sûr que vous tombez des nues. 

Pourtant, il lui restait un an de contrat, l'Elan était dans son droit de refuser sa demande ? 

Mais c'est ce que je lui ai dit. Mais voilà, je pense qu'il était déterminé à quitter le club, donc il a fait le nécessaire pour partir... 

Quand vous dites que des gens se servent des clubs pour grandir, pensez-vous qu'il se soit servi de Pau? 

Bien sûr. Mais nous aussi nous nous sommes servis de ce qu'il savait faire de bien c'est à dire coacher. Quand nous nous sommes trouvés pour collaborer, nous avons su très bien le faire. On a travaillé, le club lui a donné les éléments nécessaires pour qu'il puisse évoluer dans un bon environnement, c'est ce qu'il a fait en permettant au club de disputer après 10 ans d'absence, deux années de suite les playoffs. Aujourd'hui j'ai beaucoup moins de regrets, nous avons la chance d'avoir chez nous un coach qui a de la valeur. Mais imaginez quand vous êtes dans un cursus où l'on travaille sur la durée, quand on négocie déjà à N+2, quand on dit amen aux désirs de l'entraîneur, alors on se demande pourquoi il part. Mais c'est terminé, on passe à autre chose. 

recrutement--projet-palois--rivalite---grand-entretien-avec-didier-gadou1506758299.jpegEric Bartecheky et D.J. Cooper s'en sont allés. Photo : Sébastien Grasset.

On a pu lire dans la presse que son départ était lié au le licenciement en cours de saison de J.K. Edwards.

L'affaire J.K. Edwards est indéfendable. Je n'ai pas de regret par rapport à notre décision. On ne peut pas trouver d'arguments à quelqu'un qui est contrôlé positif au cannabis dans une compétition ou dans un sport professionnel. Je répète : c'est indéfendable. 

C'était tout de même le capitaine de l'équipe et un joueur très important dans le vestiaire.

On a un devoir, une éthique. Comme vous le dîtes, il était le capitaine de l'Elan Béarnais, il avait des responsabilités auprès de l'équipe, mais aussi auprès des jeunes. C'était un exemple. Il a des enfants, c'est un père de famille, on ne peut pas faire ça et nous on ne peut pas cautionner un tel comportement. 

Justement, Elie Okobo et Léopold Cavalière sont deux jeunes joueurs formés au club et qui aujourd'hui ont des responsabilités.

A Pau nous avons toujours eu des jeunes talentueux. Il est vrai qu'aujourd'hui nous avons la chance d'avoir dans notre groupe professionnel, deux joueurs qui malgré deux profils différents sont des éléments importants de notre équipe. Léo est pour nous un joueur que nous aimerions garder le plus longtemps possible, auquel nous avons envie de nous identifier. Il peut nous amener grâce à son abattage et son sens des sacrifices de très bonnes performances. Elie, a du talent basket, il a un projet qui est de rejoindre la NBA à court terme. Avec la présence de Serge Crevecoeur et Laurent Villa qui l'a suivi lors de son été en équipe de France U20, je pense que nous mettons tous les éléments de notre côté pour qu'il réalise son objectif. On souhaite les amener le plus haut possible et aujourd'hui ils nous le rendent très bien. 

Elie Okobo et Léopold Cavalière : deux jeunes en or

Quand vous dites que l'on souhaite s'identifier à un joueur comme Léopold Cavalière, pensez-vous qu'il peut comme vous faire toute sa carrière à l'Elan et en être un jour le capitaine ? 

Bien sûr qu'il peut le devenir. Mais le monde a changé. Moi j'ai connu un seul transfert dans ma carrière, c'est d'Orthez à Pau, 42 km. Je veux dire par là qu'aujourd'hui il faut des volontés. Aujourd'hui ces volontés sont gérées par des hommes. Léo, il aura son mot à dire, il y a une réalité économique aussi. Il y a aussi son agent qui peut aussi interférer dans sa décision. C'est à nous de lui montrer que notre projet est ambitieux. Je pense que la venue de coach Crevecoeur va dans ce sens, on lui montre qu'il est important pour nous, et j'espère que notre histoire en commun sera la plus longue possible. 

Vous avez côtoyé dans votre carrière de joueur et d'entraineur des joueurs qui ont été draftés. Elie Okobo a-t-il pour vous les capacités physiques et mentales pour rejoindre la NBA lors de la draft 2018? 

Oui, je le pense sincèrement. Dans une position d'arrière ça sera plus être compliqué car les coachs américains sont encore plus sectaires que nous les Français. Mais il a cette chance d'être un joueur très mature, qui parle très bien anglais et qui peut jouer à la mène comme il l'a démontré lors de nos deux premières victoires. Mais en plus de ça il est quand même très fort au basket et je pense que c'est le plus important. On a beaucoup parlé l'an dernier de Frank Ntilikina qui a très bien été vendu par la SIG et par la presse, mais malgré sa blessure au pied, sa saison passée  (à Elie Okobo) est de très bonne facture.  Nous aussi on va tout faire pour qu'il puisse être dans de très bonnes conditions pour réaliser son rêve. Le coach, le staff l'a montré ces dernières semaines, on lui donne le temps de jeu pour qu'il puisse montrer tout son talent. Tout au long de la saison on le mettra en valeur. C'est à nous de l'amener là où il doit être. Après la décision se fera lors de la Lottery Pick.

recrutement--projet-palois--rivalite---grand-entretien-avec-didier-gadou1506758411.jpegElie Okobo et Léopold Cavalière, la jeunesse triomphante de l'Élan.
Photo : Guillaume Poumarede.

L'Elan a neuf titres de champion de France. Ce dixième titre tant attendu par le club et tous les supporters peut-il arriver prochainement ? 

L'ambition du club est de remporter ce dixième titre. On a voulu perpétuer le projet en conservant des joueurs sous contrat. On pensait avoir l'entraîneur et je pense que son remplaçant est lui aussi en mesure de nous mener vers cet objectif. Il y a le projet sportif mais aussi le projet économique. On le voit avec la sortie dans la presse des budgets et masses salariales de chaque équipe, nous sommes loin des clubs qui jouent le titre. Certains clubs ont 6-8 millions de budget. Nous à l'Elan Béarnais nous sommes à 5 millions. Je pense que pour jouer le titre, il faudrait que nous arrivions à avoir un budget de 6,5 millions. Parce on pourrait tout d'abord garder nos meilleurs joueurs et se battre pour aller en chercher d'autres. On montre que l'on sait faire, mais on montre que nous sommes chassés. Cet été on a dû par exemple sécuriser le contrat de Vitalis Chikoko qui a été visé par des clubs français. C'est compliqué, le projet économique est très important, ça reste le nerf de la guerre. 

L'Elan Béarnais a tout fait pour garder D.J. Cooper

Que pouvez-vous répondre aux gens qui disent "Comment D.J. Cooper a pu partir de Pau pour rejoindre Gravelines"? 

Comment Bartecheky peut partir au Mans alors qu'il lui restait encore un an de contrat ? C'est la réalité du sport professionnel. Je pense que Barcelone en fixant une clause de 222 millions d'euros pour Neymar ne pensait pas que le PSG pourrait la faire sauter. Aujourd'hui tout est possible. Sur le cas D.J. Cooper, on lui a fait une offre fin avril qui était sur un peu la déraison et sur l'amour. Une offre très importante pour nous, avec un très gros cachet. Ses agents nous ont dit qu'il aurait une proposition deux voire trois fois plus importante par une grosse écurie européenne avec une coupe d'Europe. Donc on savait qu'il était pratiquement impossible malgré la saison et l'amour qu'il a reçu des supporters de l'Elan de le conserver. Puis durant cet été on a appris qu'il signait à Gravelines, en France et sans coupe d'Europe. Avec un gros salaire mais avec une lettre de sortie à tout moment. Ce qui veut dire que demain, D.J. peut dire ''je souhaite partir". Gravelines a fait de gros efforts pour un joueur extraordinaire. La différence est qu'à l'heure où je vous parle, nous sommes à deux victoires et le BCM deux défaites. Mais aujourd'hui je regrette D.J. Il y a deux joueurs que je regrette : D.J. Cooper et Boris Diaw. 

Quand vous dîtes que vous regrettez Boris Diaw, cela veut dire que vous avez tenté de le recruter durant cet intersaison ? 

A titre personnel, j'ai beaucoup d'admiration pour Boris et ici à Pau tout le monde l'admire. Mais je ne suis pas le seul, c'est une personne extraordinaire et un très bon joueur donc il est normal qu'il soit contacté par d'autres clubs. Par éducation, nous n’avons peut-être pas pu l'exprimer. Il connaît du monde à Paris, il a des amis là-bas et des personnes qui souhaitaient tout comme nous l'accueillir. On voulait qu'il porte une dernière fois le maillot de l'Elan Béarnais.

Quand vous avez su qu'il souhaitait revenir en France, vous l'avez directement contacté ? 

On ne savait pas qu'il voulait venir en France. Boris est venu ici avec l'équipe de France. Un jour devant la porte de mon bureau je lui ai dit "Boris si tu souhaites continuer à jouer au basket et que tu n'as pas de club, tu es le bienvenu". La première réponse qu'il m'a répondu avec un joli sourire et je pense qu'il s'en souviendra était "Combien tu-as ?". J'étais gêné, car c'est vraiment une réponse que je ne souhaitais pas entendre, cette réponse me faisait peur (rires). Sans parler de financier Boris représente beaucoup pour nous. Et pour moi son salaire était tout simplement trop haut pour l'Elan. Il m'a dit de laisser passer le championnat d'Europe et qu'il verrait à la fin de la compétition. Sa réponse voulait dire que ce serait compliqué pour Pau de l'avoir car nous n’étions pas les seuls sur le dossier. Mais à la base ça partait d'une discussion amicale. Pour moi c'était une évidence qu'il repartirait en NBA mais aujourd'hui il est tout proche de disputer un match de Pro A sous les couleurs de Levallois sur le dos. C'est comme ça.

Le "regret" Boris Diaw

Un autre ancien joueur palois a signé à Levallois, Florent Pietrus.

Je parle de Boris Diaw... Florent Pietrus a 37 ans. A chaque fois que nous l'avons approché c'était du déraisonnable au niveau du salaire, c'était du n'importe quoi. Je répète, il y a une logique financière à respecter. On gère un club, nous ne sommes pas là pour faire n'importe quoi et faire plaisir au gens. Nous sommes là pour que les gens rendent service au club. Je pense que l'Elan a fait beaucoup pour Flo Pietrus, il a fait lui aussi énormément pour l'Elan. L'histoire fait qu'il est parti... Et quand je regarde le début de saison, l'Elan a deux victoires et Paris deux défaites. 

Quand on est un directeur exécutif d'un des plus grands clubs français et que les gens vous critiquent, est-ce que ça fait mal ? 

Oui ça fait mal. Hier des gens se plaignaient et je leur ai dit il faut arrêter de se plaindre et on m'a répondu oui mais tu as un cœur de pierre. Je leur ai répondu, oui peut être mais les critiques font mal à tout être humain. Quand je lis ou que j'entends par moments des choses fausses dans les médias par exemple c'est blessant. Et aujourd'hui je pense qu'il y a un paquet de conneries racontées. C'est pas parce je ne réponds pas que je cautionne. Je ne suis coupable de rien, j'essaie de faire mon métier, j'essaie de tout faire pour le club de l'Elan Béarnais avance. Je fais des choix, j'estime que certains sont bons, d'autres le sont moins, c'est normal nul n'est parfait. Mais dans l'absolu, j'ai une règle simple. Je veux que le club de l'Elan Béarnais soit le plus longtemps en vie, un club qui continue à gagner et séduire. Il y a des projets sportifs mais aussi des projets par rapport au Palais des Sports, nous créons une fan zone qui va nous permettre de rencontrer nos supporters après chaque rencontre. Des critiques, il y en aura toujours et malheureusement ma position fait que je ne peux pas y répondre. Il est vrai que les gens dépensent de l'argent dans le club. Mais moi aussi, n'oublions pas que je suis actionnaires du club. Donc moi aussi j'ai investi de l'argent dans le club. C'est comme ça, et c'est pour cette raison que je ne montre pas mes joies et ni mes peines pour ne pas donner de l'eau au moulin de mes détracteurs. 

Il y a eu une passe d'arme entre vous et Frédéric Forte, président de Limoges, sur Twitter.

Oui je suis taquin. J'aime bien provoquer. Il a un peu mal pris, pourtant il me connaît. Mais ça reste gentil malgré la rivalité qu'il y a entre nos deux clubs. On ne va pas se mentir, ils ont investi ces dernières années et récolté les fruits de leur travail en remportant deux titres de champion de France. Ca fait toujours mal de voir son plus grand rival remporter des titres. Mais aujourd'hui, en plus de la rivalité sportive, il y a aussi une rivalité territoriale. Nous sommes deux clubs dans la même région, trois avec Boulazac. Malheureusement, les subventions données par la région sont pour moi illogiques. Mais aujourd'hui Fred Forte mène sa barque, il est le pape dans son pays, moi j'essaie de faire de même ici à Pau. Je veux faire en sorte que Pau redevienne champion de France et redevienne une place forte de la Pro A. Mais on a un but commun. Lui appelle ça le projet 3.0, moi j'appelle ça le travail.

Que peut on souhaiter à l'Elan Béarnais cette saison ? 

De continuer ce qu'il a entrepris. De continuer à ramener des gens à la salle, l'an dernier, 5 700 personnes en moyenne au Palais des Sports de Pau. De montrer au monde économique palois que la terre n'est pas qu'ovale, et que malgré la forte présence du rugby ici elle est avant tout ronde, mais le plus important que tous nos joueurs et tous nos supporters restent en bonne santé.

A Pau, 

30 septembre 2017 à 10:15
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