JEEP ÉLITE
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SAMARDO SAMUELS : UN PRESTIGE À RETROUVER, UNE ÉTIQUETTE À DÉCOLLER

Crédit photo : Guilherme Amorin

Ancien intérieur d'élite en EuroLeague, Samardo Samuels a vu sa cote décliner ces derniers mois entre des performances en berne et des séparations agitées avec ses anciens clubs. Désireux de se refaire une image, le Jamaïcain est venu à Limoges pour remettre les compteurs à zéro. Portrait de celui qui se dit prêt à redevenir "le Samardo d'avant".

"C'est un joueur énorme, démesuré pour le championnat de France" admire Mathieu Wojciechowski, après avoir été aux premières loges pour la première démonstration de Samardo Samuels en Jeep ÉLITE (22 points à 7/8 et 8 rebonds en 22 minutes à Bourg-en-Bresse le 10 mars). "Il a un énorme body, il joue dur, il prend de la place dans la raquette. Quand il fait un écran, on le sent passer. Il a du talent et du basket plein les mains. Il est impressionnant." Il y a fort à parier que l'ailier bressan ne sera pas le seul joueur du championnat à être aussi élogieux au cours des prochaines semaines. Si l'on ne se fie qu'à sa valeur sportive, l'intérieur jamaïcain n'a rien à faire en France. Seulement, sa réputation est devenue sulfureuse cette saison suite à des passages écourtés à Séville ou au Partizan Belgrade : conflits avec ses entraîneurs, sexisme, tout a été dit et écrit sur lui. "Tout cela est hors de mon contrôle", soupire-t-il. "Parmi tous ceux qui ont publié des articles à mon propos, aucun ne s'est posé avec moi pour avoir ma version des faits. Comment quelqu'un avec qui tu n'as jamais parlé, qui en plus ne comprend pas forcément ta langue, peut aller écrire que tu es un trou du cul ? Et si je fais un post Instagram avec une blague pourrie, on va aller dire que mon sens de l'humour est nul ?" Heureusement pour lui, Limoges a fait fi de ces échos négatifs afin de lui offrir sa chance. Une nouvelle opportunité de redorer son blason, comme le leitmotiv de toute une carrière. "J'espère que mon parcours pourra aider ou inspirer d'autres personnes", sourit-il après avoir passé près d'une heure à nous raconter sa trajectoire. "C'est une carrière version montagnes russes, l'histoire d'un gars qui est tombé tellement de fois mais qui s'est toujours battu pour se relever." Et pourtant, Samardo Samuels a longtemps tout fait pour que son destin ne s'entremêle pas avec les rebonds de la balle orange.

Le déclic devant Patrick Ewing :
du rectangle vert au titre de meilleur lycéen des États-Unis

Cette histoire débute à Trelawny, en Jamaïque, la ville d'origine de Usain Bolt. Pendant que Bolt l'Éclair est aux prémisses de l'une des plus belles carrières sportives de l'histoire, à quelques hectomètres de là, le petit Samardo rôde sur les terrains de football, à l'affût du moindre ballon dans la surface de réparation. Supporter du FC Barcelone et du Milan AC, il s'imagine volontiers en future star de la Premier League, le championnat anglais. Seulement, les rêves n'ont qu'un temps et la réalité finit par le rattraper. À onze ans, alors qu'il est déjà le plus grand de sa classe d'âge, Samuels ne parvient pas à intégrer l'équipe de son école. L'entraîneur de basket saute sur l'occasion mais se heurte à un mur. "Il a fait le forcing pour que j'intègre son équipe", se remémore le néo-Limougeaud. "Je l'ai repoussé pendant quelques semaines, ça ne m'intéressait pas." Le déclic viendra des premières images de NBA qu'il aperçoit à la télévision. Son voisin regardait le match de New York avec attention, mais pas lui. Il n'y porte aucun intérêt, attendant simplement le buzzer final pour la diffusion d'une rencontre de football. C'est la fin de l'ère Ewing aux Knicks mais le légendaire pivot a encore d'assez beaux restes pour contrer un tir. Devant son poste, son jeune compatriote reste fasciné par cette action puis apprend qu'Ewing est Jamaïcain. "Ça a allumé une lumière en moi." Il se convainc d'aller essayer un entraînement.  "J'ai commencé le basket par erreur", rigole-t-il. Samardo Samuels a mis le doigt dans l'engrenage. Il ne s'arrêtera plus.

Après le désintérêt total vient l'addiction absolue. Alors qu'il doit se lever à 6h du matin pour aller à l'école, il brave les réprimandes de sa mère, Jacqueline, et reste fréquemment debout jusqu'à 2h afin d'admirer les San Antonio Spurs de son joueur préféré, Tim Duncan. Il tapisse sa maison de posters de basket, découpe des photos dans les journaux afin de les coller dans un cahier. Son père, Rohan, chauffeur de taxi, le dépose souvent sur le playground de Falmouth où il se mesure en 3x3 à des joueurs plus âgés. En un an, il devient le meilleur jeune joueur de toute son île. Repéré à l'issue d'un camp à Kingston, il se voit proposer une bourse au sein de la petite école catholique Our Savior New Americain School à Staten Island (New York). L'heure de prendre son envol.


Le jeune Samardo là où il a débuté le basket, sur le plauground de Falmouth
(photo : FalmouthPO.com)

Arrivé aux États-Unis à quatorze ans, il poursuit sa progression exponentielle. Une petite année lui suffit pour être recruté par un lycée plus prestigieux, Saint Benedict's Prepatatory School, afin d'endosser le costume de leader laissé vacant par J.R. Smith. Samuels devient une véritable terreur du circuit high school, au point d'être élu meilleur lycéen du pays en 2008 par USA Today, succédant à Kevin Love au palmarès et précédant de probables futurs All-Stars NBA comme Andrew Wiggins, Ben Simmons ou Lonzo Ball. Courtisé par toutes les grandes universités, particulièrement dragué par Patrick Ewing en personne afin de rejoindre Georgetown, il opte pour Louisville. Le président Obama leur prédit une place en finale de NCAA en 2009, mais les Cardinals échouent finalement aux portes du Final Four contre Michigan State. Ce sera encore moins bien l'année suivante. Une vraie déception, surtout qu'individuellement, Samardo Samuels ne devient pas non plus l'arme de destruction annoncée et frustre tous les fans des Cardinals par son irrégularité et sa nonchalence apparente. Toutefois, il s'aguerrit au contact de l'un des plus grands entraîneurs universitaires de l'histoire, le désormais controversé Rick Pitino. "Jouer pour lui est vraiment quelque chose que j'apprécie plus maintenant qu'à l'époque. Il était très dur avec nous, et particulièrement avec moi. Je pensais juste au fait qu'il me faisait passer un sale quart d'heure, et je ne me rendais pas compte de l'importance qu'il aurait pour mon avenir."

En pleurs sur le parking d'un hôtel

Pour le meilleur lycéen du pays, devenu un joueur plutôt performant de NCAA (15,2 points à 53% et 7 rebonds), la suite logique est forcément la draft NBA. L'enfant de Trelawny effectue des workouts pour 26 franchises de l'Association, se trouve plutôt bon et le soir de la draft venu, il fait venir à Washington sa famille et son agent, tous arrivés spécialement de Jamaïque, pour entendre son nom à la télévision. Mais les picks s'égrènent, la sélection de Pape Sy fait sensation en France, et aucun des soixante choix ne se porte sur Samuels. L'émotion est terrible. "C'est la première fois où j'ai le cœur brisé, où je me suis retrouvé au fond du trou. Je m'en souviens parfaitement : j'avais du mal à m'oxygéner, je cherchais desespérément de l'air. C'était un désastre, comme si j'étais en train de mourir, mon monde qui s'écroulait car je m'attendais vraiment à être drafté. Je ne parlais à personne, j'étais en état de choc, complètement déprimé." Mais son spleen ne dure pas : quelques heures plus tard, au milieu de la nuit, il reçoit un appel de Chicago. Les Bulls ont perdu leur seul joueur sélectionné, Kevin Séraphin (tradé à Washington), et veulent remplacer le pivot guyanais par son homologue jamaïcain. En mission pendant la Summer League, Samardo Samuels brille (avec une pointe à 19 points et 9 rebonds contre les Cavaliers), reprend son rêve en mains et convainc les Bulls de faire le nécessaire pour l'engager. Seulement, entre-temps, LeBron James a décidé de quitter Cleveland pour Miami et laisse un champ de ruines dans l'Ohio. Les Cavs se souviennent alors de ce sans-grade de Las Vegas et lui proposent plus long (trois ans) et lucratif (2,3 millions de dollars) que Chicago, le tout assorti de plus de responsabilités dans le futur effectif. "Je me rappelle exactement de ce jour où j'ai signé mon contrat NBA", évoque-t-il, un grand sourire aux lèvres. "J'étais assis sur le parking d'un hôtel et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mon film préféré est "The Pursuit of Happyness" (avec Will Smith, ndlr). Là, comme dans le film, c'était un moment pour moi, mon moment de bonheur à moi. Un rêve qui devenait réalité, pour de vrai. Ne pas entendre son nom à la draft, voir son rêve être brisé devant soi puis réessayer et réussir, c'était génial..."

Si défendre les couleurs de Cleveland peut faire rêver plus d'un joueur NBA à l'heure actuelle, ce n'était pas vraiment le cas à l'époque. Les Cavaliers vivent leurs heures les plus sombres, "The Decision" a plongé la ville dans une déprime absolue. Sous le coup de la colère, le propriétaire Dan Gilbert promet à ses supporters de gagner un titre NBA avant LeBron James. Six mois après cet engagement, l'équipe de Byron Scott subit la pire série de défaites de l'histoire de l'Association : 26 revers de rang, 55 jours sans trouver le chemin de la victoire. Une éternité dans le rythme effréné d'une saison NBA. "Aller au travail était un cauchemar lors de cette série", souffle Samuels. "Dans la salle, il y avait des pancartes moqueuses. Pourtant, on était en phase de reconstruction, personne ne nous demandait de gagner le championnat. Cela m'a permis de me renforcer, de me construire." Les statistiques ont de quoi faire frémir : sa saison rookie est faite à 89% (33/37) de défaites, il doit attendre le 25 février pour remporter un match. Mais qu'importe, ou presque, Samardo Samuels garde le moral : "Ce n'était pas la période la plus joyeuse de l'histoire des Cavaliers, mais pour moi, c'était le meilleur moment de ma vie (il rit). Je vivais mon rêve. Pour un gamin jamaïcain qui refusait systématiquement d'aller essayer un entraînement de basket,  je suis heureux d'avoir pu accomplir cela, d'avoir pu atteindre ce niveau-là. Même avec une seule minute de jeu en NBA, j'aurais été heureux. D'y avoir joué autant de matchs, d'y avoir affronté des Hall of Famers ou mes idoles, d'y avoir fait de bonnes statistiques, cela me fait encore quelque chose. C'est quelque chose que l'on ne pourra pas m'enlever."

Difficile d'évoluer avec d'autres meneurs après avoir eu Kyrie Irving comme poste 1 ?
(photo : www.nba.com)

Au milieu de ses souvenirs enchantés, une date en lettres d'or : le mercredi 2 mars 2011. Pour la première fois de sa carrière, il démarre un match NBA. Cerise sur le gâteau, c'est contre son équipe préférée, les Spurs, de son modèle, Tim Duncan. L'homme pour qui il se privait de sommeil quelques années auparavant, chez lui, à Trelawny. "J'ai pris cette première titularisation comme si c'était ma seule chance", avoue-t-il. Il réalisera sa meilleure performance dans la grande ligue (23 points, 10 rebonds et 3 contres) et atteint son nirvana personnel. Mais une heure de gloire éphémère dans l'Association. S'il enchaîne huit sorties d'affilée à dix points ou plus, "Mardo" ne dominera plus jamais un match de la sorte et perdra de l'importance au fur et à mesure du temps dans la rotation des Cavaliers, prise en main par le débutant sensation, Kyrie Irving. "Je ne savais rien de lui", admet-il six ans après. "Il avait juste joué onze matchs en NCAA, je n'en avais pas vu un seul. J'avais des doutes, je me demandais pourquoi il y avait toute cette hype autour de lui. Et puis, lors de son premier entraînement... Wow. Direct, j'ai compris qu'il finirait au Hall of Fame (il rit)." Pendant que Kyrie séduit, Samardo décline (de 7,8 points de moyenne en 2010/11 à 3,4 points en 2012/13, en passant par 5,4 en 2011/12). Le 6 janvier 2013, l'intérieur imposant est remercié par Cleveland après 109 apparitions en NBA (5,9 points à 45% et 3,4 rebonds en 16 minutes).

Milan, la domination puis Barcelone, la frustration

Un deuxième coup d'arrêt, mais pas une fin en soi. Après une demi-saison partagée entre la D-League et l'Hapoel Jérusalem, Samardo Samuels rejoint le gratin du basket européen, à Milan. Auréolé de son pedigree NBA, il est persuadé qu'il va marcher sur l'EuroLeague :  "Dans le monde du basket, je pensais qu'il y avait la NBA et rien d'autre. Jouer contre des gars comme Tim Duncan ou Amar'e Stoudemire m'a beaucoup aidé. Cela m'a donné un tel niveau de confiance en arrivant en Europe : je me disais que si ces légendes là n'avaient pas réussi à m'arrêter, comment ces mecs d'Europe le pourraient ?" Et s'il convient lui-même que le niveau de l'EuroLeague était plus relevé qu'il ne le pensait, l'ancien Cav s'impose en deux ans comme une force majeure du Vieux Continent (12,9 points et 5,4 rebonds de moyenne). On retiendra notamment son 47 d'évaluation à Nizhny Novgorod le 26 février 2015 (36 points à 14/17 et 9 rebonds), la troisième performance la plus élevée de l'histoire du Top 16, à égalité avec Arvydas Sabonis (derrière le 51 d'évaluation de Jaka Lakovic et le 50 de Bobby Brown). "C'était un gros joueur en EuroLeague", témoigne Kim Tillie, qui a souvent croisé le fer avec lui dans la raquette. "À Milan, il jouait poste 5, il faisait des cartons car il est très difficile à défendre. Il est très lourd et technique. Il a des bons moves et des feintes, il peut finir à droite ou à gauche. C'est quelqu'un d'assez polyvalent." Après des saisons NBA d'un néant abyssal collectivement parlant, il redécouvre les joies de la victoire en remportant le titre de champion d'Italie en 2014. "Milan était l'endroit parfait pour moi", affirme-t-il a posteriori. Hors terrain, il se fait aussi plaisir, notamment en côtoyant son footballeur préféré, Mario Balotelli, l'actuel attaquant de l'OGC Nice. "J'aime son charisme et le côté spectaculaire qu'il dégage."


Une médaille sans charme mais un trophée majeur pour Samuels avec l'Olimpia Milan
(photo : Alessia Doniselli)

L'international jamaïcain tente alors logiquement de gravir les échelons en rejoignant le giron du FC Barcelone, avec un contrat de deux ans à la clé. "Le Barça était extrêmement dangereux car ils alignaient Samuels et Ante Tomic en même temps", se rappelle Kim Tillie, à l'époque à Vitoria. "Ils se trouvaient très bien l'un et l'autre. Dès qu'il y avait des pick'n roll, si le quatre aidait trop sur le roll, ils se faisaient des petites passes l'un à l'autre et c'était assez difficile à défendre." Pourtant, même si les adversaires sont à la peine, même s'il remporte la Supercoupe d'Espagne dès le début de la saison, l'international jamaïcain perd confiance et va jusqu'à clamer pendant la saison qu'il "joue le pire basket de [sa] carrière". Rapidement blessé à la main, il ne se sent ensuite pas assez considéré, dans l'ombre du natif de Dubrovnik. "Ante Tomic est toujours le pivot majeur là-bas et vraiment, il n'y a pas la place pour que d'autres puissent s'intégrer. Ils ont leur ossature et c'est tout. Barcelone ne fut pas la réussite escomptée." 


"Voir des bons matchs de foot toutes les semaines, j'ai pensé que c'était un bon contrat", rigole Samuels
(photo : FC Barcelona)

À tel point que suite à la rupture prématurée de son contrat dans la foulée de la finale du championnat perdue contre le Real Madrid, Samardo Samuels s'exile en Chine, à Jiangsu, dans l'unique but de retrouver son assurance. "J'ai fait un pas en arrière à Barcelone, je me posais beaucoup de questions sur moi-même. J'ai utilisé la Chine comme un tremplin pour reprendre confiance." Le calcul n'est pas mauvais, jusqu'à ce 28 décembre 2016 où il se blesse à la cuisse lors d'un match à Shanghaï. Un pépin physique qu'il a longtemps trainé comme un boulet. L'origine d'un sérieux déclin sur le marché européen. "Depuis, j'essaye encore de retrouver mon rythme", concède-t-il lui même, revenu trop tôt et hors de forme à Brindisi en fin de saison dernière.

"Séville et le Partizan ont détruit ma réputation"

Depuis, vous connaissez le déroulé de sa saison 2017/18 cauchemardesque : une présaison à Séville qui tourne vite à une incompréhension nocive avec son entraîneur Alejandro Martinez, un coup de main donné au Maccabi Haïfa pour sa tournée NBA qui se transforme également en une mésentente avec le coach et puis le summum, un passage dans l'essoreuse médiatique du Partizan Belgrade où le moindre de ses posts Instagram est disséqué, analysé à la loupe et interprété, ce qui lui vaut une suspension pour "raisons disciplinaires" après avoir critiqué publiquement l'entraîneur Miroslav Nikolic, demandé quand il toucherait son salaire et écrit qu'il ne donne habituellement pas d'interview à des journalistes de sexe féminin. "À Séville, j'étais le meilleur joueur de l'équipe pendant la présaison et peut-être que j'ai eu un désaccord avec le coach, peut-être que je lui ai dit quelque chose, mais la décision finale est revenue au président, pas même au coach. Il s'est passé la même chose au Partizan avec des posts Instagram. Pour moi, Instagram et le basket ne vont pas du tout ensemble. Certes, je sais que mon profil Instagram est public, mais c'est ma vie personnelle dessus, je peux mettre tout ce que je veux dessus, surtout que ça ne nuisait pas au Partizan."

Malheureusement pour lui, quelles que soient ses explications, une étiquette durable est collée sur son profil : celle de joueur ingérable. "Tu construis ta carrière et une seule chose, un seul écho à propos de toi, peut détruire tout ce que tu as entrepris depuis tes quatorze ans", peste-t-il. "Parlez moi du Barça, de Milan, de Cleveland, de Louisville, de tous ces endroits où je n'ai jamais eu un seul problème. Après mon départ du Partizan, des articles sont sortis dans la presse, comme quoi le club était en grande difficulté financière, une dette de plus de sept millions d'euros. Séville, pareil, ils sont juste promus en Liga Endesa (en réalité, le Betis a terminé dernier en 2016/17 puis a été repêché au milieu de l'été, ndlr) et ils se permettent de se débarasser d'un joueur comme Dontaye Draper.  Après, on se demande pourquoi certaines choses arrivent dans ce genre de club... Moi, je ne peux que continuer à être moi-même." Et effectivement, en allant fouiller chez ses anciens clubs, on ne retrouve pas les accusations formulées par Séville ou Belgrade. Tout le monde fait état d'un fort caractère, certes, mais pas d'un joueur hors de contrôle. "Je n'ai pas eu cette impression", le défend Trenton Meacham, qui fut son coéquipier pendant six mois à Milan en 2014/15. "C'est un compétiteur hors pair et il avait la volonté de devenir le meilleur, donc c'est peut-être ce qui peut faire ressentir cela. Mais j'ai apprécié de jouer à ses côtés, il restera comme un bon coéquipier à mes yeux : Samardo est extrêmement talentueux, il veut absolument gagner et il est travailleur." Le principal concerné en rigolerait presque : "Je ne suis pas ingérable, je n'ai besoin de grand chose. Je suis un gars heureux et positif. Je fais l'un des métiers les plus faciles au monde : je viens, je joue et je rentre à la maison. Difficile d'importuner quelqu'un avec ce programme."


Seulement cinq matchs avec le Partizan Belgrade, mais une empreinte négative durable
(photo : KK Partizan)

Mais une nouvelle fois, pour les fêtes de fin d'année 2017, Samardo Samuels est au plus bas. Désireux de rapidement rebondir, il ne suscite pourtant pas vraiment de convoitises. Lui, le pivot EuroLeague reconnu, potentiellement l'un des intérieurs les plus dominants du continent, ne se retrouve qu'avec des offres obscures en provenance d'Iran ou du Moyen-Orient. "Ces histoires m'ont vraiment été préjudiciables et m'ont compliqué la tâche pour retrouver un contrat. On m'a collé une étiquette. De nos jours, tous les joueurs ont atteint un tel niveau qu'il est plus facile d'embaucher quelqu'un qui a un casier vierge, dont les gens n'ont jamais dit de mal à son propos. Séville et le Partizan Belgrade ont détruit ma réputation et tout mon travail entrepris jusque-là. C'est injuste car je n'ai rien touché pour ces deux boulots. Je n'ai pas reçu un seul centime de Séville ou du Partizan. Pourquoi faire cela, dans un tel business, alors qu'ils n'ont rien perdu dans l'affaire ? C'était tellement frustrant de me retrouver à regarder du basket à la télé car deux clubs, avec qui je n'avais aucun passif et qui n'avaient aucune intention de construire un futur avec moi, ont ruiné ma réputation."

"Je remercie Olivier Bourgain tous les jours"

Ce qui pourrait bien faire le bonheur du Limoges CSP au final... D'ordinaire inaccessible pour un club français, Samardo Samuels n'a pas hésité quand il a reçu l'offre du club champion d'Europe 1993. "Quand Limoges a appelé, j'ai découvert l'histoire du CSP", affirme l'ex-Milanais. "On a discuté avec Olivier (Bourgain) et le coach. J'étais très heureux qu'ils me sollicitent et de l'opportunité donnée pour finir la saison." En quête d'un second souffle pour redynamiser une équipe limougeaude à la peine depuis le tragique réveillon, Olivier Bourgain a flairé la bonne affaire avec ce joueur au prestige abimé.  "Il nous fallait une force offensive et défensive à l'intérieur", décrypte le directeur sportif du CSP. "Quand on nous propose Samardo Samuels, évidemment que le pedigree nous intéresse. On n'a pas prêté attention à sa réputation. Quand on prend la décision de le signer, ça veut dire qu'on a confiance en lui, en sa capacité à s'intégrer vite et à rester calme. Chaque joueur connait des hauts et des bas. Samuels a eu des problèmes, il ne l'a pas caché. Mais nous, on n'est pas là pour juger, si ce n'est ce qu'il fait à Limoges. Ce qu'il a fait avant, ça ne m'intéresse pas." Une sorte de pièce en l'air, que l'homme aux 74 matchs EuroLeague compte bien faire retomber du bon côté. "Je remercie Olivier tous les jours de m'avoir signé et de ne pas avoir écouté les échos à mon égard, ce qui l'aurait conduit à se détourner d'une bonne personne."

Mis à l'essai pendant trois jours par le CSP, il a rapidement convaincu son nouveau club, malgré un état physique qui en a fait tiquer plus d'un. Lui préfère en rire : "Vous savez, j'ai toujours été massif.  Il y a une citation qui dit : « On me demande toujours combien je mesure et combien je pèse, mais on ne mesure jamais ni la taille de mon cœur ni ma volonté de gagner. » Tant que tu fais ton travail, on n'a pas à te demander ton état de forme : Kobe et Shaq pouvaient être aussi fins ou gros qu'ils le voulaient, ça ne les empêchaient pas d'être ultra-dominants." Poste 4/5 présentant un redoutable alliage de technique, d'intelligence de jeu et de physique, Samardo Samuels a tout pour réussir en Jeep ÉLITE. Sa première mi-temps impressionnante à Bourg-en-Bresse en a donné la preuve (17 points à 6/7 et 7 rebonds en 17 minutes). Malgré tout, Olivier Bourgain veut rester prudent. "Il faut lui laisser le temps de connaitre les spécificités de la Pro A et de ses coéquipiers, il vient d'arriver. Individuellement, c'est un joueur qui est très fort mais il y a eu beaucoup de joueurs surdimensionnés pour la Pro A qui n'y ont pas réussi. Il faut rester très vigilant au travail. En tout cas, en terme de mentalité et d'abnégation au travail, à l'heure où je vous parle, il est irréprochable. Il est évident qu'avec le talent qu'il a, s'il continue dans cet état d'esprit là, il va réussir." Néanmoins, la réussite collective est plus aléatoire avec, pour l'instant, deux défaites en autant de rencontres. Samedi, à Bourg-en-Bresse, son festival n'a servi à rien, ses coéquipiers n'ayant fait que le regarder s'amuser dans la peinture. Pourtant, l'ancien Cardinal s'est juré de les ré-impliquer dans les objectifs de la fin de la saison. "C'est mon boulot de revitaliser cette équipe, sachant que je n'ai pas vécu les moments difficiles. J'ai cru comprendre que le président avait dévoué sa vie à ce club, mes condoléances à lui et à sa famille, donc nous devons jouer dur pour lui et le représenter de la meilleure des façons. Il faut que l'on gagne. Je pense que les gars ont fait du bon travail avec ce qu'ils avaient jusque-là. Maintenant, c'est à moi de les pousser. Lorsqu'on arrive dans la dernière partie de la saison, certains peuvent être impatients de partir en vacances mais vu que ma saison à moi ne fait que commencer, il faut que je leur donne ce coup de boost pour finir fort."


À Limoges, Samardo Samuels se rêve d'un destin à la Pooh Jeter
(photo : Guilherme Amorin)

Limoges, ou l'énième combat de Samardo Samuels pour se relever. Le CSP afin de laver son honneur sali. "Je suis prêt à être le Samardo Samuels d'avant", clame-t-il. "J'ai retrouvé cet état d'esprit du joueur sous-coté non drafté, du joueur qui va faire des exercices supplémentaires à l'entraînement. Ce n'est sûrement pas la dernière, mais c'est encore une nouvelle bataille pour revenir." Plus que les statistiques individuelles, le révélateur de sa réussite sera sa capacité à enrichir son palmarès, peu fourni en trophées majeurs pour le moment. "J'ai faim de titres !  J'ai envie de gagner, je vais tout faire pour cela. Si je suis en Europe, je veux être l'un des joueurs les plus dominants ici. Et qu'est ce qu'un joueur dominant fait ? Il va en finale, il gagne des titres, il laisse son empreinte là où il passe. Mon dernier vrai succès fut de remporter un titre avec Milan mais ça commence à remonter maintenant. Mon objectif est de revenir à ce niveau d'accomplissement, ça fait longtemps que je n'y ai pas été." Club historique par excellence, Limoges parait être l'endroit idéal pour réaliser une telle performance. "On le comprend dès que l'on entre à Beaublanc", remarque-t-il, l'œil gourmand. "Les bannières accrochées au plafond, les photos sur les murs... Je veux toujours savoir qui est tel joueur ou tel joueur. Bien sûr que l'on veut laisser sa marque quelque part. Même si tu n'es plus là, tu sais que ton portrait va rester accroché aux murs pour le reste de ta vie." Et alors, il ne serait plus question d'une nouvelle bataille pour se relever. Dans ce cas-là, il serait dans la légende. Debout à jamais. Mais d'ici là, le chemin est encore long. Et le combat sera rude. 

15 mars 2018 à 10:00
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Résultats
Classement
34ème journée
15 mai
Monaco
83
-
77
Bourg-en-Bresse
Boulazac
96
-
86
Chalon-sur-Saône
Châlons-Reims
102
-
94
Pau-Lacq-Orthez
Cholet
81
-
80
Le Mans
Gravelines-Dunkerque
79
-
63
Hyères-Toulon
Le Portel
77
-
74
Lyon-Villeurbanne
Limoges
82
-
80
Nanterre
Levallois Metropolitans
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93
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