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POLONAIS, UKRAINIEN ET FUTURS JFL : DES CENTRES DE FORMATION DE PLUS EN PLUS INTERNATIONALISÉS

Jan Wojcik Elan Chalon
Crédit photo : Elan Chalon

Plusieurs prospects de l'Europe de l'Est ont choisi la France pour terminer leur formation.

Ils s'appellent Rostyslav Novitshyi, Yulian Yemets*, Jan et Szymon Wojcik. On ne peut pas dire qu'ils envahissent le championnat de France Espoirs. Mais voir des joueurs de l'Europe de l'Est au sein des effectifs U21 est une nouveauté en France.

Tous arrivés à l'âge de 17 ans ou avant, ils pourront obtenir le statut de Joueur formé localement (JFL) s'ils ne quittent pas le championnat de France d'ici leurs 21 ans.

Des championnats jeunes de plus en plus compétitifs

Il faut dire que les centres de formation français, autrefois décriés, sont de plus en plus réputés hors de nos frontières. « Les championnats jeunes en France sont compétitifs et très athlétiques, avec une façon de jouer très moderne, fait de vitesse et d'espace », commente Oleksandr Proshuta, spécialiste du basketball ukrainien. Chaque année, des joueurs issus de ces centres de formation se font drafter ou rejoignent un club d'EuroLeague. Clint Capela, Mathias Lessort, Thomas Heurtel ou Vincent Poirier, ils ont tous passé plusieurs saisons en Espoirs avant de signer un contrat professionnel et d'exploser.

Si des jeunes étrangers ont toujours fait partie des effectifs espoirs, ils venaient pour leur plupart de l'Afrique francophone ou des pays limitrophes comme la Suisse ou la Belgique. D'ailleurs, on constate qu'ils sont toujours là, avec des cas particuliers, comme à Antibes (grâce à ses liens en Belgique) ou au sein de la très internationale Principauté de Monaco (qui compte un joueur canadien par exemple).

La nouveauté, ce sont donc ces joueurs de l'Est qui intègrent le championnat. Par le passé, l'Ukrainien Arthur Drozdov a fait ce cheminement en rejoignant le centre de formation de l’Élan Béarnais qui rayonnait au début des années 2000. Mais son cas est longtemps resté à part. En 2017, ce ne sont plus des cas isolés.

« Aujourd'hui le marché est mondial, constate Rémy Delpon, directeur sportif de l’Élan Chalon où évoluent les frères Wojcik depuis 2016. Nous on ne leur a pas vendu le fait qu'ils puissent devenir JFL. Ce qui est sûr c'est qu'on avait déjà pris des étrangers mais ça n'a pas forcément fonctionné, à part nos Suisses (Thabo Sefolosha et Clint Capela, NDLR). »

Des joueurs dont les parcours en NBA suite à leur passage à Chalon sont la principale publicité faite au centre de formation à l'étranger.

« On est très sollicité, ça c'est sûr. On souhaite quand même donner la priorité aux joueurs français, continue Delpon. Il faut vraiment que se soit un profil qu'on ait pas. Soit un très grand, très athlétique. Là, les jumeaux avaient un profil intéressants, 2,03 m à 15 ans en jouant au poste d'ailier... Quoi qu'il en soit, en terme de pourcentage, là on en a trois, ça suffit. Les étrangers dans notre centre de formation, ça reste des cas exceptionnels. »

Ou alors une rencontre, comme l'Azeri Endar Poladkhanli repéré par Levallois et Cholet au Cholet Mondial Basket, ou Rostyslav Novitshyi, vu par Nanterre sur un match en Ukraine.

« Il y a un agent qui nous a parlé d'un camp en Ukraine, il en d'ailleurs parlé à plusieurs clubs et nous nous étions intérressés, nous avait raconté Michaël Bur, coach des U18. On ne veut pas que des gars athlétiques dans nos équipes. Notre directeur technique (le frère de Pascal Donnadieu) s'est donc déplacé en Ukraine et on devait voir pour un joueur de l'année 1999 et en fait il est tombé sous le charme de Rostyslav qui est de 2000. »

Pas de "recrue" étrangère une fois les 18 ans atteint

Il y a aussi les échanges, de plus en plus cherchés par les clubs. C'est entre autre dans le but d'apprendre sur la formation lettone (en vogue, avec l'explosion de Kristaps Porziņģis aux New York Knicks, en NBA) que l’Élan Chalon avait fait venir un jeune Letton en 2015, Ivars Rihards Zvigurs. Une expérience mitigée car ce joueur n'était pas assez fort pour jouer chez les professionnels mais trop pour évoluer seulement en Espoirs. Et surtout, il n'était pas prévu qu'il reste sur le long terme pour se développer. Car avec ses 18 ans passés, il ne serait jamais devenu JFL et aurait compté comme « bosman » s'il avait joué chez les professionnels.

« C'est une évidence que les avoir comme JFL dans l'effectif professionnel à terme peut être un gros atout, reconnaît Rémy Delpon au sujet des fils du regretté Adam Wojcik. Si ce n'est pas prioritaire, on ne prendra pas d'étrangers si on n'a pas la possibilité après qu'ils soient JFL. Il faut donc les recruter avant 18 ans, sauf s'il peut jouer chez les professionnels à court terme. »

Quant à savoir si de plus en plus de joueurs étrangers – venant de l'Est ou d'ailleurs - intégreront les centres de formation, cela paraît compliqué. Car la mise en place logistique reste importante, notamment sur la partie scolaire.

« Szymon et Jan sont allés au lycée au départ, c'était un petit peu compliqué au départ avec un apprentissage intensif de Français tous les jours. Ils les ont toujours d'ailleurs. On a trouvé des Franco-Polonais pour s'occuper de tous les besoins. Et puis ils ont une formation avec la chambre de commerce et suivent une formation polonaise par correspondance. On ne lâche pas du tout le côté études, bien au contraire. Mais c'est vrai que c'est un petit peu complexe. »

L'Ukraine pillé de ses talents

Seulement, ces renforts étrangers risquent d'être tout de même prisés. Car la concurrence est de plus en plus importante dans le recrutement de jeunes français.

« Je pense que c'est un choix politique de chaque club. Jusqu'à preuve du contraire, je ne pense pas qu'il y ait assez de potentiels français pour alimenter 18 centres de formation. Donc c'est un travail qu'on doit avoir avec tous les clubs, la FFBB et la LNB pour faire en sorte que les moyens mis sur la formation et la pré-formation soient plus importants et plus efficaces. Dans le court terme, on n'a pas assez de potentiels pour alimenter 18 équipes. »

Et finalement, tout est peut-être question d'opportunités. A cause de la crise politique et économique que traverse l'Ukraine depuis des années, les jeunes basketteurs de son pays ne rêvent que de s'en aller.

« Maintenant, 90% des jeunes Ukrainiens essayent d'aller à l'étranger, explique Oleksandr Proshuta. Il n'y a plus vraiment d'intérêt à rester ici alors que l'on peut explorer le monde, s'entraîner dans un meilleur environnement basket, et même avoir accès à un programme scolaire ou au moins apprendre une nouvelle langue. Les parents sont plus ouverts à laisser les enfants s'en aller. Il y a des joueurs en France, d'autres sont en Espagne, en Italie ou aux Etats-Unis. Les talents ukrainiens sont éparpillés partout dans le monde parce que le plus haut niveau ukrainien est très faible désormais. A cause de plusieurs raisons mais surtout de la mauvaise situation économique et du conflit armé avec la Russie. [...] Avant que la situation politique et économique du pays ne soit si mauvaise, un championnat U23 (à l'image des Espoirs U21 en France) existait. Mais en raison de la baisse générale des budgets, ce championnat a été supprimé et les seuls clubs conservant des prospects ont engagé une équipe en Higher League, la deuxième division. »

Et pourtant, une crise peut aussi avoir du bon, pour certains. Du moins, elle offre des opportunités.

« Maintenant, il est devenu facile d'obtenir du temps de jeu au plus haut niveau (la Superleague). Il y a 5/6 ans, quand la Superleague était pleine de jouers étrangers de qualité, la plupart des jeunes joueurs jouaient pour l'équipe réserve. Seuls les plus talentueux, comme Svi Mikhailiuk ou Oleksandr Mishula avaient des chances de jouer en équipe première. Par exemple, Alex Len (joueur des Phoenix Suns, en NBA) à 19 ans alors n'a joué que cinq matchs avec Dnipro avant de partir à Maryland (en NCAA). Maintenant, personne n'a d'argent, donc les clubs s'ouvrent aux jeunes joueurs. La majorité des équipes de Superleague ont trois/quatre U21 dans leur effectif de douze joueurs, plusieurs d'entre eux ont un temps de jeu décent. En faisant des économies en intégrant les jeunes - qui ne coûtent pas grand chose -, les clubs peuvent continuer à payer des joueurs étrangers. »

Reste à attendre désormais de savoir si certains de ces joueurs précités évolueront un jour en Ligue Nationale de Basket sous le statut de JFL.

 

* Poste 5 ukrainien de 2,18 m, Yulian Yemets s'était engagé à l'ASVEL en fin d'été pour évoluer en Espoirs et s'entraîner avec les professionnels comme le Sénégalais Sow. Mais son agent a finalement décidé "de changer de stratégie" selon l'ASVEL. Son jeune poulain, qui a donc quitté le club. Il devrait signer en Espagne nous a indiqué son représentant.

23 janvier 2018 à 08:30
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