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ITW KIM GAUCHER-SMITH : "QUAND TU ES PLUS ÂGÉE, TU NE VEUX PAS ÊTRE OBLIGÉE DE RECOMMENCER UNE NOUVELLE VIE APRÈS CHAQUE SAISON"

Kim GaucherSmith Mondeville
Crédit photo : Olivier Martin

À 36 ans, Kim Gaucher-Smith vient de rempiler pour une sixième saison du côté de l’USO Mondeville. Une longévité et une attirance pour la France sur lesquelles s’est livrée l’internationale canadienne tout en revenant sur sa riche carrière, de l’Université aux Jeux Olympiques.   

"Il y a eu des hauts et des bas". Avec l’Union Sportive Ouvrière de Mondeville, Kim Gaucher-Smith aura tout connu ou presque. Des playoffs de première division à la relégation en Ligue Féminine 2 à la fin de la saison 2018/19, d’une cinquième place au titre de MVP étrangère en 2017 à quelques blessures pas franchement rassurantes… Pourtant, son importance au sein du club normand n’en demeure pas moins monumentale. Elle s’en réjouit humblement : "C’est important de voir que l’équipe compte sur moi. Je pense que le fait que je sois une joueuse un peu plus âgée, voire beaucoup plus âgée, m’a permis d’obtenir des responsabilités". Car, comme toute joueuse d’expérience, avec un CV comme le sien de surcroît, venir en aide aux plus jeunes est devenu normal. Ces dernières années, les nombreuses "jeunes joueuses avec beaucoup de talent, à Mondeville", ont pu bénéficier des précieux conseils de la Canadienne. L’inverse se révèle tout aussi bénéfique pour la native de Surrey, en Colombie-Britannique. Du moins, dans une moindre mesure car, malgré une motivation toujours omniprésente, "être avec des jeunes, ce n’est pas évident au quotidien. Il y a des jours où tu te sens beaucoup plus âgée. Tu démarres l’entraînement, tu as besoin de t’étirer alors que toutes tes coéquipières n’en ont pas besoin". La trentenaire essaie alors de voir le côté positif de la chose : "Il y a aussi des jours où tu ne peux pas te permettre de te sentir plus âgée parce tu te dois de les suivre et d’être à leur rythme". 

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(©Eric Baledent)

L’expérience et les qualités de Kimberley Gaucher-Smith n’auront toutefois pas permis à Mondeville, relégué en deuxième division pour la première fois depuis 24 ans, de remonter en Ligue Féminine. La crise sanitaire liée au coronavirus a interrompu la saison 2019/20 et a mis temporairement fin aux ambitions du club. Une grande déception pour l’ailière, comme pour l’intégralité de l’équipe : "On n’a pas eu la chance de jouer les playoffs pour la montée cette année alors que c’était vraiment l’objectif : progresser au fil de la saison et être prêtes le moment venu. On était déçu donc on va essayer de le faire cette année". Malgré tout, la canadienne dit avoir été "avantagée" par l’arrêt du championnat et par le confinement, qui lui ont permis de se remettre en forme et de soigner ses récentes blessures : "Grâce à ce temps de repos, je vais beaucoup mieux maintenant. Je ne suis pas encore à 100% mais la pause est arrivée au meilleur moment". De quoi lui permettre de reprendre le championnat au summum de ses capacités ? En tout cas, les ambitions restent, retardées certes, mais parfaitement claires : retrouver la première division. Selon Kim Gaucher-Smith, cette volonté est partagée par de nombreux clubs, ce qui va rendre la tâche compliquée, mais pas infaisable : "On espère pouvoir le faire. Je crois en nos capacités. On a du talent mais on va aussi avoir besoin de beaucoup de chance pour éviter les blessures. Il y a plein de critères à prendre en compte donc c’est difficile à dire pour le moment".

Une impressionnante mais non moins logique longévité

Pour parvenir à atteindre cet objectif, l’USO Mondeville pourra compter sur les talents de Kim Gaucher-Smith en 2020/21, qui sera donc sa sixième année consécutive au sein du club de Normandie. Et ce dernier le lui rend bien : "Je trouve que c’est un club qui est vraiment sympathique avec moi. J’ai de très bons rapports avec tout le monde". Tout le monde et particulièrement Romain Lhermitte, entraîneur de l’USOM depuis 7 saisons, qui ne manque pas de compliments envers la canadienne : "Kim Gaucher est la joueuse que les autres n’ont pas. Nous sommes Kim-dépendants depuis des années". Pour la trentenaire, rien de mieux pour pouvoir envisager s’installer dans la durée. Ce qui l’a marqué, c’est la compréhension dont le club a su faire preuve lorsqu’elle avait d’autres objectifs sur le plan international : "Ils ont toujours été d’accord sur le fait que j’ai d’autres rêves. Par exemple, quand il y avait les Jeux Olympiques ou les Championnats du Monde, ils ont tout mis en oeuvre pour me permettre d’y participer. Ils ont vraiment été très bons sur ce plan-là ». Forcément, cela a pesé sur sa décision de prolonger l’aventure, mais d’autres raisons entrent en compte. 

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(©Eric Baledent)

À 36 ans, Kim Gaucher-Smith sait pertinemment qu’elle est plus proche de la fin que du début de sa carrière. Dans ces conditions, la stabilité est l’une des principales explications de sa longévité à Mondeville : "Quand tu es plus âgée, tu cherches à avoir un appartement toute l’année, tu ne veux pas être obligée de reprendre tes affaires et recommencer une nouvelle vie après chaque saison". Comme elle le dit si simplement : "Si j’étais plus jeune, jamais je ne serais resté six années dans un club, ça c’est sûr !". De plus, l’équipe en question lui permet, encore à son âge, de rester en forme pour ce qui s’apparentent comme ses derniers objectifs avec la sélection du Canada. Les dirigeants et le staff ont parfaitement compris comment satisfaire encore davantage l’ailière, déjà bien attachée au club : "Je voulais rester stable car on ne sait jamais sur quoi on va tomber en allant dans un nouveau club. Ici, je sais que je peux rester en forme pour l’équipe nationale". 

Le dernier argument, et non des moindres, n’est autre que son mari. Ben Gaucher assiste Romain Lhermitte sur le banc mondevillais. Elle explique : "Ça change encore plus ma vision des choses. Il s’est énormément déplacé pour que je puisse poursuivre mes rêves. Il sait que ma carrière de joueuse professionnelle n’est plus qu’une courte période. C’est bien que lui aussi ait pu trouver un travail ici parce que ce n’était pas évident. Donc oui, le fait qu’il soit assistant coach ici a compté". 

Les débuts : "Au Canada, il y avait très peu de basket à cette époque là"

Dès son plus jeune âge, Kim Gaucher-Smith s’est tournée vers le basket et ce, grâce à sa grande soeur Michelle qui, elle aussi, pratiquait ce sport : "Je devais avoir vers 4 ou 5 ans. Je la suivais partout, avec un petit ballon et dès que je pouvais, j’étais sur le terrain pour essayer de jouer". Dans un pays où le basket, qui plus est féminin, se trouvait à des années lumières de ce qu’il est aujourd’hui, difficile pour les jeunes joueuses de rêver à devenir professionnelle ou même de s’identifier à une quelconque idole. C’est pourquoi la Mondevillaise d’adoption ne s’inspirait que de ses deux soeurs alors qu’elle ne regardait que très peu le basket. 

Ce n’est qu’arrivée en école secondaire que le déclic est apparu : "J’ai raté les cours pendant toute une journée parce que mon entraîneur a emmené mon équipe à Vancouver pour assister aux entraînements de l’équipe nationale du Canada". Autant dire que Kim Gaucher-Smith vivait un rêve éveillé puisque, comme elle le raconte : "À cette période là, c’était la première fois que je voyais les filles de mon pays jouer au basket à haut niveau. Elles étaient toutes professionnelles et ça m’a beaucoup marqué". C’est à partir de ce moment que tout a réellement commencé : "Je me suis dit : c’est ça que je veux faire !"

Mais pour y arriver, le chemin est loin d’être un long fleuve tranquille : "Devenir professionnelle, c’est beaucoup plus dur au Canada qu’en France ou ailleurs. Il n’y a pas de ligue alors tu dois passer par l’Université pendant quatre ou cinq ans et après il faut trouver une agence. Il faut évidemment avoir fait des statistiques à l’Université pour que des équipes européennes veulent bien te prendre". Outre le talent qui était déjà bien présent chez celle qui peut être considérée comme l’une des joueuses majeures du championnat de LF2, le fait qu’elle soit un véritable bourreau de travail l’a aidé à réaliser ce qui est advenu par la suite. 

De l’Université à l’Europe, "toutes ces expériences étaient tops"

Kim Gaucher-Smith est donc entrée à l’Université de Utah et y a passé quatre années (de 2002 à 2006) absolument mémorables : "J’ai adoré cette période. C’est vraiment des années que je n’oublierai jamais". Et pour cause, elle a terminé meilleure marqueuse de l'histoire de l'Utah avec 2 281 points et a été honorée en tant que première athlète féminine à avoir vu son maillot retiré par l’Université. Sans compter les nombreuses distinctions individuelles qui ont récompensées ses performances et ses qualités. Elle se remémore avoir été plongée dans "un contexte atypique". Expliquant ses propos, elle poursuit : "Ce sont les dernières années avant de réellement devenir professionnelle. Je trouve que quand tu deviens pro, la vision du basket change. Ça débute comme un rêve, une passion et ça devient un métier". Mais elle ne s’en plaint pas pour autant, d’autant plus qu’elle est immédiatement parvenue à taper dans l’oeil de plusieurs agences. Contactée par ces dernières, la Canadienne s’est lancée, en a choisi une et s’est directement dirigée vers la WNBA. 

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À droite, Kim Gaucher-Smith sous le maillot universitaire de Utah (©DR)

Draftée en 13e position par les Monarchs de Sacramento en 2006, elle y a joué durant trois saisons au cours desquelles elle est devenue la première Canadienne à participer à une finale de WNBA. Mais, "comme ce n’était que pendant l’été", ça ne lui suffisait pas : "Pour continuer à être joueuse de basket, il faut jouer quelques matchs dans l’année. Ce n’est pas possible au Canada donc je n’ai pas eu le choix que de venir jouer en Europe". Le saut vers l’inconnu donc ? Pas vraiment. Son envie de jouer outre-Atlantique était déjà présente et ses coéquipières en sélection l’avaient préparée au changement : "Elles m’avaient rassurée et donnée leur avis. Ça m’a beaucoup aidé. C’était génial d’avoir pu parler avec elles avant de venir. J’avais hâte d’être joueuse professionnelle et je voyais l’Europe comme ma chance". Elle n’a donc pas hésité à saisir cette opportunité, s’offrant ainsi la chance de voyager et de voir le monde tout en jouant au basket. "C’est quelque chose qui va me manquer dans quelques années", commente-t-elle en y repensant. Passée par la Belgique, l’Espagne, la Hongrie et la France, elle se considère comme extrêmement chanceuse : "Toutes mes expériences, dans tous les clubs par lesquels je suis passée, étaient tops. Je n’ai jamais connu une mauvaise expérience. J’ai eu de la chance parce que j’ai des amies pour qui ça ne s’est pas passé pareil. Moi j’ai adoré". 

La France a "une bonne réputation" auprès des joueuses canadiennes

Pour son premier passage en France, Kim Gaucher-Smith a signé à Tarbes en novembre 2012 comme pigiste médical de Lauren Ervin : "Je savais que c’était une très bonne ligue". Elle quitte le club fin décembre pour soigner une blessure après 7 rencontres de LFB (12,7 points et 6,9 rebonds pour 15,1 d’évaluation). Elle fait son retour dans l’Hexagone pour la saison 2013/14, sous le maillot de Arras, avant de s’envoler pour la Hongrie. L’ailière revient sur son troisième retour en France : "Mon agent m’a proposé de revenir, à Mondeville. Je me me suis laissée tenter à nouveau". 

Car oui, de nombreuses joueuses originaires du Canada viennent se frotter au championnat français ces dernières années. La première explication à cela, selon Kim Gaucher-Smith, est en lien avec la bonne réputation qui y règne concernant le basket féminin : "Je pense qu’il n’y a pas une seule canadienne qui a eu une mauvaise expérience en France donc c’est un bon point. C’est souvent une ligue qu’on conseille aux jeunes". Elle enchaîne, relatant les nombreuses similitudes retrouvées au niveau du style de jeu : "Il y a beaucoup de ressemblances. Oui, il y a des canadiennes qui peuvent marquer beaucoup de points mais on a principalement des joueuses qui aiment jouer avec des systèmes de jeu, qui sont complètes et qui n’aiment pas jouer pour juste marquer 30 points. Pour beaucoup, on aime la France parce que ça joue en équipe".

"Ce serait incroyable de terminer ma carrière internationale sur des JO"

Kim Gaucher-Smith a également connu de merveilleuses expériences sur la scène internationale. Elle décroche sa première médaille (de bronze) au championnat des Amériques en 2003. Une troisième place obtenue également en 2005, 2009 et 2011. Il faut attendre 2015 pour qu’elle empoche enfin ses premières médailles d’or, en remportant le championnat des Amériques à nouveau mais aussi les Jeux Panaméricains. Et pourtant, à ses débuts avec la sélection canadienne, elle se rappelle à quel point l’équipe était mauvaise et se dit fière de son évolution : "Quand j’ai commencé avec l’équipe nationale, on n’était pas bon du tout. Maintenant, on est quatrième au classement mondial et on arrive à se qualifier pour les grands événements donc je suis vraiment fière de ça". Kim Gaucher-Smith a également eu l’occasion de participer à deux éditions des Jeux Olympiques (2012 et 2016), ce qui reste sans hésitation ses plus beaux souvenirs : "En 2012, c’était le jour de la fête du Canada, on était en Turquie et on a pris la dernière place qualificative. C’était incroyable, un vrai soulagement après avoir raté les deux dernières éditions en 2004 et en 2008 et après douze années sans JO pour le Canada". Malheureusement, la réussite n’a jamais été au rendez-vous. Un constat qu’elle déplore : "C’est vrai que la déception de ne pas avoir pu monter sur le podium dans un grand tournoi est présente. C’est vraiment ce qu’on veut atteindre avec notre pays et j’avais espéré que ce soit le cas à Tokyo 2020 car on était dans un bon rythme après les qualifications en Belgique. On va voir ce que ça donne cette année". 

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Kim Gaucher-Smith lors de la Coupe du Monde féminine de 2018 (©FIBA)

Sur le plan personnel, les prochains Jeux Olympiques, finalement décalés à 2021, restent dans un coin de sa tête, sans pour autant l’obnubiler : "Je veux simplement rester en forme et ne pas me blesser pour être prête si Jeux Olympiques il y a. Si je suis en forme, je serais avec l’équipe nationale". Et Kim Gaucher-Smith croit dur comme fer en leur chance de monter sur le podium après tant d’années de disette : "Je pense qu’on a les capacités pour atteindre notre objectif en 2021". Mais elle ne se voile pas la face pour autant et a conscience que "le niveau du basket féminin ne cesse d’augmenter". Selon elle, "il y a 10 ou 11 équipes qui peuvent prétendre à cette place alors ça va être compliqué. Comme pour le championnat, il va falloir de la chance en plus du talent".

Après ces possibles Jeux Olympiques, elle aura 37 ans. Lucide sur ce point, elle se voit bien terminer sa carrière en France. Une chose est sûre, le moment sera venu pour elle de tirer sa révérence avec la sélection canadienne, au terme d’une riche carrière : "Après ça, ce sera la fin de ma carrière internationale. Ce serait juste incroyable de pouvoir terminer sur des Jeux Olympiques".

07 juin 2020 à 19:30
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