LFB

ITW DIANDRA TCHATCHOUANG (BLMA) : "LA SOLIDARITÉ, LE PARTAGE ET LE RESPECT SONT POUR MOI DES VALEURS IMPORTANTES"

Diandra Tchatchouang BLMA
Crédit photo : Olivier Martin

Bien que confinée, Diandra Tchatchouang n'oublie pas pour autant les projets dans lesquels elle s'implique et continue à apporter son aide à la Seine-Saint-Denis. Elle revient, pour BeBasket, sur ses différentes implications ainsi que sur son engagement sportif avec le BLMA, renouvelé pour les deux prochaines saisons.

Originaire de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, Diandra Tchatchouang (1,89 m, 28 ans), internationale française et joueuse du BLMA, reste très impliquée pour son département de naissance.  Très portée sur les valeurs de respect et de solidarité, qu'elle diffuse tout autour d'elle, elle sait concilier carrière professionnelle et solidarité. À côté de cela, elle sait faire preuve de beaucoup de sagesse sur les terrains ce qui lui apporte une vraie force de caractère. Toujours sous les couleurs du BLMA jusqu'en 2022, elle se projette déjà pour la saison prochaine et commence à envisager les défis qui l'attendent.

Comme tout le monde, vous êtes confinée depuis le 17 mars. Comment vous maintenez-vous en forme pour la saison prochaine et comment soignez-vous votre blessure au genou ?

La semaine de confinement est arrivée au même moment que la semaine où je devais reprendre le basket. J’étais dans une phase de réathlétisation et j’étais prête à retourner sur les terrains. Le destin en a décidé autrement, on fait avec. D’un point de vue physique j’ai du matériel à la maison et j’ai transformé ma terrasse en salle de sport pour pouvoir me maintenir en forme. Je profite aussi de l’heure de sport autorisée quotidiennement pour travailler le cardio. Je peux aussi compter sur les préparateurs physiques de l’Équipe de France qui m’ont préparé des programmes que je suis pour rester en forme. Tout ce travail est aussi un travail de prévention contre les blessures. À l’heure actuelle je n’ai plus aucune contre-indication pour jouer au basket, courir, sauter. Malgré cela, le retour sur les terrains devra encore attendre.

Actuellement, vous venez en aide, à distance, à la distribution de masques en Seine-Saint-Denis, pouvez-vous nous en dire plus sur votre rôle pour l’initiative « À vos masques citoyens » ?

J’ai lancé cette opération à la Courneuve, ma ville de naissance, en partenariat avec l’association Impulsion 75 qui lutte également contre le décrochage scolaire en Île-de-France. Avec le cofondateur de l'association Impulsion 75, Amirouche Ait Djoudi, on a géré tout ça par téléphone. L’aide apportée par Sonia, ma première coach et Mokrane Rahmoune, le directeur sportif de la Courneuve, a été précieuse. De mon côté j’ai aussi contacté des personnes travaillant dans le monde du stylisme qui eux-mêmes ont pu prendre contact avec d’autres personnes qui savent coudre. Finalement, l’opération a eu un très grand succès et la solidarité a été au rendez-vous. Même des personnes qui ne sont pas couturiers ou couturières de formation, se sont mis à confectionner des masques, tout ça bénévolement.

Je ne pouvais pas rester chez moi à ne rien faire, en voyant la situation sanitaire en Seine-Saint-Denis. Avec les projets que j’y ai déjà menés, j’ai pu recevoir l’aide de beaucoup de personnes dont le maire de la Courneuve et le préfet pour permettre à des couturiers de retourner sur leur lieu de travail et confectionner des masques. Je remercie très chaleureusement toutes les personnes qui s’impliquent dans ce projet et je souhaite leur témoigner tout ma gratitude et ma reconnaissance. Ces masques ont été donnés gratuitement à la population, l’élan de solidarité a dépassé toutes mes espérances.

L’initiative a débuté dans le 93 mais j’appelle tous les élus d’Île-de-France à prendre exemple et à multiplier ces projets. Je sais que ce projet a été repris dans quatre autres communes et j’espère que cela va se poursuivre, les masques vont devenir indispensables très prochainement et les besoins vont se faire sentir. 

itw-diandra-tchatchouang--blma-----la-solidarite--le-partage-et-le-respect-sont--pour-moi--des-valeurs-importantes-1588256522.jpeg

Photo : FIBA

Vous êtes aussi beaucoup impliquée, toujours dans votre département de naissance, dans plusieurs autres projets, dont « Take your shot », de quoi s’agit-il ?

La première édition de « Take your shot » a eu lieu en 2017. C’est une journée exclusivement féminine pour faire découvrir le basket féminin à des jeunes filles, entre 11 et 15 ans. Elles sont toutes là pour le basket et le tournoi 3x3 en fin de journée mais on leur explique qu’il y a un autre aspect tout aussi important : la présentation de parcours d’excellence que je soutiens vraiment beaucoup. Le côté éducatif est très important dans ce projet et j’essaie de lui donner de la valeur en faisant intervenir des personnalités sportives inspirantes. La journée se termine avec un échange questions/réponses entre les jeunes et nous, les sportives de haut-niveau. On répond à leurs interrogations avec une très grande honnêteté. Le but étant de ne pas les laisser avec des doutes, il faut qu’elles repartent de cette journée avec les idées claires et des perspectives d’avenir.

On a également un partenariat, non négligeable, avec Nike. Il fournit une tenue et une brassière à chaque joueuse et finance 50% des licences de basket à ces jeunes. Il faut savoir que la Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre de France et bien souvent les parents ne peuvent ni acheter d’équipements sportives à ces jeunes filles, ni même leur payer une licence de basket, chaque année. Cette participation financière de Nike soulage les familles et offre aux joueuses la possibilité de s’investir dans ce qu’elles veulent faire. La participation s’accroît tous les ans. On a commencé avec 80 filles la première année pour arriver à 150 en 2019 ; on a dû changer de salle pour pouvoir accueillir tout le monde. Tout a commencé dans une salle de la Courneuve, c’était symbolique et important pour moi.

Ce confinement vous aura finalement permis de mener à terme un projet de podcast : « SUPERHUMAINS ». Pouvez-vous nous dire ce dont il s’agit ? Est-ce une façon pour vous de valoriser le dépassement de soi et le rejet de l’échec en toutes circonstances ?

J’ai eu cette idée il y a maintenant un an, en mai 2019. Ce sont des personnes proches du Comité international olympique (CIO) qui souhaitaient monter une plateforme d’audiovisuel avec des athlètes, qui m’ont proposé de participer. J’ai réfléchi me disant que cela allait être compliqué avec mon activité mais j’ai accepté, le projet m’intéressait beaucoup. Il y a une très grande dimension humaine qui me plait énormément. Rencontrer les personnes, entendre des parcours de vies, je me retrouvais dans ces objectifs. Ce ne sont pas des interviews, ce sont des témoignages. Je laisse la parole aux athlètes, je m’efface et je les laisse me narrer leur parcours de vie. Le premier épisode laisse la parole à Aristide Barraud, qui a frôlé la mort lors des attentats du 13 novembre 2015.

Le but de ce programme est de valoriser l’abnégation, la résilience, de se dire que quoi qu’il puisse nous arriver, il faut toujours se relever et continuer à vivre. Malgré les drames, une maladie, une grossesse difficile, des erreurs de jeunesse, on peut toujours continuer à faire ce que l’on aime faire. Il ne faut pas se laisser à abattre, il faut continuer à se battre.

itw-diandra-tchatchouang--blma-----la-solidarite--le-partage-et-le-respect-sont--pour-moi--des-valeurs-importantes-1588256455.jpeg

Photo : DR

Pour la saison prochaine, vous ferez toujours partie de l’effectif du BLMA, ce choix s’inscrit-il dans un projet personnel et collectif au sein du club ?

Personnellement je me sens bien ici, tout se passe bien. Il y a une très bonne entente dans le groupe mais aussi avec les dirigeants et le coach. Sportivement les objectifs du BLMA me correspondent totalement. J’aime les objectifs élevés que le club veut atteindre : jouer le haut du tableau en LFB, aller le plus loin possible en Coupe d’Europe. Lorsque le club m’a proposé de prolonger la saison prochaine en décembre 2019, j’en ai discuté avec Jérémy Medjana, mon agent sportif. On s’est tous les deux dit que la philosophie du club et les ambitions de jeu étaient en adéquation avec mes attentes. C’est un choix professionnel avant tout, un choix de jeu et je suis vraiment contente d’avoir prolongé à Lattes-Montpellier.

Le président du BLMA, Franck Manna, a déclaré à votre propos : « Elle incarne les valeurs du club et j’espère qu’elle restera à nos côtés jusqu’à la fin de sa carrière ». Comment accueillez-vous son propos, tout en sachant que Thibaut Petit, coach de l’équipe, a rejoint les propos du président ?

Ça me fait extrêmement plaisir et c’est entièrement réciproque. Le président est très proche de ses joueuses et j’apprécie cette relation de confiance qu’il a avec moi. Cette relation de confiance je l’ai également avec Thibaut, c’est un coach très ouvert, on échange beaucoup sur le basket, sur le jeu, il y a un vrai partage d’idées entre lui et moi. La solidarité, le partage et le respect sont, pour moi, des valeurs importantes et dont j’ai besoin pour me sentir à l’aise dans un club. Tant que les valeurs du club me correspondent, je me sens en adéquation avec.

Le BLMA a présenté un recrutement très intéressant pour la saison prochaine, quels objectifs s’est fixé le club pour la saison 2020/21 ?

Je ne voudrais pas parler trop rapidement des objectifs de la saison prochaine. Il y a encore trop d’incertitudes quant à la reprise du basket. Tout ce que je peux affirmer c’est qu’on veut gagner et c’est l’état d’esprit de toutes les joueuses de l’équipe, et cela passera bien sûr par un entraînement quotidien.

Concernant les objectifs de cette saison, j’en tire un bilan sportivement positif. Malgré des défaites accumulées à l’arrêt de la saison, on voulait vraiment jouer les playoffs et surtout se retrouver au complet pour disputer la phase finale du championnat. J’avais hâte de retrouver l’équipe au complet et de pouvoir rejouer avec l’ensemble de mes coéquipières.

L’EuroLeague me laisse un sentiment de grande satisfaction. L’équipe ne possédait que trois joueuses ayant déjà connu ce championnat lorsque nous l’avons entamé. Malgré cela, on a joué les yeux dans les yeux avec tout le monde, toutes les équipes et on peut en être fière. On ne pensait pas aller aussi loin et chaque victoire apportait une grande satisfaction à l’équipe. On était prêt à jouer l’ogre Ekaterinbourg comme on avait joué toutes les autres équipes. Se confronter à cette équipe était pour nous une vraie expérience de jeu, tout le monde était prêt à les défier.

itw-diandra-tchatchouang--blma-----la-solidarite--le-partage-et-le-respect-sont--pour-moi--des-valeurs-importantes-1588256836.jpeg

Photo : BLMA

Il y aura également d’autres effectifs très performants la saison prochaine, quel est pour vous, outre le BLMA, le club qui possède l’effectif le plus complet à tous les postes de jeu ?

La LFB est le championnat le plus compétitif d’Europe et le sera tout autant la saison prochaine. Je pense qu’on pourra compter sur beaucoup d’équipes, toutes compétitives. Lyon, Bourges, Charleville-Mézières, Basket Landes, Villeneuve d’Ascq se sont tous renforcées pour la saison prochaine. Les recrutements faits par les équipes apportent tous une complémentarité de jeu à chaque effectif. A côté de cela, il ne faut pas oublier Landerneau et La Roche qui ont fait une très belle saison et qui seront à surveiller la saison prochaine. Toutes les joueuses américaines recrutées, et surtout les joueuses WNBA, apportent une touche américaine importante pour le jeu. Elles arrivent en France avec une vraie confiance en elle et cela se ressent par leur implication dans les matchs.

Suite à la pandémie, la Fédération française de basketball a décidé d’arrêter tous les championnats. En tant que joueuse de haut niveau, quel regard porte-t-on sur la décision de la FFBB de ne faire monter aucun club en division supérieure malgré, parfois, des résultats et une dynamique qui le permettaient ?

La décision d’arrêter la saison est pour moi la décision la plus sage qu’il fallait prendre. Il était inconscient de continuer à jouer. Le sport reste moins important que la santé et aussi moins important que l’argent. Dans cette situation l’argent n’est pas roi, la santé doit prévaloir. Il faut voir les priorités où elles sont et à ce sujet la fédération a pris la bonne décision.

Je comprends, malgré tout, la déception de ces clubs qui, par le temps et l’énergie consacrés à leur championnat, n’ont pas pu accéder à la division supérieure. Je sais les sacrifices que demande le travail effectué pour atteindre cette objectif et l’implication de l’équipe, du staff, des dirigeants mais également des supporters. En tant que joueuse de haut-niveau je comprends ce que cela peut représenter de gravir les divisions et les enjeux que cela implique.

Étant une joueuse influente dans le monde du basket féminin, est-ce que vous avez déjà pensé à vous engager davantage au SNB ? 

Je suis en contact régulier avec le SNB, je discute de sujets actuellement en cours et dont je ne peux parler pour le moment. Toutes ces discussions sont faites pour faire avancer les choses, notamment pour le basket féminin. Je suis consciente qu’étant joueuse de haut niveau ma voix peut avoir un intérêt et le syndicat sait discuter avec moi quand il le faut. 

Quelle est votre vision du développement du basket féminin en France aujourd’hui ? Quelle médiatisation souhaiteriez-vous à l’avenir pour une plus grande visibilité ?

Tout commence par ce qui se voit, or on ne voit pas suffisamment le basket féminin à la télévision. Lors des Jeux olympiques 2012 à Londres, il y a eu un seul match de l’Équipe de France féminine diffusé en clair. Il faut développer la diffusion du basket féminin à la télévision. Les médias et la presse écrite ont un rôle important à jouer dans cette médiatisation. Il faut qu’ils s’emparent du sujet et qu’ils le traitent comme ils traitent le sport masculin. Ce que fait la FIBA, en diffusant l’EuroLeague et l’EuroCup sur Youtube, ou la FFBB sur le site LFB TV en diffusant les matchs de championnat, n’est clairement pas suffisant. Cela ne peut s’adresser qu’à un public averti et intéressé par le basket féminin. Si on ne donne pas la possibilité au public de s’y intéresser, il ne pourra pas le faire de sa propre initiative.

La diffusion de matchs de l'équipe de Bourges en clair à la télévision, il y a quelques années, est la preuve qu'il est possible de diffuser du basket féminin à l'heure actuelle. C'était une initiative très positive en faveur du basket féminin. Je ne retire pas au TBB ses exploits, ni d’être le club de référence du basket féminin français, pas du tout, mais la médiatisation doit porter sur le basket féminin en général.

J’espère vraiment que dans un avenir proche cela pourra se faire et que le grand public pourra regarder le basket féminin comme il a la possibilité, et la facilité, de regarder divers sports masculins.

 

02 mai 2020 à 19:30
TAG
DID YOU LIKE IT ?
0 PARTAGE
Facebook share
0 COMMENTAIRE

BeBasket

Dites byebye à la publicité et encouragez le travail effectué sur la couverture quotidienne du basket Français !

À partir de 5 € !
QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
BRICE LAMM
Brice Lamm
VOUS EN PENSEZ QUOI ?
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
TOUTE L'ACTU
<
1
/
5
>
Coaching
Aucun conseil trouvé

Nous avons détecté que vous utilisez un adblocker ou bloqueur de publicités

AdBlock

Soutenez-nous en désactivant votre bloqueur de publicités pour continuer à profiter d’une information de qualité.

Nous vous invitons à retirer BeBasket de la liste des sites bloqués et à recharger la page pour poursuivre votre navigation.