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ITW MAKAN DIOUMASSI, COACH ROOKIE À 48 ANS : « JE NE SUIS PERSONNE EN TANT QUE COACH »

Makan Dioumassi
Crédit photo : Gérard Héloïse

Après avoir mis un pied au sein du Rueil Athlétic Club (RAC) en fin de saison dernière, Makan Dioumassi a succédé à l’emblématique Julien Hervy au poste d'entraîneur. Après un bon début de saison (5 victoires et 1 défaite) stoppé par la COVID-19, il nous a accordé un moment pour parler de son nouveau rôle de coach principal.   

C’est une nouvelle page qui se tourne dans le club des Hauts-de-Seine. En fin de saison dernière, Julien Hervy, entraineur emblématique de Rueil, a décidé de stopper son activité d’entraineur pour commencer une nouvelle aventure en tant que manager général du club. C'est Makan Dioumassi (48 ans), ancien joueur de haut-niveau et notamment international français, qui a pris la suite sur le banc du RAC. Comment s’est déroulée la succession pour l’ancien médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, son intégration et le début de saison de son équipe ? Entretien avec Makan Dioumassi.

Toutes les photos de cet entretien sont signées Gérard Héloïse

"Vouloir essayer de remplacer Julien Hervy aurait été mon erreur. C’est comme si tu remplaces Popovich aux Spurs."

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Lors d'un temps-mort à Rueil  (photo : Gérard Héloïse)

Comment s’est passée ta prise de fonction à Rueil ? Comment t’ont-ils choisi, quel contact tu avais avec eux ? 
Il faut revenir à avant mars. L’assistant, Arille Perrault, était en arrêt suite à un accident. Le club cherchait quelqu’un pour le remplacer pendant son indisponibilité, car Arille coachait les matchs à l’extérieur en tant qu’entraineur principal. Moi j’étais sur Paris et avec mon agent on en parlait car je voulais revenir dans le basket. On s’est tous rencontré et le temps qu’Arille revienne, j’ai accepté de faire l’intérim. Après il y a eu l’épisode COVID-19 et Arille est revenu de son indisponibilité. Mais après le confinement, Julien Hervy a annoncé qu’il souhaitait arrêter d’exercer en tant qu’entraineur pour devenir manager général. La place revenait naturellement à Arille mais pour des obligations professionnelles qu’il a au sein du Comité Départemental des Hauts-de-Seine, il voulait rester assistant et a refusé le poste. Comme on était rester en bons termes en fin de saison dernière, ils ont fait le pari de me prendre comme entraineur principal. C’était un honneur pour moi mais le plus dur commence maintenant. 

Prendre cette équipe après l’entraineur emblématique du club qu’est Julien Hervy, est-ce que ça t’a fait peur ? 
Non pas du tout car j’aime les challenges. Ça ne m’a pas fait peur pour deux raisons. La première c’est que c’était un challenge de remplacer un coach quel qu’il soit. La deuxième, c’est que je ne remplace pas Julien Hervy. Mon challenge est de garder le club dans cette forme. Vouloir essayer de remplacer Julien aurait été mon erreur. C’est comme si tu remplaces Gregg Popovich aux San Antonio Spurs (NBA). Tu ne peux pas remplacer Popovich. Et Julien a été assez intelligent pour partager énormément de choses avec moi par rapport à son vécu. Tout ce qu’il m’a apporté nous a évité à tous de mauvaises mésaventures en ce début de saison. 

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Avec Christopher Dauby et son assistant Arille Perrault  (photo : Gérard Héloïse)

Vous comptez 5 victoires après 6 matchs. Es-tu satisfait du début de saison ? 
On a affronté beaucoup d’équipes de haut de tableau. On peut être satisfait, mais on se devait de gagner à domicile. C’est bien pour l’égo mais certaines équipes n’étaient pas encore prêtes, comme par exemple Angers qui n’était pas dans la forme que l’équipe aura plus tard. C’était important de gagner à domicile et comme j’ai lu dans un article récemment : « quand tu perds un match à domicile, il faut en gagner deux à l’extérieur ». Et quand tu connais les équipes du championnat, pour gagner deux matchs à l’extérieur, il faut être solide. 

Comment tu trouves la Nationale 1 ? 
Je découvre ce championnat même si j’ai fait deux matchs la saison dernière. Je connais certains joueurs mais je découvre. De par mon expérience, la NM1 me fait penser aux championnats de première division aux Philippines. Des petits pivots, ça joue vite et c’est un vrai mélange hybride entre le sport professionnel et le sport amateur. Tactiquement, si on peut être un peu plus technique sur l’interview, les ondulations de cycles peuvent être très variées. On peut passer du blanc au noir d’un coup. D’un extrême à un autre. Tu peux être devant 10 points et en prendre 15 en deux minutes. Il y a beaucoup de joueurs de qualités, c’est la vraie antichambre de la Pro B et de la Jeep ELITE.

En tant qu’ancien joueur, comment as-tu géré ton effectif ? 
Il y a un dicton qui dit « dire qu’on sait, c’est qu’on ne sait pas ». Je ne suis personne en tant que coach donc dans ma réflexion, il n’y avait pas d’ancien joueur. Il fallait que j’apprenne, que je partage mon vécu tout en ayant l’humilité du travail. J’ai beaucoup travaillé avec Nicolas Raimbault sur la gestion du groupe et du positionnement de soi dans ce nouveau poste. Quand je suis arrivé, il n’y avait plus Dioumassi joueur, c’était Dioumassi nouvelle casquette de coach. Il fallait que je reste moi-même et que je structure ma réflexion pour savoir où j’allais. Mon effectif m’a bien accueilli. Tout le monde poussait dans le même sens et tout le monde m’a mis dans les meilleures conditions.

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Un coach actif sur le banc (photo : Gérard Héloïse)

"Sur ma première prise de fonction, je n’ai pas été joueur de casino, j’ai été très mesuré dans mon approche, dans mon recrutement." 

Tu arrives assez tard dans le coaching, c’est un choix d'avoir attendu si longtemps pour te lancer ? 
Ce n’est pas un choix, mais c’est compliqué car il y a peu de chaises musicales (rires). Moi je voulais rester dans ce milieu qui a fait ma vie. J’ai fait des formations pour être manager d’un club, et j’ai aussi postulé pour diriger un centre de formation car j’entraine beaucoup de jeunes et je les aide pour leur futur. Quand j’étais en Chine aussi, je travaillais beaucoup avec des clubs chinois au quotidien mais je n’étais pas dans une position de coach.  En termes de timing, je n’avais pas les bonnes cartes en mains. C‘est pour ça que je remercie le club de Rueil d’avoir pris le risque de relever ce challenge avec moi. Après je parle au passé mais on est en plein présent ! Ce n’est pas parce que j’ai fait cinq matchs que j’ai fait mes preuves, loin de là ! 

Ton profil de coach est-il différent de celui que tu avais comme joueur ? 
Il fallait juste que je sois moi-même et que j’amène ma touche. Quand j’étais joueur, j’encourageais mes coéquipiers, je les haranguais et je poussais mes gars. Un côté guerrier et compétiteur et je le transmets aux gars. Je suis assez expressif. Je ne suis pas (Zeljko) Obradovic (l'entraîneur serbe qui compte le plus de titres en EuroLeague) non plus (rires), mais je sais où je veux aller et comment. Je suis très exigeant vis-à-vis d’eux et ils me le rendent bien. Pour les joueurs, ils sont passés d’un coach très tactique avec Julien Hervy à un novice. Il fallait réussir à ce qu’ils aient confiance en moi et je suis resté sur ce que je savais faire.

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  (photo : Gérard Héloïse)

Comment pendant tout ce temps tu es resté au contact du basket et du haut-niveau ?
À Paris je suis beaucoup allé regarder Nanterre jouer. Je regarde aussi l’EuroLeague et je suis resté en contact avec plusieurs acteurs du basket européen. Mes fils jouent aux États-Unis et au Canada donc je les regarde beaucoup aussi. Ça aurait été une erreur pour moi de me lancer dans cette aventure sans savoir ce que le basket moderne est devenu. Si je n’avais pas eu cette passion sur ce qu’il se passe, je serais tombé de haut lors de ma prise de fonction à Rueil. J’ai été curieux et très demandeur, notamment auprès de Laurent Foirest. Sur ma première prise de fonction, je n’ai pas été joueur de casino, j’ai été très mesuré dans mon approche, dans mon recrutement. J’ai été plus tourné vers le management de mon groupe et des choses que je maitrise.  

La montée t’y penses ? 
Non, non, non (rires). Ça aurait été une erreur de jeunesse de penser à la montée. Ça aurait été une folie et un manque d’humilité de pouvoir penser que cette division pourrait nous permettre de monter facilement avec le peu de vécu qu’on a. La seule chose à laquelle on peut prétendre c’est un beau parcours rempli de joie et de spectacle. Finir dans les 5 premiers en saison régulière. On est des compétiteurs, mais c’est plus un rêve et penser à la montée maintenant serait une hérésie. Mais je pense qu’on ira loin tous ensemble, en tout cas on va essayer de faire au mieux. 

Le bon début de saison du club, on le doit à notre travail d'équipe avec le staff technique, les joueurs, les dirigeants et les bénévoles du club. Ces derniers ont fait preuve d'énergie, de détermination et de solidarité dans l'adversité due aux blessures !

par @
08 novembre 2020 à 13:30
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