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ITW ENZO GOUDOU-SINHA : "MONTER EN JEEP ELITE ? JE VEUX LE FAIRE AVEC LE SLUC"

Enzo GoudouSinha SLUC Nancy 201920 Sébastien Grasset 1
Crédit photo : Sébastien Grasset

Le meneur Enzo Goudou-Sinha du SLUC retrace sa carrière depuis ses débuts à Cahors jusqu’à sa folle saison 2019/20.

Par Etienne Le Pape,

Cette saison, si vous deviez voir l’un des meilleurs espoirs de la Pro B, il fallait prendre la direction de Nancy. Si ces deux jeunes coéquipiers Narace et Vautier ont également réalisé une superbe saison, c’est bien de Enzo Goudou-Sinha dont nous allons parler aujourd’hui. Au SLUC depuis l’âge de 14 ans, il n’a pas quitté la Lorraine depuis. Le pari a été payant, il a été promu meneur titulaire cette saison sous les ordres de Christian Monschau. Un statut qui n’a pas évolué après la nomination de François Peronnet au poste d’entraîneur. Cette année, il affichait des statistiques épatantes avec 9,3 points, 1,6 rebond et 4,7 passes décisives par match. Du haut de ses 21 ans, Enzo a répondu à nos questions avec beaucoup d’humilité et de maturité avec un objectif en tête : rejoindre le plus vite possible la Jeep ELITE avec le SLUC Nancy.

Comment se passe le confinement de ton côté ?

Le confinement se passe bien plutôt bien, je suis dans le Sud-Ouest de la France du côté de Toulouse, à Cahors. Je suis avec ma famille, j’essaye de me maintenir en forme, ce n’est pas forcément évident. J’ai de la chance d’avoir un jardin mais il ne fait pas tous les jours beau. On ne va pas dehors, on ne peut pas aller courir, c’est difficile de rester en place. Le problème, c’est qu’on n’a pas les outils, donc on travaille comme on peut, on fait avec le poids de corps. J’ai quand même un panier mais sans filet et pas à la bonne hauteur.

En France, il est possible que les clubs professionnels puissent donner accès aux entraînements à partir du 11 mai.

Le retour des entraînements, oui mais pour la reprise du championnat, c’est compliqué ce qui nous arrive physiquement. Pour ma part, j’ai perdu de la masse musculaire, j’ai perdu du cardio, donc reprendre le basket quelques semaines après le retour aux entraînements, ça serait dangereux pour les joueurs. Pour les entraînements, oui pourquoi pas, en tout cas, si c’est possible, car ça m’étonnerait que toutes les équipes puissent s’entraîner dès le 11 mai et avec 10 joueurs. Moi, je ne vois pas ça possible mais dans l’éventualité où ça le serait, je serais ravi de reprendre les entraînements.

Disputer les matchs à huit-clos est aussi une idée qui a fait son bout de chemin, même si la suite éventuelle de la saison est repoussée à septembre. Cela t’es déjà arrivé de disputer un match à huit-clos ?

Non, ça ne m’est jamais arrivé, heureusement, j’ai envie de dire car jouer avec des supporters, ça fait aussi partie du sport. Si ça arrivait, ça serait bizarre pour nous mais aussi pour le club qui touche des recettes sur les entrées. Je pense que ça peut-être un problème économique pour le club. Jouer sans public, c’est comme jouer à l’extérieur à chaque match donc c’est quand même particulier.

"Avec Bastien Vautier et Williams Narace, on est comme des frères"

Faisons un grand pas en arrière désormais et revenons sur ton parcours depuis ta jeunesse à Cahors jusqu’à ta saison au SLUC. Explique-nous comment tu es venu au basket ?

J’ai commencé à Cahors depuis mon plus jeune âge car mes parents étaient dans le basket. Je n’ai pas vraiment d’âge où j’ai commencé le basket. Par la suite à 12 ans, je suis parti à Toulouse où j’ai intégré le Pôle Espoirs avant de passer les tests pour rentrer au sein du centre de formation de Nancy il y a de ça 7 ans.

Si tu t’en rappelles, tu peux nous décrire comment se passe les tests au sein d’un centre de formation ?

Oui, oui je m’en rappelle, c’est d’abord mon père qui a envoyé des vidéos de moi aux centres de formation. Ils regardent les vidéos en question puis nous recontactent s’ils sont intéressés en nous disant « on aimerait vous voir jouer pendant 2/3 jours ». Moi, je suis parti jouer 3 jours avec les autres joueurs qui étaient déjà au centre de formation. On s’entraîne avec eux et si, ça se passe bien, ils décident de te prendre pour l’année d’après au centre de formation. Sinon, ils te répondent que ce n’est pas ce qu’ils recherchent.

On l’a dit, tu es originaire de Cahors dans le Sud-Ouest, et à 14 ans, tu es arrivé à Nancy. Comment as-tu géré l’éloignement avec tes proches aussi jeune ?

Ça allait parce que ce que je voulais tout mettre en œuvre pour accomplir mon but c'est-à-dire être basketteur professionnel. Ça passait par le fait d'être loin de ma famille mais j'aurais pu aussi aller à Pau-Lacq-Orthez. Mais le projet était mieux à Nancy, ils avaient l’air de me faire confiance donc c’est pour cela que je suis parti loin de chez moi. Et voilà, il faut être solide, beaucoup de joueurs le font chaque année et pour moi, ça a payé et j’ai eu de la chance.

Et c’est à ce moment-là que tu as rencontré ceux qui sont encore aujourd’hui tes coéquipiers, Bastien Vautier et Williams Narace ?

Moi je suis arrivé un an avant eux, parce qu’ils ont commencé le basket plus tard donc ça fait maintenant 5 ans qu’on joue ensemble. C’est plus que des coéquipiers quand ça fait 5 ans qu’on joue, forcément ça forge l’amitié, on est comme des frères.

Qu’est-ce que tu en retires de ces 3 saisons en Espoirs, dont le titre lors de la dernière année, un championnat qui est qualifié d’hétérogène par beaucoup ?

Quand je suis arrivé en Espoirs, il y avait très peu de très jeunes joueurs, on était que 8 cadets Espoirs alors qu’aujourd’hui, j’ai l’impression que ça a augmenté. Il y a beaucoup de jeunes joueurs même si je ne suis pas trop le championnat Espoirs malheureusement. Mais ça veut dire qu’il y a pleins de jeunes talents qui arrivent. Je pense que les joueurs sont de plus en plus talentueux plus jeunes. Nous, à l’époque où on a gagné le titre, on avait une équipe de 7/8 joueurs assez performants ce qui nous a permis de gagner le titre contre des équipes où il y avait peut-être deux fortes individualités. Je pense que c’est la formation française qui développent beaucoup de joueurs, en nombre, donc forcément certains explosent plus tard, d’où ce niveau hétérogène.

Tu parles d’un noyau de 7/8 joueurs dont tu faisais partie avec Bastien et Williams mais il y avait aussi Valentin Chery, qui joue depuis 2018 au Paris Basket, et Mathias Flosse, prêté par BCM à Gries-Oberhoffen.

De cette équipe, on est tous passé pro, c’est un plaisir de les revoir sur les terrains parce qu’on a vécu des choses très fortes lors de cette saison. En plus de Valentin et Mathias, il y avait aussi Samir (Gbetkom) qui joue aussi à Gries-Oberhoffen et Vincent Pota qui était à Pont-de-Chéruy en NM1 mais là, il s’est blessé. Je garde toujours contact avec eux, on a perdu un seul match dans la saison et quand on est en centre de formation, on est tout le temps ensemble. C’est plus que des amis, ce sont des frères.

À 14 ans, les jeunes hésitent souvent entre rejoindre l’INSEP ou alors entrer dans un centre de formation. Toi qui as vécu l’expérience centre de formation, comment l’as-tu ressenti ?

De mon côté, je n’ai jamais passé les tests à l’INSEP et je n’ai rejoint les équipes de France que très tard donc je ne peux pas vraiment comparer. Mais quand j’ai discuté avec des coéquipiers quand j’étais en U19, U20 comme Bathiste Tchouaffé, il me disait qu’il avait passé des superbes années. Donc aller à l’INSEP doit aussi avoir ses points forts, mais au centre de formation, ce qui était top, c’est qu’on était tout le temps avec les mêmes personnes. Le point fort du centre de formation, c’est qu’on peut jouer en Espoirs très rapidement, puis accéder ensuite aux entraînements des professionnels plus rapidement. On est intégré dans un cursus sur une longue durée alors qu’à l’INSEP, il joue en NM1 contre des vrais hommes mais une fois sorti de l’INSEP, ce n’est pas facile non plus de trouver un club pour certains.

"Très content que ça se passer à Nancy, de cette manière-là"

Jouer en Espoirs et en même temps, intégrer le groupe pro, c’est ce que tu avais fait lors de la saison 2016/17, dans un contexte particulier puisque le club était descendu en Pro B à l’issue de la saison. Comment s’est passée cette expérience ?

J’avais joué les derniers matchs de la saison car le club était condamné et qu’on avait beaucoup de blessés comme Benjamin Sene. On a joué les derniers matchs et le coach de l’époque Gregor Beugnot nous a donné quelques minutes.

À la suite de cette saison, tu as pleinement intégré la rotation de l’équipe première, désormais en Pro B. La première année, tu jouais 12 minutes, puis 14 la saison suivante et cette année, tu es responsabilisé avec 24 minutes joués par match. Une suite logique non ?

Ça montre déjà que le travail paye et ça me fait plaisir que le club qui m’ait formé me fasse confiance, me donne des minutes. Je suis très content que ça se passe dans ce club et que ça se passe de cette manière-là. J’ai travaillé pour en arriver là et eux m’ont fait confiance donc ce côté-là, j’ai de la chance.

Le point noir de la saison a été le licenciement de ton ancien coach Christian Monschau, puis la montée en grade de François Peronnet. Le fait qu’il soit passé d’assistant à coach a permis une transition plus douce ?

La transition a été plus douce car on avait déjà travaillé avec François pendant 4/5 mois du coup, on connaissait un peu plus l’homme donc la situation était plus facile pour tout le monde. On le connaissait et il nous connaissait donc tout s’est bien passé. De toute manière, il faut faire le travail, c’est comme ça, c’est le choix du club qui a fait ça pour rendre l’équipe plus performante. Par la suite, on a gagné des matchs donc c’est très bien.

Tout le long de la saison, le cinq majeur du SLUC était composé par toi, Yunio Barrueta, Ron Lewis, Williams Narace et Bastien Vautier. Jouer avec tes deux potes du centre de formation, ça doit être une fierté ?

Oui, franchement c’est incroyable ce que l’on vit, on se le répète. Jouer avec ses amis, c’est quelque chose d’exceptionnel, je suis très très fier de jouer avec ces gars-là. C’est des mecs supers et qui sont doués, et qui j’en suis sûr iront au plus haut niveau. Donc en effet, sportivement pour l’expérience, c’est important mais émotionnellement quand on gagne des matchs, on se rappelle tout ce que l’on a traversé. Le fait qu’on joue tous les trois est assez rare mais c’est la politique du club de faire confiance aux jeunes donc bravo à eux. Donc quand on commence tous les trois sur le terrain comme il y a trois ans, évidemment qu’on est fier même si on aura aimé avoir les autres joueurs à nos côtés mais voilà les parcours sont différents, on se retrouvera peut-être plus tard.

Au début de la saison, tu n’étais pas parti pour être le meneur de l’équipe, c’était plutôt le rôle de Souleymane Diabaté qui est finalement parti à Fos-sur-Mer. Tu es devenu le meneur titulaire par intérim puis définitivement, comment as-tu géré la situation ?

Solo est parti, j’avais une très bonne relation avec lui, j’étais étonné que ça se passe comme ça. Avant de partir, il m’avait donné beaucoup de conseils, j’ai pu tirer le meilleur de notre relation. Une fois qu’il est parti, je pense que le coach a quand même essayé de le remplacer dans un premier temps pour avoir l’équipe la plus compétitive, sans dénigrer mon jeu. Mais ensuite voyant que j’étais performant et que le marché était compliqué, je pense qu’il a décidé de prendre un poste 2 qui est Anthony Racine pour combler les manques qu’on avait et de me donner les clés en me disant de continuer à être performant.

"J'ai une grosse confiance en mon tir"

Et justement, les matchs où tu as été performant, c’était lors de la Leader’s Cup où tu as pu montrer tout ton talent.

Oui, c’est ça en pré-saison, j’avais eu aussi beaucoup de temps de jeu même si ce n’est pas la même chose que les matchs officiels. J’ai pu montrer à mon coach que j’étais prêt à jouer contre des équipes de Jeep ELITE car on a fait que des matchs de pré-saison contre des équipes de ce niveau. J’ai essayé d’apporter au maximum ce que je pouvais apporter donc ensuite, il m’a donné du temps de jeu pendant la Leader’s Cup et on peut dire que ça s’est plutôt bien passé et puis on a gagné des matchs.

Cette saison, on a senti plus de maturité de ta part. Mais aussi plus de réussite, du probablement à une confiance accrue, notamment à 3-points avec une sortie à 6 tentatives réussies contre Lille.

Si j’ai mûri, c’est grâce à mes mentors autour de moi, qui travaillent avec moi comme Ron Lewis ou Mérédis Houmounou. Ils font en sorte que sur le terrain, j’y mette un peu plus ma patte à chaque match et c’est ce qui m’a permis parfois d’être plus performant. Quand on sait qu’on a la confiance des autres dans l’équipe, c’est plus facile d’être performant. Tous ces mecs-là m’ont aidé à m’émanciper au fil de la saison. Concernant le tir, j’ai une grosse confiance en mon shoot à 3-points, mon shoot tout court, j’ai toujours été adroit. Parfois ça fait partie de mes forces donc je l’utilise pour aider l’équipe parfois ça ne rentre pas malheureusement. Ce match contre Lille, c’était rentré, j’en mets 6 et ça tombait bien car Lille passait en dessous sur les écrans donc j’avais de l’espace donc derrière c’est plus facile de prendre des tirs.

Récemment tu as annoncé ta prolongation d’un an à Nancy, l’idée de t’installer à Nancy sur la longue durée, c’est une idée qui te plaît ?

La longue durée n’est pas quelque chose qui me dérange. J’ai envie de rejoindre la Jeep ELITE le plus rapidement possible mais j’ai envie de le faire avec le SLUC Nancy, c’est pour ça que j’ai signé un an de plus car je me suis dit que ça me donnait deux chances d’y arriver. C’est aussi car je tiens au club, je crois au projet des dirigeants.

Malheureusement avec le contexte, tu as une chance en moins. C’est rageant que la saison soit coupée comme ça surtout pour une équipe comme Nancy qui montait en puissance en fin de saison ?

Évidemment, c’était rageant, on essayait de rattraper Blois et Quimper qui étaient devant nous. On a perdu un match crucial contre Quimper là-bas. Le fait qu’il n’y ait pas les playoffs, ça embête toutes les équipes qui croyaient en leur projet et qui se battaient pour grappiller des places. Forcément, c’est rageant, maintenant on attend la décision de la LNB, mais il y aura forcément des déçus, elle ne pourra pas combler tout le monde.

"J'essaye d'aider les jeunes du centre"

Justement, tu as sûrement vu passer les quatre potentiels projets pour la saison prochaine, qu’en penses-tu ?

Oui, on a aussi eu un formulaire avec le SNB (syndicat des joueurs). Franchement, je suis mitigé, c’est difficile de faire un choix pour les gens qui travaillent à la LNB. Je suis mitigé dans le sens où une saison blanche, oui c’est bien mais il y a des clubs qui ont travaillé tout le long de la saison pour monter, ça serait terrible, donc j’ai un peu de mal. D’un côté, je me dis pourquoi pas additionner les matchs de cette saison et de la saison prochaine mais bon c’est difficile pour des clubs comme Poitiers. Qu’est-ce que tu dis aux joueurs que tu recrutes alors que le bilan est de 2 victoires et 21 défaites ? Honnêtement je ne sais pas trop.

Conséquence du coronavirus, le mercato estival est en suspens avec seulement quelques transferts, tout de même. Aix-Maurienne a annoncé le départ de Charles Nkaloulou vers Nancy, vous avez eu des infos par rapport à ça ?

Nous aussi, on est dans l’attente car ça a été officialisé par Aix-Maurienne mais pas par Nancy. Je pense quand même que les clubs commencent à s’activer en coulisses pour constituer une équipe le plus rapidement possible.

Du côté de Nancy, on vous annoncé plutôt de la continuité dans l’effectif ou alors des changements ?

Garder le même effectif, ça me paraît compliqué car certains contrats prennent fin et les clubs vont prendre un coup financier lié au coronavirus. Garder les mêmes contrats, ça m’étonnerait en tout cas, on ne nous a pas parlé de continuité pour l’année prochaine.

Tu nous parlais de tes mentors dans l’équipe, maintenant des joueurs plus jeunes que toi arrivent dans l’équipe comme Lucas Ugolin ou Siriman Kanouté, les aider et les accompagner comme on l'a fait pour toi, c’est quelque chose qui te plaît ?

Oui, tout à fait, malheureusement Siriman s’est fait les croisés en pré-saison donc on ne l’a presque pas vu mais Lucas a fait quelques matchs avec nous. Il a été performant dans les entrées qu’il a fait. L’idée d’être leur mentor, je ne sais pas mais quand ils rentrent, j’essaye de les aider et de leur rendre service pour qu’ils se sentent le mieux possible, même si c’est sur une courte durée, pour qu’ils montrent ce qui peuvent montrer.

 

 

 

 

26 avril 2020 à 09:15
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