PRO B

ITW FRANK TCHOUBAYE, DU CAMEROUN À LA PRO B EN PASSANT PAR LA NM2 : "RIEN QUE VIVRE DU BASKET, POUR MOI C’EST ÉNORME"

Frank Tchoubaye
Crédit photo : Sébastien Grasset

Après avoir connu pour la première fois de sa carrière la ProB cette saison avec Souffelweyersheim, Frank Tchoubaye s’est confié sur son parcours hors du commun. Zoom sur un joueur qui revient de très loin.

Depuis quelques saisons, son nom rime avec réussite et trophées. Pour autant rien n’était facile au départ pour Frank Tchoubaye (1,98 m, 28 ans). Son parcours n’est égal à celui de personne. Pendant longtemps le joueur camerounais a été écarté des chemins classiques qui mènent au métier de basketteur professionnel.

Il a commencé le basket à 12 ans dans une équipe qui se nomme Espoir au Cameroun. Il a continué à travailler ensuite ses gammes dans un autre centre de formation de son pays, le Konssengwe, où est notamment passé le joueur NBA Joel Embid : « Lors de mes années au centre de formation je suis passé par l’académie du coach Guy Moudio. Il m’a aidé à me développer de 2012 à mon départ pour la France, et toujours aujourd’hui c’est mon coach personnel. Pendant les congés et quand je rentre au Cameroun je travaille toujours avec lui. » Il y a joué en junior et sénior. Mais à l’issue de sa formation, contrairement à d’autres coéquipiers, Frank n'a pas reçu de bourse de la part d'une université américaine pour continuer son cursus jeune. Une déception pour le jeune Camerounais. Très vite, il a su qu’il allait devoir passer par d’autres chemins pour réaliser son rêve, celui de vivre de sa passion. Pour se faire connaitre, le meneur de formation a donc connu plusieurs clubs en peu de temps. Au départ, il a joué pour Far compète et Condor au Cameroun afin de commencer sa carrière sénior. En quête de nouveaux challenges, il s'est ensuite dirigé vers la Guinée équatoriale et le club de San Antonio, où il a évolué pendant deux saisons, de 2013 à 2015. A l’époque, Frank a ainsi signé son premier contrat semi-professionnel. Lors de ses deux saisons, il a même connu ses premiers instants avec l’équipe nationale du Cameroun.  

En 2015, il a continué son chemin en Egypte avec l’équipe d’Heliopolis. L’année suivante, il a posé bagage au Maroc à F.A.R Rabat, mais son exil dans le nord de l’Afrique n'a duré qu’un mois pour problème à la signature du contrat : « Quand je suis arrivé au Maroc je ne voulais rester qu’un an et le club lui voulait que je m'engage 3 ans. Il y a eu un problème quand on a signé donc j’ai préféré partir plus tôt que prévu. » Partie en cours de saison Frank voulait continuer à se maintenir en forme dans le cas où une équipe aurait besoin de ses services. Il est donc resté deux semaines chez les Ramblers en Côte d’Ivoire, avant qu’un événement vienne chambouler sa vie. Le Camerounais avait tout essayé pour se faire connaitre et gravir les échelons dans le monde professionnel du basket, mais dans la vie il y a toujours une part de chance et d’opportunité. Alors qu’il était peu connu dans le basket français, un de ses coéquipiers en équipe nationale l'a recommandé auprès de l’entraîneur d’Aubenas en NM2. « J’étais donc sans club et il y a Michel Ipouk, mon coéquipier avec le Cameroun, qui parle de moi à Moatassim Rhennam, à l’époque l'entraîneur d’Aubenas. A la suite de ça, le coach a décidé de me contacter et mon arrivée s'est faite naturellement pendant le mois de juin 2016. » Une opportunité qui a débloqué les choses pour Frank et lui donné la chance de prouver réellement de quoi il était capable dans le monde professionnel. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il l’a saisi de la meilleure des façons, puisque depuis son arrivée Frank n’a pas quitté la France et au contraire il s’est émancipé au fil des années.

Une aventure en France plus que réussie

Auparavant, même si Frank commençait à se faire un nom dans le basket africain, grâce notamment à de belles performances à l'AfroBasket 2015, son avenir basket était encore en suspens. Mais en arrivant en France, les choses sont devenus plus sérieuses pour lui. Pour la première fois en arrivant à Aubenas, il a signé un contrat professionnel. Une occasion qu’il a saisi à merveille puisqu’en plus d’aligner une très grosse saison individuelle il a amené l’équipe jusqu’au titre de champion de France : « Cette année-là tout s'est très bien passé , l’équipe était au top. Au début j’avais un apriori sur le monde professionnel, je pensais que chacun restait un peu dans son coin mais en fait pas du tout, j’ai été agréablement surpris. Je réalise de très belles performances et en plus de ça on monte. » En cumulant quelques "cartons" au-dessus des 30 points, il a terminé la saison en tant que meilleur marqueur de la poule D avec 19,5 points de moyenne et n'a pas laissé son investissement défensif de côté pour autant. Frank a prouvé qu’il était capable d'impacter des deux côtés du terrain, et ainsi prétendre à l’échelon supérieur. Cependant, contre toute attente, le club ne l'a pas gardé pour la saison suivante : « Après avoir discuté avec le coach, il m’a confié que c’était une décision qui appartenait aux dirigeants. » Alors que la NM1 lui tendait déjà les bras, qu'il avait donné son accord à l'ES Prissé Mâcon, Frank a décidé de se tourner vers un autre challenge en NM2 du côté d’Angers.

Toutefois, même si l’équipe a de nouveau réussi à monter, le natif de Yaoundé n'est pas parvenu à reproduire la même saison que l’année précédente : « A Angers c’était un tout autre défi puisque je jouais sur le poste 1. Dans ma formation j’ai toujours été meneur mais avec le temps j’ai été décalé sur le poste 2 voire 3, donc là c’était compliqué. J’ai fait quelques bonnes performances mais sur l’ensemble de la saison je n’ai pas été assez régulier. » Malheureusement, l’histoire  s'est répétée pour Frank qui n'a pas prolongé à l'EAB : « En arrivant à Angers, j’étais persuadé d’avoir signé pour deux ans. Enfin, c’est ce que mon agent m’avait dit. Mais il semblerait qu’en fait je n’avais signé que pour une saison. Pendant toute la saison je savais qu’il y avait quelque chose de bizarre dans le contrat mais il me confirmait que c’était bon, mais finalement non. Ça s'est mal terminé cette fois-là mais il m’a aidé à retrouver un autre club par la suite. »

Alors qu’il s'est retrouvé sans club, Frank était bien décidé à passer le cap et jouer en NM1. Il s'est alors tourné vers le club de Kaysersberg et son entraîneur Fabien Drago : « J’avais l’habitude de m’entrainer avec lui mais il m’a dit que son équipe était déjà au complet et que ce n’était pas possible. Il m’a donc conseillé auprès du coach de Souffelweyersheim. » Dans la foulée, il a signé avec le club alsacien pour une saison et une autre en option dans le cas où le club atteindrait les playoffs. Frank a donc été reconduit puisque l’équipe a carrément été sacrée championne de France de NM1 et obtenu son ticket pour la Pro B. Une consécration pour le Camerounais qui a connu trois montées en trois ans, même si cette fois-ci son rôle était différent : « C’était la première fois que je sortais du banc, au début c’était un peu difficile mais j’ai bien réussi à m’adapter. Le coach m’a vraiment poussé dans le côté positif. Il y avait une très bonne cohésion dans l’équipe, on formait un bloc et ça s’est vu sur le terrain. On a donc validé notre montée et c’était exceptionnel, d’autant plus pour moi car en trois ans j’arrivais à monter pour la troisième fois. C’était une bénédiction. En plus de ça, c’est la première fois où j’allais connaitre la suite avec le club. Les deux premières fois, je suis monté mais je n’ai pas connu ensuite le niveau supérieur... j’étais déçu. Alors qu’à Souffelweyersheim j’ai pu connaitre la montée et toute ce qui va avec. Monter en Pro B, c’était juste énorme. Il y a 3/4 ans, jamais je n’aurais imaginé ça. A la base je cherchais juste une opportunité pour quitter le Cameroun et là je me retrouve en Pro B. Ce n’est que du bonus pour moi. » Néanmoins son aventure dans l’antichambre de la Jeep ELITE ne s'est pas forcément réalisée comme prévu, et sa saison n'a pas répondu à ses attentes.

« Je suis vraiment déçu de ma saison »

Frank a découvert la Pro B dans un rôle de rotation. Une situation peu habituelle pour lui. En manque de temps de jeu et touché par les blessures, il a été quelque peu frustré : « Pendant l’été j’ai dû soigner ma tendinite donc je n’ai pas pu faire une bonne préparation. Malheureusement, ça s’est senti sur le début de saison. Je ne me trouve pas d’excuse parce que sur l’ensemble de la saison je n’ai pas été bon. Je suis vraiment déçu de ma saison, et j’aurais espéré avoir plus de responsabilités. Mais plus généralement au niveau de l’équipe je trouve que c’est bien ce qu’on a fait, on a été soudé car sur le papier personne ne nous attendait à ce niveau-là. » Frank nous confie que ce n’est pas forcément le passage au niveau supérieur qui l’a stoppé dans son élan, mais bien son niveau de jeu : «  Je trouve que la différence n’est pas énorme. En NM1 il y a beaucoup de joueurs qui ont la capacité de jouer en Pro B, mais la vraie différence c’est l’aspect physique. En Pro B tu tombes contre des intérieurs énormes physiquement (rires). Je pense surtout que je n’ai pas été au niveau mais je vais me relever. Ensuite, je ne veux pas me cacher derrière ça mais le fait d’être en France sans ma femme ça joue un peu sur mon niveau. Tu ne peux pas parler de moi sans parler de ma femme, elle me soutient toujours mais être seul sans elle ça me met le morale à zéro. Quand je marque zéro point c’est la première à me réconforter  (rires). »

Reculer pour mieux rebondir

Frank a donc vécu une saison en dents de scie, lui qui nou avait toujours habitué à de meilleurs statistiques et une plus grande influence sur le jeu. En effet, en 2019/20 le joueur de 28 ans tournait à 3,6 points à 31,7% de réussite aux tirs et 2 rebonds pour 2,7 d'évaluation en 12 minutes. Une nette baisse comparée à ses précédents exercices. Frank en est bien conscient et c’est pour cette raison qu’il a décidé de signer il y a peu dans le club de Pont-de-Chéruy en Nationale 1. Dans l’Isère, il souhaitera se relancer : « Cette saison je ne jouais plus mon basket, j’aime avoir des responsabilités et là j’en avais moins. Descendre en NM1 c’est une bonne manière je pense de retrouver des responsabilités et de la confiance. Je veux me relancer individuellement l’année prochaine. » Un choix qui semble être le bon puisqu’en posant bagage à Pont-de-Chéruy, Frank retrouvera son ancien entraineur Moatassim Rhennam avec qui il avait réalisé l’une des meilleures saisons de sa carrière à Aubenas : « J’ai choisi Pont-de-Chéruy car je connais le coach et il me connaît très bien. On s’affectionne et j’aimerais revivre de bons moments avec lui comme l’année à Aubenas. Je lui dois beaucoup étant donné que c’est grâce à lui que je suis arrivé en France, et même si ça s’est mal passé avec le club sur la fin j’avais vraiment hâte de rejouer pour lui. Il sait comment je joue, donc il pourra continuer à me développer. J’avais d’autres propositions de club en NM1 mais c’est pour ça que j’ai choisi Pont-de-Chéruy depuis bien longtemps. Au début je devais carrément les rejoindre en deuxième phase de NM1, c’est-à-dire vers février, mais je n’étais pas prêt mentalement. Et puis surtout quand je commence quelque chose je veux le finir à fond, j’ai été éduqué comme ça. Même si cette année c’était dur, c’est ma mentalité je n’abandonne pas avant d’avoir fini. »

En atterrissant au SOPCC, Frank a mis les pieds dans un club de plus en plus compétitif. Et la saison écoulée en est la preuve. Pour leur première saison en troisième division nationale, les Vert se portaient très bien puisqu’avant la fin prématurée du championnat, ils étaient classés troisièmes de la deuxième phase de Nationale 1. L’année prochaine, la nouvelle recrue du club compte bien reproduire de bonnes performances : « Le but va être de viser le haut de tableau et les playoffs. Cela ne va pas être simple surtout sans des joueurs comme Marco Pellin mais je pense qu’on peut y arriver. » Personnellement, Frank ne veut pas se mettre de pression. L’objectif est simple : retrouver des sensations et ce qui faisait son jeu sur ces dernières années, le reste n’est que du bonus : « L’année prochaine je veux retrouver mon niveau de jeu et de bonnes sensations. Je ne vise pas la Pro B ou même la Jeep ELITE, je veux juste prendre du plaisir sur le terrain. Il faut savoir qu'avant d'aller en Guinée, je me suis blessé au ménisque et j’ai cru que je n’allais plus jamais retrouver mon niveau ou même ne plus jouer au basket tout simplement. Donc pouvoir être sur un terrain de basket c’est une grâce pour moi. Rien que vivre du basket pour moi c’est énorme… je vis l’instant présent et après on verra. »

Avec sa hargne, sa détermination et son talent, il n’y a peu de doute quant à la probabilité de voir Frank Tchoubaye briller dans les équipes qu’il connaitra.    

21 juin 2020 à 20:15
TAG
DID YOU LIKE IT ?
0 PARTAGE
Facebook share
0 COMMENTAIRE

BeBasket

Dites byebye à la publicité et encouragez le travail effectué sur la couverture quotidienne du basket Français !

À partir de 5 € !
QUI A ÉCRIT CE PAPIER ?
LOUIS ANDURAND-CAVASSE
Louis ANDURAND-CAVASSE
VOUS EN PENSEZ QUOI ?
LAISSEZ UN COMMENTAIRE
TOUTE L'ACTU
<
1
/
5
>
Coaching
Aucun conseil trouvé

Nous avons détecté que vous utilisez un adblocker ou bloqueur de publicités

AdBlock

Soutenez-nous en désactivant votre bloqueur de publicités pour continuer à profiter d’une information de qualité.

Nous vous invitons à retirer BeBasket de la liste des sites bloqués et à recharger la page pour poursuivre votre navigation.