PRO B

ITW LUCAS HERGOTT, VICTIME D'UNE RUPTURE DES LIGAMENTS CROISÉS : "SUR LE MOMENT, C'EST TON MONDE QUI S'ÉCROULE"

Crédit photo : Sébastien Grasset

Particulièrement attendu au tournant cette saison, Lucas Hergott va finalement passer l'intégralité de l'exercice 2020/21 sur la touche. La faute à l'une des plus graves blessures qui soit pour un sportif : une rupture du ligament croisé antérieur. L'ailier de Fos-Provence en a discuté avec nous.

Vendredi 9 octobre, 19h55, Halle Parsemain. La saison 2020/21 de Pro B s'ouvre dans 5 minutes et Lucas Hergott en est réduit à s'adonner au Bottle Flip Challenge au bout du banc de Fos-Provence. 17 jours plus tôt, le 22 septembre, en 1/64e de finale de la Coupe de France à Chalon-sur-Saône, son genou droit a lâché sur une prise d'appuis alors qu'il coupait vers le cercle dans le dos de Garrett Sim. Rideau sur l'exercice 2020/21 après seulement deux petits matchs officiels disputés.

En attendant d'être opéré la semaine prochaine à la Clinique Juge à Marseille, l'ancien ailier de l'ASVEL et de Saint-Chamond se déplace relativement bien, sans gêne apparente. Assis au bord du terrain, il vit la réception de Saint-Quentin avec la même intensité que s'il avait été sur le terrain : il se lève en permanence, crie, encourage, conseille Allan Dokossi, s'inquiète devant le coup de folie de Hugo Besson et s'éloigne du parquet pour vivre la dernière possession du SQBB avec plus de recul, avant de lever les bras en signe de soulagement après l'ultime échec de Benoit Gillet. La preuve que le Lyonnais n'a pas sombré mentalement après le terrible traumatisme survenu au Colisée et qu'il reste impliqué dans le projet des BYers. Deux heures auparavant, pendant que ses coéquipiers s'échauffaient, il nous avait confié toute sa détermination à surmonter ce coup du sort. Non sans regrets ni déception, bien sûr, mais avec un état d'esprit ouvertement combatif.

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Masqué au bout du banc : la place attitrée de Lucas Hergott à Parsemain pour le reste de la saison
(photo : Sébastien Grasset)

Lucas, plus de deux semaines après votre rupture des ligaments croisés survenue sur le parquet de Chalon-sur-Saône, comment allez-vous ?

Physiquement, ça va mieux. Mon genou est plutôt en bon état pour être opéré. Ce sera le 21 octobre à Marseille. Mentalement, ça va aussi. J'ai fait le deuil de ma saison. Je suis vite passé à la suite, je me suis rapidement projeté sur le processus de rééducation et ce que j'aurai à faire afin de retrouver la forme et les terrains.

Justement, la saison s'ouvre dans 25 minutes sans vous (entretien réalisé pendant l'échauffement de Fos-sur-Mer - Saint-Quentin vendredi soir, ndlr). Quel est votre état d'esprit en voyant cela ?

Ça fait mal. C'est dur de se dire qu'on va manquer plus de 34 matchs. L'idée est d'arriver à voir le positif pour ne pas tomber dans une dépression qui durera plusieurs mois. C'est d'autant plus frustrant que nous avons vraiment un groupe intéressant cette année. Voilà, c'est la vie, il y a des choses plus graves et il faut penser à la suite maintenant.

Pouvez-vous raconter ce qui s'est passé à Chalon ?

Le genou a lâché sur une action banale, une prise d'appuis que j'ai l'habitude de faire. Après cela, on essaye de comprendre les raisons. Est-ce que je ne me suis pas assez préparé ? Ce n'est pas le cas. Est-ce que j'étais fatigué ? Peut-être. Je ne sais pas trop... C'était une action tout à fait banale, il n'y a pas vraiment d'explication.

Pourquoi attendre un mois avant de se faire opérer ?

Parce que le chirurgien voulait attendre que le genou dégonfle et que je récupère mon extension car si je me faisais opérer avec un retard à ce niveau-là, j'aurais perdu du temps pendant la rééducation.

L'exemple de Terry Smith :
« Il s'est blessé à 30 ans et il nous dunkait dessus la saison dernière »

Ça peut surprendre quand on voit ce qui se passe parfois dans d'autres sports, comme en football à l'Olympique Lyonnais, où Memphis Depay et Jeff Reine-Adelaïde se sont fait opérer pratiquement dans la foulée de leurs blessures en décembre dernier...

Oui, je ne sais pas si c'est physiologique ou c'est juste parce qu'ils ont accès à des meilleurs soins. Après personnellement, ma saison est terminée donc autant que je prenne mon temps et que je fasse cela du mieux possible afin de ne pas avoir de rechute ou de nouveaux problèmes après coup.

Théoriquement, la durée d'indisponibilité après une rupture des ligaments croisés est d'environ six - sept mois. Vous n'avez aucun espoir de revenir pour la fin de saison, en avril - mai ?

À priori, ça va être trop juste. Mon kiné me disait que les statistiques de rechute pour un genou sont très élevées pour les moins de 25 ans : environ 25%. Du coup, les kinés ne veulent plus prendre de risques maintenant et faire une rééducation de malade. On va plus partir sur une rééduc de 8 à 10 mois, plutôt que de 6 à 8. Éventuellement, si on fait les playoffs, je m'échaufferai avec le groupe en fin de saison. Mais pour jouer, non, c'est bel et bien mort.

Avant le résultat des examens, aviez-vous espoir que ce soit autre chose que les ligaments croisés, comme une grosse entorse du genou ?

Non... Au fond de toi, tu sais qu'il y a un truc qui a merdé. Après, c'est vrai que j'ai tout de suite fait les tests de base à Chalon-sur-Saône. Et ça ne semblait pas si grave que ça. Mais j'ai passé l'IRM le surlendemain et on m'a dit que c'était le ligament croisé antérieur qui était rompu. Ça fait quand même mal de l'entendre, car c'est peut-être la pire blessure pour un sportif, mais je le savais déjà au fond de moi.

J'imagine que c'est un cataclysme personnel, surtout que vous deviez attendre cette saison depuis six mois suite au confinement et à la crise sanitaire...

Oui, c'est clair. Cela faisait tellement longtemps qu'on n'avait pas joué. En plus, c'était une saison qui était très importante : j'arrive en fin de contrat, j'avais à cœur de faire une grosse saison pour la suite de mes objectifs. C'est un coup d'arrêt. Après, je suis encore jeune et j'ai encore plein de temps devant moi mais c'est clair que sur le moment, c'est ton monde qui s'écroule et tu te poses 40 000 questions.

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Lucas Hergott défend sur Teyvon Myers le soir de sa blessure à Chalon
(photo : Charlotte Geoffray)

Oui voilà, c'était une saison charnière pour vous. On s'attendait à vous voir prendre une autre dimension cette année...

Exactement. Maintenant, ça ne va pas être le cas. Je n'aime pas dire que je vais perdre un an car il faut toujours trouver du positif dans ce qui va se passer mais dans l'idée, je vais être arrêté un an. Il va falloir remettre ça à 2021/22, sortir à ce moment-là la saison que j'étais censé faire cette année.

Vous savez ce qui vous attend avec tout le processus de rééducation ?

Oui, je me suis bien renseigné. J'ai posé des questions à plein de joueurs, comme Édouard (Choquet) qui a déjà subi cela (en décembre 2012, ndlr). On en a beaucoup discuté. J'ai parlé aussi avec d'autres sportifs, avec des spécialistes de la santé. Mes parents aussi sont passés par là donc ils savent ce que je vais traverser. J'ai le sentiment de savoir ce qui m'attend. J'ai hâte de commencer afin d'être dans le process de retour et me sentir athlète de nouveau.

Tous les joueurs en rééducation décrivent un sentiment de solitude... Est-ce que vous êtes prêt à vivre cela ?

Je travaille avec un préparateur mental à ce sujet. Mais je crois que tu ne peux pas vraiment savoir ce qui t'attend avant de le vivre. Tout le monde me dit que c'est dur de vivre à l'écart du groupe. Même si tu es aux entraînements, même si tu es aux matchs, tu ne fais plus partie de l'équipe. Je pense être capable de me concentrer sur les choses que je pourrais contrôler, à savoir ma rééducation et ma réathlétisation, et de ne pas me laisser affecter par les choses négatives comme la solitude, la frustration ou l'impatience. On verra bien, j'espère que j'arriverai à ressentir tout cela le moins possible.

Qu'avez-vous fait depuis votre blessure ?

Pas mal de kiné ! Je venais assister aux entraînements, puis j'allais voir le kiné pour que le genou dégonfle. J'ai fait de la balnéothérapie, de la mobilité dans la piscine, afin que mon genou soit le plus sec possible avant l'opération. J'ai recommencé la musculation du haut du corps depuis une bonne semaine aussi. Je reste un peu au contact du groupe pour l'instant, je discute pas mal avec mes coéquipiers par message. Mais malheureusement, ça ne fait que deux semaines et je ressens déjà que je suis un peu à l'écart.

« Il faut être honnête : oui, on veut monter en Jeep ÉLITE »

Sportivement, on a l'impression que c'est le jour et la nuit pour Fos-Provence par rapport à la saison dernière ?

C'est vrai mais il faut se méfier de ce qu'on a vu à la Leaders Cup. Les matchs étaient faussés car on avait l'impression qu'Aix-Maurienne et Antibes n'étaient pas aussi prêts que nous. Mais oui, je crois que l'on a vraiment un coup à jouer cette saison. Nous avons un bon mix entre des joueurs d'expérience et des jeunes qui ont tout à prouver. J'ai hâte de voir ce qui va se passer face aux autres grosses équipes du championnat.

Vous ne pouvez pas vraiment vous cacher... Partout, les autres coachs de Pro B citent Fos-Provence comme l'un des favoris n°1. Vous allez être attendu au tournant cette saison.

Déjà, pendant l'intersaison, en voyant le recrutement qui était fait, on se disait "wow". Et c'est sûr que les résultats des derniers matchs (+18 à Chalon en Coupe de France, un écart moyen de 26,5 points en Leaders Cup, ndlr) ont pu impressionner. Maintenant, comme je l'ai dit, il faut voir ce que l'on va donner contre des équipes qui seront prêtes et qui vont nous mettre en difficulté. Mais c'est clair qu'on va nous attendre de pied ferme un peu partout.

Est-ce que vous affichez haut et fort l'objectif Jeep ÉLITE ?

Écoutez, le maire et l'adjoint aux sports de la ville de Fos-sur-Mer nous l'ont dit clairement lors de la présentation de la saison. Ce serait se voiler la face de dire qu'on veut simplement faire les playoffs avec un effectif comme le nôtre. Il faut être honnête : oui, on veut monter et si ce n'est pas possible de le faire directement, il conviendra d'être le mieux classé possible, a minima un Top 4, afin de prendre le deuxième ticket pour la Jeep ÉLITE lors des playoffs.

Enfin, pour revenir à votre cas personnel : chaque fois qu'un joueur se blesse, on l'entend dire qu'il reviendra plus fort. Est-ce que c'est un poncif ou est-ce que c'est vraiment possible, quelque chose auquel on croit vraiment ?

C'est la première question que j'ai posé à Édouard Choquet le mardi soir en rentrant à l'hôtel à Chalon et il m'a donné l'exemple de son ancien coéquipier Terry Smith. Je m'en rappelle très bien, il s'est blessé à l'ASVEL quand j'y étais encore alors qu'il avait un peu moins de 30 ans (une semaine après son 30e anniversaire, le 10 février 2016, exactement, ndlr). Et l'année dernière, avec Nantes, il nous dunkait dessus, il avait des jambes de feu. Une chose est sûre, car tout le monde me l'a dit : tu reviens plus fort sur tes jambes car tu ne travailles que cela pendant 6 mois, tu passes ton temps à les remuscler. Donc non, je ne pense pas que ce soit se mentir à soi-même de penser que l'on reviendra plus fort d'une telle blessure. Je vais avoir une prise de recul sur les choses, beaucoup relativiser, me rendre compte que le basket ne tient finalement qu'à un fil. En tout cas, me connaissant, je suis persuadé que je reviendrai plus fort.

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Avec Édouard Choquet, l'un de ses plus gros soutiens depuis le 22 septembre
(photo : Christophe Canet)

L'œil de Rémi Giuitta : « Nous avons tous été très affectés car Lucas est un joueur exemplaire. Quand on est jeune, c'est toujours un coup dur. Cette saison était extrêmement importante pour lui pour essayer de décoller un peu et confirmer tout ce qu'il a fait de bien l'année dernière. À titre personnel, ça m'est arrivé deux fois, et à peu près au même âge, donc on en a parlé ensemble. Ça fait partie parfois des échéances d'une carrière, qui peuvent aussi te permettre de prendre du recul, de rebondir, d'adapter certaines choses. Lucas peut aussi s'appuyer sur l'exemple d'Édouard Choquet qui est également passé par là, ce qui ne l'a pas empêché ensuite de devenir All-Star. C'est toujours difficile à encaisser mais il est en train de le digérer : nous ne sommes pas inquiets car c'est un joueur avec une telle éthique de travail et une telle motivation qu'il fera une rééducation parfaite. J'espère que cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir dans six mois, c'est tout le mal qu'on lui souhaite. En attendant, nous serons tous très solidaires avec lui. »

À Fos-sur-Mer,

13 octobre 2020 à 14:30
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