PRO B

ITW MOUNIR BERNAOUI, DES QUARTIERS DE TOULOUSE À LA PRO B

Mounir Bernaoui Laurent Peigue
Crédit photo : Laurent Peigue

Jeune poste 4/3 algérien, qui après avoir connu la délinquance dans sa jeunesse, a su se relever pour devenir un joueur à part entière de Pro B ces deux dernières saisons. Personnage généreux accompagné d’un surplus de valeurs humaines, le guerrier de Saint Chamond, Mounir Bernaoui, a accepté de répondre à nos questions.

Mounir, que faites-vous pendant ce confinement pour garder la forme ?

Je suis confiné auprès des miens à Toulouse. Pour garder la forme, j’essaie d’aller courir régulièrement et je fais beaucoup de renforcement musculaire avec les moyens du bord. Je profite aussi de cette période très spéciale pour découvrir d’autres méthodes de travail. Par exemple, je me suis essayé à la cohérence cardiaque et au yoga niera. Et j’y prends goût à ma grande surprise !

Vous avez grandi dans les quartiers de Toulouse. Parlez de votre jeunesse.

J’ai commencé le basket de force (rires). Petit, j’étais très turbulent et agité et l’éducateur de ma maison de quartier cherchait tous les moyens possibles pour me canaliser. Je me suis donc essayé à pas mal de sports tels que le football ou l'athlétisme mais je ne me sentais jamais à ma place. En revanche, je m'épanouissais un peu plus dans les sports de combat comme notamment la boxe ou le karaté notamment. Un jour, j'ai même rempli les chaussures d’eau du Sensei (l'enseignant dans les arts martiaux, ndlr) car il m'avait fait un reproche sur ma manière de combattre (rires). Dans les arts martiaux, on ne plaisante pas avec la discipline donc le Sensei m’avait viré du dojo. Mais il ne voulait que mon bien donc il a été décidé que j’allais faire du basket et que je n’aurais plus le droit à l’erreur. C’est comme ça qu’à 14 ans, je me suis retrouvé à Casselardit, un club de la banlieue de Toulouse.

itw-mounir-bernaoui--des-quartiers-de-toulouse-a-la-pro-b1589135318.jpegLe jeune Mounir Bernaoui à l'échauffement avant un match avec l'Union Gascogne Basket contre Grandfonds en U17 France (photo : Mounir Bernaoui)

Grâce à ma taille, j’ai ensuite intégré le meilleur club de la ville, le TOAC Colomiers où j'ai joué en Minimes France. À la suite de cela, j’ai reçu un appel de Yves Baratet qui avait repris le centre de formation de l’Union Gascogne Basket - un club à 1h de Toulouse - dans le Gers. Mes parents ont décidé que c'était mieux pour moi de changer d'environnement car j'ai toujours eu des problèmes de discipline notamment sur le plan scolaire. Au début, c'était dur mais Yves (Baratet) a joué un rôle primordial dans mon développement en étant présent dans tous les aspects de mon éducation, pas seulement basket. Il a été bien plus qu’un simple coach pour moi.

Ensuite, je suis allé à Lille où j’ai fait ma dernière année en U18 et j'y ai décroché un contrat stagiaire l’année suivante. Je suis passé entre les mains de Tony D’Orangeville avec qui j’ai vraiment travaillé individuellement. Plus qu’avec n’importe qui. L’intersaison qui a suivi a été compliquée : je n’ai pas trouvé de point de chute à la hauteur de mes attentes donc je suis retourné dans le Gers - à Valence-Condom - pour une expérience de Nationale 2.

Ma carrière a ensuite pris un tournant quand je suis retourné dans le Nord et que j’ai rejoint les Espoirs de l'ESSM Le Portel en signant un contrat stagiaire. Au Portel, j’étais très intimidé de jouer pour un coach aussi reconnu qu'Éric Girard et au final, ça s’est mieux passé que je n’osais l’espérer. Éric (Girard) est un modèle de détermination pour moi et son livre ("Je n'ai qu'une parole" sorti en 2016, ndlr) trône toujours sur ma table de chevet. C’est un grand Monsieur du basket, un grand Monsieur tout court même. Cela a été un déchirement lorsque j’ai compris que je n’obtiendrai pas de contrat pro car je voulais continuer à jouer pour ce coach à tout prix. Mais ma grosse blessure en cours d’année en a décidé autrement... Toutefois, c'est grâce à lui (Éric Girard) que j’ai signé un contrat de deux ans avec Saint Chamond.

itw-mounir-bernaoui--des-quartiers-de-toulouse-a-la-pro-b1589135707.jpegMounir Bernaoui à propos d'Eric Girard, son coach à l'ESSM Le Portel : "c'est un grand Monsieur" (photo : Sébastien Grasset)

Depuis 2017, vous évoluez à Saint Chamond. La première saison, vous jouiez plus avec la NM3 alors qu'en 2019/20, vous avez clairement intégré le groupe professionnel. Quel regard portez-vous sur votre évolution à Saint Chamond ?

J’avais signé à la base pour alterner entre la Pro B et la Nationale 3 mais mon but était clairement de m’imposer en pro.  Après de bons matchs amicaux ponctués par une Leaders Cup prometteuse dans laquelle j’ai eu un bon apport statistique, Alain (Thinet, le coach) m’a donné ma chance. Bien que le roster était très fourni avec onze joueurs capables de jouer et des postes doublés, il m'a quand même fait jouer réussi 7 minutes en moyenne. Tout le monde était content. C’était une aventure humaine incroyable où nous créions la surprise très souvent. On prenait du plaisir tous ensemble et c’est là la force d’Alain (Thinet). Il arrive à gérer ses hommes de manière à ce que personne ne soit frustré tout en en ayant un groupe compétitif. Cette année-là, on est allé jusqu’en demi-finale des Playoffs d'accession où on est tombé de peu face à Orléans. Cela reste frustrant parce que je reste persuadé qu’il y avait moyen de créer la surprise ultime en décrochant le titre.

En 2019/20, j'ai vécu une saison plus délicate pour moi à cause d'une blessure au genou. Elle m’a éloigné des terrains jusqu’en décembre. Je suis bien revenu mais ce virus m’a coupé dans mon élan et dans notre élan, puisque nous pointions encore à la cinquième place avant l’arrêt du championnat, c’est une grosse frustration.

Vous êtes souvent décrit comme un guerrier, pensez-vous que c’est votre vraie force ?

Bien-sûr (rires). C’est grâce à cette mentalité de guerrier que j’en suis arrivé là aujourd’hui. Lorsque je n’étais pas un basketteur développé et que je manquais de fondamentaux, c’est cette hargne qui m'a permis de tirer mon épingle du jeu. C’est mon essence et ça le restera. Mon pourcentage aux tirs sera fluctuant mais je me battrai sur 100% des ballons qui traînent.

Plus généralement, je me qualifierai comme quelqu’un de polyvalent. Mon intensité reste ma force mais j’ai beaucoup bossé pour alterner sur les postes 4 et 3 voire 5. J’aime tirer à 3-points et jouer poste bas même si j’ai manqué de régularité derrière l’arc cette année (16,5% à longue distance en 2019/20, ndlr) et que je dois continuer à bosser dessus. Concernant la défense, je me sens capable de défendre sur tout le monde.

D’où vient cette mentalité ?

Cette mentalité vient d'abord de mon éducation. Mes parents sont des modèles pour moi. Cette mentalité provient aussi de mon parcours car j’ai grandi dans un quartier (à Toulouse) très dur avec beaucoup de mauvaises tentations. J’ai flirté avec l’illégal, j'aurais pu y plonger mais j’ai eu la chance de prendre le bon chemin et de garder ma ligne de conduite. J’ai toujours dû prouver en permanence ma valeur car je n’ai jamais été le plus doué. C’est donc mon éducation et mon parcours qui m'ont permis de me forger ce caractère. Je ne remercierai jamais assez Éri Girard qui m'a inculqué de telles valeurs.

En dehors du basket, vous êtes énormément impliqué dans la vie des associations et des quartiers de Toulouse, pourquoi ? Cela vient-il de votre éducation ?

Oui, bien sûr, encore une fois ça vient de mon éducation et de mon vécu. Comme tous les enfants qui évoluent dans le milieu dans lequel j’ai grandi, j’ai été le témoin au quotidien de scènes choquantes et violentes. Des scènes qui vous font perdre votre innocence. J’ai été bouleversé par ça, et c’est ce qui a engendré mes problèmes de délinquance à l’époque. Je me suis donc servi de ce vécu pour faire des choses bien. Et dès 2016, j’ai fait la démarche de m’impliquer dans une association toulousaine qui combat les violences conjugales où j'ai notamment pu entendre des témoignages effrayants de femmes battues. C’est une sombre réalité que vivent de trop nombreuses femmes au quotidien. J’essaie, à mon échelle, de lutter contre ce genre de fléaux. J'essaye au maximum d'aller dans les établissements défavorisés pour témoigner de ce que j’ai vécu. Je suis donateur dans trois associations du même type et je tiens à remercier certains de mes ex-coéquipiers qui ont été touchés par ces causes et qui font eux aussi des dons réguliers de manière anonyme. C’est tout à leur honneur. J’aimerais, à terme, créer ma propre association où le sport jouerait un rôle primordial ; j'ai déjà quelques idées.

Votre contrat de deux ans à Saint-Chamond arrive à son terme, comment voyez-vous la suite ?

Tout le monde est un peu dans le flou (avec la crise du Covid-19, ndlr) et on ne sait pas trop où on va. J’ai été approché par certains clubs mais rien n’est acté pour le moment (il a toutefois décidé de quitter Saint-Chamond, ndlr). Le dilemme pour moi sera sûrement de choisir entre être un role player en Pro B ou être un joueur majeur en NM1.

Après deux ans en Pro B, j’ai maintenant le recul nécessaire pour dire que je suis capable d’assumer un rôle dans cette division. Mais il faudra voir en fonction des offres que reçoit mon agent pour trouver le meilleur point de chute pour moi.

itw-mounir-bernaoui--des-quartiers-de-toulouse-a-la-pro-b1589136228.jpegMounir Bernaoui, après deux saisons à Saint-Chamond, est à la recherche d'un nouveau projet pour la saison prochaine (photo : Laurent Peigue)

Vous avez été courtisé par les équipes de France jeunes mais vous avez choisi de représenter l'Algérie, pourquoi une telle décision ?

Oui, j’ai été approché pour intégrer les équipes de France jeunes mais j’ai décidé, avec mon entourage, de jouer pour l’Algérie car c'est le pays d’origine de mes parents. Je ne regrette pas ce choix qui les rend très fiers. J’ai jugé que j’aurai plus de responsabilités en faisant ce choix et le basket africain offre une belle exposition aussi. J'ai aussi un lien très fort avec l’équipe nationale d'Algérie puisque j’y suis allé durant trois étés. La Fédération algérienne a tout fait pour que je me sente à l’aise et j’ai ainsi pu donner le meilleur de moi-même sur le terrain.

Avec l'Algérie, vous avez tout d'abord pris part à une campagne de 3x3 avant que Ali Filali, le sélectionneur algérien, ne décide de vous intégrer avec les A dès l'âge de 19 ans...

En parlant avec le Président de la Fédération algérienne, j’ai vite compris qu’il me faisait confiance pour être le fer de lance d’une génération algérienne prometteuse et pour remettre l’Algérie sur le devant de la scène. C’est une mission qui me tient à cœur. Je rêve de me qualifier aux Jeux Olympiques avec l’Algérie et d’être le porte drapeau national, mais cela passe par des grosses performances à l’AfroBasket mais j’y crois et mes coéquipiers aussi.

Comment voyez-vous votre avenir dans le 5x5 ?

Je ne sais pas où je serai dans cinq ans, mais mon objectif - depuis mon année au Portel sous les ordres d’Eric Girard - est de retrouver la Jeep ÉLITE. J’ai conscience des progrès qu'il me reste à accomplir pour atteindre cet objectif mais je me donne tous les moyens nécessaires pour retrouver le top niveau français.

Je n’imaginais jamais jouer en Pro B un jour, donc je m’autorise à rêver. J’ai eu la chance de goûter aux joutes européennes avec Le Portel en FIBA Europe Cup ; c’était une expérience incroyable. Depuis, je rêve secrètement de jouer l’EuroLeague (rires). Il faudra que je continue de prouver ma valeur en Pro B jusqu’à devenir un joueur accompli dans la division. Tout cela sera très dur mais le challenge est excitant et je suis déterminé.

Pour parvenir à vos objectifs, sur quel point devez-vous progresser ?

Comme pas mal de grands gabarits, j’avais beaucoup de lacunes physiques notamment au niveau de ma motricité. Le préparateur physique de Saint-Chamond, Matthieu Andrieu, a révolutionné mes méthodes de travail. Il a axé mon travail sur les fessiers et les ischios qui étaient faibles et qui ont sûrement été la cause de mes blessures.

Je dois aussi bosser sur mon tir  et gagner en régularité. J’ai mis quelques gros tirs en Pro B mais je veux être capable de les mettre régulièrement. J’ai aussi quelques kilos à prendre pour résister à l’impact des phénomènes que l’on peut trouver en Pro B. C’est toutes ces choses qui me permettront de devenir un joueur confirmé.  

10 mai 2020 à 20:38
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